EFFETS DES BAINS ET DES LOTIONS SUR LA TEMPÉRATURE
Il serait inopportun de traiter ici de l’hydrothérapie; nous din ns seulement que les bains tièdes, ou même frais, d’une durée de demi heure ou trois quarts d'heure, diminuent plus ou moins rapidement la température, qui s’abaisse paifois d'un degré. Une éponge imbibée d’eau froide passée sur l’épine dorsale, deux ou trois fois par jour, est un moyen employé contre les fièvres graves et de longue durée, dans le but de calmer la chaleur exagérée.
En Allemagne, dans ces derniers temps, les bains froids souvent répétés ont été appliqués avec enthousiasme pour le traitement de la fièvre typhoïde. Ils ont donné des résultats très-dignes d’attention (Brand, Jurgensen, Liebermeister, Gerhardt). Leur action est, en général, de très peu de durée; la température diminuée sous leur influence revient en peu de temps au degré antérieur. Cependant les moyens hygiéniques sont importants comme auxiliaires ; leur action est plus prononcée et plus durable, quand elle est renforcée par les agents pharmacologiques anti-pyrétiques.
SECONDE CLASSE DE MOYENS THÉRAPEUTIQUES ANTI-PYRÉTIQUE3 EFFETS DES ÉMISSIONS SANGUINES
Dans cette classe viennent se ranger les émissions sanguines, les antimoniaux, les mercuiiaux, les arséuicaux, les alcalins.
Les émissions sanguines s’obtiennent par la saignée générale ou locale (sangsues, ventouses scarifiées). Elles ne sont pas un moyen anti-fébrile, sur lequel on puisse compter, car leur effet sur la température est incertain et de peu de durée, ainsi que nous l'avons observé et que lotit attesté les observations et les expériences de praticiens expérimentés.
La température, suivant le docteur Hirtz, ou ne se modifie pas, ou s'abaisse de quelques dixièmes de degré à d°, i°,5, ou s'élève dans le commencement et diminue ensuite; mais le plus souvent il y a diminution temporaire de la température, et quelquefois aucune modification *.
Les expériences du docteur Barensprung sur les animaux ont montré que la température s'élevait, durant la saignée, de quelques dixièmes de degré; mais que dans les 24 heures suivantes elle s’abaissait, atteignant le minimum sept ou huit heures après l’émission sanguine, et que passé ce temps elle s'élevait lentement. Le célèbre observateur a trouvé qu’au second et au troisième jour après la saignée la température était supérieure à la normale, particulièrement si l’opération avait été pratiquée à la carotide. Lassé le troisième jour elle tendait à diminuer et peu de- jours après restait constante, étant 0°,4 à 0°,(3 inférieure à la normale.
Tel fut le résultat immédiat de neuf saignées, de 300 à 450 grammes, pratiquées par le docteur Barensprung, sept fois chez des individus affectés de maladies aiguës, et deux fois chez des hommes en santé.- Trois fois il n'y eut aucune modification dans la température (une fois sur un homme en sauté), quatre fois il y eut augmentation de 0°,2à0°,6 (une fois sur un homme en santé), deux fois abaissement de 0°,3 à 0°,7 (dans ces deux cas il y eut syncope).
Le dr Spielmann, se fondant sur ses observations et sur celles d’autres praticiens, esi d’avis que 1 effet de la saignée
1 Nouv. dict. de méd. et de chirurg. pratiques. — Paris, 1867.
sur !a température est très-vai iable; il a noté quelquefois la diminution de 0°,5 à 2°, d’autres fois la même chaleur sans aucune modification. Le distingué médecin de Strasbourg conclut, en établissant que les émissions sanguines diminuent la température et que leur effet est plus ou moins rapide suivant l'intensité de la maladie, mais qu’il ne persiste pas au delà d’un à trois jours l.
Nous avons eu l’occasion d’observer plusieurs fois l’effet de la saignée sur la température dans diverses maladies. Nous extrayons de notre registre thermo-sphygmo-pnéomélrique trois observations, dont nous allons rendre compte.
Chez un malade, de tempérament sanguin et. de constitution forte, qui a été admis dans notre infirmerie pour une congestion cérébrale, le thermomètre marquait 37°.0 : immédiatement on lui a pratiqué une saignée de 300 grammes, et la température s’est conservée la même (37°, 0) jusqu’au jour suivant; deux jours passés elle a diminué de 0°,2 à 0°,6. Peu de temps après la manifestation de la congestion cérébrale, on avait donné au malade un lavement d éléctua ire de séné composé, et appliqué des ventouses à la partie postérieure du cou, ainsi que des sinapismes volants; le jour après celui où nous avons observé le malade pour la première fois, on lui pratiqua la saignée générale et on lui posa des sinapismes volants sur les extrémités inférieures; le troisième jour le malade déjà beaucoup mieux prit seulement de la limonade de crème de tartre, traitement qui fut continué les jours suivants jusqu'à complet rétablissement.
V< ici la marche de la température, du pouls et de la respiration de ce malade:
1 Des modifications de la température animale, pag. 48. — Strasbourg,
De 9 à 10 heures du mutin
De 4 à 9 heures du sulr
pfl
Um
Température j
JC
fl
OS
Respiration
Traitement
HO
(2.«) Saignée générale, synapismes volants
(3.e) Limonade de crème de tartre (4.e) Idem 5.“) ItLtn (6.e) Idem
1 Avant la saignée.
2 Après la saignée.
On voit dans cette observation que la saignée n’a produit aucun effet sur la température ni le même jour, ni le jour suivant ; le surlendemain (4.e jour) la chaleur a diminué à peine 0°,4, se conservant sensiblement au même degré dans les jours suivants, avec exacerbation au soir. Cette diminution tardive de la température aurait-elle été produite par la saignée? Ne serait-elle pas plutôt l'effet naturel de la maladie? Nous avons observé si souvent, dans des congestions et des hémorrhagies cérébrales, un abaissement de température analogue, que l’esprit penche naturellement vers la seconde supposition.
Chez un autre malade, âgé de 49 ans, tempérament mixte, constitution moyenne, stature régulière, domestique, affecté d'une énorme hypertrophie excentrique du ventricule gauche du cœur (cor bovinum ), épaississement des valvules aortiques, dilatation de l’aorte ascendante et de la crosse, se trouvant très-oppressé et cyanosé, on pratiqua une saignée de ISO grammes. La température avant la sai. guèe était de 37°,6, aussitôt après elle fut de 38°; les deux
jours suivants elle revint au degré antérieur, puis elle diminua, comme on voit dans le tableau suivant :
Année de 1 S69 ; mois et jour
De 9 à iO heures du malin
De 4 à 5 heures du soir
Observations
Température
rt
CG
Température ^
eu
Respiration
Mai
'Avant la saignée
2 Après la saignée
Juin
3 Mort ce jour au soir
Dans ce cas la modification manifeste fut une augmentation rapide de la température, de 4 dixièmes à peine, modification qui disparut dès le lendemain et les jouis suivants par le retour de la chaleur au degré antérieur, avec une très légère différence en moins. Cette élévation de température, quoique petite, fut elle l'effet de la saignée? Il y a tout motif d’en douter et de se demander si quelqu aulre circonstance l’aurait déterminée.
Chez un autre malade, âgé de 3G ans, tempérament sanguin, constitution forte, chaufournier, attaqué de rhumatisme aigu, nous avons observé 39°, avant la saignée (de 300 grammes), aussitôt après 38°, 8, quatre heures et demie plus tard 38°, 5, et les jours suivants la température s est élevée, comme le montre le tableau suivant :
Do 9 à 1' htm res
De 4 à 5 heures
■lu m Min
du soir
Observations
rt
Cm
CO
Et*
1 Avant la saignée
2 Aussitôt après la sai-
gnée
3 Quatre heures et de-
mie après la saigeée
in.e
lOu
4 Cette observation étant très-étendue, nous l’interrompons ici; cela suffit à notre but; la marche thermo-sphygmo-paéométrique a été enregistrée jusqu’à la guérison de cette maladie.
On remarque dans, cette observation qu’immédiatement après la saignée il s’est opéré un abaissement de la température qui, en peu d'heures, est descendue d’un demi degré, que cet abaissement s’est maintenu au même niveau tous les matins, tandis qu’au soir la chaleur s’élevait au degré constaté avant l'émission sanguine.
En dernière analyse, qu’inférer de ces faits? Que les émissions sanguines dans de certaines limites, dans les limites thérapeutiques, n’exercent pas d’influence sensible, notable sur la température; au moins il n’est pas démontré qu’elles en exercent ; et si cette influence existe, elle est petite, variable et passagère. De nouvelles et nombreuses observations sont peut être nécessaires pour asseoir définitivement une opinion definitive ; le champ reste ouvert i aux investigateurs.
Les saignées, en soutirant le sang et diminuant de cette
manière les matériaux de l'assimilation et de la combustion. devaient faire baisser la température. Mais quelle quantité de sang faudra-t-il extraire pour que l'organisme sente le manque de ces matériaux, et qu’il en résulte l'abaisse" ment de la température? N’est-ce pas d’observation triviale que. même en l'absence de toute alimentation, dans les états anémiques anciens, la température peut s’élever beaucoup dans les cas de maladie? L’organisme n’aura-t-il pas en lui même des ressources pour suppléer promptement à i apauvrissement du sang?
Les hémorrhagies, qui s’effectuent dans le cours des maladies, abaissent souvent la température, d'autres fois elles ne la modifient aucunement, quoiqu’elles soient abondantes et répétées ; en tout cas le degré de chaleur n’est pas en rapport avec la quantité de sang perdue, les deux termes ne marchent pas parallèlement l’un à l’autre. Et pour qu’il n’y ait pas de doute à cet égard, nous consignerons ici une des nombreuses observations d’hémorrhagies notées dans notre registre thermo-sphygmo-pnéomélrique.
Ce cas se rapporte à un jeune homme, âgé de 29 ans, tempérament lymphatique, constitution faible, stature régulière, domestique, affectée de tuberculose pulmonaire au premier et second degrés avec hémoptysies copieuses.
Jje 9 à 10 heures du malin
De < à 5 heures du soir
rt
tm
tm
EL
en
Température ^
rt
tm
eo
Observations
(l.«) Dans es jour hé-
moptysie copieuse
(7(>0 grammes, un peu plus ou moins)
au matin
(2.e) Hem
(3.e) Petite hémoptysie
(4«) Crachats sanguino-
lents, seulement
(5.e) Pas de sang
(9.") Grande hémoptysie
(10.e) Crachats sangui-
nolenls, seulement
(11.8) Pas de sang
(12.e) Nouvelle hémop.
(13-") nas de sang
(15.e) Crachats sanguinolents
(16.e) Pas de sang
Cette observation, qui a été enregistrée jusqu’à la ter. minaison fatale de la maladie, est très-étendue, c’est pourquoi nous ne la transcrivons pas entièrement ici, mais ce que nous en donnons suffit à notre but.
Dans cette observation on voit: 1 °, que dans les quatre jours de grande hémorrhagie (l.er, 2.®, 9.® et 12. e) la température a oscillé entre 37°, 4 et 39°, 4 dans les matinées, où ont eu lieu les hémorrhagies, et entre 38°. 5 et 39°, 4 au soir des mêmes jours; 2.°, qu’après ces grandes pertes de sang, elle s’est élevée ou abaissée, mais toujours très peu; 3.°, que seulement dans un cas (9.® jour) la grande hémorrhagie a été suivie d’un abaissement notable de température (l°,(j), laquelle dans le même jour au soir s’est élevée de 4 °, 1 , et le jour suivant, au matin, a décliné de 0°,3, s’élevant au soir de 1°,0, c’est-à-dire dépassant de 1°,8 la
température du jour précédent au matin- 4.°, que les deux premiers jours ayant été marques par de copieuses hémorrhagies, au troisième, où une hémoptysie s’est aussi manifestée, la chaleur s’est élevée de 0°, 1 ; 5.°, que dans les jours où il n y a pas eu de perle de sang la température a été ou inférieure, ou égale, ou supérieure à celle des jours où l'hémorrhagie s’est faite.
Par conséquent les pertes de sang, soit naturelles soit artificielles, n’ont pas. dans l’étal pathologique, un effet constant sur la température. D’où l'on infère que les émissions sanguines ne sont pas un moyen anti-fébrile sûr, et qu’elles ne doivent pas être employées dans le but unique de diminuer la température; en outre que leur usage doit être très-restreint eu raison des résultats nuisibles qu’elles peuvent produire.