La température et le pouls descendent au niveau phy
siologique, ou même au-dessous, dans un espace de temps qui a pour limites 40 et 76 heures ; terme moyen, 48 heures et demie, à partir du moment où a été employée la première dose du médicament.
4. ° L’infusion de digitale agit rapidement quand elle est préparée avec 1,50 à 2 grammes de la plante pour 120 à 200 grammes d’eau. Cependant parfois l’infusion d’un gramme suffit pour faire décliner aussitôt la température et le pouls.
5. ° L’effet da la digitale est d’autant plus prononcé et prompt que la température est plus haute, le pouls plus fréquent et la dose plus élevée.
6. ° La température et le pouls commencent, en général, à décliner en même temps et d’ordinaire dans de mêmes proportions.
7. ° La température atteint le minimum ou en même temps que le pouls, ou avant, ou après lui ; ia différence de temps est généralement petite.
8. ° Le minimum de température que nous avons observé, est de 35°, et celui du pouls, de 36 pulsations par minute.
9. ° La température après être arrivée au minimum commence à s’élever et retourne au niveau normal avant le pouls*
10. ° L’usage de la digitale et de la digitaline étant suspendu, la température et le pouls continuent à décliner, durant 1 à 3 jours et plus, et restent, pendant 2 à 15 jours, au niveau inférieur au taux normal sans que le malade éprouve pour cela aucune incommodité, à moins qu’il n’y ait des vomissements, des hoquets, de l’irrégularité du pouls, etc.
11.0 Il suffit, en général d’employer pendant deux jours l’infusion de digitale pour que la température et le pouls fébriles descendent au type normal ou au-dessous de lui.
12.° La digitale administrée aux doses indiquées produit facilement les vomissements ; elle peut aussi produire, mais moins souvent, le hoquet et l’irrégularité du pouls.
13. ° Du moment où se manifeste quelqu’un de ces phénomènes on doit suspendre l’emploi de la digitale.
14. ° La température ayant été ramenée à ses limites physiologiques, la continuation de l’emploi de la digitale et de la digitaline est inutile, sinon nuisible.
15. ° L’action de la digitale et de la digitaline sur la respiration est insignifiante ou nulle.
La digitale et la digitaline sont par conséquent l’un des anti-fébriles les plus puissants et les plus rapides L
Le docteur Legroux pense que l’action de la digitale est analogue à celle produite par l’excitation du grand sympathique et principalement de ses filets vaso-moteurs. Quand le grand sympatique, dit le docteur Legroux, fonctionne faiblement, comme il arrive surtout dans les pyrexies, l’équilibre normal est rompu. La fièvre s’allume, la chaleur augmente, il se produit des congestions et des bemorrbagies, les sécrétions ne s’effectuent pas dans leur proportion normale, les vaisseaux sanguins relâchés laissent circuler le sang sans résistance, le cœur devient irrégulier et rapide dans ses contractions. Si dans ces conditions les filets vaso-moteurs du grand sympathique sont excités, ou si l’on administre la digitale, la circulation générale se régularise, l’équilibre entre les résistances des capillaires et les battements du cœur, entre l’afflux et la sortie du sang, se rétablit dans les diverses parties du corps.
L’abaissement de la température est dû à la contraction des vaisseaux qui s’effectue en raison de l’action de la di-
1 Nous avons l’habitude d’administrer l’infusion de digitale en trois parties égales, le premier tiers à 4 heures du soir ; le second à 6 heures du matin ; le troisième, à 10 heures du matin.
Quand à la digitaline, nous la donnons sous la forme de granules (granules d’Homolle) à la dose de 8 à 16 par jour, 2 de 2 en 2 heures, ordinairement. Dans la plupart des cas, 2 jours de ce traitement amènent la disparition de la fièvre et par suite la résolution de la pneumonie.
gitale sur ! e grand sympathique, les battements du cœur diminuent à leur tour.
Pour vérifier la réalité de ces contractions vasculaires le docteur Legroux, après avoir examiné les mouvements et le volume de l’artère centrale de l’appareil auditif du lapin, a injecté sous la peau du dos de cet animal un centigramme de digitaline dissous dans un gramme d’eau. Près d’un quart d’heure après il a vu, clairement, la contraction permanente de l’artère, qui a persisté jusq’au jour suivant, et les pulsations de ce vaisseau paraissaient se faire par intervalles plus rares. Les oreilles qui, ayant l’injection, avaient une température élevée, sont redevenues froides en peu de temps ; cet abaissement de la température était encore très distinct douze à quinze heures après.
Le docteur Legros, ayant obtenu les mêmes résultats en deux expériences, employant dans la première un centigramme de digitaline et dans la seconde une quantité équivalente d’infusion de poudre de digitale, partage l’opinion du docteur Legroux sur le mode d’action de la digitale.
Le docteur Billroth, professeur de clinique chirurgicale à Vienne, en Autriche, pense que l’abaissement de la température, consecutif à l’emploi de la digitale, est dû à la diminution des oxydations organiques, diminution qui a pour cause l’affaiblissement et la lenteur de la circulation, résultant de l’action de la digitale. Le célèbre chirurgien viennois admettant que l’une des circonstances qui influent sur les oxydations organiques, est la rapidité avec laquelle l’oxygène se met en relation avec les corps oxygénables (ce qu’il exprime par rapidité d’impulsion des corps oxydables ), suppose que la vélocité d’impulsion du cœur et des vaisseaux, la pression du sang sur leurs parois internes, influent sur la rapidité et l’intensité des procédés d’oxydation.
Silicate de potasse
Expérimentation physiologique ; effets immédiats
de l'application du silicate de potasse sur la peau, en égard notamment à la température
Le desideratum de la médecine est la thérapeutique rationnelle ; en d’autres termes, l’emploi des moyens curatifs basé sur leurs effets physiologiques. Pour atteindre ce but, auquel doivent tendre tous les efforts du médecin, la condition essentielle consiste à connaître les effets immédiats des moyens thérapeutiques sur l’organisme. C’est seulement ainsi que le médecin pourra justifier la prescription de tel ou tel médicament par le secours d’un raisonnement, dont les effets physiologiques seront les prémisses, et les effets thérapeutiques la conclusion ; seulement alors le médecin pourra donner te motif de l’utilité du moyen thérapeutique prescrit, en se fondant sur les explications physiologiques.
Applicons ces considérations au silicate de potasse, et voyons si son emploi dans le traitement de l’érysipèle est rationnel ou simplement empirique, s’il découle des effets physiologiques ou s’il a pour unique raison l’expérience clinique. Nous espérons pouvoir démontrer que 1e traitement de l’érysipèle par 1e silicate de potasse est rationnel et justifié par l’expérience clinique. Voyons donc tout d’abord quelle est l’action du silicate de potasse sur la peau saine, et ensuite quels sont tes résultats thérapeutiques de son application dans l’érysipôle.
Nous ne connaissons pas tes résultats des expériences faites par d’autres observateurs ; nous ne savons même pas que quelqu’un tes ait entreprises. C’est de notre propre inspiration et sur nous-mêmes que nous avons fait tes pre-
miers essais d’expérimentation, en appliquant sur divers points de la peau le silicate de potasse dans la proportion d’une partie de ce sel (liqueur des cailloux) pour 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, I d'eau ; nous employâmes ensuite la liqueur des cailloux pure (composée d’une partie de silice et de quatre d’hydrate de potasse).
En appliquant le liquide, à l’aide d’un pinceau, sur la peau, nous éprouvâmes, sur le lieu du dépôt, une sensation de fraîcheur, accompagnée d’une certaine rétraction, de crispation, de rétrécissement de la peau, qui ne tardait pas à se décolorer un peu. L’examen thermométrique de la peau avant l’application du silicate de potasse comparé avec celui qui fut fait après celte application, démontra une diminution de température dans le second cas.
Ces phénomènes, sensation de fraicheur, rétraction, pâleur et abaissement de température, duraient plus ou moins long temps, de cinq minutes à quatre heures, et se dissipaient ensuite complètement. Ils étaient généralement plus prononcés avec la solution concentrée de silicate, mais il n’y avait pas ici une corrélation rigoureuse ; les deux termes n’étaient pas rigoureusement, proportionnels.
Ayant recouvert notre main gauche d’une couche de liqueur des cailloux, la peau se rétracta au point d’apporter une certaine gêne à ce que la main se fermât ; en d’autres termes, cette main avait moins de facilité à se fermer que la main droite.
De ces expériences nous conclûmes que l’action topique du silicate de potasse était astringente et qu’elle devait être utile dans le traitement de l’érysipèle, en raison des conditions anatomo-pathologiques de cette maladie.
Nous étendîmes ensuite le champ de nos expériences, notant avec une extrême exactitude les modifications de température à l’aide d’un thermomètre très-sensibile qui marquait jusqu’à des dixièmes de degré. Nous consignons ici les résultats d’une bonne partie de ces expérimenla-
tions, au nombre de 148, et nous en tirerons les conclusions.
Pour faciliter l'examen et l’appréciation de ces données expérimentales, nous avons établi des tableaux dans lesquels nous indiquons le numéro d’ordre des expériences, l’âge, le tempérament, la constitution, la stature et la profession des individus soumis à ces expériences, les heures du jour où ces dernières ont été faites, les parties ou régions sur lesquelles le silicate de potasse a été appliqué et dont nous constations ensuite la tempéralure, le degré de concentration de la solution de silicate de potasse employée, la température de la peau avant et après l’application jusqu’au moment où on notait la température, afin d’apprécier rigoureusement la durée et la marche des modifications thermiques produites par la solution silicique. De cette façon nous avons rendu régulières, méthodiques et suffisamment variées nos expériences et par conséquent dans les circonstances nécessaires pour pouvoir apprécier leurs résultats.
Ces tableaux, en indiquant les conditions des individus qui ont fait l’objet des expériences, fournissent encore les éléments nécessaires pour apprécier l’influence des conditions individuelles sur les résultats de l’expérimentation.
Les individus sur lesquels nous appliquions le silicate de potasse, nous disaient sentir, sur le siège de ce dépôt, un froid et un rétrécissement plus ou moins prononcés. Nous avons aussi et assez souvent observé que la peau devenait plus pâle, surtout quand elle était naturellement rouge, congestionnée. Ces phénomènes ne sont pas consignés dans chacune des expériences, parce qu’ils ne pouvaient être rigoureusement déterminés ni par l’observation ni par les individus qui fesaient l’objet des expériences : d’ailleurs il serait extrêmement difficile, siuon impossible, d’exprimer les différences ou les nuances de ces phénomènes. C’est pourquoi nous avons concentré notre attention sur l’iùdication de la température, non seulement parce qu’elle consti-
tue un phénomène très-rigoureusement apréciable, mais encore parce que la température représente, résume tous les autres phénomènes locaux ; elle est, pour ainsi dire, la résultante des modifications qui s’opèrent dans la partie à la suite de l’influence de l’application du silicate de potasse.
En effet, la solution silicique, par son action astringente, doit produire dans la peau la crispation de ce tissu, le resserrement de ses vaisseaux sanguins, et par conséquent la diminution du sang dans les capillaires, d’où résultent nécessairement la pâleur, la décoloration de la peau et le réfroidissement ou abaissement de température par diminution das combustions organiques.
Le silicate de potasse, que nous avons employé, était, non pas crystallisè, mais bien liquide, la liqueur des cailloux telle qu’on la trouve dans les pharmacies.
La liqueur des cailloux est un liquide de consistance sirupeuse, clair, limpide, fortement alcalin, soluble dans toutes les proportions d’eau, d’une densité de 1,321 ou 35° Beaumô. Le chlorure de sodium, les carbonates alcalins et l’alcool précipitent le silicate ; les acides étendus convertissent ses dissolutions en masse sous forme de gelée. La liqueur des cailloux se compose d’une partie de silice et de quatre d’hydrate de potasse. C’est de ce liquide, tantôt pur, tantôt mélangé à de l’eau en différentes proportions, que nous avons fait usage tant dans nos expériences physiologiques que dans le traitement des érysipèles.
Nous devons faire observer que: l.°, pour la détermination de la température, le thermomètre restait appliqué toujours plus de 15 minutes; 2.°, la surface externe de la boule du thermomètre, ou celle qui n’était pas en contact avec la peau, était toujours recouverte de coton; 3.°, la température de la peau a été prise après la dessication de la solution de silicate de potasse appliquée; 4.°, l’application du silicate de potasse ou de sa solution a été faite avec
un pinceau, étendant chaque fois une à deux couches du liquide sur la peau.
Après avoir exposé les résultats de l’expérimentation physiologique, voyons quelles conclusions en peuvent être tirées au point de vue de l’action du silicate de potasse sur la température locale ou de la région sur laquelle ce médicament a été appliqué. Les voilà :
l.° L’abaissement de température a été très-sensible dans quelques cas, d’autant plus qu’il est arrivé à atteindre le chiffre élevé de 5°,1 chez des individus de 25 à 45 ans ; ensuite le plus grand abaissement a été noté dans les âges de 45 à 70 ans, où il a été de 4°,1 ; vient après l’âge de 16 à 25 ans 3°, 4, et enfin, mais avec une grande différence, l’âge supérieure à 70 ans 1°,0. L’abaissement moyen dans les différents âges suit cette échelle décroissante :
de 25 à 45 ans 1°,68
de 45 â 70 ans «. 1°,15
de 16 à 25 ans 0°,86
au-dessus dâ 70 ans (un seul cas) 0°,58
L’abaissement le plus faible a été, pour tous les âges, de 0°,1.
2° De toutes les constitutions, celle dans laquelle la température a. le plus baissé, a été la constitution forte, le thermomètre a descendu jusqu’à 5°,1 ; vient ensuite la constitution moyenne avec un abaissement maximum de 4°, 9 ; puis, mais avec une grande différence, la constitution faible 2°, 6 et la constitution détériorée 2°,1 . Ces deux derniers états de l’organisation paraissent donc résister beaucoup plus à l’action du silicate de potasse, ce qui n’est pas bien surprenant. L’abaissement moyen de température diffère beaucoup entre les deux premières constitutions et les deux dernières ; il a été dans la constitution forte de 1°,55, dans la moyenne de T, 07,
tandis qu’il n’atteint que 0°, 93 dans la taible et 0°,94 dans la détériorée.
3° En ce qui concerne les régions sur lesquelles on a appliqué le silicate de potasse, le maximum d’abaissement de température s’est manifesté aux cuisses 5®,1 ; puis, avec une légère différence, aux jambes 4°, 9, aux mains 4°, 2, et, avec une plus grande différence, aux bras 3°, 2 et aux pieds 2a,i. L’abaissement moyen de température dans les régions explorées a suivi cette échelle décroissante : main 1°, 7 ; jambe I°,24 ; cuisses 1°,05 ; pieds 0°,94 ; bras 0°,87.
4° L’abaissement le plus faible de température 0°,1 a été observé une demi-heure, une et deux heures après l’application du silicate de potasse. La plus grande diminution de température 5°,1 a été constatée un quart d’heure après l’application du silicate de potasse ; la diminution immédiatement plus faible, 4°, 9, a eu lieu ‘/a, 1 et 2 heures après l’apposition du médicament.
5° L’abaissement moyen, dans les quatre époques d’observation, a oscillé entre 0°,94 et 2°, 27. La distribution de ces quatre époques en série décroissante au point de vue de l’abaissement moyen de température dans chacune d’elles, donne le résultat suivant:
Epoques : — 1 heure — 7* d’heure — 1/a heure — 2 heures Degrés : — 2°, 27 — 4°, 94 — 1°,08 — 0°,94
D’où il suit que la température n’a point baissé progressivement après l’application du silicate de potasse; elle a, au contraire, beaucoup varié, ce qui ne doit point surprendre attendu les circonstances extrêmement variées, particulières aux divers individus soumis à l’expérimentation physiologique. Mais le phénomène capital domine, à savoir : l’abaissement de la température locale est un fait général après l’application du silicate de potasse. Chez quelques in-
dividus l’abaissement a été très-sensible (5°,1), chez d’autres très-léger (G0, 1), l’abaissement moyen de tous les examens thermométriques étant de 0°,75, c’est-à-dire assez remarquable et très-digne d’attention.
Il y a eu, relativement, très-peu de cas dans lesquels le thermomètre n’a dénoncé aucune diminution de température après l’application du silicate de potasse, et qu'il y avait, au contraire, élévation de température ; dans d’autres cas, le thermomètre montait, puis descendait. Des dispositions spéciales aux individus, de réaction ou de susceptibilité nerveuse, rendent compte de ces exceptions qui n’infirment pas la régie générale ; dans tous les cas la calorification a été éprouvée par le médicament.
On peut donc tirer de l’expérimentation physiologique cette conclusion générale : le silicate de potasse est un médicament astringent, hypotherménisant local.
Il y a très-longtemps déjà que nous employons le silicate de potasse comme traitement exclusif de l’érysipèle. Le nombre de cas que nous avons observés est déjà considérable, mais nous ne rapporterons que ceux dont nous avons suivi journellement l’observation, notant deux fois par jour, au moins, les modifications de température, du pouls et de la respiration.
Nous n’indiquons pas en détail tout le tableau des symptômes de l’érysipèle, ni les modifications qu’ils présentaient dans le cours de la maladie jusqu’à la guérison, parce que ce sont là des choses connues de tous les praticiens ; mais nous sommes minutieux et rigoureux dans la détermination biquotidienne de la température, comme étant le meilleur phénomène qui représente l’intensité, la gravité et la marche de l’érysipèle, et, par suite, les effets ou l’action du silicate de potasse sur cette affection.
Après avoir développé le mode d’action physiologique du silicate de potasse, après avoir recueilli des observations
cliniques qui démontrent Faction thérapeutique de ce médicament dans l’érysipèle, voyons quelle a été la curabilité et la durée de l’érysipèle exclusivement traité par les applications externes du silicate de potasse.
Pour apprécier convenablement la valeur d’un moyen thérapeutique, d’un médicament, dans une maladie donnée, il ne suffit pas de déterminer la curabilité de cette maladie sous l’influence du moyen employé pour la combattre ; il est encore nécessaire d’indiquer quelle esi la durée de la maladie traitée par ce moyen et de la comparer avec la durée de la même maladie soumise aux autres moyens thérapeutiques. Pour plus de rigoureuse exactitude, il faut encore fixer quels sont les accidents qui, d’habitude, se manifestent dans le cours ou à la suite de la maladie. Finalement, comme question secondatre, mais très-importante surtout dans les hôpitaux et dans les établissements de bienfaisance, il convient de déterminer le chiffre des dépenses du traitement. Or, à ces quatre points de vue, — curabilité, durée de la maladie, accidents concomitants ou consécutifs, et l’économie, — le traitement de l’érysipèle par le silicate de potasse l’emporte avantageusement sur tous les tulres.
Traitée par tous les moyens indiqués dans les ouvrages classiques, cette maladie a résisté plus ou moins ; de nombreux cas d’insuccès ont été signalés, la mortalité a été plus ou moins grande; en somme, aucun de ces moyens ne mérite confiance. Si l’on consulte les statistiques, on y trouve la démonstration complète de celte assertion ‘. De là vient, que ces moyens thérapeutiques ont été alternativement préconisés, puis abandonnés. Pas un seul des cas d érysipèle, observés et traités par nous, soit en Europe
1 De la statistique des hôpitaux de Paris dans les deux années 1862 et 1863 on déduit que la mortalité de l’érysipèle spontané a été de 1:7,7 ou 14,4 pour 100.
3tiO
soit en Amérique, par le silicate de potasse, n’a manqué de guérir. La curabilité a été complète et la mortalité nulle. Quelle qu’ait ôté la région affectée, quelles qu’aient ôté l’intensité et l’étendue de l’érysipèle, quelle qu’ait été la gravité de cette maladie, toujours elle a ôté complètement vaincue par les applications externes de silicate de potasse exclusivement.
Il convient dès à présent de signaler un autre avantage de ce traitement, c’est sa simplicité. Dans les divers et va. riés traitements de l’érysipèle, il est très-rare qu’un seul moyen thérapeutique soit employé, quand l’érysipèle atteint un certain degré de gravité; aux applications externes, ordinairement complexes, se joignent des médicaments internes, quand l’érysipèle a une certaine intensité, une certaine étendue. Dans le traitement par le silicate de potasse, aucun médicament ne s’administre à l’intérieur au malade, quelle que soit sa situation ; le silicate de potasse est le médicament exclusivement appliqué. Cette circonstance est de très-grande importance, parce qu’il peut se présenter des cas dans lesquels le malade ne saurait supporter l’administration de médicaments internes, ou ceux-ci ne conviendraient pas à son état général en raison de circonstances spéciales.
Ainsi donc, le traitement de l’érysipèle par le silicate de potasse non seulement est supérieur, par le résultat curatif, à tous les autres employés jusqu’ici, mais encore il est plus simple et toujours applicable quel que soit l’état du malade.
Pour apprécier avec exactitude la durée de l’érysipèle soumis uniquement au traitement par le silicate de potasse noiis avons rangé les cas observés selon les circonstances qui ont pu ie modifier, telles sont les conditions individuelles (âge, tempérament, constitution) et le siège de l’érysipèle.
Nous allons donc examiner quelle a ôté la durée mini-
ma, maxima et moyenne de l’érysipèle dans chacune de ces circonstances, ensuite la durée moyenne générale ou de tous les cas, quelles que soient les conditions du malade et de la maladie.
Il résulte de nos observations cliniques :
1° Que le cas 'de moindre durée (2 jours) s’est présenté à l’âge de 20 à 45 ans, et qu’à ce môme âge appartient le cas de la plus grande durée (10 jours) ; pour les autres âges la durée de l’érysipèle a varié entre 3 et 8 jours.
2° Que dans les âges de 10 à 20 ans, la durée minima de l’érysipèle a été de 3 jours, la durée maxima de 7 jours, et la durée moyenne de 5 jours.
3° Que dans les âges de 20 à 45 ans, la durée minima de l'érysipèle a été de 2 jours, la maxima de 10. et la moyenne de 5,1 jours.
4° Que dans les âges supérieurs à 45 ans, la durée minima de l’érysipèle a été de 3 jours, la maxima de 7, la moyenne de 4,5 jours.
5° Que si l’on considère tous les cas d’érysipèle, dans tous les âges, la durée moyenne a oscillé entre 4,4 jours et 5,1 jours, la moyenne générale étant de 4,9 jours l. Donc, l’âge n’a point d’influence notable sur la durée de l’érysipèle soumis au traitement par le silicate de potasse, puisque la différence générale a été à peine de quelques heures.
Des mômes observations cilniques il ressort :
l.° Que la moindre durée de l’érysipèle (2 jours) a eu
‘ M Maurice Raynaud a écrit: «Règle générale, il est fort rare qu’uu érysipèle, si bénin qu’il soit, dure moins de huit à neuf jours (Nouv. dict. de méd. et de chir. prat., t. 14.°, p. 59; Paris, 1871).* Eh bien, par rapport au silicate de potasse on pourra dire: règle générale, il est fort rare qu’un érysipèle, si grave qu’il soit, dure plus de huit à neuf jours.
lieu chez un malade de tempérament sanguin, et la plus forte (10 jours) chez un de tempérament mixte.
2° Que dans le tempérament sanguin, la durée absolue de l’érysipèle a oscillé entre 2 et 8 jours, le plus grand nombre de guérisons, proportionellement au nombre total des cas (4 :11), ayant eu lieu en 3 jours. La durée moyenne des érysipèles chez les tempéraments sanguins a été de 4,5 jours.
3° Que pour le tempérament lymphatique la durée absolue de l’érysipète a varié entre 3 et 6 jours, le plus grand nombre de cas, tant au point de vue absolue (3 cas) que proportionnellement au nombre total des cas (3:5), ayant été guéri en 3 jours. La durée moyenne de la maladie a été, chez les malades de tempérament lymphatique, de 5 jours.
4° Que chez les individus de tempérament mixte, la durée minima de la maladie a été de 3 jours, la maxima de 40 jours, la moyenne de 5,6 jours, un bon nombre, le tiers, ayant été guéris en 3 jours, et la majeure partie, presque tous (9:40), entre 2 et 7 jours.
5° Qu’en ce qui concerne tes tempéraments des malades, la durée moyenne de l’érysipèle a oscillé de 4 à 5,6 jours, la durée moyenne de tous les cas étant de 4,9 jours. Donc, l’influençe des tempéraments sur la durée de l’érysipèle, traité par le silicate de potasse, a été presqu’insignifiante.
Les mêmes observations montrent :
4° Que des différentes constitutions des malades, la plus forte a été celle chez laquelle on a obtenu la cure la plus rapide (en 2 jours), et la plus faible ceile chez laquelle l’érysipèle a duré le plus long temps (40 jours).
2° Que chez les constitutions fortes, la durée de l’érysipèle a été comprise entre 2 et 8 jours, la maladie ayant disparu dans le tiers des cas en 3 jours, et dans le plus grand nombre (7:9) entre 2 et 6 jours, la durée moyenne dans tous les cas ayant été de 4,5 jours.
3° Que chez les malades de constitution moyenne, l’érysipèle a duré de 3 à 8 jours, le plus grand nombre des cas (10:13) ayant guéri entre 3 e 6 jours; la durée moyenne
de l’érysipèle fut de 5,1 jours.
4° Que la plus grande durée de l’érysipèle (10 jours) s’est rencontrée chez un malade de constitution faible, et que la durée la plus courte fut de 3 jours, la plus grande partie (2:3) des cas ayant guéri en 3 et 4 jours ; la durée moyenne de l’érysipèle chez ces malades fut de 5,6 jours.
5° Que des malades, qui font le sujet de cette statistique, un seul avait une constitution détériorée, et que chez cet individu l’érysipèle, de peu d’intensité et de faible étendue, a guéri en 3 jours.
6° Que la durée moyenne de l’érysipèle, dans les différentes constitutions, a varié entre 4,6 et 6,6 jours, la moyenne générale de la durée chez toutes les constitutions étant de 4,9 jours. t)onc, la constitution des malades a eu peu d’influence sur la durée de l’érysipèle traité par le silicate de potasse.
De 26 cas d’érysipèle le plus grand nombre (H) a eu lieu aux jambes, suivant dans l’ordre décroissant de fréquence: la tête (5), tout le membre inférieur (3), les cuisses (2) ; puis viennent, avec une égale fréquence, les autres régions (hypogastre, scrotum, genou et pieds).
L’examen de ces observations fait voir :
1° Que la durée la plus courte (2 jours) et celle la plus grande (10 jours) de l’érysipèle ont été observées quand il siégeait aux jambes.
2° Qu'à la tète, la durée de l’érysipèle a varié entre 3 et 7 jours, le plus grand nombre de cas (3:5) ayant guéri en 3 à 5 jours ; la durée moyenne de l’érysipèle céphalique fut de 5,2 jours.
3° Que dans un cas unique d’érysipèle à l’hypogastre, la guérison eut lieu en 3 jours ; dans un autre, au scrotum,
en 6 jours ; dans un autre aux pieds, en 4 jours ; enfin un cas d’érysipèle ambulant guéri en 6 jours.
4° Qu’aux cuisses, la durée de l’érysipèle fut de 3 jours.
5° Que la durée de l’érysipèle aux jambes a été dans la plus grande part des cas (9:11) de 2 à 5 jours, la durée moyenne étant de 4,4 jours. Un seul cas fut guéri en 7 jours, et un autre en 10.
6° Que la durée des érysipèles qui envahirent tout le membre pelvien, a oscillé entre 6 et 8 jours, la durée moyenne étant de 7,3 jours.
7° Que la durée moyenne de l'érysipèle par rapport à son siège a varié entre 3 et 7,3 jours. Par conséquent le siège de l’érysipèle a une influence prononcée sur la durée de cette maladie.
Nous noterons aussi, comme conclusions générales déduites des mêmes observations :
1° Que l’érysipèle, quels que soient son siège et les conditions individuelles, se guérit dans la majorité des cas (20:26) en 2 à 6 jours; qu’un grand nombre de ces cas, presque la moitié (8:20), se guérit en 3 jours.
2° Que peu de cas d'érysipèle (6:26) ont duré plus de 6 jours, 2 (2:26) ayant duré 8 jours, et I seul 10 jours.
3° Qu’en rangeant par ordre de fréquence les jours de durée de l’érysipèle, on arrive aux résultats suivants :
Nombre de jours : 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10.
Nombre de cas: 8, 4, 4, 3, 3, 2, 2, 1.
Finalement, la durée moyenne de l’érysipèle, traité par le silicate de potasse, a été de 4,9 jours, soit 4 jours et 22 heures.
Conclnsions :
1° Aucun des moyens généralement employés pour combattre l’érysipèle ne mérite une entière confiance.
2* L’emploi de ces moyens est ordinairement accompagné de l’administration interne de médicaments.
3° L’emploi de quelques uns de ces moyens est souvent accompagné ou suivi d’accidents désagréables ou préjudiciables.
4° Ii y a des cas dans lesquels ce traitement mixte, interne et externe, est nuisible ou contrindiqué par des circonstances spéciales.
5° L’action physiologique et thérapeutique du silicate de potasse est astringente et hypotherménisante.
6° Cette action est démontrée par l’expérimentation physiologique et clinique.
7° L’emploi du silicate de potasse dans le traitement de l’érysipèle est rationnel.
8° Le silicate de potasse mérite une entière confiance, comme moyen curatif de l’érysipèle.
9.® L’application du silicate de potasse dans l’érysipèle n’est jamais accompagné ni suivi d’accidents regrettables et moins encore préjudiciables.
10° Le silicate de potasse, convenablement appliqué dans l’érysipèle, dispense de tout autre moyen thérapeutique tant interne qu’externe.
11° Le silicate de potasse, à lui seul, a guéri l’érysipèle dans touts les cas, déjà nombreux, où nous l’avons appliqué. Il doit donc très-rarement se rencontrer un cas d’érysipèle qui résiste à l’application de ce médicament.
12® Il doit très-rarement se rencontrer quelque circonstance qui contrindiqué l’application du silicate de potasse dans l’érysipèle. En ce qui nous concerne, nous n’en avons jamais rencontré.
13° Le silicate de potasse non seulement guérit l’érysipèle, mais constitue encore le meilleur moyen pour empêcher les récidives ou répétitions de cette maladie. C’est donc un moyen curatif et préventif.
14° Aucun moyen ne guérit l’érysipèle si promptement,
cœteris paribus, comme le silicate de potasse convenablement appliqué.
45° Enün, au point de vue de la curabilité, de la durée de la maladie, des accidents concomitants ou consécutifs, de l’opportunité, de la simplicité, et de l’économie, le silicate de potasse a le grand avantage d’être très-supérieur à tous les autres moyens thérapeutiques dans le traitement de l’érysipèle.
Propylamine, triméthylamine et leurs sels
Le Dr Victor Guibert, professeur à Louvain, fut peutêtre le premier qui étudia, en 1864, l’action physiologique de la propylamine, ou plutôt de la triméthylamine, en faisant des expériences sur lui-même l.
Action i ocale. Peau et muqueuses. — Les observateurs sont d’avis que l’action locale de la propylamine ou de la triméthylamine est irritante, que cette action est bien accentuée sur les membranes muqueuses et presque nulle sur la peau. Les docteurs Guibert et Dujardin-Beaumelz lui attribuent une action caustique sur les muqueuses. M. Guibert» après avoir déposé une goutte de propylamine sur la muqueuse labiale, a noté de la formation d’une petite plaie. Les expériences que nous avons faites ne confirment pas entièrement ces données expérimentales. Voici ce que nous avons remarqué sur nous-même et sur d’autres individus avec la propylamine du commerce, venant de Paris.
En recouvrant la peau avec une couche de liquide propylamique (méthode sus-épidermique) aucun phénomène ne
1 Histoire naturelle et médicale des nouveaux médicaments introduits dans la thérapeutique depuis 1830. — Bruxelles, 1865.
se manifesta, si ce n’est une certaine fraîcheur. En l’appliquant en frictions (méthode iatraleptique) avec un morceau do flanelle, il se développa une certaine rougeur et une chaleur modérée, comme si la friction était sèche. Il semble que la propylamine n’a aucune part dans la production de ces effets. Des compresses imbibées de propylamine et appliquées sur la peau produisent quelquefois de la rougeur, et d’autres fois rien. En renouvelant ces compresses, toutes les six ou huit heures, et en les maintenant fixées au même endroit, pendant vingt-quatre heures, à l’aide d’un bandage, nous avons observé le plus ordinairement de la rougeur et quelquefois aussi une légère démangeaison.
En maintenant sur le même point l’application des compresses renouvelées toutes les huit heures, pendant quatre ou six jours, nous avous noté une rougeur bien prononcée, accompagnée d’une certaine ardeur, de chaleur et quelquefois de prurit. La rougeur persiste de douze à trinte-six heures. Quant aux autres phénomènes, ils disparaissent au bout de quelques heures. Il résulte de ces expériences que l’action du liquide, connu dans le commerce sous le nom de propylamine, est nulle sur la peau, ou légèrement irritante lorsque son ^application est continuée pendant plusieurs jours.
Les vapeurs de]propylamine produisent sur la muqueuse nasale et la conjonctive de l’excitation avec de l’hypercrinie, qui se manifeste par du coryza et du larmoiement.
Nous nous sommes appliqué de la propylamine sur la langue et nous avons éprouvé de la fraîcheur, puis une certaine chaleur. Il survient rapidement (par action réflexe) une salivation plus ou moins abondante. Nous n’avons jamais observé la moindre ulcération. Peut-être l’effet escharotique, indiqué par quelques observateurs, a-t-il été produit par une solution concentrée de propylamine ou de triméthylamine.
Ingérée dans l’estomac, à la dose de 50 centigrammes
à 2 grammes, en solution dans 120 à 200 grammes d’eau distillée, elle ne produit aucun effet appréciable sur le moment. Cependant, chez quelques individus plus susceptibles ou malades, elle détermine de l’ardeur à la gorge, de la chaleur dans l’estomac, de nausées, et plus rarement, avec ces doses, des vomissements. On observe souvent une certaine excitation de la muqueuse digestive, qui se traduit par une augmentation d’appétit et par une plus grande facilité de digestion. La diarrhée est rarement provoquée. Nous n’avons jamais observé une irritation prononcée du tube digestif, pas même chez quelques malades qui ont pris chaque jour 4 grammes de propylamine.
Cependant le docteur Guibert, après avoir versé trois cuillerés à thé de propylamine dans un verre d’eau, et l’avoir absorbé en quatre fois, éprouva une forte gastralgie, avec une sensation de brûlure dans l’œsophage et de froid général. Le dr. Bernutz, avec lgr,5 et ensuite 2 grammes de propylamine, ressentit aussi une vive gastralgie et en même temps il parut avoir de l’hypercrinie ou augmentation de la sueur l.
H est probable que la propylamine, ou la triméthylamine, introduite dans l’estomac et mise en contact avec l’acide chlorhydrique 2 du suc gastrique, se convertit, au moins partiellement, en chlorhydrate de propylamine ou de triméthy-
1 L’Art médical, n.° 1, p. 6. Bruxelles, 1873.
2 Schifï suppose que l’acide chlorhydrique est intimement combiné avec la pepsine et qu’ils forment ensemble un acide désigné par lui sous le nom de clilorhydro-peptique. Bareswill et Claude Bernard pensent que l’acide chlorhydrique ne préexiste pas dans le suc gastrique, mais qu’il se forme par une réaction de l’acide lactique sur les chlorures. Bellini, de Florence, a publié em 1871 un travail tendant à démontrer que cet acide existe à l’état de liberté dans le suc gastrique. Rabuteau est parvenu dernièrement à séparer l’acide chlorhydrique du suc gastrique et à le doser. Il est indifférent pour le sujet que nous traitons, que cet acide soit libre ou à l’état de combinaison.
lamine et que c’est sous cette forme que ce médicament est absorbé.
Elle peut cependant être absorbée partiellement en nature, sans subir cette transformation préalable. Il est possible aussi que la triméthylamine se décompose dans l’estomac et donne naissance à l’ammoniaque *, laquelle produirait d’abord l’excitation locale et, après son absorption, une stimulation générale.
Il peut se faire que toute ou partie de celte ammoniaque passe dans l’estomac à l’état de chlorure d’ammonium ou de chlorhydrate d’ammoniaque.
Absorption et élimination. — La propylamine, de même que la triméthylamine, étant volatiles, doivent être absorbées avec rapidité. Leur élimination se fait par les reins, par les glandes sudoripares et probablement aussi par les voies respiratoires ou pulmonaires. Dans leur passage à travers les capillaires de ces organes, elles doivent les stimuler, d’où l’hyperdiurèse, l’hyperhydrose, l’hypercrinie muqueuse et l’expectoration plus facile.
Action générale. — Pour plus de clarté, nous allons passer en revue les divers appareils et fonctions, en indiquant les effets produits sur eux par la propylamine ou la trimé, thylamine, après leur absorption. .
A. Circulation. — C’est sur cette fonction que les effets de la propylamine, tant chez l’homme que chez les ani-
1 Voici comment peut s’opérer cette réaction: