‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 63 sur 64 · CH3 (H · texte numérisé non relu

CH3 (H

Triméthylamine Eau. Ammoniaque. Alcool méthylique

maux, se montrent de la façon la plus accentuée. Le phénomène capital est le ralentissement avec faiblesse des mouvements cardiaques, et consécutivement la lenteur et la faiblesse du pouls, qui sont d’autant plus prononcées que l’action sur l'appareil circulatoire est plus exagérée. La lenteur du pouls, sa faiblesse, ainsi que celle de la tension artérielle, ont paru tellement remarquables au docteur Namias, de Venise, qu’il n’hésite pas à affirmer qu’il ne connaît aucun médicament susceptible de pouvoir être comparé, à ce point de vue, à la propylamine. La digitale et la digitaline lui seraient inférieures en action, et ausssi comme promptitude dans la manifestation de leurs effets. Au défaut de preuves, s’ajoute ici une grande exagération, comme nous le verrons.

A l’état normal, la chute et la rémission du pouts sont peu prononcées. 11 existe cependant à cet égard une grande variété, suivant la susceptibilité et les dispositions spéciales des individus. Le Dr Guibert, ayant pris 1 gramme de triméthylamine du commerce, vit son pouls tomber de 66 à 59 pulsations, et ensuite, avec une dose plus élevée à 54. Des expériences du Dr Dujardin-Beaumetz, faites avec le chlorhydrate de triméthylamine sur lui-même et sur d’autres individus, il résulte que la plus grande diminution du pouls fut dans nn cas de 6 pulsations et dans un autre de 12. Les résultats de nos expériences concordent avec ces faits.

Dans les cas de fréquence exagérée du pouls, dans les états fébriles, la diminution est en général beaucoup plus sensible. Ainsi, sur nos tabllaux thermo-sphygmo-pnéométriqaes, on voit , avec 1 à 3 grammes de propylamine du commerce, le pouls tomber en vingt-quatre heures, dans des cas de rhumatisme et de pneumonie aiguë, de 104 à 84 (différence 20), de 84 à 64 (différence 20), de 104 à 60 (différence 44), de 108 à 60 (différence 48, au moment de la défervescence de la pneumonie). Un malade qui, le pre-

mier jour de son entrée à l’hôpital, présentait 104 pulsations, n’en avait plus que 44 (différence 00) au bout de six jours de traitement par la propylamine. La plus grande diminution du pouls que nous ayons notée, a été de 48 pulsations (en vingt-quatre heures), et sa plus grande lenteur a été de 44 pulsations. Le pouls peut donc, sous l’influence de la propylamine, descendre beaucoup au-dessous de son degré normal de fréquence.

En général, il décroît progressivement. Il est cependant des cas ou il ne subit aucune modification (du premier au quatrième jour à peu près), et où il diminue ensuite de fréquence ; il en est d’autres, rares à la vérité, dans lesquels il continue à augmenter de fréquence (du premier au troisième jour à peu près), pour s’abaisser ensuite. Nous avons encore constaté quelquefois que le pouls était tantôt plus fréquent et tantôt plus lent dans les premiersjours, et qu’il subissait ensuite une franche décroissance. Les conditions spéciales des individus et de la maladie pourront expliquer ces variations, qui ne s’accordent pas toujours avec la température. Nous avons présenté le tableau thermique et sphygmique d’un malade atteint de pneumonie aiguë, et chez lequel le pouls augmenta de fréquence immédiatement après qu’il eut absorbé 50 centigrammes de propylamine. Nous lui administrâmes le même jour 1 gramme du même médicament, et le lendemain le pouls baissa de 8 pulsations; le jour suivant, il avait baissé de 15. On le voit, le fait dominant est le ralentissement du pouls.

Le pouls non seulement devient moins fréquent, mais aussi, le plus ordinairement, plus mou et moins ample. Un doigt exercé reconnaît ces modifications du pouls, que révèle le sphygmographe. Le tracé sphygmographique du Dr Dujardin-Beaûmetz, pris sur lui-même, décèle une amplitude moindre du pouls. Les tracés que nous avons relevés sur différents malades soumis à l’influence de la propylamine, montrent une diminution dans sa force et dans

son amplitude. En effet, la ligne ascendante ou diastolique est plus petite et plus oblique *.

La tension artérielle diminue aussi, quoique d’une manière moins sensible.

La propylamine est donc un médicament sédatif de la circulation, qui doit diminuer les fluxions sanguines, et, de la sorte, être utile dans les états inflamatoires aigus.

B. Sang. — Quelques observateurs ont noté, comme nous l’avons dit, une plus grande diffluence ou un moindre épaississement du sang. La propylamine serait donc un médicament liquéfiant ou hèmalolitique plasmatoide.

C. Nutrition. — D’après ce qui précède, il était à supposer que cette grande fonction devait' s’affaiblir. C'est ce qui a été démontré par les Drs Fargier-Lagrange et Bouchard. qui ont constaté que la quantité’de l’urée diminuait, ce qui indique une diminution dans les combustions organiques. La propylamine est donc un médicament modérateur de la nutrition.

D. Température. — Par son'Jaction sur la circulation et la nutrition, la propylamine devait abaisser la température. Effectivement, tous les observateurs lui reconnaissent cette action. Ce fut, avec la lenteur et la faiblesse du pouls, le phénomène qui attira le plus l’attention du Dr Namias (de Venise), lorsque la plupart des médecins, qui étudiaient cette substance, s’extasiaient devant sa vertu analgésique.

Le D1' Namias ne fut cependant pas rigoureusement vrai en supposant l’action de la propylamine identique à celle

1 Nous appelions la première partie (ligne ascendante) do la pulsation sphymograpliique ligne diastolique et non systolique (ainsi qu’ou a coutume de l’appeler), parce qu’elle ne correspond pas rigoureusement à la systole ventriculaire, mais bien à la diastole arté. rielle.

de la digitale; celle-ci n'est seulement plus énergique et plus prompte à se produire. La digitale rend le pouls plus lent, mais elle ne lui enlève rien de sa force ; elle l’augmente au contraire le plus ordinairement. La digitale est un tonique du cœur, tandis que la propylamine est un sédatif de cet organe. Les deux substances, il est vrai, retardent les mouvements cardiaques, et l’on peut dire, à ce point de vue, qu’elles se ressemblent. Quant à leur action hypolherménisante, nos observations nous font attribuer la supériorité à la digitale.

A l’époque où nous fîmes nos tableauxjhermo-sphygmopnéométriques de la propylamine et de la îriméthylamine, les observateurs indiquaient bien la diminution de la température ; mais des observations thermométriques régulières, méthodiques, biquotidiennes, il n’en existait point encore. Nous fûmes donc, au moins, l’un des premiers, et le premier à coup sûr à Lisbonne, qui dirigeâmés nos études dans ce sens pratique et rigoureusement scientifique.

Il résulte de nos tableaux thermométriques :

Ie Que sous l’influence de la propylamine ou de la trimélbylamine la température éprouve, en général, un léger abaissement de quelques dixièmes. L’hypothermasie est faible, lorsque la température est normale ou à peu près.

2° Sur les états fébriles, l’effet bypothermique est plus prononcéet sûr. Use mesure par 0°, 4, 0°, 6, 0°,8 et I,°4 dans les vingt-quatre heures. Le plus grand abaissement de la température que nous ayons noté en un jour a été de 4°, 6 (de 40° à 38°, 4). Nous ne comptons pas les jours où se produit la défervescence dans les cas de pneumonie aiguë. Nous avons observé alors une chute subite de la température de 2°, 6 et de 3°, 3 (de 39°, 4 à 36°, 8, et de 39°, 6 à 36°, 3). Quelquefois, durant les premiers jours de l’administration de la propylamine, la température reste au même degré ou s’élève légèrement, pour diminuer ensuite. Nous avons

constaté cela chez des rhumatisants chroniques, chez qui la températnre était normale ou un peu plus élevée.

N’ayant rencontré nulle part la mention des modifications de la température externe, produites par l’application de la propylamine, nous avons cherché à combler cette lacune, en prenant deux fois par jour la température d’un point de la peau sur lequel nous avions appliqué une certaine quantité de cette substance. Nous avons trouvé que la température baissait, dans les vingt-quatre heures, de quelques dixièmes de degré à 1°,3. C’est la plus grande décroissance que nous ayons notée dans un cas d’érysipèle aigu, à la suite de l’application externe de la propylamine.

Ce médicament est donc un hypotherménisant médiocre, très-inférieur, comme énergie, promptitude et sûreté d’action, à la digitale, surtout lorsqu’on administre celle-ci sous forme d’infusion (1 cà 2 grammes pour 200 grammes d’eau l.

Nos observations ne justifient pas l’enthousiasme des médecins qui cnnsidèrent la propylamine comme un puissant médicament antifébrile. Elles nous autorisent seulement à lui reconnaître une action hypotherménisante de moyenne intensité.

E. Sécrétions. — Suivant quelques observateurs, la propylamine exagère, le plus souvent, la sécrétion urinaire. Elle serait donc un médicament diurétique.

La grande variété d’action de cette substance sur les reins, que nous avons observée, nous empêche de la considérer comme un bon diurétique. Cet effet nous a paru très-contingent et aléatoire. On peut voir, dans nos observations, que la quantité des urines a tantôt diminué et tantôt augmenté d’une manière très-notable. D’autres fois, elle

1 Voyez : De la thermosémiologie et thermacologie, par le Dr. P. F. da Costa Alvarenga, p. 86 124. — Lisbonne, 1872 Anvers, 1873.

est restée la même. Nous avons noté ces trois circonstances même chez le même individu.

C’est donc une grande exagération que d’attribuer à la propylamine une action diurétique puissante. Comme la sécrétion urinaire est quelquefois augmentée, on peut dire que ce médicament est un diurétique faible et peu sûr. Il n’y a rien d’étonnant à cela: la médication diurétique est incertaine et inconstante.

Quant aux qualités physiques de l’urine, nons n’avons trouvé rien d’important à signaler. Lorsqu’elle est plus chargée en couleur et d’une plus grande densité, elle se débarrasse de ces altérations dès que cesse la maladie qui leur avait donné naissance.

La densité de l’urine diminue quelquefois d’une manière progressive (1022, 1020, 1017, à l’urinomètre de Prout); d’autres fois, elle n’est pas modifiée dans le principe, puis elle augmente et ensuite diminue. Nous avons déjà dit qu’il y avait une diminution de l’urée.

Ce fut le Dr Fargier-Lagrange qui, le premier, démontra ce fait, que la modification de la température faisait prévoir. Chez une malade atteinte d’arthrite déformante et n’ayant pas encore pris la triméthylamine, l’urine, légèrement acide, de couleur orangée, ayant une densité de 1013 et la quantité en vingt-quatre heures 1200 centimètres cubes, fournit à l’analyse les résultats suivants :

Eau 1167

Matières solides 33

— organiques 23,64

— salines inorganiques 9,36

Urée 17,64

Acide urique 0,14

Matières extractives 5,13

Chlorure de sodium 5,88

Après l’administration de GO centigrammes de triméthylamine, l’urine fut trouvée légèrement acide, de couleur ci-

trine, d’une densité de 1013, et d’une quantité de 1100 centimètres cubes (en vingt-quatre heures). L’analyse donna les résultats suivants:

Eau 1069,64

Matières solides 30,36

— organiques 21,36

— salines inorganiques 8,80

Urée 15,95

Acide urique 0,22

Matières extractives 5,17

Chlorure de sodium 5,82

Dans un autre cas, la diminution de l'urée fut de 2gr,24, et dans un troisième de 3 grammes l.

D’autres observateurs, et particulièrement MM. Michel et Hirne, firent des analyses semblables qui confirmèrent en général les résultats déjà obtenus.

Il résulte de ces analyses que la diminution de l’urée s’observe surtout immédiatement après qu’on a administré l’alcali organique ou lorsqu’on en élève la dose. Pendant les jours intermédiaires, la proportion de l’urée reste la même ou subit de faibles oscillations.

Quelquefois la quantité de l’urée s’élève encore sous l’influence de la même dose de propylamine, mais il semble que l’économie s’habitue au médicament.

Dans les rhumatismes aigus et autres maladies fébriles, où les urines sont surchargées d’acide urique et d’urates, nous avons vu ces dépôts diminuer et disparaître sous l’influence de la propylamine. Ce phénomène s’observe également, sans l’intervention d’aucun moyen thérapeutique, au déclin des maladies fébriles.

Quelques praticiens considèrent la propylamine comme un agent sudorifique. Nos observations personnelles ne nous permettent pas de partager entièrement cette opinion. Lors-

1 Dujardin-Beauraetz, Op. cit., p. 44.

que l’hyperhydrose se produit, il nous a paru qu’elle est due tantôt à la maladie et tantôt aux boissons chaudes que les malades ingèrent. En tout cas, cet effet est loin d’être constant.

Nous avons noté dans le traitement du rhumatisme aigu par la propylamine des sueurs copieuses, mais cette hypercrinie est un fait presque constant dans cette maladie, indépendamment de l’emploi d’aucun moyen thérapeutique.

Le Dr Kaleniczenko a observé le développement d’une espèce d’eczéme, à laquelle il a donné le nom d’eczème propylamique. Cet accident doit être très-rare, si ce n’est le fait d’une coïncidence, car nous ne l’avons trouvé noté dans aucun des écrits que nous avons consultés, et nous ne l’avons nous-même jamais observé. Il faut dire que le médecin russe employait, non la propylamine, mais l’extrait de morue iodé, et Ton sait que l’iode et ses dérivés produisent des éruptions cutanées.

Par son action locale, la propylamine, en s’éliminant par les voies respiratoires, augmente et rend plus faciles les sécrétions muqueuses des bronches, d’où il suit qu’elle est un médicament expectorant.

F. Système nerveux. — Avec des doses médicamenteuses de propylamine, ce système ne présente pas en général de modifications bien appréciables, en dehors de l’effet analgésique et des phénomènes relatifs à l’appareil circulatoire. La diminution et la cessation des douleurs dans le rhumatisme peuvent être attribuées à l’arrêt et à la disparition de la fluxion sanguine articulaire. Mais comme on observe chez les animaux l’effet analgésique et anesthésique, il est possible qu’il en soit de même chez l’bomme. La dyscinésie cardiaque consécutive à l’hypercardiocinésie a son explication dans l’action déjà mentionnée de la propylamine sur l’appareil circulatoire.

L’abattement général des malades est l’effet de la mala-

die et de l’action de la propylamine sur la circulation et la nutrition, et peut-être aussi sur tout le système musculaire. Mais, les effets de superexcitabililé nerveuse (contractions musculaires, spasmes, convulsions) observés chez les animaux, ne se développent pas chez l’homme avec les dosea ordinaires médicamenteuses de propylamine. Néanmoins, le Dr Hamdy a vu se produire chez une phthisique, affectée en même temps de rhumatisme, et à laquelle il avait administré 2 grammes de propylamine, des tremblements, de la dyspnée, des spasmes des muscles temporaux, etc. Chez une autre malade atteinte de nervosisme, il a noté les mêmes symptômes spasmodiques, après l’ingestion de environ 20 gouttes de propylamine l.

Nous considérons comme aléatoire cet effet convulsif que nous n’avons jamais observé, même avec de hautes doses de propylamine (3 et 4 grammes par jour).

Ainsi donc , parmi tous les effets de ce médicament, l’effet sédatif est celui qui est le plus à considérer.

Le Dr Dujardin-Beaumetz affirme que la triméthylamine produit les mêmes résultats, quelle que soit son origine, naturelle ou artificielle.

Le Dr Fargier-Lagrange, dont la thèse inaugurale reproduit les doctrines et la pratique du professeur Coze, attribue à la triméthylamine une action sudorifique et antispasmodique. Il dit qu’à petites doses, 5 à 10 gouttes, elle excite la circulation, et qu’à plus hautes doses, 50 centigrammes et plus, eile la déprime et produit des effets antipyrétiques. Il ajoute que l’action sédative est la caractéristique de la triméthylamine. L’effet excitant préalable est passager et peut être négligé,

Tout ce que nous avons écrit sur Faction de la propylamine est applicable à la triméthylamine et aux chlorhydrates de ces bases.

1 A. Hamdy, Op. ct'f., p. 110.

Après avoir donné ces notions sur l’action physioloqique de la propylamine, de la triméthylamine et de leurs sels, notre impartialité nous fait un devoir de mentionner l’opinion des adversaires de ces agents médicamenteux.

Le Dr Albert Gottard, qui est le détracteur le plus résolu de la propylamine et de la triméthylamine, considère cette substance comme un médicament excitant diffusible, parce que, d’après lui, elle active la circulation et élève la température. Mais disons, à l’honneur de notre confrère, qu’en présence de la quantité considérable d’expériences et de faits cliniques publiés par de nombreux observateurs, il finit par admettre que la triméthylamine produit le ralentissement de la circulation et rabaissement de la température.

«Nous ne nions pas, qu’on le sache bien, l’existence possible de ce ralentissement circulatoire et de cet abaissement de la calorification; mais nous ne sommes plus d’accord avec les observateurs cités plus haut, quant au mécanisme de leur production L»

Il accepte donc le fait, généralement admis, en l’interprétant d’une manière différente.

Le Dr A. Gottard interprète le fait, en disant que c’est par un moyen indirect que ces deux phénomènes sont produits ; que, dans les états adynamiques, le pouls est rapide, par suite du défaut d’excitation cérébrale ; le cœur, privé du frein que lui opposent les centres nerveux intacts, bat follement ; en administrant alors au malade des stimulants diffusibles, on rend au cerveau son pouvoir normal, d’où résultent, comme conséquence, le ralentissement du pouls et la calorification 1 2.

Cette interprétation nous paraît inacceptable, parce que elle est contraire à la physiologie et à l’observation clinique.

1 De la valeur de la Iriméthylamine dans le traitement du rhumatisme articulaire, p. 82. — Paris, 1873.

2 Thèse cit., p. 83.

En effet: i,° la fréquence du pouls et moins encore l’hyperthermasie n’ont pas toujours pour cause le défaut d’excitation cérébrale, qui d’ailleurs n’est pas toujours accompagné de ces deux phénomènes. On constate le plus souvent le contraire dans divers états pathologiques.

2. ° La triméthylamine ou la propylamine produit une dépression du pouls et de la température dans l’état normal et dans des maladies franchement inflammatoires, la pneumonie aiguë, l’érysipèle avec ou sans délire, etc.

3. ° Si la triméthylamine agit en stimulant le cerveau, lorsqu’elle produit la lenteur du pouls et l’hypothermasie, comment agit-elle, quand elle produit une stimulation diffusible, en exagérant la fréquence du pouls et de la température, selon l’opinion du Dr Gottard ?

Si c’est aussi en stimulante cerveau (comme l’admet le Dr Gottard), comment se fait-il que cette stimulation donne lieu à des phénomènes entièrement opposés? L’excitation des nerfs vagues ou de la partie des centres nerveux d’où ils émanent, diminue la fréquence des mouvements cardiaques, et il n’est pas admis qu’elle l’exagère.

Mettons de côté l’explication, bonne ou mauvaise. Le fait reste, soit qu’il se manifeste directement ou indirectement. Le pire est que le Dr Gottard, convaincu de l’action de stimulatiou diffusible de la triméthylamine, l’a exclue delà liste des médicaments du rhumatisme, la réservant seulement pour les cas où les stimulants diffusibles sont indiqués.

Nous terminerons ce chapitre en faisant remarquer que, en outre des moyens hypotherménisants dont nous avons parlé, il en est d’autres qui, par leur importance moindre, sont employés ordinairement commeîauxiliaires, ou qui, à cause de leur action énergique, sous d’autres rapports, ne servent presque jamais comme hypotherménisants ou antipyrétiques.

Dans le premier cas on range les émollients, tels que

l’eau tiède, les graines et la farine de blé, d’orge, d’avoine, de lin, l’huile, le sucre, la glycérine, la rêglise, le tussilage, la guimauve, etc., etc.

-^ns le second cas on range l’arsenic S sur lequel on a publié ‘-irçt; je travaux remarquables, 1 aconit, l aconitine,

i L’arsenie, Qo.t quelques médecins ont obtenu un si bon résultat dans les fièvres in-ormittentes, qu’ils le considèrent comme le succédané du quinquina et ses alcaloïdes, n’est pas un médicament qu’on ait coutume d’employt. avee persévérance dans les fièvres continues. Suivant quelques pharmae0i0gj9tes l’arsenic modère les combustions, retarde la désassimilation, principalement celle de la graisse (Schmidt, Brett-Schneider, Sturzwagc-.), diminue et suspend l’oxydation des hématoglobules ou hématies, et par conséquent la nutrition. (Ferrand, Op. cit., pag. 605.)

L’usage de l’arsenic dans le traitement des fièvres intermittentes date du 17.° siècle, mais ce fut M. Boudin qui, dans le siècle actuel, a contribué le plus puissamment à la vulgarisation de l’emploi de l’arsenic dans ces maladies.

On a dit aussi que l’arsenic était utile pour combattre le choléra-morbus, et cela pour deux raisons : l.°, par l’analogie qu’on a supposé exister entre cette maladie et les fièvres intermittentes, dont le choléra-morbus serait une forme ; 2.°, par l’action de l’arsenic qui a été considéré comme un succédané du quinquina. Nous sommes d’un avis tout- à-fait contraire : l.° parce que le choléra-morbus n’est pas analogue à la fièvre intermittente, et encore moins une forme de celte maladie, ni au point de vue de la symptomatologie ni au point de vue de l’anatomie pathologique , 2.°, parce que si l’arsenic est avantageux dans le choléra-morbns comme succédané du quinquina, celui-ci doit être non seulement aussi avantageux mais même plu3 utile encore, dans le traitement de cette maladie. Or, l’obs- rvation clinique nous a montré, comme à d’autres praticiens, que le quinquina, ainsi que ses dérivés, n’ont aucune action spéciale contre le choléra-morbus.

Un médecin israélite, Cohen, a avancé que, pendant l’épidémie de choléra-morbus, qui sévit à Paris en 1865-1866, il avait employé chez 24 cholériques l’acide arsénieux à la dose quotidienne de 2 à 4 centigrammes, et avait guéri 20 de ces malades. Cette curabilité (20:24 ou 83,3 pour cent) est si extraordinaire, qu’il est permis de douter sur la réalité du choléra-morbus confirmé, dans les cas rapportés par ce praticien.

la ciguë, la cicutine, la staphvsaigre *, et encore d’autres agents médicamenteux, dont nous omettons ici la relation

pour ne donner plus d’étendue à cette partie de notre mémoire.

En Chine on fait usage contre le c-voiéra-morbus, de certains granules spéciaux. On a envoyé de Macau à Lisbonne un flacon de cos granules, auxquels nous vivons donné la dénomination de granules chinois anti-ch Mriques. Leur analyse, faite par M. Aguiar, professeur à l’école polytechnique de Lisbonne, a donné le résultat suivant :

Poids de chaque granule 0,0068 gram.

Composition :

Acide arsénieux 0,0015 »

Cinabre ' 0,0002 »

Rhubarbe \

Musc J

Sucre . I

Gomme 1 0,0051 »

Fer )

Magnésie ] ]

Total....- 0,0068 »

On voit, par celte analyse, que la base des granules chinois anti-cholériques est l’acidc arsénieux.

Nous supposons que l’arsenic et ses dérivés, comme beaucoup d’autres médicaments, agissent sur l’organisme suivant les'ïloses ; a petites doses (3 à 15 milligrammes), ils opèrent comme toniques, en augmentant l’appétit (oréxiques), en excitant, en favorisant la digestion, en rendant par là le sang plus riche, en activant les fonctions nutritives (hyper-exoméoliques), d’où l’embonpoint, la vigueur, la fraîcheur de la mine, l’agilité, la facilité respiratoire et même l’hyperthermie ; à hautes doses, 2 à 7 centigrammes par jour, ils sont des médicaments hypotherménisants, anti-pyrétiques, parce qu’ils agissent comme les agents de cet ordre.

1 Ferrand, Thérap. méd ., pag. 605.— Paris 1875.

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