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CHAPITRE IV

Médicaments liypertlierménisants généraux et locaux

Considérations générales

Il est un fait prouvé par l’observation que l’organisme peut tomber dans un tel état d’algidité, qu’il courrait risque de succumber, si l’art n’intervenait pas avec des moyens capables de surexciter les diverses fonctions et d’élever la température animale. Que l’algidité soit congéniale ou provienne d’un vice inné des sources calorifiques naturelles, qu’elle vienne de maladie, qu’elle ait sa cause dans l’abais. sement de la température ambiante au delà de la limite, où la thermogenèse spontanée peut la compenser et l’équilibrer, il est indispensable, quel que soit le cas, d’élever la température, de réchauffer le sujet, sous peine de le voir perdre la vie. Il est des cas, où la maladie locale est, pour ainsi dire, négligée, tous les efforts, tous les soins du médecin étant tournés vers le besoin d’éveiller la vie, de provoquer l’activité des éléments anatomiques. La première des indications c’est l’indication vitale : primum indicam est vita, comme disaient les anciens. Le fait de l’algidité, comme celui de l’hyperthermie, peut, à lui seul, donner

naissance à de très-graves perturbations dans l’organisme; le thérapeutiste doit donc tâcher de maintenir la température dans la mesure normale; quelle que soit la cause de l’algidité, il est d’une nécessité pressante, attendu l’imminence du péril, de provoquer l’exaltation de la chaleur organique, d’élever la température. L’hydrothérapie dans ses pratiques externes, les stimulants dil'fusifs, les frictions irritantes, les inhalations excitantes, la chaleur ambiante, les injections hypodermiques d’ether, en un mot les stimulants et les hypertherménisants, employés avec circonspection, montrent alors leur pouvoir thérapeutique.

Mais avant d’arriver aux extrêmes de la température basse, il est beaucoup de degrés qui, quoique moins graves, méritent pourtant une sérieuse attention, et exigent le concours efficace des moyens hypertherménisants.

Quels sont donc ces moyens thérapeutiques?

Nous les avons déjà mentionnés, pour la plupart, à propos de la médication hypertherménisante ; malgré cela nous dirons encore quelques mots à ce sujet.

Hypertherménisants impondérables :

le calorique et le froid, leur mode d’emploi externe et interne; pratiques auxiliaires: frictions et exercice

Ces deux moyens, quoique produisant des effets primitifs opposés, sont pourtant hypertherménisants. Le calorique, quelle que soit la manière de l’appliquer, est un excitant puissant, un hypertherménisant direct ; à la suite de cet effet peut surventr l’asthénie, l’hypothermasie. Le froid modéré excite la thermogenèse ou la faculté de produire

la chaleur, taudis que le froid intense la diminue, l’alfaiblit, la paralyse.

C’est ainsi que ces deux moyens thérapeutiques, antagonistes en apparence, qu’on croirait incompetibles, s’accordent et s’associent pour produire l’hyperthermasie. Ces deux moyens, la chaleur et le froid, peuvent alternativement se succéder l’un à l’autre, comme cela a lieu avec les douches écossaises, et constituer une espèce de gymnastique de la chaleur animale, dont on a tiré parti en thérapeutique.

Comme il y a deux facteurs de la température,— production de chaleur et perte de la chaleur produite, — il est clair que pour élever la température il est nécessaire d’augmenter le premier facteur (facteur positif) ou la thermogenèse, ou de diminuer le second (facteur négatif), ou de modifier simultanément les deux facteurs d’une manière convénable. Le docteur Fonssagrives, à ces deux procédés ' en joint un troisième, qui consiste à communiquer, à l’économie, de la chaleur artificielle ; mais ce moyen se trouve clairement compris dans les deux que nous avons indiqués ci-dessus, attendu que la chaleur communiquée amène l’hyperthermie, excitant la thermogenèse et empêchant le refroidissement ou les pertes de la chaleur organique, ce qui équivaut à réchauffer l’économie.

Le calorique peut être employé extérieurement sur toute la périphérie du corps ou sur une de ses parties, et intérieurement à l’aide des liquides chauds qui servent de véhicule aux médicaments. Dans l’un et l’autre cas, le calorique, pour être hypertherménisant, doit être appliqué avec modération et non pas en excès, parce que dans ce cas loin d’activer la thermogenèse, il l’embarrasse, l’affaiblit.

Pour ce qui est du froid, nous avons déjà indiqué les différents modes de l’employer ; le froid, ainsi que cela arrive avec le calorique, doit, pour produire une réaction utile, être appliqué pendant peu de temps, parce que, si

son action topique est prolongée au-delà de certaines limites, loin de produire la réaction calorifique convenable, utile, et d’être par là hypertherménisant, il attaque les vaisseaux, en abolissant leur contractilité, et altère profondément la crase du sang ; or, de ces effets peut résulter la mort locale, le sphacèle et ses conséquences.

On voit donc, combien il est nécessaire de bien connaître et de bien savoir manier les procédés d’application des topiques chauds et froids. Par l’emploi de ces deux moyens thérapeutiques on peut remplir les médications tonique, excitant, astringente, émolliente, sédative, sudorifique, résolutive, anesthésique, hyperesthésique, hypothermique et hyperthermique. Ce sont donc des moyens d’une énorme importance, mais dont l’emploi réclame une longue pratique. Quand on en fait usage d’une certaine manière et pendant peu de temps, ils augmentent la chaleur organique, activant les sources de la chaleur ; appliqués en excès, ils épuisent et tarissent ces mêmes sources calorifiques.

A. Modes d’appliquer la chaleur extérieurement. — On emploie les bains d’étuve sèche, à' 30° ou 35° c., ou des appareils spéciaux, dont la température peut se graduer, et dans lesquels on introduit le corps tout entier on en partie seulement.

Le berceau incubateur1 de Dénucé a donné d’excellents résultats pour soigner les enfants débiles. Les moines divers, les agents isolateurs (caoutchouc, ouate) sont aussi utilisés comme moyens locaux pour administrer le calorique, mais ils ont peu d’importance. La grande chaleur dé-

1 Cet appareil, qui est en zinc, se compose de deux fonds et de deux parois; entre les deux pièces il y a de l’eau chaude, dont on tire, toutes les six heures, au meyen d’un robinet, uu demilitre pour la remplacer par une égale quantité d’eau bouillante^ destinée à maintenir la température constante; un entonnoir qui sert à introduire l’eau, un thermomètre et une couverture de laine complètent l’appareil.

veloppée par l’bydralation de la chaux a éié préconisée, et nous l’avons beaucoup employée. Voici comment : on prend un morceau de pierre à chaux, on l’enveloppe d abord dans un linge mouillé, puis par dessus un autre linge sec, et on le met dans un petit panier ; on en place un, deux ou trois dans le lit, de chaque côté du malade ; l’effet est aussi rapide qu’énergique. Ce moyen calorifique fut presque abandenné à cause des brulûres plus ou moins fortes que produsait l’eau, quand, par suite de négligence, elle coulait des linges à travers le panier et touchait la peau. On peut ajouter à ces moyens les couvertures fabriquées avec un tissu mauvais conducteur du calorifique.

Les étuves humides échauffent aussi et font suer, mais moins que les étuves sèches, à cause de la saturation hygrométrique de l’atmosphère qui entoure le malade, et qui empêche ou embarrasse la transpiration insensible.

Dans les bains de vapeur, comme dans ceux d’étuve humide, les malades respirent la vapeur d’eau, ou ne la respirent pas ; dans ce dernier cas, la tête est hors de l’étuve; l’atmosphère ambiante a l’inconvenient de se saturer, en peu de temps, des produits de la transpiration insensible, et d’empêcher par cela même l’évaporation, et par conséquent la sueur; mais pour l’hyperthermasie cet inconvénient n’existe pas.

On peut employer aussi comme moyens auxiliaires l’exercice, qui active les actes nutritifs, les combustions organiques, ainsi que les frictions, qui produisent la chaleur par la transformation du mouvement et excitent les métamorphoses organiques par ta eongestion qu’elles amènent.

B. Administration interne du calorique. — C’est au moyen de boissons chaudes, simplement aqueuses ou chargées de stimulants diffusifs, comme par exemple les huiles essentielles, l’alcool, le grog, le punch, etc., etc., que se fait cette administration.

Porté dans le tube digestif le calorique reveille la thermogenèse et communique la chaleur. Cette action est parfois si rapide qu’elle a été attribuée à la stimulation directe du calorique, au travers de la partie postérieure de l’estomac, sur le plexus solaire, qui commande les fonctions nutritives, origine capital de la chaleur.

Hyperllierménisants médicamenteux

A. Alcool. — Nous avons déjà dit, lorsque nous avons traité de l’emploi de l’alcool comme hypotherménisant, dans le traitement de la pulmonite aiguë, que cette substance à petite dose était hypertherménisante, ce qui en faisait, par son action stimulante diffusive, un excellent moyen thérapeutique de l’hyposthénie et de l’algiditè.

Il fallait s’attendre à cet effet bienfaisant de l’alcool, après que l’expérimentation eut démontré qu’il était un stimulant cardio-vasculaire ou hypercardiocinétique. C’est de cette action qui naquit l’emploi de l’alcool dans la chloroformisation *, pour prévenir l’action dépressive du chloroforme sur le cœur. On emploie de préférence pour arriver à ce but l’excitation faradique de la peau au niveau du cœur, appliquée pendant la syncope imminente. Aujourd’hui, les opérateurs ont sous la main, dans les cas de chloroformisation, la machine électrique.

B. Ether. — Les expériences avaient démontré l’action hypertherménisante et excitante générale des injections hypodermiques d’éther, qui furent, pour la première fois, em-

1 Une cuillère à soupe d’eau de vie, 15 à 20 minutes avant l’inhalation du chloroforme.

ployées en 1872 par Schautzenbach, de Bavière, puis par Ilecker, et préconisées par Ortille, Verneuil, Ferrand, Bucquoy, etc. Ordinairement on injecte une ou deux seringues de Pravaz, 70 centigrammes à 1,40 gram.; Ilecker est arrivé à injecter jusqu’à dix grammes d’ether. C’est donc aussi un bon moyen contre les cas graves d’hyposthénie.

C. Oxygène— Les inhalations d’oxygène élèvent la température, et elles ont été déjà employées à ce but, dans la période algide 'du choléra. Cet effet était prévu, attendu que les actes chimiques de la respiration et les combustions organiques sont les principales sources de la chaleur.

D. Picrotoxine.— Ce principe actif de la coque du Levant, menospermum cocculns, élève la température, comme l’ont prouvé les expériences de Glover et Fonssagrives; les animaux qui avaient été victimes de ces expériences, se refroidissaient avec une notable lenteur. Ces expérimentateurs ont observé aussi que les animaux empoisonnés par la picrotoxine offraient de même des phénomènes analogues à ceux qui produit la section des canaux semicirculaires. 1 Cette substance n’est pourtant pas employée comme hypertherménisante.

E. Morphine et atropine. — Ces substances appliquées en injection hypodermique élèvent considérablement la température d’après les investigations d’Oglesby et Giuraud.

Ici, suivant les uns, l’hyperthermasie est produite par la paralysie des nerfs vaso-moteurs et la dilatation vasculaire, qui en est la conséquonce, de même que dans la section des filets sympathiques au cou, et suivant le docteur Fonssagrives, par la stimulation des nerfs vaso-dilatateurs.

1 Fonssagrives, Principes de thérap . gên., pag. 173. = Paris,

Ces alcaloïdes ne sont pas davantage employés comme hypertherménisants.

F. Curare.— Claude Bernard, Voisin et Liouville ont démontré expérimentalement que les animaux pendant la curarisation présentent une augmentatioa sensible de chaleur. La thérapeutique n’emploie pas le curare pour élever la température.

G. Ail. — Il y a longtemps déjà que l’on sait que cette substance élève la températnre jusq’ù la fièvre; néanmoins elle n’est pas utilisée en thérapeutique à cet effet.

Tels sont les principaux moyens que le praticien peut employer pour élever la température animale dans les cas d’algidité, qui réclament la prompte et immédiate intervention de la thérapeutique. Mais comme l’action de ces moyens est ordinairement rapide, fugitive, il devient nécessaire d’employer simultanément ou consécutivement d’autres agents qui viennent soutenir l’effet des premiers moyens ; en outre, l’usage des stimulants diflusifs ne peut pas se prolonger longtemps sans inconvénient, comme nous l'avons démontré en faisant le parallèle des toniques avec les stimulants.

Les ressources thérapeutiques auxiliaires sont tirées de l’hygiène, dont la stricte observance est nécessaire, et de la pharmacologie. Les uns comme les autres doivent être toniques, corroborants, pour relever et soutenir dans une juste mesure les forces radicales de l’organisme et la température animale ; il faut aussi, dans leur application, une extrême circonspection.

Nous dépasserions les limites de ce travail, si nous voulions traiter de chacun de ces moyens en particulier, qui sont du reste fort connus, et que nous avons mentionnés, quand nous avons parlé de la médication hyperthermique

en général. Nous appelons particulièrement l’attention sur la cinêsithérapie qui, rivalisant d’importance hygiénique et thérapeutique avec l’hydrothérapie, a donné d’excellents résultats, quand elle est convenablement dirigée.

On dit que Boerhaave, au moment de mourir, prononça ces paroles :

«Je laisse après moi deux grands médecins, — l’eau et le mouvement.»

Fin

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