DE LA TEMPÉRATURE
Rien de plus facile que Tapplication du thermomètre quand on a acquis l'habitude de manier cet instrument. Cependant il y a certaines précautions à prendre pour obtenir la véritable température du corps; l'inobservance de ces précautions est peut être la cause de la plupart des divergences qui se font remarquer dans les résultats de la thermométrie.
La condition capitale de l'application du thermomètre est que son réservoir demeure en contact constant par tous ses côtés, si cela est possible, avec la partie qui doit être explorée.
Dans ce but le malade doit être couché horizontalement sur le dos, l'aisselle doit être essuyée et puis le réservoir tbermométrique introduit au fond de cette cavité, la tige de l'instrument étant dirigée en avant et formant un angle aigu avec la ligne axillaire, en suite on rapproche bien et on appuie aussi exactement que possible le bras du même côté sur le thorax et Ton fléchit l'avant bras sm* le bras dans un angle de 60° degrés, à peu près, et l'on fait porter la main sur la partie supérieure de la face antérieure de la poitrine (côté opposé) ou sur l'épaule; on maintient dans cette position le thermomètre et le bras pendant toute la durée de l'observation^ et pendant ce temps on doit ramener de moment en moment le coude vers le thorax en le tirant un peu en avant, et vérifler si l'instrument s'est déplacé et le repousser dans ce cas vers le fond du creux axillaire.
On a conseillé de placer sous le bras un coussin destiné à lui servir d'appui et à assurer sa position, mais ce moyen
n'atteint pas le but et il n'est nullement nécessaire. Lorsque le maintien de la position sera pénible pour le malade, l'observateur devra venir à son aide en soutenant avec une des mains le bras du sujet appliqué sur le thorax et en assujétissant avec l'autre main le thermomètre dans la situation convenable; c'est une pratique que nous suivons constamment. Quelques auteurs donnent le conseil de faire tourner la tête du malade du côté opposé à celui où se fait l'application *; c'est une précaution qui, en outre de ce qu'elle n'est pas nécessaire, à moins de circonstances toutes spéciales, incommode beaucoup les sujets sur lesquels on fait les observations.
On a fait aussi quelquefois l'application du thermomètre courbe introduit dans le creux axillaire par la partie postérieure; on a agi ainsi chez les enfants pour leur dérober la vue de l'instrument.
Si le malade est très maigre et s'il y a lieu de soupçonner que le réservoir du thermomètre ne se trouve pas en contact avec les parois de l'aisselle, quelques observateurs donnent le conseil d'envelopper cette partis de l'instrument avec du coton on quelqu'autre matière analogue. Il sera rarement nécessaire d'employer ce moyen auxiliaire. Le docteur Fouqué a coutume d'entourer le réservoir et la portion de la tige qui lui est contigue avec une triple enveloppe de drap, afin d'empêcher l'irradiation 2; c'est une précaution inutile et c'est pour cette raison sans doute que nous ne la voyons suivie par aucun autre observateur; de plus il est opportun, comme nous l'avons déjà dit, que le réservoir du thermomètre ne présente qu'un très petit volume.
Il n'est pas do rigueur que le malade soit couché pour prendre sur lui la température; l'observation peut se faire dans n'importe quelle position, pouvu que le thermomètre soit
^ Compendium de médecine pratique , t. viii.
^ De l'emploi du thermomètre en médecine. — Paris, 1858.
bien appliqué et que la lecture de son échelle puisse être faite convenablement; il est même des malades qui ne peuvent demeurer couchés, ce qui n'empêche pas que la mensuration thermique puisse se faire chez eux, qu'ils soient assis, appuyés sur le dos ou inclinés en avant. Mais en général, et à part ces exceptions, la meilleure position est celle que nous avons indiquée.
Pour déterminer la température locale ou celle d'une partie quelconque qui ne forme pas cavité, on applique de champ sur cette partie le réservoir du thermomètre; on conseille de couvrir la partie libre du réservoir avec du coton ou des compresses d'étoffe pour éviter ou diminuer l'irradiation calorifique *. Nous avons employé l'un et l'autre procédé.
Le thermomètre une fois convenablement appliqué, on ne doit pas procéder immédiatement à la lecture de l'échelle, parcequ'il n'indique pas encore la véritable température animale. Le précepte général est do ne noter la température que lorsque la colonne thermométrique a complété son ascension ou atteint la plus grande hauteur; c'est alors que l'instrument indique la chaleur réelle. L'observateur doit donc mettre tous ses soins à se conformer à ce précepte qui est essentiel.
Pour que le thermomètre arrive au point fixe, au plus haut degré auquel peut l'élever la chaleur animale, il faut un espace de temps qui varie du plus au moins; en général 15 minutes sont suffisantes pour parvenir à ce résultat. De Haen supposait qu'il suffisait de 7 Va minutes, mais il ajoutait à la température ainsi indiquée par le thermomètre 1^ ou 2^ Fah., parcequ'il jugeait que cela représentait la différence qui manquait pour atteindre la température interne. Il était dans l'erreur. Beaucoup plus tard (en 1851) le docteur Bârensprung ajoutait deux dexièmes de degré aux températures constatées, afin de compenser les déviations en
* Compendiiim de médecine pratique, t. viii.
moios et il jugeait Dècessaire de faire demeurer le thermomètre dans Taisselle pendant Tespace d'une demi beure. C'était un excès de précaution. Le docteur Jaccoud a pour règle de laisser le thermomètre en place pendant 20 minutes ^
Selon le docteur Duclos, lors que le liquide du thermomètre est resté stationnaire pendant une minute, on peut considérer comme exacte la température indiquée par lui*. Cette assertion de notre collègue nous parait être quelque peu hasardée parcequ'il nous est arrivé de voir le thermomètre monter encore après ce laps de temps. Dans nos observations nous avons maintenu le thermomètre en position pendant au moins 15 minutes, en enregistrant le degré de température dès qu'il s'était écoulé 3 minutes après l'arrêt du liquide de l'instrument dans sa marche ascendante.
Pour obtenir avec la plus grande promptitude possible la température, ou pour que le thermomètre arrive plus facilement au degré de chaleur du corps, plusieurs observateurs ont coutume d'échauffer préalablement l'instrument, les uns jusqu'à la température approximative de 37^ les autres beaucoup au dessus, à 40°, 41°, 42°, et ils l'appliquent alors immédiatement sur la partie que l'on veut -explorer. Selon la température de la partie sur laquelle il est appliqué, le thermomètre aura à monter ou à descendre pour se mettre en équilibre et révéler la véritable température du corps.
IPour élever la température du thermomètre on a employé divers moyens tels que : faire tenir le réservoir dans la main fermée, le frotter avec une étoffe, le plonger dans de l'eau chaude, le soumettre à la chaleur de la flamme d'une bougie, etc. Nous avons employé les deux premiers moyens (et nous nous sommes servi presque constamment du premier), parcequ'ils sont prompts et faciles; les autres exi-
^ Leçom de clinique médicale, pag. 24.— Paris, 1867. 2 Thèse citée, pag. 20.
gent des préparatifs qui font perdre encore plus de temps et qui peuvent devenir très incommodes.
La colonne mfercurlelle une fois fixée depuis un certain temps au degré le plus élevé qu'elle a atteint, on prend alors note de la températj;ire en maintenant le thermomètre dans la même position; cette condition est essentielle, excepté pour les thermomètres à indicateur permanent, et la raison en est évidente.
Le docteur Fouqué a cherché a déterminer dans ses observations thermométriques la quantité de calorique que reçoit rinstrument dans un temps donné. Lorsque la quantité de chaleur transmise est grande, le thermomètre monte rapidement, lorsque cette quantité est petite, l'ascension se fait lentement. Par conséquent la quantité de chaleur acquise par le thermomètre dans un temps donné varie en raison inverse de l'espace de temps qu'il faut à cet instrument pour parcourir les différents degrés de son cours ascensionel. 11 suffit donc, .pour avoir cette mesure, de compter à l'aide d'une montre le temps que met le thermomètre à passer d'un degré à celui que le suit immédiatement, ou de noter le nombre de degrés que parcourt la colonne thermométrique à des intervalles de temps égaux jusqu'à ce que la température demeure stationnaire. Un observateur exercé peut mener à bien cette tâche, mais, selon le même docteur Fouqué, «pour opérer convenablement il est bon d'être deux». L'observateur chargé du thermomètre prononce le mot stop chaque fois que le niveau du mercure atteint un degré, pendant que l'autre, avec une montre à secondes, note le temps correspondant à l'espace parcouru entre deux degrés.
Cet appareil compliqué d'exploration thermométrique est superflu et de plus il ne donne pas le résultat désiré; pour les premiers degrés de son élévation le thermomètre monte beaucoup plus rapidement que pour les degrés qui suivent, et enfin on ne trouve aucune utilité à la détermination rigoureuse de la quantité de chaleur successivement acquise
par le thermomètre. L'essentiel est de noter exactement, rigoureusement, la température; il sufDt en suite d'évaluer approximativement le temps pendant lequel la colonne mercurielle a atteint son plus haut degré dans Téchelle thermométrique, comme nous le verrons du rc^te en un autre lieu. En résumé, pour prendre la température du corps, il est nécessaire d'adapter convenablement le réservoir du thermomètre à la partie qu'on veut explorer, d'éviter les causes de refroidissement, de maintenir l'instrument fixe dans la même position et de ne faire la constatation qu'après que la colonne mercurielle a stationné pendant un certain temps au plus haut degré atteint sur l'échelle.
REGISTRES THERMOMETRIQUES, SPHYGMOMETRIQUES ET PNEOMETRIQUES ;