‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 4 sur 33 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

La température du corps dans les maladies a été prise en considération depuis les temps les plus reculés. L'antiquité médicale avait déjà noté l'augmentation de la chaleur dans l'état fébrile.

Hippocrate, qui, au dire de Galien, n'ignorait pas la sphygmologie, avait dirigé son attention vers la température extérieure du corps. C'était sur l'observation de la température que, dès cette époque si lointaine, le vénérable patriarche de la médecine se fondait pour l'appréciation de l'état fébrile. C'est de là qu'est venu le mot iivpszoç, pyretos, du radical îrup, pyr, feu, que les anciens médecins employaient poui' désigner la fièvre. L'étymologie latine a une signification analogue : febris venant de ferveo, fervere, bouillir, brûler.

Galien, dont le génie florissaît dans le deuxième siècle de l'ère chrétienne, attacha tant d'importance à la température dans les maladies, qu'il n'hésita pas à établir que l'augmentation de la chaleur du corps constituait l'essence de la fièvre: «Calor praeternaturalis substantia febrium^,i>

L'assertion de Gahen est bien fondée; cela est attesté par

* Liber de differentiis febrium : cap. 1, de generali febrium divisione.

les observateurs les plus versés dans cette matière. Le professeur Andral dans son cours fait à i*école de médecine de Paris, en 1841, déclara que le phénomène le plus caractéristique de rétat fébrile était l'élévation de la température K Le docteur Roger dans un remarquable mémoire : Recherches sur la température chez les enfants^ à Vétat physiologique^, établit que la température élevée est l'élément essentiel et le plus constant de Tétat fébrile que le phénomène caractéristique et fondamental de la âèvre consiste dans une lésion de caloricité. Le docteur Traube, l'un des plus distingués professeurs de Berlin et Tun des plus ardents promoteurs de la thermométrie clinique, a conclu de ses nombreuses et minutieuses observations que la âèvre consistait principalement dans Félévation de la température ^. En 185S le docteur H. B. Maurice écrivit : «La fièvre consiste essentiellement dans une élévation de la température du corps ^» Pour le docteur Hardy l'élévation de la température est le signal pathognomonique, le critérium le plus certain de la fièvre '. Le docteur Ladé n'a pas été moins explicite : «Sans élévation de température, dit-il, il n'y a pas de fièvre; c'est du moins le seul symptôme constant, et qui ne manque jamais ^» La même pensée a été, récemment encore, émise en ces termes par le professeur Hirtz de Strasbourg: «C'est la chaleur exagérée qui est l'essence capitale de la fièvre^.» Enfin, pour ne pas allonger indéfinement ces citations, nous

^ Duclos : Quelques rech. sur rétat de la température dans les maladies. — Paris, 1864.

^ Arch. gén. de méd. — Paris, 1844 et 184S.

^ Veher Crisis und critische Tage. — Berlin, 1851.

* Des modifications morbides de la température animale dans les affections fel)riles, — Paris, 1855.

* De la température amwafe. — Paris, 1859.

* De la température du corps dans les maladies. — Genève, 1866. "^ Nouv. dict, de méd. et de chir. pratiques, t. vi, art. chaleur. —

Paris, 1867.

invoquerons en dernier lieu l'opinion du clinicien qui a le plus d'autorité en cette matière, de l'éminent professeur de Leipzig qui vient de mettre au jour une œuvre monumentale, fruit de seize années d'une observation assidue et rigoureuse. Le docteur Wunderlich dit: «Le médecin qui voudrait juger d'une affection fébrile sans mesurer la température, pourrait être comparé à un aveugle qui chercherait à s'orienter dans une localité inconnue ^ » Lorsque nous traiterons de l'importance de la thermométrie dans la clinique, nous exposerons notre opinion à ce sujet; pour le moment, et pour ce qui concerne spécialement la fièvre, nous déclarons que nous ne connaissons pas de moyen plus sûr que l'application du thermomètre pour déterminer l'existence de la fièvre, mesurer son intensité, suivre ses oscillations et prévoir ses résultats. Telle est la conviction qui nous est fournie par l'étude de plus de huit mille observations clinicothermométriques recueillies par nous pendant ces dernières années.

D'après ce qui vient d'être dit, on peut voir qu'il n'y avait rien d'exagéré dans l'assertion de Galien. Le célèbre médecin de Pergame, dont l'autorité a fait loi pendant plusieurs siècles, a légué à la postérité ses connaissances sur ce sujet.

On peut dire avec vérité que la plupart des médecins de l'antiquité et du moyen âge ont considéré l'accroissement de la température comme le symptôme pathognomonique de la fièvre, et que tous ont regardé ce phénomène comme le signe le plus important dans les affections aiguës.

Mais à ces époques éloignées l'appréciation de cet élément de diagnostic était loin d'être rigoureuse. Les sensations rapportées par le malade et éprouvées par la main du médecin étant les seuls moyens d'évaluation de la température, la mesure exacte en était impossible; c'était à peine si l'on pou-

* Das Verhalten der Eigenwârme in Krankheiten (De la tempéra^ ture du corps dans les maladies). •— Leipzig, 1868.

vait fécoDQaitre que la peau était plus ou moins chaude danâ un cas que dans un autre, ou plus chaude qu'elle n'a coutume d'être dans l'élat normal.

Le contact de la main est un mauvais moyen d'apprécier la température : la main n'offre en aucune manière les con-» ditions d'un bon instrument calorimétrique. En raison de son volume il est difficile de l'adapter à certaines parties du corps, qui révèlent mieux que d'autres l'état de la température; pourvue d'une forte chaleur spécifique, elle prend ou elle fournit, comme dit le docteur Fouqué *, beaucoup de calorique aux régions sur lesquelles on l'applique; traversée par de nombreux courants sanguins, qui lui arrivent incessamment avec une température sensiblement égale et constante, elle ne peut se mettre en équilibre de température avec les différentes parties du corps, parceque ces courants emporteront l'excès qui leur est transmis, et la température de la main demeurera la même ou stationnaire quand la chaleur perdue par le rayonnement extérieur et celle enlevée par les courants sanguins égaleront la portion de chaleur à elle transmise par les parties avec lesquelles elle se trouve en contact. La main ne peut donc que transmettre la sensation de la chaleur qu'elle reçoit ou qu'elle perd dans un temps donné, ou la différence entre sa température et celle du corps qu'elle touche. La main peut éprouver du froid bien que la température de la région sur laquelle elle est appliquée soit élevée de plusieurs degrés, ce qui dépend de la chaleur de la main de l'observateur et de l'humidité de la partie explorée. Pour toutes ces raisons la main est un instrument thermométrique insuffisant et infidèle.

Ajoutons que la manière ordinairement employée de toucher le visage, les bras et les mains des malades est vicieuse, parceque ces parties étant habituellement découvertes, se refroidissent facilement. Les régions qu'il convient de palper

^ De Vemploi du thermomètre en médecine, pag. 10. — Paris, 18S8.

soiit celles qui demeurent couvertes, et particulièrement là poitrine et le ventre, qui doivent être explorés par la main introduite sous les couvertures et sous les vêtements.

La détermination rigoureuse de la chaleur animale ne pouvait venir qu'après la découverte, datant de la fin du seizième siècle et ayant pour object le merveilleux instrument qui a rendu de si importants services à la science et à l'industrie, et dont rinvention est attribuée par les uns à Corneille van Drebbel, fils d'un paysan de la Hollande du nord, par d'autres à Galilée, et par d'autres, en assez grand nombre, à Sanctorius. "

Mais un point sur lequel tout le monde est d'accord c'est que les premières applications du thermomètre au corps humain sont dues au médecin vénitien Sanctorius, au patient Sanctorius *, qui fut professeur de médecine à l'université de Padoue, et dont on connaît les remarquables recherches et expériences sur le poids du corps.

Ce fut ainsi que se trouva posée la première pierre de l'édifice qui ne fut continué que beaucoup plus tard. 11 s'écoula plus d'un siècle pendant lequel la thermométrie ne fit aucun progrès, jusqu'à ce que Boerhaave* et ses disciples eussent fait usage du thermomètre dans la clinique médicale.

Boerhaave, qui avait combattu l'antique doctrine de la fièvre, suppose que des trois phénomènes (frisson, fréquence du pouls et chaleur) admis par lui comme principaux dans la fièvre (In omni febre a causis internis orta horripilatio, pulsus veloXj calor, vario febris tempore, vario gradu, adsunt) 3, la fréquence du pouls seule se manifeste dans toutes

1 Né en 1861 à Capo d'Istria et mort en 1626.

* 11 naquit à Worhout, près de Leyde, en 1668, et mourut en

' De cognoscendis et curandis morbis aphorismi'^ aphor. 563, pag. 149. — Lovanii, 176S.

les périodes de Tétat fébrile et est par conséquent son phénomène essentiel (Quae quidem in omm febre adsunt, sed sola velocitas pulsus adest ex hi$ omni febris tempore^ ab initio ad finem, eaque sola medicus praesentem febrim judicat) K n n'y a pas lien de s'étonner de l'opinion émise par niiastre professeur; il ignorait encore, comme on t'ignorait de son temps, que même dans le frisson des fièvres il y a élévation de la température du corps.

Cependant Boerhaave se servit lui-même du thermomètre pour déterminer la chaleur produite dans les maladies. Dans son aphorisme 673 le savant professeur de Leyde dit que ta chaleur extérieure se reconnaît par le thermomètre et la chaleur intérieure par la sensation éprouvée par le malade et par la teinte rouge de l'urine (Calor febrilis thermoscopiio extemtiSy sensu aegri et rubore nrinae intemus cognoscitur)\

Les disciples de Boerhaave, et particulièrement Van Swieten, affirment qu'ils possédaient des thermomètres portatifs et exacts, divisés d'après l'échelle de Fahrenheit et avec l'indication de la température normale (de 95** à 96°) marquée sur l'échelle graduée. Van Swieten commenta le dernier aphorisme du maître dans les termes suivants: ^(hnnium ergo certissima memura habetur per thermoscopia, qualia hodie pulcherrima habentur et portatilia quidem, fahrenheitiana dicta a primo inventore; accuratissim^a imprimis illa sunt, quae argentum vivum loco alterius cujuscunque Kquidi continent. Tali thermometro prius mensuratur calor hominis sani et plerumque in indice affixo illo gradus notatus est; deinde hoc cognito, si idem thermometrum a febricitante aegro manu teneatur, vel bulbus ejus ori immittatur, vel nudo pectori aut sub axillis applicelur per aliquot minuta horae, apparebit pro varia altitudine asçendentes

* Op. cit., aphor. 570.

^ Op. cit., pag. 178.

argenti vivi, quantum calor febrilis excédât naturalem et sanum calorem ^

Mais ni BoerhaavQ ni ses disciples ne nous ont transmis les résultats précis de leurs observationg, parcequ'ils paraissent n'avoir pas connu toute Timportance de la tbermomëtrie clinique.

C'est à de Haen, écrivain fécond, professeur distingué et médecin éminent de l'hôpital général de Vienne, en Autriche, que revient la gloire d'avoir été le fondateur de la thermométrie clinique. L'ouvrage intitulé Ratio medendi^ du à ce praticien expérimenté est digne d'une lecture attentive et mérite d'être médité.

Ce fut de Haen qui introduisit l'étude de la thermométrie dans la pathologie (De supputando caloré corporis humanij; ce fut lui qui préconisa l'emploi du thermomètre et en démontra les avantages après avoir fait de cet instrument une application très étendue, tant sur des sujets sains que sur des sujets malades, et avoir découvert par ce moyen un grand nombre de faits importants, tels que les rémissions de la température pendant la matinée, et ses exacerbations pendant la soirée chez les fébricitants, l'élévation de la température dans la fièvre dite algide, le défaut de relation entre la fréquence du pouls et le degré de chaleur chez un certain nombre de malades, enfin le contraste fréquent qui existe entre la sensation de la chaleur subjective et l'élévation de la température objective, etc.

Ce fut de Haen qui, le premier, nota que dans la période de froid des accès de fièvre intermittente, le thermomètre indique une élévation "de température qui ne fait que se sou-

^ 6. Van Swieten, Commentarii in H, Boerhaave aphorismos. — Lugd. Batav., 1748.

2 Consulter la 2°^® partie, chap. x; la 3°^® partie, chap. m; la 4me partie, chap. vi; la 7°*« partie, chap. v; la 10°^e partie, chap. i et II. — Paris, 1761.

tenir dans la période de chaleur; ce fut encore lui qui, le premier, révéla ce fait que dans quelques cas la température augmente, et même de beaucoup quelquefois, dans les premiers moments qui suivent la mort. Le savant médecin viennois se guida d'après les indications fournies par la température pour ses applications thérapeutiques, et il considéra le retour de la chaleur à son degré normal comme une preuve du rétablissement de la santé.

L'accroissefflent de la température s'élevant parfois jusqu'au maximum pendant le frisson des accès fébriles, est aujourd'hui un fait parfaitement établi. Senac avait déjà remarqué que pendant le stade de froid de la Gèvre intermittente le thermomètre, introduit dans la cavité buccale, ne descendait pas *. €h grand nombre de médecins, en Pologne, en Angleterre et aux Etats-Unis ont observé l'ascension du thermomètre dans le choléra-morbus aux approches de la mort. MM. Briquet et Mignot^, à une époque de beaucoup postérieure, ont constaté l'élévation de la température dans la période algide du choléra et quelques moments avant la mort ; c'est un fait qui depuis a été parfaitement fixé par le docteur Doyère '. M. Bennet Dowler a vérifié aussi l'augmentation de la température immédiatement après la mort, fait qui a été mis en évidence dernièrement par un grand nombre d'observateurs, tels que Ebmeier, Leyden, Billroth, Fick et autres, en Allemagne, pour diverses névroses et notamment pour le tétanos. Le docteur Wunderlich a observé 43^,4 sur un tétanique un quart d'heure avant le décès, et 44^,9 au moment même où le malade succombait. Après, la température monta progressivement pendant l'espace de 55 minutes, moment où le thermomètre marqua 45^5; à par-

' De recondita febrium inîemiitt. natura^ pag. 40. — Paris, 1789. ^ Traité du choléra-morhus. — Paris, 1850.

5 Mémoire sur la respiration et la chaleur humaine dans le chafoVa. — Paris, 1863.

tir de ce moment il déclina, de sorte que, une heure et demie après la mort, il se trouvait à un degré égal (44°,9) à celui qui avait été noté au moment du décès; le jour suivant à 10 heures et 55 minutes du matin, la température était encore de 38^,4 *. Pour notre part nous avons déjà vérifié ce fait dans plusieures observations dont nous rendrons compte.

Mais de Haen n'a pas tiré de conclusions de ses minutieuses observations, il n'a pas fait connaître toute Timportance pratique de la thermomélrie pour le diagnostic et le pronostic des maladies; c'est pour cela que son ouvrage n'a pas été suffisamment apprécié et qu'il est tombé dans un oubli presque complet.

Il vint ensuite une autre période de décadence pour la thermontétrie clinique; on pourrait citer quelques noms qui ont été rapidement oubliés. La température animale fut alors étudiée presque exclusivement sous le point de vue physiologique. Nous devons cependant une mention spéciale à J. Currie (1797), dans les ouvrages duquel les observations de maladies sont accompagnées de la mesure de la température et sont indiquées les modifications que la température éprouve sous l'influence de divers moyens thérapeutiques.

Borsieri (1725-1785) ayant fait des expériences peu rigoureuses jugea que le thermomètre était infidèle, et pour cette raison renonça à l'emploi de cet instrument.

Spallanzani (1729-1779) étudia les rapports de la circulation avec la respiration dans l'état normal.

Ch. Martin (1740) publia en Angleterre ses observations thermométriques, faites avec régularité sur des sujets sains et sur des animaux.

J. Hunter (1728-1785) fit, pour la détermination de la température locale, des recherches et des expériences intéressantes que nous aurons encore occasion de citer. Le

* Arch. der Heilk; 1864.

célèbre physiologiste livra h la lamiëre de la publicité le résultat de ses observations thermomëtriques, démontrant que les animaux pouvaient supporter de notables abaissements de la température ambiante, parce qu'ils possédaient en eux mêmes suflSsamment de chaleur pour pouyoir rétablir l'équilibre. Ce fut Hunter qui, le premier, constata l'élévation topique de la température dans les inflammations, et sa première observation se rapporte à un cas d'hydrocèle récemment opéré.

Haller, qui apporta une sérieuse attention à l'étude de la chaleur animale, fit usage lui aussi du thermomètre dans quelques cas morbides, et il trouva pour la température de la fièvre intermittente 41**, I à 42°,2, et dans la fièvre typhoïde 42^,5 *.

En somme, pendant cette période, la thermopbysiologie fut l'object de sérieuses recherches entreprises par des observateurs de grand mérite, tels que Blagden, Dobson, Lavoisier, Crawford, Gentil (1815), Edwards (1824), etc.

La renaissance de la thermométrie clinique eut lieu vers l'année 1840, époque à laquelle d'éminents praticiens se dévouèrent à son étude et à ses applications, et lui donnèrent une importance considérable, en publiant le fruit de leurs investigations.

C'est ainsi que le professeur Bouillaud, en se basant sur un grand nombre de faits démontra la facilité de remploi du thermomètre et la certitude des résultats obtenus à l'aide de ce moyen ^. M. Piorry contribua également à vulgariser à Paris l'usage du thermomètre en présentant dans un tableau les résultats de ses recherches sur la température, tant dans l'état physiologique que dans l'état pathologique ^.

^ Arch, gén, de médecine. — Paris, 1838.

^ Clinique médicale^ t. m, pag. 438.

' Traité de diagnostic et de sémeiologie, t. m, pag. 33-41. —Paris, 1840.

Le vénérable professeur Ândral, investigateur infatigable, étant parvenu à établir (1841) quelques lois sur la température pathologique, donna une nouvelle impulsion à la tbermométrie cliniqiîë. Il n'y a pas lieu de s'étonner, car le professeur Ândral se montre toujours, comme Ta écrit le docteur Wunderlisch, à la télé du progrès scientifique de son époque.

Déjà antérieurement M. Donné avait cberché à déterminer quelles étaient les maladies dans lesquelles la température était le plus élevée et dans lesquelles la respiration et la circulation étaient le plus fréquentes; parmi les résultats de ses recherches il nota que c'est dans la fièvre typhoïde, où le niveau de la colonne thermométrique monte au dessus de 40®, que se rencontre le plus grand désaccord entre l'élévation de la température ^t la fréquence du pouls ; mais cet auteur ne put indiquer, faute d'un nombre sufiisant d'observations, les relations qui eiûstent entre les variations pathologiques de la température et le cours des maladies K

La Ihermométrie médicale infantile eut aussi à cette même époque ses explorateurs assidus. M. Henri Roger fit imprimer dans les Archives générales de médecine , de 1844 à 1845, une longue série d'observations sur la température dans les différents âges de l'enfance, et dans les diverses maladies de cette période de la vie^ C'est un des 'travaux les plus complets sur cette spécialité, et qui a été d'une grande utilité pour les travailleurs qui sont venus après.

Le docteur Monneret écrivit dans le Compendium de Médecine pratique^ un très bon article sur la température considérée dans ses relations avec la pathologie générale; il di-

^ Recherches sur Vétat du pouls, de la température et de la respi' ration; Arcb. gén. de raéd.. — Paris, 1838.

^ De la température chez les enfants à Vétat physiologique et pathdogique,

' Art. Température^ t. vm, pag. 114. — Paris, 1846.

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dose font baisser cette même température (iode, sublimé corrosif, stupéfiants); et enfin dans le troisième les substances médicamenteuses qui à faible dose produisent une augmentation de chaleur et à haute dose déterminent une diminution.

A une époque déjà éloignée James Currie avait fait des recherches sur l'action de l'eau froide et drf l'eau chaude dans la fièvre et quelques autres états morbides, ainsi que sur rinfluence de la digitale, de l'opium et de l'alcool sur la température des sujets qui y étaient soumis *.

On peut dire que jusqu'à cette époque on n'avait fait qu'établir les bases de la thermométrie clinique qui plus tard devait apparaître dans tout son éclat. Les investigations des praticiens se bornaient à peu-près à déterminer les maxima^ les minima et les moyennes générales de la température dans les diverses maladies; les observations thermométriques n'étaient pas généralement continuées pendant tout le cours de la maladie, ni mises en parallèle avec les symptômes qui se produisaient dans leurs différentes périodes; on manquait enfm d'un plan régulier de constations thermiques.

En 1850 la thermométrie pathologique entra dans une nouvelle phase de véritable progrès. C'est à partir de cette époque, et surtout pendant ces neuf dernières années, que la thermométrie clinique a fait le- plus de progrès, progrès dont il n'est que juste de rapporter la plus grande partie à la savante et laborieuse Allemagne. C'est l'époque la plus brillante de la clinique thermoscopique.

Les docteurs Bàrensprung, médecin de Halle, Traube, professeur à Berlin, et plus tard Wunderlich, professeur à Leipzig, furent les premiers qui consignèrent des observations thermométriques régulières et complètes, soigneusement re- Guellies et comparées au cours, aux périodes, à la durée et

^ Médical reports; 1719.

à la terminaison des maladies. Ce furent eax qui introduisirent définitivement la thermométrie dans la pratique médicale.

M. Bârensprung, qui institua les observations thermométriques quotidiennes et suivies avec méthode, publia en 1851 le fruit de ses recherches dans un mémoire très étendu sur la chaleur physiologique *. Mais ce célèbre observateur avait commencé déjà avant cette publication la série des investigations importantes dont il a enrichi la thermométrie clinique.

Le docteur Traube publia en 1850 ses premières constatations de la température dans un écrit sur Taction de la digitale; mais ce fut en juin de cette même année que ce savant professeur commença à noter la température anormale dans un cas de fièvre typhoïde, postérieurement à Bârensprung.

Le docteur Traube a doté la science d'un remarquable mémoire: Ueber crtsis und critische Tdge, 1851 (Des crises et des jours critiques), mémoire riche en faits et tendant à rétablir l'antique doctrine des crises. Dans ce travail l'auteur divise les maladies, sous le rapport de leur terminaison, en deux classes, plaçant dans l'une celles qui se terminent rapidement, et dans l'autre celles qui marchent lentement et graduellement à leur fin. Pour donner «ne idée de l'ouvrage du célèbre médecin allemand nous reproduisons ici en résumé les conclusions principales qu'il y a établies.

1°. La fièvre consiste principalement en une élévation de la température animale.

2°. Le retour de la température à son état normal s'effectue de deux manières, ou rapidement et comme par un saut brusque dans un espace de 12 à 36 heures, ou progressivement et en quelques jours.

3®. L'abaissement rapide de la température, qui précède

* Untersuchunger ûber die Temperaturverhàltnisse des Fœtus und des erwachsenen Menschen im gesunden und hranken Zustande {Recherches sur la température du fœtus et des adultes dans Vétat de santé et de maladie); Muller's Arch.; 1851.

le rétablissement de la santé, est généralement accompagné de diaphorèse copieuse et plus rarement d'un précipité d'acide urique dans les urines.

4^. L'abaissement subit de la température, qui annonce la guérison, peut se manifester même avant que le processus inflammatoire ait cessé de s'étendre.

5^. Avec rabaissement rapide de la température coïncide presque toujours une diminution rapide de la fréquence du pouls.

6^. Dans les maladies de longue durée, où la température diminue graduellement, le type de la fièvre est celui de la fièvre hectique, c'est à dire que dans les rémissions du matin la température descend à son degré normal, ou même au dessous, tandis que dans les exacerbations du soir la température s'élève au dessus du chiffre normal.

T. L'abaissement subit de la température dans les maladies aiguës a lieu, lorsqu'il précède le 14.°"^ jour, dans les

3 me^ 5 me^ 7 me q^ 9 me Jq^^^

8°. Quand la température baisse rapidement dans les jours que nous venons d'indiquer pendant le cours d'une inflammation aiguë, le processus inflammatoire cesse de se propager. Dans ce cas la descente de la température peut aller jusqu'au dessous du degré normal et puis se relever lentement. Dans le pouls on observe souvent un phénomène analogue.

9°. La fréquence du pouls ne fournit souvent aucun élément pour l'appréciation de l'intensité de la fièvre ; le pouls fréquent peut exister avec la température normale et réciproquement ^

Le docteur Wunderlich, un des praticiens les -plus distin-

* Le docteur Traube a publié encore d'autres travaux relatifs à la thermométrie médicale : Ueber den Einfluss^ etc. (De rinQuence des émissions sanguines dans la température du corps dans les maladies fébriles, 1851), et Zur théorie des Fiebers^ 1864 (Sur la théorie des fièvres).

gués de l'Allemagne, a caltivé et étendu le champ d'exploration des docteurs Barensprung et Traube. La tbermomètrie clinique a reçu une merveilleuse extension due à Tobservalion persévérante et éclairée du célèbre professeur de Lei[)zig; pendant un espace de seize années ce clinicien expérimenté s'est dévoué avec un admirable ardeur à l'étude de la thermométrie; l'enseignement du docteur Wunderlich a été, comme l'a justement dit le docteur Beaumi, de Strasbourg, un foyer d'où la thermométrie a rayonné d'abord sur l'Allemagne, et de ce pays vers la France, l'Angleterre, l'Amérique et en définitive vers toutes les autres contrées, grâce à la persévérance du maitre, et au zèle des disciples. Le docteur Wunderlich, qui avait commencé ses investigations thermométriques en octobre i85i, a consigné les résultats de ses consciencieuses et rigoreuses observations dans des nombreuses publications qui, augmentées et développées, ont été réunies par lui en une œuvre magistrale *. C'est à cet infatigable observateur que la thermométrie clinique doit pour la plus grande partie ses progrès et sa vulgarisation.

Beaucoup d'autres praticiens d'Allemagne ont suivi le mouvement et apporté leur coopération à l'œuvre commune ; parmi eux figurent les noms respectables de Lichtenfels et Frôhlich^ MichaeP, WachsmuthS Griesinger^ BilIroth^ Tho-

* Das Verhalten der Eigenwàrme in Krankkeiten^ en 8®, de vi-384 pag., avec 40 gràv. et 7 tabl. de températures. -^Leipzig, i868.

2 Beohachtungen ûher die Gesetze, etc. ; 1852 (Observations sur les lois de la fréquence du pouls et sur la température dans Tétat normal et sous TinflueDce de certaines causes).

3 Archiv fur physiologische Heilkunde; 1856.

* Typhus ohne Fieher ; 1863 (Typhus sans fièvre), et Zur Lehre vom Fieber: 1865 (Sur la doctrine de la fièvre).

^ Infections Krankheiten; 1864. Cet ouvrage a été traduit en français par le docteur G. Lemattre (Traité des maladies infectieuses; Paris, 1868).

* Archiv fur Chirurg» ; 1864; et Archiv, gin. de méd. ; 1865.

mas*, Jenni*, Liebermeister ^ et autres cliniciens en réputation.

Il a été établi d'après les médecins allemands, et particulièrement d'après le docteur Wunderlich, que la température suit un cours spécial dans les diverses maladies fébriles, fait des plus importants pour le diagnostic, le pronostic et les indications thérapeutiques, comme nous le verrons plus tard.

D'après ce qu'assure le docteur Wunderlich, dans tous les établissements cliniques de l'Allemagne, dans presque tous les hôpitaux, et dans la pratique particulière des principaux médecins, les applications tbermométriques sont d'usage ordinaire et considérées comme une partie essentielle de l'observation dans les maladies fébriles.

La France, l'Angleterre, la Russie, l'Amérique n'ont pas négligé la thermométrie clinique. Les écrits de MM. A. R. Mignot*, Robert Latour', H. B. Maurice ^ Spielmann^ F.

» Arch. d£r Heilk; 1864, 1868 et 1867.

^ Beohcichtungen ûber die Kôrperwàrme in Krankheiten (Observations sur la chaleur du corps dans les maladies). — Zurich, 1860.

' Klinische Untersuchungen ûber das Fieber^ 1865 et 1866.

* Recherches sur les phénomènes normavx et morbides de la circvr latiouy de la caloricitéet de la respiration chez les nouveau-nés, — Paris, 1851.

^ Des éléments physiologiques du pouls^ pag. 19 et suiv. ; Paris, 1852. De la chaleur animcUe comme élément du diagnostic des fièvres intermittentes sans intermittences j pernicieuses ou non; Paris, 1862. De la chaleur animale comme principal élément du diagnostic diffé' rentiel de la pneumonie, — Paris, 1864.

® Des modifications morbides de la température animale dans les affections fébriles. — Paris, 1855.

^ Des modifications de la température animale dans les maladies fébriles aiguës et chroniques. — Strasbourg, 1856.

A. Fouqué*, E. Hardy ^ Duclos^ Charcot*, Monlegazza^ A. Ladé^ Hirtz^ J. Jaccoud^ Anfrun^ E. Labbée*® montrent l'importance qu'on reconnaît en France à l'examen de la température dans les états pathologiques.

Pour la part de l'Angleterre et de la Russie nous devons une mention spéciale à MM. les docteurs Thomas Armetriding Compton *S Sidney-Ringcr *^ Ailken, H. Zorn *^ dont nous aurons occasion de citer plus d'une fois les estimables

* De Vemploi du thermomètre en médecine, — Paris, 1858.

* De la température animale dam quelques états pathologiques et de ses rapports arec la circulation et la respiration. — Paris, 1859.

3 Quelques recherches sur Vétat de la température dans les maladies. — Paris, 1864.

^ De Vétat fébrile chez les vieillards {Gaz. des hôpitaux y juin, 1866).

^ Influence de la douleur sur la chaleur animale (Gaz. hehd.^ 1866).

^ De la température du corps dans les maladies et en particulier dans la fièvre typhoïde. — Genève, 1866.

' Chaleur dans les maladies {Nouv. dict. de méd. et de chirurg. pratiques, t. 6^°»®; Paris, 1867).

* Leçons de clinique médicale. — Paris, 1867; et Traité de pathologie interne^ Paris, 1869.

^ De la valeur diagnostique et pronostique de la température et du pouls dans quelques maladies. — Paris, 1868.

^® Recherches cliniques sur les 7}wdifications de la température et du pouls dans la fièvre typhoïde et la variole régulière. — Paris, 1869.

** Tetnperature in acute disease. — London, 1866.

'2 Les recherches de ce célèbre professeur de matière médicale à rUniversity-College, sur la température du corps dans la phlhisie pulmonaire ont été analysées par le dr. Richard dans les Arch. gén. de méd.^ 1866.

*^ L'ouvrage de ce savant médecin, attaché à l'hôpital Obuchoff de St. Petersbourg, est traduit en allemand. — Die Febris recurrens.

travaux, fruit d'une excellente observation. En Amérique signalons M. Seguin et M. I. V. Torres Homem *.

Pénétré de Futilité pratique de la thermométrie clinique, nous avons commencé nos observations en 18S6, époque à laquelle nous avons pu avoir à notre service un bon thermomètre marquant les cinquièmes de degré et permettant de noter approximativement les dixièmes. Cependant ce n'est que dernièrement que nous avons coordonné nos travaux et composé des tables qui nous montrent, non seulement les variations de la chaleur dans le cours de chaque maladie, mais de plus les relations de la température avec le pouls et la respiration.

Et pour ne pas être des derniers à fournir notre contingent, tout modeste qu'il peut être, nous commençâmes en 1867 à consigner dans la Gazeta medica de Lisboa les résultats de notre observation, appelant ainsi l'attention de nos collègues sur cette étude pratique.

D'après ce que nous avons dit sur l'histoire de l'étude de la température animale dans l'état morbide, nous pouvons peut être marquer à cette branche de nos connaissances quatre périodes principales :

Première période. Cette période, que nous pourrions qualifier de primitive, commence aux temps les plus anciens et se continue jusqu'à l'invention du thermomètre. Pendant ce premier âge de la thermométrie, la température du corps était simplement appréciée par la sensation accusée par le malade et éprouvée par la main de l'observateur.

Deuxième période. Cette série de temps, que nous pourrions appeler période initiale de la thermométrie médicale, commence avec l'invention du thermomètre, vers la fin du seizième siècle, et se termine en arrivant à de Haen au mi-

' Etementos de clinica medica. — Rio de Janeiro, 1870.

lieu du dix-huitième: c'est Sanctorius qui est le héros de cette époque.

Troisième période. Celle-ci, que nous pourrions nommer période de la formation de la thermométrie clinique^ comprend le temps qui s'est écoulé depuis de Haen jusqu'au milieu du lO""® siècle. C'est de Haen qui est l'initiateur du mouvement, qui s'est fait pendant ce temps.

Quatrième période. Cette époque pendant laquelle la thermométrie s'est le plus répandue, se compose des dernières trente années du siècle actuel. Cet espace de temps, quoique relativement court, peut être considéré comme partagé en deux parties, dont la première pourrait être désignée sous le nom de période de renaissance de la thermométrie clinique, et est formée par les dix premières années, de 1840 à 1850; la deuxième partie, qu'il conviendrait de nommer période de progrès de la thermométrie clinique, comprend les dernières vingt années qui viennent de s'écouler. C'est le docteur Wunderlich qui est la plus grande flgure de cette époque, et c'est à l'éminent professeur de Leipzig que la thermométrie clinique doit ses plus grands développements.

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