‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 17 sur 77 · L.-B. — Éco.\. PoL · texte numérisé non relu

L.-B. — Éco.\. PoL

La division territoriale du travail. — La division du travail ne se borne pas aux individus, elle s’étend aux régions. Il s’est constitué, par le fait de circonstances naturelles et historiques, une division territoriale du travail dans l’humanité : elle n'est pas irrévocable, mais il est toujours difficile et long d’y contrevenir.

Cette division territoriale du travail tient d’abord à certainescauses naturelles, aux influences de climat ou à la nature du sol qui n’ont pas répandu partout le fer, la houille ou le coton, la vigne, le café. Le développement social et le perfectionnement des voies de communication n’ont pas cessé de l’accroître. Dans l’intérieur d’une même nation, en France par exemple, tous les départements méditerranéens étaient arrivés à ne presque plus produire que du vin, la Normandie à ne presque plus faire que du bétail, des laitages et du cidre, la Beauce à ne plus livrer que du blé, de la viande de mouton et de la volaille.

Se spécialisant plus encore, telle contrée de Normandie, comme le pays d’Auge, se bornait à engraisser le bétail, sans le produire ni l’élever; tels autres districts,

le Cotentin, la Mayenne, le Limousin, élevaient du bétail sans l’engraisser.

Il n’en va pas autrement de l’industrie. Telle branche delà production des tissus, comme les soieries, devient l’occupation industrielle principale de cinq ou six départements dont Lyon est le centre, quoique dans toute cette région on n’élève presque plus de vers à soie. Telle autre branche de manufactures, celle du coton, s’est presque exclusivement cantonnée en France dans deux départements de Normandie, deux départements du Nord et quelques départements de l’Est. Pour 1 industrie de la laine, elle s’est fixée dans deux départements normands, quelques départements de l’Est qui

LA DIVISION DU TRAVAIL

sont autres que ceux qui travaillent le coton, et enfin dans cinq ou six villes du Midi. Bien plus, l’industrie de la laine peignée, des mérinos et de la flanelle s’est réfugiée dans quatre ou cinq villes, Fourmies, le Cateau, Reims, Roubaix, et semble fuir l’industrie de la laine lavée qui prospère à Elbeuf, Sedan, etc.

Cette division territoriale du travail survit en général aux circonstances mêmes qui l’ont causée. Elle offre des avantages à tout le monde : les industriels et les ouvriers y gagnent en habileté ; l’émulation en devient plus active; les progrès se généralisent plus vite. Les commerçants voient leur tache simplifiée i en une ou deux journées ils ont visité les vingt fabriques analogues de

Roubaix ou d Elbeuf, sans être obligés d’arpenter tout le territoire de la France.

Comme contre-partie, les crises commerciales, quand elles affectent une industrie déterminée, éprouvent plus cruellement une région, comme la crise cotonnière de 1860 à 1863 pour la Seine-Inférieure, le phylloxéra pour le Midi. La division du travail impose ainsi à tous, patrons et ouvriers, une plus grande prévoyance.

Plus la production d’un pays est développée, plus la division territoriale du travail y est sensible, comme en Angleterre et aux États-Unis.

La division héréditaire du travail. — Outre la divismn individuelle et la division territoriale du travail, il y a aussi pour le travail une sorte de division héréditaire; elle non plus n’est pas irrévocable; mais elle constitue une force.

L’homme ne doit pas être considéré comme isolé soit dans le temps soit dans l’espace ; il se rattache à toute la série des générations antérieures. -Il se fait une sorte de transmission hérédilaire des aptitudes, à laquelle s ajoute 1 influence de l’éducation et du milieu. Ainsi,

toutes choses égales d’ailleurs, il est avantageux que les ouvriers, comme le patron, restent fidèles à l’industrie, à l’usine ou au commerce de leurs pères. Il «St difficile d’improviser dans un endroit nouveau, avec une main-d’œuvre nouvelle, une industrie qui puisse lutter victorieusement contre les établissements similaires groupés depuis plusieurs siècles dans un môme lieu.

La division héréditaire du travail, qui constitue une force vive, est exposée, toutefois, à deux dangers, l’infatuation et la routine.

Conditions de la division du travail. Critiques qu’on lui adresse. — Pour que la division du travail puisse se développer, il faut certaines conditions qui ne se rencontrent pas partout : 1<> la densité de la population : dans un pays peu peuplé, où les hommes sont dispersés, chacun est tenu de faire plusieurs métiers ou plusieurs commerces; 2“ la facilité des communications ; 3° une grande abondance de capitaux ; 4“ un certain développement intellectuel et scientifique.

Nous touchons ici aux principaux reproches qu’on adresse à la division du travail :

1“ On prétend que la spécialisation outrée du travail détériore l’homme moralement et physiquement.

L homme, dit-on, est transformé en outil vivant. C’est un mince témoignage à se rendre à la fin de sa carrière

que d’avoir employé tous ses jours à faire des centièmes parties d’épingle.

2° Le travailleur est placé dans une plus grande dépendance des événements ; une crise, un changement de mode, l’invention d’une machine, lui enlèvent son gagne-pain. 11 n’en était pas ainsi autrefois, affirmet-on, du tisserand laboureur, retrouvant dans le travail des champs ce qui pouvait lui manquer à certains moments dans le travail industriel.

LA DIVISION DU TRAVAIL

3® La division industrielle du travail nuit parfois à la division naturelle des occupations, par exemple en soustrayant la femme à son ménage et à ses enfants pour la jeter dans les manufactures.

11 y a un certain fondement et beaucoup d’exagération dans ces trois reproches. La spécialisation des' tâches n’avilit pas autant qu’on veut bien le dire l’esprit ou l’âme de l’ouvrier et n’affaiblit pas non plus nécessairement son corps. De tout temps il y a eu des tâches uniformes ; le tourneur de meule autrefois, le tisserand ■ des villes qui, encore aujourd’hui, dans les civilisations primitives, comme dans les pays d’Orient, n’a pas, comme distraction, le travail des champs. Quand, au lieu de faire la centième partie d’une épingle, un ouvrier ferait l’épingle tout entière et même l’aiguille avec l’épingle, son esprit n’en serait pas plus élevé; de

même, quand, au lieu de faire des talons de bottes, il ferait toute la botte.

La détérioration de la population ouvrière est un . vieux thème dont rien ne prouve l’exactitude. L’ouyiei mécanicien ou ajusteur de nos grandes usines a 1 esprit tout aussi délié que l’ancien forgeron, quoique le premier pratique la division du travail poussé au plus haut dep’é. On pourrait dire, au contraire, que la répétition d’une tâche uniforme laisse l’esprit plus libre et lui impose moins de tension et de lassitude. La prolongation de la vie moyenne témoigne que les conditions physiques de l’existence n’ont pas empiré.

Les correctifs de la division du travail. — Ce qui est vrai, c’est que la division du travail exige certains correctifs et comporte un régime intellectuel et moral différent de celui qu’on suit d’ordinaire.

Une des conséquences de la division du travail, ce doit être l’abréviation de la journée ouvrière, de sorte

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siderees comme amplement suffisantes là où le tra va.1 est très morcelé. La division des tâches qui accroU production permet, sans perte pour la société de réduire le temps exigé chaque jour de chaquréuvrier!

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atelier où la combinaison des tâches sera toujours plus perfectionnée, il y aurait ainsi pour toutes les situations de la vie ouvrière des conditions plus diverses et mieux appropriées à la variété des devoirs de famille.

Profitons des énormes avantages de la division du travail, tâchons d’en pallier les quelques inconvénients. Dieu vend à l’homme, au prix de quelques maux, tous les biens qu’il lui cède ; mais l’homme, avec son intelligence, peut faire que chaque jour devienne plus faible la rançon des progrès économiques.

Gomme nous 1 avons dit au début de ce chapitre, le travail humain, sous le régime de la liberté et de la responsabilité individuelle, est en voie de réorganisation constante pour tirer le meilleur parti des forces nouvelles dont 1 homme acquiert la disposition.

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