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CHAPITRE VIII

LA DIVISION DU TRAVAIL

L organisation du travail. — La coopération des travailleurs ou le travail combiné. — La division du travail ou la décomposition des tâches. Avantages de la division du travail. — La division territoriale du travail. — La division héréditaire du travail. — Les conditions de la division du travail et les critiques qu’on lui adresse.— Les correctifs de cette organisation industrielle.

L organisation du travail. — Certaines causes techniques, c est-à-dire tenant à l’organisation des différentes branches de la production, influent sur la productivité du travail humain : les deux principales sont la division du travail et les machines.

Les socialistes et les économistes se sont souvent querellés, ceux-ci soutenant que, dans la société actuelle, le travail est organisé, et ceux-là contestant qu’il le soit et affirmant qu’il a besoin d’une réorganisation.

La vérité, c’est que, dans une société civilisée et inventive, le travail est en voie d’organisation et de réorganisation constante, se pliant spontanément aux combinaisons et aux méthodes les plus diverses, et unissant de plus en plus la complexité dans l’ensemble avec la simplicité dans les cas particuliers.

Quand on examine de haut un grand organisme industriel, l’usine du Greusot, par exemple, et ses dépendances, on est stupéfait de l’immensité et de la variété

des tâches, du concours des ouvriers les plus divers ; rénormité de celte œuvre productrice confond l’esprit, et il semble qu’il soit difficile qu’elle échappe au chaos. Quand on descend, au contraire, au détail, on voit que dans cette colossale entreprise la tâche de chaque ouvrier est tout à fait précise, circonscrite, fixée d’avance, uniforme. Ainsi se trouvent réunies les deux caractéristiques de l’industrie moderne, la complexité et la simplicité. C’est une merveille de combinaison.

La productivité du travail humain est singulièrement accrue par la coopération des travailleurs d’abord, et ensuite par la division des tâches entre eux. Ce sont là deux phénomènes différents l’un de l’autre.

Li6 trn<va,il combiné. — Bien des travaux qu’un seul homme ne pourrait faire en cent jours ni en mille, sont faits par dix ou vingt hommes travaillant ensemble en un ou deux jours. Pour soulever des fardeaux, pour abattre des arbres, pour scier du bois ou de la pierre, pour rassembler du foin ou du blé, cinq hommes réunis feront beaucoup plus d’ouvrage dans le même temps que cinq hommes isolés. Prenons une industrie tout à fait primitive, en l’absence de toute machine compliquée: dix rameurs sur une grande barque transporteront plus de marchandises et, pour une certaine durée de travail, fourniront une plus grande vitesse que dix rameurs sur dix petites barques isolées. L’un des avantages du travail combiné, c’est que la continuité d’action peut être plus soutenue, des équipes d’hommes pouvant se relayer. Dix rameurs sur une grande barque pourront fournir une force qui ne s’arrête jamais pendant dix heures ou vingt heures, certains se reposant pendant que les autres rament, tandis que cette continuité de force, pendant une aussi longue durée, ne peut être fournie par dix rameurs isolés sur dix petites barques.

LA DIVISION DU TRAVAIL

La force collective qui résulte du travail combiné de cinq, dix ou vingt hommes est donc, pour une foule de travaux du moins, très supérieure à la simple addition des forces isolées du même nombre d’hommes. C’est une des raisons qui font que, plus un pays a l’habitude de l’association ou de la coopération dans le travail, plus la production y doit grandir.

' La division du travail. — La division du travail,

I qui entraîne avec elle la spécialité des tâches, est un phénomène d’un autre ordre et qui a des conséquences bien plus profondes. Elle consiste à décomposer le travail en une séiie de tâches parcellaires, différentes de nature et chacune occupant d une façon permanente une catégoiie particulière d ouvriers. Ainsi, pour une fabrique de montres, tel ouvrier fera la boîte, tel autre le cadran, tel autre les épingles, un quatrième le grand ressort, un autre les petites roues, le dernier ajustera l’ensemble. C est là une image très imparfaite ; car la division du travail, dans 1 industrie mécanique moderne, est poussée bien plus loin. A Londres, dans la profession d’horloger, on compte cent deux parties différentes dont chacune a ses ouvriers spéciaux, etles Américains, qui triomphent dans l’horlogerie à bon marché, semblent avoir encore renchéri sur ce morcellement des tâches.

On arrive à réduire le travail le plus compliqué comme celui de la construction d’une locomotive oii d une montre, en des séries de mouvements très simples et presque uniformes que vingt, quarante, cent categories distinctes d’ouvriers répètent d’une façon constantG jjGnd^nt toulG Iguf carrièrG.

La division du travail offre de si grands avantages au point de vue de la production qu’Adam Smith semble aire reposer sur elle toute l’économie politique. Elle présente, comme contre-partie, au point de vue soit

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social, soit intellectuel, quelques inconvénients sur lesquels on ne peut absolument fermer les yeux.

Avantages de la division du travail. — Voici les avantages de ce procédé :

1° La division du travail développe l’habileté professionnelle, qu’il s’agisse de travaux purement manuels ou même de travaux intellectuels. Cet accroissement de dextérité est incontestable : les muscles, comme l’esprit, se plient aisément à une tâche uniforme; les mouvements que l’on répète sans cesse arrivent à être mécaniques et à avoir un degré extraordinaire de rapidité et de précision. La facilité de marche d’un guide, la subtilité de vue d’un marin, la promptitude d’un raltacheur de fils dans une filature, l’aisance de parole d’un avocat, la rapidité de calcul d’un comptable, les virtuosités d’un pianiste, sont parmi les exemples de ces facultés spéciales que développe, chez l’homme ordinairement doué, la pratique constante d’un métier déterminé.

2" Le second avantage de la division du travail, c’est d’épargner les pertes de temps : chaque ouvrier n’a à changer ni de place ni d’outil, il fait toujours le même détail et emploie toujours le même instrument, quiainsi ne chôme jamais.

3“ Cette organisation diminue l’apprentissage. C’est ici à la fois un grand avantage et un certain inconvénient. Autrefois, pour se rendre maître dans un métier, quatre ou cinq ans d’apprentissage étaient nécessaires; c’était une lourde charge pour la famille de l’ouvrier. Aujourd’hui, en quelques mois, le jeune homme est suffisamment au courant du détail qui lui incombe dans a production pour qu’il puisse devenir un travailleur salarié. 11 gagne plus vite sa vie La production en profite, surtout aupointde vue de la quantité et du bon marché.

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D autre part, 1 ouvrier ne sait plus guère un métier complet. A Wolverhampton, la grande cité de la serrurerie, après dix ans de travail, un ouvrier serrurier ne sait pas faire une serrure complète. Cela peut être un inconvénient pour son intelligence générale, parfois aussi pour la qualité des produits.

4 La division du travail permet souvent de substituer des machines au travail de la main de l’homme • c est ce qui s’est produit d’une façon si merveilleuse depuis vingt ans aux Etats-Unis dans l’industrie de horlogerie. Le bon marché en profite dans des condi-

Dour « «« que l’on peut acheter

pour 8 à 10 francs des pendules passables et pour

O a 6 francs des montres qui marchent régulièrement Quand on parle de cet avantage de la division du travail, onneveutpasdire quece soient les ouvriers parcelaiies qui fassent les grandes inventions; non, mais ils trouvent souvent ces abréviations de tâches que l’on appelle des .< tours de main ». Puis surtout la division du yavail est une sorte de procédé d’analyse qui en rendant de plus en plus simple et de plus en plL uniorme chaque série de la production la plus^compliquée, permet l’introduclion des machines. Pour que

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en effet, que les tâches aient été morcelées au point que chacune soit devenue très simple, uniforme ^sus ceptible d’une répétition constante. ’

5" Cette même organisation permet d’emplover cha

faihio. il f ‘“™'tes, de tirer notamment parti des faibles, les femmes et les enfants. Sans doute ceux!

surtoutà"la notable dans l’industrie domestique,

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