I L’INTÉRÊT DU CAPITAL
lignes de chemins de fer tertiaires jouissant de peu de trafic, à créer des entreprises d’eaux et de gaz dans de toutes petites villes, jouissaient d’une moindre productivité. Dans un vieux pays où les principales œuvres de la I . civilisation sont accomplies, le taux de l’intérêt tend à f baisser.
Trois grandes causes générales inclinent donc l’intérêt du capital à la baisse. Par contre, trois causes occasionnelles peuvent, de temps à autre, ralentir ou suspendre ce mouvement de baisse de l’intérêt. Ce sont : 1® de très grandes découvertes ou inventions, susceptibles d’applications pratiques étendues et soudaines; ces inventions et ces découvertes exigent à la fois l’emploi de capitaux considérables et peuvent les largement rémunérer. 2® L’émigration des capitaux vers les pays neufs, où toutes les principales œuvres de la " civilisation restent à accomplir : cette émigration peut
avoir lieu, sans déplacement des personnes, simplement par la souscription à des titres d’actions et d’obligations
des compagnies étrangères ou des Etats étrangers. Cette émigration des capitaux n’est pas un mal. Elle empêche le taux de l’intérêt de trop baisser dans les vieux pays. 3® Les guerres et les dépenses excessives de luxe, soif des États, soit des particuliers; cette troisième cause est un mal, parce qu’elle détruit des capitaux sans aucune compensation.
A tout considérer, trois causes générales agissant ' d’une manière à près permanente influent sur l’intérêt
du capital dans le sens de la baisse; trois autres causes accidentelles et temporaires viennent enrayer de temps en temps cette baisse. Mais le résultat de tous ces mouvements, c’est la tendance définitive à une diminution du taux de l’intérêt.
Cette baisse du taux de l’intérêt a des avantages et
des inconvénients dans le détail desquels il serait superflu ici d’entrer; mais, tout compte fait, elle doit à la longue, sinon dès le premier jour, diminuer l’inégalité des conditions entre les hommes (1).
L’État doit éviter d’influencer par ses agissements ou par ses lois le taux de l’intérêt. Parfois le législateur a défendu de prêter au-dessus de 5 p. 100 ou de 6 p. 100. Ces prescriptions étaient toujours violées, non pas seulement clandestinement, mais publiquement par les banques, par les grandes sociétés, par l’État lui-même dans les moments critiques, comme en 1871 où l’État français emprunta à 6 un quart p. 100.
Quand il s’agit d’entreprises aventurées, ou pouvant rapporter de très gros bénéfices, le prêteur peut légitimement demander un taux d’intérêt de plus de 4 à 5 p. 100, parce qu’il court alors des risques considérables de pertes et que, d’autre part, l’emprunteur a devant lui des chances considérables de gain. C’est ce qui arrive quand on prête à un inventeur dont l’applicabilité de la découverte n’est pas encore complètement démontrée.
Quant à l’usure réelle, c’est-à-dire les manœuvres dolosives ou immorales qui consistent à profiter, en les stimulant, des passions d’autrui, les tribunaux peuvent la réprimer, soit en déclarant le contrat nul pour défaut de consentement libre, soit en punissant le dol. Il n’est nullement besoin d’établir pour cet objet un maximum légal du taux de l’intérêt. Ce maximum a toujours été soit inefficace soit nuisible.
(I) Voir pour une analyse détaillée des effets de la baisse du taux de l’intérêt mon Essai sut' la répartition des richesses et la tendance à une moindre inégalité de condition, 3« édition.