I L’INTÉRÊT DU CAPITAL
sont moins abondants; qu’ils peuvent, s’appliquant à des terres vierges et à des contrées où les principales œuvres de la civilisation sont à peine ébauchées, avoir une productivité plus grande, et qu’enfin, la société étant moins assise et les entrepreneurs se trouvant à la fois V plus audacieux et moins pourvus de ressources, les ris-
ques sont supérieurs dans ces jeunes pays.
Au lendemain des grandes découvertes, qui entraînent une sorte de rajeunissement du monde et qui exigent d’immenses capitaux dont l’emploi sera très productif, le taux de l’intérêt est élevé, comme dans la période qui a accompagné les premières applications delà vapeur à la locomotion, soit de 1850 à 1863. Quand, U au contraire, ces grandes œuvres sont achevées et que
j; . l’on n’a plus à faire en quelque sorte, du moins dans les vieux pays, que la besogne courante de l’humanité, t comme depuis 1875 en Europe, le taux de l’intérêt de-
I vient plus bas.
Ainsi le taux de l’intérêt varie fréquemment, surtout dans les affaires industrielles et commerciales, qui sont les plus mobiles et les plus impressionnables.
Tendance générale de la civilisation en ce qui concerne le taux de l’intérêt. — Il y a néanmoins une tendance générale qui influe sur la civilisation et qui, sauf les oscillations inévitables, porte à la baisse I graduelle du taux de l’intérêt.
j Les causes de cette tendance à la baisse sont les
suivantes :
" 1° La sécurité des transactions tend à s’accroître par
une justice plus exacte et plus prompte, par les procédés de ponctualité qui se généralisent chez les commerçants etlesindustrielsets’étehdentpeuàpeu àtouies
les autres personnes. Les risques généraux, ceux qui provenaient de l’incertitude des lois, de l’arbitraire de
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la justice et des fréquents désordres matériels, tendent ainsi à s’atténuer. La partie de l’intérêt qui représente simplement une prime d’assurance contre les risques peut donc, dans la généralité des cas, diminuer.
2® L’augmentation incessante des capitaux par l’épargne s’accentue avec une énergie croissante. La facilité offerte par les sociétés anonymes qui recueillent des quantités de petites sommes pour d’énormes entreprises, les valeurs mobilières, actions et obligations qui se répandent, les banques qui fondent des succursales, les nombreuses caisses d’épargne, les caisses postales, les assurances sur la vie, stimulent le goût de l’épargne, en multipliant les occasions et les modes divers de placement. Il en résulte que toutes les parcelles d’épargne qui autrefois, au moins pendant un certain temps, restaient inutilisées, sont aujourd’hui presque immédiatement apportées, sous une forme ou sous une autre, sur le marché des capitaux. Puis, grâce à l’élévation des salaires, les ouvriers maintenant peuvent plus épargner qu’autrefois. L’éducation, en développant les habitudes de prévoyance, fait pénétrer l’épargne dans des couches où elle avait jadis peu de racines. Cette abondance des nouveaux capitaux qui se forment chaque année tend à la longue à réduire le taux de l’intérêt.
3® Cette tendance devient bientôt une réalité dans les périodes où les inventions et les découvertes sont peu importantes et n’ont que des résultats pratiques médiocres. Tous les temps et tous les états de société ne sont pas également propices à une très grande productivité des capitaux. Ainsi, les capitaux employés de 1830 à 1863 à constituer les grandes lignes de chemins de fer, les entreprises d’eaux et de gaz dans les villes importantes, avaient une productivité considérable; les capitaux employés de 1870 à 1887 à construire des