‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 6 sur 77 · LES DIVERS AGENTS DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

LES DIVERS AGENTS DE LA PRODUCTION

loppement de la civilisation, sous l’influence de trois agents : l’esprit d’imitation, l’habitude et l’hérédité. C’est l’esprit d’imitation qui fait que peu à peu les peuples ou les hommes les moins civilisés, mis au contact de ceux qui le sont davantage, finissent par emprunter <à la manière de vivre de ceux-ci certains goûts qu’ils n’avaient pas. Puis survient l’habitude individuelle, et enfin l’hérédité qui fixe d’une manière définitive les besoins et fait que l’humanité arrive à ne plus concevoir qu’elle puisse se passer d’objets qui, quelques siècles auparavant, lui eussent paru superflus.

La plupart des meubles d’usage domestique, beaucoup des objets de vêtement ou de toilette, les bas, les souliers, les mouchoirs, le savon, un grand nombre d’articles d’alimentation, à plus forte raison les livres, les journaux, les instruments de musique, sont des exemples de cette extension graduelle des besoins humains.

Les trois agents de la production. — Pour satisfaire ces besoins variés, l’homme ne trouve pas, en général, dans la nature seule des ressources suffisantes. Celle-ci subvient d’elle-même à certains besoins rudimentaires de l’homme, comme le besoin de la respiration ; parfois aussi, toute l’année dans certains pays, une partie de l’année dans certains autres, elle pourvoit d’elle-même au besoin de la chaleur de l’homme. Pour la généralité des besoins humains il faut que l’effort de l'homme vienne seconder ou diriger la nature.

Cela est vrai depuis les débuts de l’humanité; même à l’époque où les familles peu nombreuses occupaient d’énormes espaces, il leur fallait un grand déploiement d’énergie pour se procurer leur nourriture. La cueillette des fruits sauvages, la chasse des animaux, la pêche ou le pâturage pour quelques troupeaux dômes-

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tiques exigeaient de nos ancêtres les plus reculés une activité parfois très grande, des efforts qui, pour n’être pas toujours continus, devaient avoir à certains moments une extraordinaire intensité.

Pour la satisfaction des besoins humains, l’homme doit donc être le collaborateur de la nature. La production ne peut se passer du concours de l’un et de l’autre. La nature est la force inconsciente, la matière universelle et variée, que l’homme féconde par ses sueurs, qu’il apprend à diriger par son esprit, qu’il exploite avec les instruments graduellement perfectionnés que l’observation et la réflexion lui suggèrent.

Le concours de l’homme dans la production peut être de deux sortes. Il consiste dans son travail actuel, dans ses efforts purement musculaires ou nerveux ; mais cela ne suffit pas pour arriver à de grands résultats. L’homme qui n’est pas tout à fait au début de la civilisation dispose de moyens d’action qui ajoutent beaucoup à la force de ses bras et à l’ingéniosité de son esprit : il a accumulé des provisions qui lui permettent de travailler, sans se laisser distraire, à une œuvre de longue haleine dont le résultat ne sera atteint qu’au bout de plusieurs jours, plusieurs semaines ou plusieurs mois; puis il a fait certains objets qui en eux-mêmes ne satisfont aucun besoin humain, mais aident à se procurer plus facilement ceux qui servent à cette satisfaction : ces objets sont des outils, un arc et des flèches, un canot, un filet à pêcher, une pioche, une bêche, une charrue, jusqu’aux machines les plus perfectionnées.

Ces approvisionnements et ces outils sont ce que l’on appelle le capital. Dès les premiers jours, l’homme a créé du capital : les pierres polies, dont se servaient les premiers hommes du temps dit âge de pierre, étaient

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