CHAPITRE
LE TRAVAIL
Définition du travail. — Le travail productif et le travail improductif. ^ — Le travail physique et le travail intellectuel. — Classification
des travaux et des industries. — Caractères différents de productivité des diverses catégories de travaux humains. — De la proportion et de l’équilibre entre les diverses professions humaines.
Définition du travail. — Le travail humain est le second facteur de la production. C’est le facteur diri- , géant, celui qui guide la nature et qui ajoute à sa fécon- , dité, en recherchant ses lois et en faisant tourner au i proût exclusif de l’homme les forces productives dont la matière est douée.
I Qu’est-ce que le travail? C’est une des formes de I l’activité humaine. Mais est-ce toute forme de l’activité humaine? Non. Un homme mange, il est actif; un homme se promène, un autre danse, est-ce là un travail? L’idée de travail, suivant l’opinion commune, impli- I que l’effort, la contention, la peine. Beaucoup d’hom- I mes, il est vrai, les grands artistes, les bons ouvriers,
Ile paysan qui aime son champ, éprouvent du plaisir à travailler. Il n’en est pas moins vrai que l’idée de l’effort, de la concentration de l’activité de l’homme sur un objet déterminé, à l’exclusion de tous autres, est liée à l’idée de travail.
On l’a dit avec raison : si le travail n’était pas pour ' L.-B. — Éco.N. PoL. 2
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l’homme, dans un certain sens, pénible, tous les phénomènes économiques seraient autres qu’ils ne le sont. L’homme est avare de sa peine; il cherche à épargner son travail : de là tous les progrès de l’industrie, non seulement dans l’invention des machines, mais dans la combinaison des tâches.
Le principe de la moindre action, c’est-à-dire du moindre effort pour obtenir un résultat déterminé, domine toute la vie économique.
Un même acte, suivant le but auquel il tend, la régularité avec laquelle il s’accomplit, peut être une distraction ou un travail. C’est ce qui constitue la différence entre ce que l’on appelle un amateur et un homme professionnel : ainsi le danseur qui s’amuse et le maître à danser, l’excursionniste et le guide dans les montagnes, le peintre par amusement et le peintre par profession, le canotier des jours de fête et le matelot, le promeneur et le facteur des postes. On pourrait multiplier ces exemples à l’infini.
Pourquoi un même acte est-il distraction chez l’un et travail chez l’autre ? Pour qu’il y ait travail dans le sens économique du mot, il faut différentes conditions : il convient d’abord que l’effort humain soit un mo}^en et non un but; il faut aussi ([ue l’effort ne soit pas isolé, qu’il y ait toute une série d’actes, une activité méthodique et consciente en vue d’un objet déterminé. On doit considérer comme travail toute peine prise d’une façon suivie pour obtenir un résultat productif, c’està-dire pour satisfaire les besoins de l’homme.
Le travail peut être de deux natures distinctes : ou physique ou intellectuel; on dit encore aujourd’hui ou musculaire ou nerveux. Le travail intellectuel gagne de plus en plus de terrain au fur et à mesure que la civilisation se développe.
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Le but que l’homme poursuit, ce ne doit pas être le travail lui-même, mais le résultat du travail. L’homme a tant de besoins divers à satisfaire qu’il doit bien diriger ses efforts pour se procurer chaque satisfaction avec le moins de peine possible, de façon à rendre son temps et ses efforts disponibles pour satisfaire à des besoins d’un autre ordre.
On peut dire que, considéré au point de vue du bien qu’il procure, le travail est une libération, mais qu’en lui-même c’est une sujétion.
Travail productif et travail improductif. — Tout travail n’est pas productif : ainsi s’amuser à détruire un mur pour ensuite le reconstruire, à brûler une maison pour la réédifier, à briser des verres ou des assiettes pour en faire fabriquer d’autres, c’est une folie, parce que l’on gaspille inutilement des efforts qui n’ajoutent rien aux richesses de l’humanité.
Un travail est productif toutes les fois qu’il concourt à augmenter les biens qui sont nécessaires ou utiles à l’homme.
Travail physique et travail intellectuel. — Le travail intellectuel, bien dirigé, est tout aussi productif que le travail manuel. L’ingénieur qui a combiné, par sa science et ses études, les rouages d’une locomotive est aussi producteur que l’ouvrier fondeur ou ajusteur qui fait la machine, et que le chauffeur ou le mécanicien qui la conduit.
L’architecte qui a arrêté les proportions, combiné les matériaux et fait le plan d’un bâtiment, est aussi producteur que le maçon ou le couvreur.
Le surveillant ou le contre-maître, qui distribuent les tâches, qui donnent des conseils et qui réparent les fautes, sont aussi producteurs que l’ouvrier.
Le comptable qui, par des écritures méthodiques et
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exactes, fait que la production a en quelque sorte conscience d’elle-même, qu’on peut à chaque instant se rendre compte si elle est conduite avec économie ou gaspillag-e, est aussi producteur que le simple manœuvre.
Une sorte de nouveau fanatisme ou de superstition nouvelle cherche à jeter de l’obscurité sur ces vérités é\identes. Le dédain du travail intellectuel semble avoir remplacé aujourd’hui dans une classe de la population
le dédain que professait autrefois une autre classe pour le travail manuel.
D’après cette nouvelle superstition, l’ouvrier qui ferait un violon serait producteur, et l’artiste qui jouerait de ce violon ne le serait pas ; celui qui imprimerait un livre serait producteur, et l’auteur qui l’aurait écrit ne le serait pas ; le garçon pharmacien qui préparerait une potion serait producteur, et le médecin qui aurait rédigé l’ordonnance ne le serait pas.
Cependant, comme on l’a très bien remarqué, les travaux intellectuels ou immatériels peuvent avoir des résultats beaucoup plus durables et plus étendus que les travaux manuels.
Une^ leçon de professeur peut avoir plus de durée dans l’esprit de l’élève et changer plus son existence que la tasse de café que celui-ci ingurgite.
Deux sortes de travaux intellectuels surtout sont éminemment productifs : c’est d’abord le travail de découverte ou d’invention ; c’est ensuite le travail d’administration ou de direction.
Le travail purement matériel participe des infirmités de la matière ; il ne peut produire d’autre effet que celui de changer les parties qui la constituent ; il ne peut se faire en deux points à la fois ; il est borné dans le temps et dans l’espace
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Le travail de découverte et de combinaison, au contraire, participe des propriétés de l’esprit; il peut se répandre immédiatement sur le monde entier et, d’un autre côté, se répercuter indéfiniment à travers les générations.
La production intellectuelle a donc une intensité inouïe et une durée parfois incommensurable. L^invention de la machine à vapeur, celle du télégraphe, celle des métiers à tisser, de Tacier Bessemer, se propagent en quelques années sur l’ensemble du globe; et beaucoup d’aulres découvertes moins retentissantes ont des effets analogues. Ces services particuliers des hommes de génie ou des esprits ingénieux qui ont perfectionné les arts ont toujours frappé l’humanité. Les anciens transformaient les inventeurs en héros ou en
demi-dieux, comme Triptolème. L’économie politique libérale des peuples modernes, sans aucune intervention : des Etats et par le simple jeu des lois naturelles, leur fait, d ordinaire, une part prépondérante dans la répartition des richesses.
Classification des travaux et des industries.
On a fait bien des classifications des travaux humains; celle qui suit paraît la plus rationnelle : 1® les industries extractives, qui puisent au sein de la nature, sans les modifier, du moins essentiellement, les substances utiles : la cueillette des fruits sauvages, la pêche, la chasse, 1 exploitation des forêts, des mines et des carrières forment cette première catégorie; 2® l’industrie agricole, qui tire aussi du sol des matières utiles, mais en soumettant la nature à l’action de l’homme et à la connaissance qu’il a de ses lois; 3® les industries manulacturières, qui se contentent de façonner et de transornier, soit avec la main de l’homme, soit avec le concours des forces physiques et chimiques, les objets que
lui ont livrés l’industrie extractive et l’industrie agricole : les fabriques de tissus, les établissements métallurgiques, toute la variété des usines et des ateliers divers forment cette classe; 4® l’industrie commerciale, qui réunit les marchandises, les conserve, les répartit et les débite entre les consommateurs; 5° l’industrie des transports, qui se rattache à la précédente, mais qu’on en distingue à cause de la très grande importance qu’elle a prise récemment et qui consiste à déplacer les hommes et les choses; 6® les services immatériels, comme ceux des fonctionnaires publics, des professions libérales telles que celles de médecin, avocat, écrivain, musicien.
Quelques personnes ont fait une classe particulière, à cause de sa grande importance sociale, aux travaux de découvertes et d’inventions, qui peuvent émaner soit d’ingénieurs et de savants professionnels, soit de simples particuliers ; mais si éminents ^;ue soient les services rendus par les inventeurs, ces merveilleux producteurs, les plus utiles à l’humanité, rentrent dans la sixième classe que nous venons d’indiquer. A cette catégorie se rattachent aussi, quoique bien différents, les services purement personnels, comme ceux des domestiques.
L’ordre de ces classes, d’ailleurs, n’est qu’une division logique et n’indique, par lui-même, aucune supériorité sociale des premières relativement aux dernières.
Le caractère très nettement productif des industries extractives, agricoles ou manufacturières n’est l’objet d aucune contestation, du moins de notre temps.
On s’est demandé souvent, au contraire, si les travaux de transport, si les professions commerciales, si les occupalions libérales et les fonctions publiques ont
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un caractère productif, ou si elles ne constituent pas des légions de parasites qui vivent aux dépens des vrais producteurs.
Caractères différents de productivité des diverses catégories de travaux humains. — En principe, le cercle des travaux productifs peut s’étendre à l’infini; mais dans les catégories d’emplois que nous avons citées en dernier lieu, il peut y avoir, plus que dans le travail des champs ou des usines, une surabondance de rouages et des abus.
Oui, certes, l’industrie des transports est productive. Beaucoup de denrées n’ont d’utilité qu’à la condition d’être transportées des pays qui les ont produites en excès pour les besoins locaux dans une autre contrée qui en manque et qui souffrirait de ne les pas avoir. Beaucoup de productions sont strictement localisées parla nature : le coton, le café, la houille même, le fer, les métaux, les bois de construction, une foule d’autres. L’industrie des transports, qui permet à chaque pays de se livrer principalement aux productions auxquelles la nature l’a destiné, pour se procurer par voie d’échange les autres produits, cette industrie est éminemment productive. Elle ajoute à la puissance de l’humanité; c’est à elle en grande partie qu’est due la rénovation de la face du monde depuis trois quarts de siècle
Il en est des transports de personnes comme des tiansports de marchandises. Le navire à vapeur, qui apporte en Amérique un millier d’émigrants allemands ou irlandais, fait une œuvre productive, en ce sens que ces mille hommes manquaient d’occupation dans eur pays d’origine, n’y pouvaient que végéter dans la gène ou la misère, tandis qu’ils tireront de superbes moissons des terres neuves du nouveau' monde. Même en dehors d’une utilité aussi directe et aussi évidente,
les simples trains qui emportent des touristes de leur séjour habituel dans une autre contrée et un autre paysage doivent être regardés comme productifs au sens économique du mot, puisqu’ils procurent à l’homme une distraction agréable, morale et saine.
On peut, toutefois, abuser de l’industrie des transports, en créant inutilement des lignes ferrées concurrentes entre elles, en outillant une foule de ports voisins qui ne peuvent que se nuire réciproquement, en établissant à grands frais des chemins de fer coûteux dans des pays qui ne peuvent entretenir aucun traüc régulier. Ces abus peuvent surtout se rencontrer là où l’État fait les frais de toutes ces entreprises et y subvient avec le produit des impôts.
Ce que nous avons dit des transports peut se dire aussi du commerce. En lui-même et bien conduit, le commerce est incontestablement productif. Les commerçants peuvent être considérés comme les directeurs et les organisateurs de la production dans le monde entier. Ils font un travail de combinaison, quant aux capacités, aux ressources et aux besoins des différentes contrées; un travail de répartition des produits entre elles, de façon que l’équilibre se réalise aussi promptement que possible dans chaque lieu entre l’offre et la demande des différentes marchandises; c’est une œuvre immense, délicate, indispensable.
Les commerçants même au détail y participent. Ils conservent d’abord les denrées; or, la conservation équivaut dans une certaine mesure à la production; ensuite ils proportionnent les différentes quantités de marchandises aux besoins de chacun : ils donnent en général aux articles une certaine main-d’œuvre; l’épicier casse le sucre, grille le café; le boucher découpe la viande. Il est peu de commerces de détail où ne se
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mêle quelque industrie et quelque main-d'œuvre. Ils épargnent au client des déplacements et de la peine, ils vont parfois au-devant de ses désirs.
Ainsi la productivité du commerce est en soi incontestable. Mais, ici encore il faut faire une remarque importante. Le commerce n est productif que dans certaines conditions et dans une certaine mesure. On peut développer à l’excès le nombre des commerçants, de sorte que les rouages, devenus excessifs, peuvent gaspiller le temps et les efforts humains. Il n’est pas né cessaire de trouver tous les vingt mètres un boulanger, un boucher, un épicier, un débitant avec une spacieuse boutique, très ornementée. Il arrive que la concurrence excessive des petits commerçants, avec les frais généraux dont ils se grèvent, l’étroitesse de la clientèle de chacun, peut faire renchérir les objets, au lieu d’en diminuer le prix : c’est ce qui se manifeste phur le pain et la viande à Paris. De même encore, ce nombre excessif de petits commerçants et d’intermédiaires peut développer les falsifications.
C’est une considération qu’il ne faut pas oublier dans les querelles et les plaintes des boutiquiers contre les grands magasins ou les sociétés coopératives; ces deux dernières organisations interviennent légitimementpour empêcher le commerce de détail de devenir parasitaire.
La tendance des peuples mous est de s’encombrer de commerçants au détail : ainsi les Musulmans; un grand nombre de ces détaillants finissent par être des frelons.
La même question de productivité du travail se pose pour les professions libérales, les fonctionnaires publics et pour les services personnels, comme ceux des domestiques. Doit-on dire que les travaux de ces catégories
de personnes sont, au point de vue de l’ensemble de la société, productifs ou qu’ils sont stériles?
En principe, il ne saurait y avoir d’hésitation : ces classes de travailleurs concourent à la production, du moins quand elles ne sont pas en nombre excessif.
Supprimez les quarante mille gendarmes de France, les six ou sept mille juges; chacun sera tenu de s’armer, de faire la police autour de son champ, de poursuivre, d’arrêter, de châtier soi-même les malfaiteurs. Ou bien les citoyens seront amenés à se concerter, à se former en syndicats pour entretenir eux-mêmes des gendarmes privés, comme au moyen âge en Espagne, lors de la célèbre confrérie policière dénommée la Sainte-Hermandad; les simples particuliers devront aussi juger eux-mêmes et exécuter les jugements, comme le font, dans les territoires encore à demi peuplés de l’Amérique du Nord, les rudes pionniers qui, de temps à autre, se livrent à des exécutions sommaires, sous le nom d’application de la loi de Lynch.
Avec cette absence de police et de justice, les agriculteurs, les commerçants, perdraient un temps infini en armements, en démarches, en allées et venues; la production serait singulièrement troublée, toujours précaire et fréquemment interrompue. Le préjudice qu’en éprouveraient les producteurs dépasserait de beaucoup les traitements qu’ils servent aux gendarmes, aux agents de police et aux magistrats.
D’une façon analogue, on peut reconnaître un caractère de productivité sociale, en principe du moins, et sous la réserve d’abus dans la pratique, aux administrateurs, aux employés de bureau, aux médecins, aux avocats, aux professeurs, aux musiciens, auxpoètes euxmêmes. Ils concourent ou, en théorie, doivent concourir à aplanir les difficultés entre les hommes, à prendre
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des mesures d’un intérêt général, à guérir les maux de l’humanité, à l’instruire, à lui procurer des distractions utiles. Concorde, santé, bonne humeur : ce sont là d’excellentes conditions de production. Les professeurs et les savants qui transmettent les connaissances acquises, les répandent, les épurent ou les accroissent, ont un rôle économique aussi indispensable à une civilisation développée que les travailleurs manuels.
Nous ferons la même réflexion au sujet des domestiques : dans la mesure raisonnable, ils sont incontestablement productifs. La cuisinière ou la femme de chambre qui épargne à un commerçant, à un médecin, à un savant, le temps qu’il devrait consacrer à divers soins de ménage; le valet de chambre môme, qui, par son activité, rend la demeure confortable et élégante, sont des travailleurs productifs au même titre que le garçon épicier ou que l’ouvrier ébéniste. Nous renvoyons au chapitre qui traite du luxe pour se rendre compte de l’influence que peuventavoir, sur l’allure delà production sociale, l’ernhellissement et la largeur de vie des classes moyennes ou élevées.
De la proportion et de l’équilibre entre les diverses professions humaines. — Pour tous ces métiers dont nous avons parlé en dernier lieu, commerçants, transporteurs, fonctionnaires publics, hommes adonnés aux professions libérales, domestiques et gens rendant des services personnels, il y a, toutefois, une réserve à faire. En principe, ils sont productifs, parce qu’il y a une explication économique de leur rôle, et une raison d’intérêt social à leur tâche. Mais il se pose, quand il s’agit d’eux, une question de proportion de leur nombre à la fonction sociale dont ils sont chargés et à l’ensemble de la population. C’est ce qui distingue ces professions de la profession agricole.
Tout nouvel ouvrier ajouté au travail des champs produira une utilité quelconque ; tout nouveau coup de pioche ou de charrue, toute nouvelle main-d œuvre pour le sarclage d’une pièce de céréales ou d une vigne, augmentera, dans une proportion variable sans doute, mais dans une proportion quelconque, la production
des objets utiles à l’homme.
On n’en peut dire autant de toute nouvelle place de
sous-préfet, ou d’employé de bureau, ou d’une façon générale de tout fonctionnaire public, ni de tout avocat, de tout médecin, de tout domestique, pas même de tout commerçant, qui vient ajouter une unité nouvelle au groupe, souvent déjà très nombreux, parfois exubérant, des gens de sa catégorie.
La distinction entre les fonctions du travailleur de l’agriculture et du travailleur de l’industrie d’une part, et les fonctions, soit directrices, soit auxiliaires, des autres professions que nous avons énumérées, c est que la tâche des premiers est indéfinie; l’humanité ne produira jamais trop soit de denrées comestibles, soit d’objets manufacturés pour les besoins si divers de l’homme; au contraire, la lâche des personnes, comme les commerçants, les fonctionnaires et les gens des professions libérales, qui ne font que répartir les produits ou en surveiller, diriger et seconder indirectement la production, est une tâche plus limitée, plus circonscrite et pour laquelle il peut y avoir beaucoup trop de rouages.
Le nombre des directeurs, des surveillants, des auxiliaires, en un mot des producteurs indirects, doit avoir un certain rapporte! garder une proportion modeste avec le nombre des travailleurs de l’agriculture et des
usines.
Une certaine école d’économistes français, celle des
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physiocrates au dernier siècle, ne voulait reconnaître de travail vraiment productif que celui de la terre, qui fournit les matériaux que les autres professions mettent en œuvre. Il y avait là de l’exagération, mais cependant sous une forme trop absolue il se cachait dans cette doctrine un grain de vérité.
Il faut, en effet, toujours se rappeler que les travaux de la terre, c’est-à dire de l’exploitation du sol et du sous-sol, étant les premiers dans toute la série de la production et fournissant la matière première de tous les autres, déterminent en quelque sorte l’ampleur que pourront prendre tous les travaux qui viendront après; de même que, dans une usine, les travaux des fileurs déterminent et limitent l’ampleur que pourront prendre les travaux des tisseurs, des teinturiers, foulonniers, apprêteurs, etc.
Aussi, tous les progrès des industries diverses qui sont superposées à la production agricole pourraient accroître les agréments et les distractions de l’humanité, mais ils ne sauraient changer notablement la condition de celle-ci que dans le cas où l’agriculture ellemême multiplierait ses produits.
Il y a donc un certain fondement dans l’opinion ancienne qui accordait à l’agriculture une sorte de primauté sur les autres arts. Les vieilles sociétés s’en apercevront le jour où, le monde étant plus peuplé qu il ne 1 est aujourd’hui, les contrées neuves de l’Amérique, de l’Océanie ou de l’Afrique ne pourront plus fournir aux contrées vieilles d’aussi forts approvisionnements de denrées alimentaires et de matières premières.
Une conséquence pratique de ces réflexions, c’est que les peuples qui, par un mauvais système d’éducation, par l’appât de bourses trop nombreuses ou d’encoura'