CHAPITRE XXI
IJ empereur Napoléon reprend l'offensive.
— Les differens corps de l'armée française repassent la Passarge. — L'armée russe se replie et se concentre dans la position retranchée de Heilsberg. — Marche de l'armée française sur HeilsbeTg. — Combats de Dietrichsdorff , de Guttstadt. — Bataille de Heilsberg. — Marche des Français swrKorïigsberg et sur Friedland.
L'empereur Napoléon fut promptement informé à son quartier-général de Finkenstein des attaques de l'armée russe et des premiers résultats des combats de la journée du 5. L'armée russe ayant continué, comme on l'a vu dans îe chapitre précédent , son mouvement offensif sur la Haute - Passarge , Napoléon s'occupa d'abord de rassembler l'armée, et, dans le cas où l'ennemi parviendrait à forcer le passage de la rivière et à
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déposter le maréchal Ney de sa position de Deppen, il indiqua à ses généraux en chef les points sur lesquels ils devaient se retirer. C'était dans cette supposition un mouvement de concentration en arrière de la Passarge, combiné avec celui des réserves et des deux corps d'armée des maréchaux Lannes et Mortier qui durent se porter en avant. Par cette disposition générale et. momentanément défensive , le général Victor, commandant le ier corps à Braunsberg, reçut l'ordre de s'attacher surtout à couvrir Holland et Elbing. Le maréchal Soult eut celui de faire tous ses efforts pour se maintenir à Mohrungen > et, s'il ne le pouvait pas, de se concerter avec le maréchal Ney et de se diriger sur Saalfeld. L'empereur approuva la retraite du maréchal Ney sur Deppen , et lui fit mander que s'il était contraint de rétrograder encore , il se plaçât dans les intervalles des lacs en avant de Liebemùhl, pour défendre les routes entre ces lacs. Il fut prescrit au maréchal Davout , qui était à Allenstein ,. d'avancer pour dé-
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fendre le passage àJ Alt-Rampten , et appuyer par Osterode le maréchal Ney, lorsque celuici prendrait position à Liebemùhl. Le général Zayoncheck fut appelé de Mlawa à Gilgenburg pour y remplacer le corps du maréchal Davout, et suivre ensuite le mouvement de l'armée en couvrant son flanc droit. L'ordre fut donné à toute la garde de se réunir à Finhenstein ; le grand -duc de Berg reçut celui de rassembler les divisions de cuirassiers des généraux Espagne , Nansouty et Saint-Sulpice à Marienburg , avec la cavalerie légère du général Lassalle, et de diriger sur Osterode les divisions de dragons Grouchy, Milhaud et Latour-Maubourg ; le maréchal Lannes marcha sur Christburg avec son corps de réserve ; !e maréchal Mortier , qui s'était déjà avancé avec son corps d'armée sur Dirschau, pressa sa marche sur Marienburg, et de là sur Christburg, suivant en seconde ligne le maréchal Lannes.
L'empereur avait choisi le point de Saalfeld pour le rassemblement de l'armée; il
comptait y attendre l'ennemi et lui livrer bataille , s'il poursuivait son mouvement d'offensive : en conséquence il porta le 6 juin son quartier-général à Saalfeld. '
Mais informé de l'hésitation des Russes , et qu'ils n'avaient pas fait de nouveaux efforts pour forcer le passage de la rivière 5 Napoléon ordonna , le 7, au maréchal Soult et au général Victor de pousser de fortes reconnaissances sur Wolfersdorff et en avant de Spanden , pour avoir des nouvelles certaines de l'ennemi. Ce jour même il alla de sa personne au quartier-général du maréchal Ney à Deppen; la garde impériale et la réserve reçurent l'ordre de s'y rendre; le maréchal Mortier dut arriver dans la soirée à Mohrungen et marcher immédiatement sur Deppen; les divisions de la réserve de cavalerie Lassalle , Grouchy et Nansouty s'y rendirent également; les divisions Espagne et Saint-Sulpice se portèrent à Mohrungen ; la division Latour-Maubourg fut envoyée au maréchal Soult, celle du général Milhaud au maréchal Davout ; le général Zayon-
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check, avec sa division polonaise, eut ordre de s'avancer jusqu'à Osterode; le maréchal Davout fut prévenu que si le maréchal Ney était attaqué, il devait soutenir la droite de ce maréchal , et faire une diversion sur le flanc gauche de l'ennemi.
Dès le 8 au matin , le mouvement rétrograde des Russes étant prononcé, l'empereur Napoléon prit à son tour l'offensive.
Le maréchal Soult, qui, après l'affaire de Lomitten s'était mis en communication par sa droite avec le corps du maréchal Ney, en portant sa cavalerie légère à PP^altersdorff, resta dans cette position le 6 et le 7; il fit rejeter sur la rive droite de la Passarge un parti de cosaques qui s'était hasardé à passer la rivière. Il déboucha le 8 au matin avec tout son corps d'armée et la division de dragons du général Latour-Maubourg, par les ponts A'Elditten et Pitthenen, et se dirigea sur Wolfersdorff. La cavalerie légère rencontra d'abord de gros détachemens de troupes à cheval , qui se replièrent; la division de dragons se porta par Schwedt sur Dietrichs-
dorff, d'où elle chassa un parti de cavalerie. Le maréchal Soult ne voulant pas s'engager sur sa droite sans avoir assuré son front et sa gauche, envoya ordre au général Guyot, qui commandait sa cavalerie légère, de se borner à observer l'ennemi, et de lier ses mouvemens avec ceux de la division Legrand qui se dirigeait sur Wolfersdorff; mais ce général commit l'imprudence de s'engager dans le village de Kleinenfeld avant qu'il eût été reconnu : il y fut enveloppé , pris à dos avec toute sa brigade qu'il y avait compromise. Ses régimens durent se faire jour par des charges réitérées ; mais ils furent très-maltraités, et dans cette mêlée le brave général Guyot et plusieurs de ses officiers furent tués, trente soldats restèrent avec eux sur le champ de bataille, quatrevingt-dix furent blessés, cent seize furent faits prisonniers.
La division du général Legrand s'empara de Wolfersdorff. Cette division prit position à la tête du bois, et garda Wolfersdorjf ; la division du général Saint-Hilaire s'adossa au
DES ÉVÉ^EMENS MILITAIRES. iS^
même bois, et couvrit les débouchés de Petersdorff et de Dietrichsdorff; une brigade de dragons resta avec elle. La division du général Carra Saint-Cyr fut placée en seconde ligne à Schwedt; les deux autres brigades de la division de dragons et la cavalerie légère , bivouaquèrent entre le bois de JVolfersdorlf et Kleinenfeld.
Ce mouvement du corps du maréchal Soult, dirigé sur le flanc droit de l'armée russe, acheva de déterminer son mouvement de retraite. Aussitôt que le général Benningsen en reçut le premier avis, et que les reconnaissances l'eurent confirmé, il fit les dispositions suivantes pour reprendre la position à'Heilsberg : Toute l'armée russe marcha par la gauche; la colonne du prince Gortschakow se rendit directement à Heilsberu.y et laissa à Launau un .fort détachement d'infanterie et de cavalerie, et deux batteries pour garder le défilé; la garde impériale alla prendre position sur les hauteurs en avant de Guttstadt, ejptre ]es routes qui conduisent à Altkirch et à Neuendorff,
le gros de l'armée resta dans sa position en avant de Glottau; le prince Bagration , avec l'avant-garde, abandonna vers le soir la rive droite de la Passarge , et s'établit à Quetz. Le 9 au matin 1 empereur INapoleon fit passer la Passarge à ceux des corps de son armée qu'il avait réunis à Deppen, et les fit diriger sur Guttstadt. Le grand-duc de Berg, avec la réserve de cavalerie, forma l'avantgarde; il était soutenu par le corps du maréchal Ney; celui du maréchal Lannes et là garde impériale suivaient immédiatement ; le corps du maréchal Mortier était à une marche en arrière , et arrivait à Mohrungen; le corps du maréchal Davout, qui avait fait un mouvement par son flanc gauche sur Osterode pour soutenir la droite du maréchal Ney, passa la Passarge à Haasenberg, et fut aussi dirigé sur Guttstadt. Ce maréchal, dont les cantonnemens se trouvaient en arrière iïAllenstein au "moment de Pàt-
taque dirigée contre le corps du maréchal
# Ney, avait d'abord fait repousser les partis
que les Russes avaient jetés sur Bergfried
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et sur d'autres points pour couper ses communications. Dans ces circonstances imprévues , le maréchal Davout avait manœuvré de manière à faciliter au maréchal Ney les moyens de se retirer sur Deppen. Il avait concentré le 6 juin ses troupes à Aîlènstein et à Detterswald; le lendemain 7 il avait pris sur lé ruisseau de Mûhlengraben une fioÈfc tion défensive telle qu'il menaçait le flanc gauche de l'ennemi, et s'était décidé à se porter en masse sur les derrières, dans le cas où le général Benningsen aurait poursuivi son plan d'offensive. Le maréchal avait ajouté à ces précautions une ruse de guerre, qui, sans doute , contribua beaucoup à arrêter le général Benningsen. Il écrivit le 6 au maréchal Ney, pour le prévenir que si l'ennemi continuait à le poursuivre , il allait marcher avec quarante mille hommes sur ses derrières, et que l'empereur le suivait avec ses réserves ; il remit cette lettre à un officier du ie de chasseurs, et lui indiqua le chemin à suivre pour la porter, de manière à ce que cet officier ne pût manquer de tomber entre
les mains de l'ennemi. En effet l'officier fut enlevé avec sa dépêche, qui fut immédiatement remise au général en chef.
Le maréchal Soult, qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avait pris position le 8 au soir à Wolfersdorffy Peter sdorff et Schwedt, reçut aussi Tordre de se diriger sur Guttstadt. Au moment où ses troupes se mettaient en marche, le général Digeon , commandant la brigade de dragons qui avait été laissée au débouché de Dietrichsdorjf pour le couvrir, rendit compte qu'une forte colonne ennemie paraissait sur les hauteurs de Vogtsdorff, et se portait dans le bois qui est entre ce village et Schwedt. Un instant après la brigade de dragons fut attaquée par l'avant -garde de cette colonne; des cosaques poussèrent même par Kalhstein sur Schwedt et Elditten.
Les divisions étant formées, le maréchal Soult prit aussitôt celle du général Saint- Hilaire qui était le plus près; et ayant donné ordre à la cavalerie légère, ainsi qu'aux deux brigades de la division de dragons qui étaient
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restées avec le général Latour-Manbourg, de se porter sur Dietrichsdorff, il marcha à l'ennemi. La division du général Legrand forma la seconde ligne, celle du général Carra Saint-Cyr resta à la tête du bois de Tf^olfersdorff.
L'infanterie ennemie , après avoir dépassé le bois de Dietrichsdorff, entrait déjà dans celui de TVolfersdorff. Une forte batterie était établie en avant de ce village ; et en approchant on remarqua que le nombre de ses troupes augmentait à tout instant , même qu'elles paraissaient se préparer à pousser l'attaque. Le général Duiauloy fît avancer deux compagnies d'artillerie légère dont le feu éteignit bientôt celui de l'ennemi ; alors le général Saint-Hilaire, saisissant avec son impétuosité ordinaire ce moment favorable, fit charger à la baïonnette l'infanterie russe, l'enfonça, détruisit un de ses bataillons, et la mit en fuite avant qu'elle eût eu le temps de se déployer : la cavalerie se mit alors à sa poursuite, et la mena battant jusqu'auprès de Tformditt.
Cette colonne était celle du général Kamenskoi ; elle se composait en grande partie des troupes qu'il avait ramenées de Pfeichselmunde, sept à huit mille hommes d'infanterie russe , et deux mille cinq cents hommes de cavalerie prussienne. Le général Kamenskoi était parti de Môhlsack dans la nuit du 8 au 9, pour se réunir au gros de l'armée sur Guttstadt. Surpris de trouver sa route interceptée , et croyant n'avoir qu'à repousser un parti , il brusqua l'attaque inconsidérément; repoussé et ramené jusqu'à Wormditty après avoir perdu cinq ou six cents hommes tués ou blessés et deux cents prisonniers , il s'arrêta pendant quelques heures seulement derrière la petite rivière de Drevenz, et gagna en toute hâte Heilsberg par Mighenen, Raunau et Reimerswald. Le maréchal Soult, se conformant aux ordres de l'empereur, ne voulut point changer de direction, et, sans poursuivre la colonne du général Kamenskoi au-delà de Wormditt , marcha sur Guttstadt.
Pendant ce temps le grand -duc de B>erg
serrait de près et poursuivait vivement le
corps du prince Bagration. Cette forte ar-
rière-garde tint ferme a Glottau, pour don-
ner le temps au gros de l'armée de passer à
la r ,
la rive droite de YAlle. ce qu'elle exécuta
en défilant sur quatre ponts à la fois. Les
charges réitérées de la cavalerie française h
obligèrent le prince Bagration à abandonner sa position et à se jeter dans Guttstadt, où le grand-duc de Berg entra de vive force à huit heures du soir. Durant toute cette journée, les brigades de cavalerie légère, Pajol , Bruyères et Durosnel, sous les ordres du
général Lassalle, et la division de grosse y h °
cavalerie Nansouty, manœuvrèrent et combattirent continuellement contre la cavalerie russe, et principalement contre celle de la garde impériale. Ces combats furent très-animés: les Russes y perdirent beau-
coup d'hommes et mille prisonniers : ils évacuèrent toute la rive gauche de Y Aile.
Le corps du maréchal Soult prit, le soir même, position à Altkirch; la réserve de ca- Valérie, le corps du maréchal Ney, celui du
maréchal Larmes et la garde impériale se
réunirent à Guttstadt; le maréchal Davout
occupa la rive gauche de Y Aile, au-dessus
de Guttstadt, et les villages de Knapen et
^4nkersdorff.
L'armée russe continua sa marche par la rive droite de Y A lie jusqu'à Heïlsberg, où elle arriva dans la nuit; elle occupa la position retranchée où se trouvaient déjà les deux divisions du général Gortschakow; le corps d'arrière -garde du prince Bagration resta sur la rive droite, et prit position à Reichemberg et Liebenberg.
Le dessein de l'empereur Napoléon étant d'enlever à l'armée russe l'appui de Kônigsbergy de l'éloigner du Haffzl des ressources de la navigation, et de la jeter au-delà de la Pregely il résolut de l'attaquer de front dans sa position à1 Heilsberg , et en même temps de faire tourner sa droite sur Y Aile pour la couper de Konigsberg. Pendant que l'armée russe serait ainsi attaquée et manœuvrée, le général Victor, resté sur la Basse- Passarge pour y retenir le corps prussien
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du général Lestocq, devait déboucher par Môhlsack pour le pousser sur Kônigsberg , et le séparer entièrement de l'armée du général Benningsen. Voici comment cette combinaison stratégique, l'une des plus belles conceptions de Napoléon , fut exécutée.
Le i o juin , la réserve de cavalerie sous les ordres du grand-duc de Berg, le corps du maréchal Soult, celui d u maréchal Lannes, et les fusiliers de la garde commandés par le général Savary, furent dirigés sur Heilsberg. Le corps du maréchal Davout et celui du maréchal Mortier, destinés à manœuvrer sur l'aile droite de l'ennemi, vinrent prendre position, l'un à Altkirch, l'autre à Guttstadt; le corps du maréchal Ney et la garde impériale restèrent en réserve. Le 10 au matin l'empereur Napoléon donna l'ordre de marche. La cavalerie du grand-duc de Berg fit l'avant-garde 5 elle était suivie immédiatement et soutenue par le corps du maréchal Soult. Les Russes avaient évacué les villages de Peterswalden , Zechern et Launau; leur avant-garde occupait le défilé de Bewernic-
Jcen et ,1e rideau qui est entre ce village et le bois dit de Launau. Cette avant-garde, sous les ordres des généraux Barasdin et Lwow, avait été renforcée de cinq bataillons, cinq escadrons et deux batteries. Le grand-duc de Berg la fit attaquer; elle se reploya, sans trop s'engager, et ne fit une vive résistance qu'à la tête du défilé.
L'armée russe se formait , et l'on pouvait juger que le général Benningsen était résolu à recevoir la bataille dans sa position retranchée. Avant de parler des dispositions d'attaque des Français, et pour les faire même entendre, nous allons décrire cette position et la manière dont elle était occupée par l'armée russe.
Les hauteurs qui entourent la ville
à'Ueilsberg sur les deux rives de V Aile avaient été fortifiées par divers ouvrages de campagne appropriés à la nature et aux accidens du terrain; ceux-ci étaient plus favorables à la défense du côté de la rive droite, et cette partie du camp retranche, partagé par la rivière, était aussi la plus forte : celle
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de la rive gauche était seulement couverte par trois fortes redoutes entre lesquelles on avait élevé quelques flèches ou redans. Ces ouvrages coupaient les trois routes de Wormditt, Môhlsack et Landsberg, On avait jeté trois ponts sur VAlle pour faciliter les communications entre les deux rives. Cette position était forte et très-bien choisie comme tête de la ligne des cantonnemens de l'armée alliée, en opposition à celle de l'armée française sur la Passarge. Aussi long-temps que le corps prussien du général JLestocq se maintiendrait devant Braunsberg en s'appuyant au Frisch-Haff, et conserverait ses communications avec le gros de l'armée russe , le camp retranché RHeilsberg conservait tous ses avantages , parce que d'une part il couvrait les routes d'Eylau et de Kônigsberg j et que de «l'autre il assurait la retraite et la ligne d'opération sur la frontière de Russie. Mais aussitôt que l'armée française eût débouché en-deçà de la Passarge, et coupé la communication entre le gros de l'armée russe et le corps prussien,
a68 PRÉCIS
il était évident que la position d'Heilsberg serait attaquée sur la partie la plus faible, la rive gauche, et c'était là le grand défaut de cette position , en la considérant comme champ de bataille.
L'armée russe était forte de cent soixantequinze bataillons, deux cent cinq escadrons russes et vingt -sept escadrons prussiens, sept mille cosaques et quatre mille hommes d'artillerie; en tout environ quatre-vingtquatre mille hommes de toutes armes, répartis en neuf divisions.
Deux divisions, dont l'une formée par la garde impériale, occupaient sous les ordres du grand -duc Constantin la position sur la rive droite de VAlle. Les sept autres divisions occupaient la position sur la rive gauche; elles étaient formées sur deux lignes en arrière des redoutes, dont la défense fut confiée au général Kamenskoi lorsqu'il arriva vers midi sur le champ de bataille avec le reste de ses deux divisions. Le général Gortschakow commandait au centre de la ligne de bataille, s'appuyant à VAlle ; Fin-
DES réVENEMENS MILITAIRES. 26ô
fanterie de l'aile droite était sous les ordres du général Essen; la cavalerie russe et prussienne était en potence, faisant face au village de Grossendorff; enfin les cosaques de Phettman Platow étaient en avant de l'extrême droite vers Konegen. Divers bouquets de bois étaient garnis de troupes légères , soutenues par quelques bataillons en réserve. La ville à'Heilsberg et les retranchemens de la rive droite étaient occupés par divers corps de la garde impériale.
Telles étaient la position de l'armée russe et son ordre de bataille, lorsque le prince Bagration, qui avait fait l'arrière-garde sur la rive ' droite et s'était arrêté à Reichemberg, voyant le détachement des généraux Barasdin et Lwow poussé jusqu'à la tête du défilé de Bewernichen , se hâta de passer Y Aile au pont A'Amts pour les soutenir. Il fit établir sur une hauteur, en arrière de Bewernicken , une batterie dont le feu arrêtait dans le défilé la tête des colonnes du maréchal Soult, que le grand -duc de Berg avait dû attendre.
ijb precjs
Le général Dulauloy eut ordre de réunir trente-six pièces de canon, dont le feu soutenu éteignit bientôt celui des Russes : le maréchal , saisissant ce ifioment favorable, força le défilé.
La division du général Lègrand , qui tenait la gauche, eut ordre de suivre la lisière du bois et de s«e diriger par Lawden sur le petit bois qui est immédiatement à gauche, et de soutenir les modvemens de la cavalerie de réserve.
La division du général Saint-Cyr, formée en colonne par brigades, ayant la division du général Saint-Hilaire en seconde ligne , se porta par Bewernicken à la rencontre de l'ennemi. A peine sorties du défilé, les deux premières brigades attaquèrent et culbutèrent la première ligne de l'ennemi, et donnèrent ainsi aux troupes qui les suivaient plus de facilité pour déboucher.
Pendant ce temps la réserve 8ë-c# vâlèrie, ayant traversé le village de Làngwiesè , se mit en bataille; elle n'avait pas achevé de se déployer, lorsqu'elle fut chargée par une
masse cîe cavalerie russe commandée par le général Uwarow. Bènningsèn s'était hâté <ïè J'opposer au mouvement de l'aile gauche des Français pour soutenir le prince Bagration. Cet engagement fut très -vif; la cavalerie française, à peine formée , perdit du terrain dans la première charge; mais elle Je reprit bientôt en chargeant à son tour : la cavalerie légère du corps du maréchal Soûl t se tint à portée de la division Carra Saint-Cyr. Cette division obtenait de nouveaux succès ; elle avait enfoncé la seconde et la troisième ligne du prince Bagration ; et une forte colonne russe, qui avait voulu tourner sa droite en se couvrant d'un rideau qui se prolonge jusqu'à Y Aile, venait d'être entièrement détruite par les 24% 4e et 28e régimens ; la terre était jonchée de cadavres ; le feu était vif et meurtrier. La division française qui depuis une heure soutenait tout l'effort de ce terrible choc, avait perdu beaucoup d'hommes; elle n'eût pu franchir le ravin qui est entre Lawden et Y Aile > où elle était parvenue. La division du général
Saint-Hilaire reçut ordre de relever celle du général Carra Saint-Cyr, en exécutant le passage de ligne , et de charger. Cette manœuvre fut exécutée sous un feu de mitraille des plus violens, avec autant de précision qu'elle eût pu l'être dans un exercice. Le ravin fut franchi , la ligne ennemie qui le défendait fut enfoncée et en partie détruite. Le général Saint-Hilaire mena sa division , par l'impulsion de son premier choc, jusqu'aux redoutes; la division Saint-Cyr forma alors la seconde ligne.
Les succès de la droite des Français auraient en cet instant décidé de la journée, si leur centre eût pu être en mesure , ainsi que la gauche. Le maréchal Soult, qui venait d'être démonté, accourut à l'aile gauche, où le général Savary, avec les deux régimens de fusiliers de la garde impériale , repoussait une nouvelle charge de la cavalerie russe , de concert avec le général Legrand , dont la division formait l'extrême gauche de la ligne française.
Cette infanterie s'empara avec peine du
bois de Lawden dont il importait de se faire un appui. Trois régimens d'infanterie légère russes qui le défendaient furent dépostés, et dès ce moment le général Uwarow fut contraint de se replier.
Cette circonstance et le succès de l'attaque du général Saint - Hilaire forcèrent Bagration à abandonner sa position ; il se retira avec précipitation, quoique en bon ordre, par sa gauche, vers les bords àeVAtte, couvrant son mouvement avec sa cavalerie qui eut beaucoup à souffrir. Le général Koschin , qui la commandait , y fut tué. Vers les six heures du soir, le corps du prince Bagration et la cavalerie du général Uwarow, après avoir beaucoup perdu dans ces divers combats, étaient entièrement repliés jusque dans la position retranchée; l'infanterie légère du corps de Bagration garnit la tête du pont ftAmts : tout le reste de ce corps repassa sur la rive droite , où il resta en réserve.
Le général Legrand , appuyant sa gauche au bois de Lawden, dirigea aussitôt sa droite
274 PRJÉCIS
sur la reduute principale, centre de la ligne russe, à la hauteur de laquelle était parvenue la gauche de la division Sain t-Hil aire. Le 26e régiment d'infanterie légère, commandé par le colonel Pouget , emporta la redoute. Le général Benningsen, dont la ligne de bataille se trouvait ainsi rompue, fit marcher une partie de ses réserves pour reprendre cet ouvrage; le général Warneck , à la tête du régiment de Kalouga , en chassa le 26e régiment. Celui-ci, bientôt accablé par le nombre , fut soutenu dans son mouvement rétrograde par le 55e de ligne, qui, déjà affaibli par les pertes qu'il avait faites, fut à son tour enfoncé, et dut se rallier à sa division; celle-ci, exposée aux feux croisés des batteries de la rive droite de \ Aile et de celles des redoutes, faisait une ferme contenance. Dans cette mêlée, le colonel Perrier du 55e fut tué; les deux chefs de bataillon Chastener et Robillard furent blessés; l'officier qui portait l'aigle et les braves préposés à sa garde furent tués : l'aigle tomba entre les mains de l'ennemi.
DES ÉVENEMENS MILITAIRES. 2^5
A la faveur du mouvement rétrograde que durent faire les 26e d'infanterie légère et 55e de ligne , le général Benningsen saisissant l'avantage de la supériorité du nombre, fit attaquer en flanc la division du général Saint-Hilaire ; le 10e d'infanterie légère de cette division , le 57e de ligne de la division Carra Saint-Çyr, repoussèrent cette attaque sur la droite : le 43e et le 46e eurent sur la gauche le même succès ; la division du général Legrand, toute formée en carrés par régiment et en échiquier , ainsi que les fusiliers de la garde impériale, tenaient dans la plaine entre le bois de Lawden et les redoutes. Ces troupes repoussaient les attaques successives de la nombreuse cavalerie russe, et protégeaient ainsi la cavalerie du grand-duc de Berg ; mais la division Saint- Hilaire, encore aux pieds des redoutes, éloignée du général Legrand , séparée et débordée sur sa gauche, ne pouvait plus sans se compromettre conserver la position qu'elle avait conquise ; elle se retira , dans le même ordre qu'elle avait pris en avan~
2j6 PRÉCIS
çant, derrière le ravin formé par le ruisseau , qui de Landwiese va se jeter dans Y Aile, et rentra en ligne avec les autres divisions ; dès-lors l'affaire sur la droite des Français se changea en une canonnade qui dura fort avant dans la nuit , et il n'y eut plus de ce côté que quelques engagemens de cavalerie légère.
Le général russe profita de ce mouvement de la division Saint-Hilaire pour faire exécuter plusieurs charges à sa cavalerie, sur celle du grand -duc de Berg et sur les régimens de la division Legrand qui la couvraient ; mais, ceux-ci, formés comme nous l'avons dit , en carrés par échiquier, ne purent jamais être entamés, et ceux d'entre les Russes qui eurent la témérité de les approcher expirèrent au bout des baïonnettes, ou furent pris. Ces redoutes mouvantes, que le maréchal Soult dirigeait en personne, et qu'il fit alternativement comrriander par le général Compans, son chef d'état-major, et par les généraux de la division , contenaient les lignes russes qui avaient voulu se porter
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en avant; elles renfermaient des cavaliers français démontés , des Russes de toutes armes, même des cosaques prisonniers, qui à chaque instant croyant toucher à leur délivrance , et à chaque instant voyant les efforts de leurs troupes impuissans , attestaient par leur présence la valeur indomptable des braves qui formaient cet impénétrable bouclier.
Il était presque nuit, et le combat qui durait depuis midi aurait sans doute cessé en ce moment , si , lorsque le corps d'armée de réserve arriva, M. le maréchal Lannes n'avait jugé à propos, dans l'espoir d'enlever les redoutes et d'obliger l'ennemi à la retraite, d'engager la division du général Verdier. Cette division fut bientôt aux prises avec l'ennemi , combattit avec intrépidité jusqu'aux pieds des retranchemens , mais ne parvint point à les forcer; après avoir fait beaucoup de mal à l'ennemi, et essuyé ellemême une grande perte , elle reçut l'ordre de se retirer. Le 75e de ligne (de la division Legrand), qui avait marché à la hauteur
de celle du général Verdier et combattu avec elle , vint se rallier à sa division en tête du bois de Lawden.
Au-delà et à gauche du bois de Lawden, près de la route qui conduit à Eylau, le 18e régiment menaçait cette communication si importante, et donnait déjà au général Benningsen beaucoup d'inquiétude. Ce régiment soutenait seul les efforts de l'ennemi pour maintenir cette cojnmunication. Lorsque l'action devint moins vive au centre de la ligne , le général Legrand se porta à cette extrême gauche avec deux bataillons pour soutenir le 1 8e régiment qui , formé en carré , se maintint dans sa position ; ainsi , douze heures après que le combat eut commencé, vers minuit, l'affaire se termina.
La perte des Français fut d'environ onze cents hommes tués , parmi lesquels se trouvait le général Roussel, chef d'état-major de la garde impériale, qui conduisait un des régimens de fusiliers, et six à sept mille blessés , au nombre desquels \en généraux Espagne, Ferey et Viviés. Le corps du ma-
réchal Soult eut seul trente-six officiers et six cent cinquante soldats tués , deux cent quinze officiers et cinq mille six cent treize soldats blessés. La perte des Russes , resserrés dans leur position , fut plus grande ; ils eurent environ trois mille hommes tués , parmi lesquels les généraux majors Koschin , Warnek et Pahlen, et de huit à neuf mille blessés , dont huit généraux.
On s'attendait qu'au point du jour le combat se rengagerait; les troupes des deux armées étaient sur le champ de bataille à portée de mitraille, et il restait à peine assez de nuit pour pouvoir renouveler les munitions et faire prendre quelque nourriture aux soldats. Le général Benningsen s'était maintenu dans sa position et avait repoussé sur tous les points les attaques impétueuses des Français avec beaucoup de vigueur et d'activité; mais ses pertes avaient été si considérables , que ses craintes pour ses communications par sa droite, et l'approche des réserves de l'empereur Napoléon, le déterminèrent à ne pas faire de nouveaux
efforts pour conserver sa position. Il employa la journée du 1 1 à préparer sa retraite ; il ne fit dans la matinée qu'une démonstration d'attaque de cavalerie pour masquer ses premiers mouvemens ; il fit aussi , dans le même but, canonner d'une rive à l'autre de la rivière, en la remontant, la droite de la division du général Carra Saint-Cyr qui en était la plus rapprochée. A une heure après midi , il donna l'ordre au général Kamenskoi , dont il fit relever les troupes dans les redoutes qu'elles occupaient , de passer X Aile et de se porter par Barbenstein sur Kônigsberg pour s'y réunir au corps prussien du général Lestocq.
L'empereur Napoléon , poursuivant son dessein de s'élever sur la droite de l'ennemi pour le couper de Kônigsberg et de l&Basse- P regel, porta le n le corps du maréchal Davout A'Altkirch , où il s'était rassemblé la veille , à Grossendorff, sur la route d'Heilsberg à Eylau. Les corps qui avaient combattu la veille restèrent en présence; celui du maréchal Ney et la garde impériale vin-
rent prendre position à Launau; le corps du maréchal Mortier arriva à Altkirch
Le corps du maréchal Ney, qui avait formé l'avant -garde de l'armée pendant toute la durée des quartiers d'hiver venait de remplir glorieusement sa tâche aux différens combats entre Guttstadtet Deppen, où il avait soutenu l'effort de presque toute Farmée russe; ce corps avait perdu beaucoup d'hommes, beaucoup d'officiers distingués : le général Dutaillis, chef de l'état -major, eut un bras emporté. Depuis le dernier combat de Guttstadt, où ce corps soutint la cavalerie du grand -duc de Berg, il resta en réserve et ne reparut qu'à Friedland sur le champ de bataille.
Le général Benningsen , s'étant aperçu du mouvement du corps du maréchal Davout, poussa une reconnaissance pour s'assurer de la direction de cette colonne qui tournait son aile droite. Les cosaques ne purent atteindre que l'arrière-garde; il n'y eut qu'un léger engagement de cavalerie , et le maréchal poursuivant sa marche prit position à
Grossendorff, où il passa la nuit du 11 au 12.
Quoique le général russe eût rétabli son ordre de bataille et renforcé sa ligne, en y faisant entrer ses douze bataillons de réserve , et les eût remplacés par la garde impériale, qui, ainsi que nous l'avons dit, était restée sur la rive droite et dans la ville, il ne hasarda pas de tenir plus long-temps dans sa position retranchée à la rive gauche, et profita de la nuit pour l'évacuer et faire sa retraite sur Bartenstein
Le lendemain au matin, 12 juin, les Français entrèrent à Heilsberg; ils y trouvèrent des magasins considérables et un grand nombre de blessés que l'ennemi avait été contraint d'abandonner. Les ponts qu'il avait jetés sur Y Aile , et le camp baraqué construit sur la rive droite , avaient été brûlés.
L'armée russe fit sa retraite sur quatre colonnes , qui marchèrent pendant toute la nuit du 11, et se réunirent le 12 au matin dans la position très -étendue en avant de Bartenstein y sur la rive droite de Y Aile,
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L'aile droite était appuyée au village de P altzenhoff > et la gauche à des marais et en arrière d'un étang; la garde impériale fut placée en réserve ; le général Benningsen établit son quartier-général à Bartenstein $ l'empereur Alexandre et le roi de Prusse étaient à Tilsitt, où le grand-duc Constantin alla rendre compte du résultat de la bataille àJ Heilsberg , et de la situation de l'armée.
Le général Kamenskoi , qui avec ses deux divisions était parti de Bartenstein quelques heures auparavant, se dirigeant sur Kônigsberg par Mùlhausen, trouva ce village déjà occupé par les Français; il fut obligé de faire un long détour sur sa droite, et après une marche de dix-sept heures il prit position au-delà de la Frisching.
L'empereur Napoléon fit poursuivre l 'arrière-garde, que commandait le prince Bagration , par la division de dragons de Latour-Maubourg et par les brigades de cavalerie légère des généraux Wattier et Durosnel.
Le corps du maréchal Davout arriva ce
même jour 11 k Eylau; son avant-garde prit position près de la ville de Rothenen, et intercepta la communication entre Bylau et Bartenstein. Napoléon établit dans la soirée son quartier - général à Eylau, et donna ordre au grand -duc de Berg et au maréchal Soult de se diriger sur ce même point; le maréchal Ney suivit le mouvement , et vint prendre position à Eichorn , à moitié chemin à'Heilsberg à Eylau; le maréchal Mortier s'arrêta à Heilsberg.
Le corps du général Victor, resté sur la Basse-Passarge pour y retenir le général Lestocq, quitta ses positions le 11 au soir, débouchant par le pont de Spanden, et marcha le 12 jusqu'à Môhlsack ; il avait ordre de se diriger sur Eylau pour entrer en ligne avec les autres, corps de l'armée. Le général Lestocq, qui se retirait sur Kônigsberg en s'appuyant au Frisch-Haff, se borna à retarder la marche des colonnes du général Victor par de légers engagemens d'arrière-garde.
Le général Benningsen , voyant sa droite
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de plus en plus débordée, ne s'arrêta à Bartenstein que ie temps nécessaire pour donner quelque repos à ses troupes. Vers minuit il remit son armée en marche sur trois colonnes ; la garde impériale , commandée par le général Kollogribow, marcha sur la rive droite de Y^4lle par Mechien et Rùchgarben; la seconde colonne , composée de trois divisions et de la cavalerie de l'aile gauche, sous les ordres du général Gortschakow, marcha sur la rive gauche par Werwïlten; la troisième colonne , formée de deux divisions, soutenait l'arrière - garde composée d'une division et de la cavalerie de l'aile droite , qui , sous les ordres du prince Bagration , prit position à Grossolen ; les cosaques réunis sous les ordres de l'hettman Platow flanquaient la marche de l'armée, et couvraient Schippenbeil, Le i5, à quatre heures du matin , l'armée russe ayant traversé Schippenbeil se réunit et prit position entre Y Aile et la petite rivière de Guber , la droite à Honigbaum et la gauche kRomsdorff. Mais informé que l'armée fran-
çaise occupait déjà Domnau, le général Benningsen, après une halte de quelques heures, malgré l'extrême fatigue de ses troupes, qui depuis huit jours n'avaient cessé de marcher, de manœuvrer et de combattre, les remit en marche pour tâcher d'arriver à Friedland avant les Français.
La direction que Napoléon avait fait prendre à son armée en la portant sur Ejlau était la corde de l'arc que parcourait l'armée russe en suivant le cours de M Aile ; il était donc en mesure de la couper de Kônigsberg, et pouvait même l'atteindre à son point de retraite à Friedland.
En conséquence, le i5 au matin il détacha et porta directement sur Kônigsberg le grand-duc de Berg, avec la division de cuirassiers du général Saint-Sulpice , la division de dragons du général Milhaud et la cavalerie légère du général Lassalle; il le fit soutenir par le corps du maréchal Souît et par celui du maréchal Davout; ce dernier et la cavalerie du grand-duc de Berg marchèrent par Villenberg* L'arrière - garde du
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général Leslocq s'y trouvait encore; elle y fut attaquée et jetée sur Kônigsberg. Le maréchal Soult marcha par Kreutzburg.
En même temps qu'il faisait ce grand détachement par sa gauche, dont le but était d'interposer une forte masse entre l'armée russe et Kônigsberg , Napoléon portait directement à'Eylau à Friedland, par Dont' nau, le corps du maréchal Lannes ; ceux des maréchaux Ney et Mortier, et la garde impériale, prirent position entre Bylau et Domnau; le corps du général Victor arriva le 1 5 au soir à Eylau*
Les mouvemens ultérieurs de ces divers corps, ou plutôt leurs manœuvres, appartiennent à la relation de la mémorable bataille de Friedland, qui fera le sujet du chapitre suivant.
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