CHAPITRE XX
Divers mouvemens de V armée française couvrant le siège de Dantzick. — Tentative du général Benningsen pour ébranler le point central cPOslerode. — Napoléon feint de préparer une attaque sérieuse contre la gauche de V armée russe. — Il resserre les cantonnemens des corps d'armée.— Fait établir des camps baraqués.
— Position définitive des deux armées. — Arrivée de la garde impériale russe sous les ordres du grand-duc Constantin. — L? empereur Alexandre vient prendre en personne le commandement de son armée.
— Se réunit au roi de Prusse à Barteristein. — L'empereur Napoléon fait des propositions de paix. — Négociations. — Vain projet de congrès. — Force effective des deux armées. — Dispositions gênéraies pour Û ouverture de la campagne. — Des alliés attaquent sur divers points la
ligne française. — Combats de Spanden , de Lomitten , de Deppen.
JNous avons prévenu nos lecteurs que, pour ne point interrompre la relation du siège de Dantzick, nous ne parlerions des opérations du gros de l'armée française pendant cette période, qu'après avoir rappelé tous les faits d'armes qui s'y rapportent. Ce grand siège était le seul but que s'était proposé l'empereur en prenant la ligne de la Passarge.Ce but fut atteint, et quoiqu'il n'y ait eu pendant les quartiers d'hiver d'autre grand événement militaire que la reddition de cette importante forteresse, nous ne devons rien ometttre des dispositions par lesquelles Napoléon rendit inutiles toutes les tentatives du général Benningsen pour la secourir. Nous en rendrons compte aussi succinctement qu'il nous sera possible en suivant l'ord re des dates ) usqu'à l'époque de l'ouverture de la campagne, et nous laisserons nos lecteurs puiser dans la correspondance du major -général avec les corps d'armée,
les détails, d'ailleurs fort intéressans, qui pourraient nous retarder. Nous désirons faire bien connaître la position des deux armées, et leurs forces respectives au moment où les hostilités recommencèrent sérieusement.
Du 7 au 10 mars, l'empereur Napoléon, informé que l'armée ennemie se concentrait sur le point de Launau en avant à'Heilsberg, sur la rive gauche de Y Aile, fit rassembler ses corps d'armée, et se tint prêt à recevoir la bataille sur le plateau à'Osterode. H ordonn.a de fortes reconnaissances sur l'aile gauche de l'armée russe, et prévint le général Rapp à Thorn et le maréchal Lefebvre devant Dantzick, qu'il serait possible que la suite des événemens l'obligeât à repasser la Fistule. Il présentait à l'ennemi le centre de son armée soutenu par ses réserves, et manœuvrait par son aile droite sans trop inquiéter l'ennemi. Il fit attaquer Villenberg par le grand-duc de Berg qui réunit six mille chevaux et arrêta une seconde fois l'avant-garde russe; la division (lu général Gazan détachée du corps du ma-
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réchal Masséna reçut ordre de concourir à cette attaque, qui était soutenue en seconde ligne par le corps du maréchal Davout; celui-ci déboîtait en arrière du corps du maréchal Ney, et s'appuyait à Allenstein. Il assurait ainsi la communication de l'aile droite avec le corps du maréchal Masséna , et couvrait aussi Varsovie. Le corps du prince de Ponte-Corvo restait immobile et tenait ferme le point d'appui de l'aile gauche à Braunsberg.
De son côté le général Benningsen, d'après les rapports des avant- gardes de son aile gauche, ne douta point que Napoléon ne méditât une action sérieuse sur son extrême gauche, et ne cherchât à couper sa communication avec le corps du général Essen. Le général major, prince de Wittgenstein , avecun fort détachement, était chargé de maintenir cette communication. Ce mouvement du centre et de la droite de l'armée française fit changer les dispositions de Benningsen. Il détacha d'abord cinq mille cosaques et un régiment de hussards sous les
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ordres du général Platow sur Bischopstein , pour éclairer la marche de la colonne de cavalerie du prince Murât. Il fit avancer aussi dans la même direction six régimens de cavalerie que le manque de fourrages avait obligé de cantonner en arrière. Ceci se passait précisément à l'époque de l'arrivée du feld-maréchal Kalkreuth à Dantzick , avec le renfort de quelques bataillons d'infanterie russe, et de trois régimens de cosaques sous les ordres du général Scherbatow.
Le 16 mars l'armée russe était ainsi placée :
Le quartier-général du général Benningsen était à Bartenstein;
L'avant -garde du prince Bagration à Launau ;
La cavalerie de l'aile droite, commandée par le général Uwarow , cantonnée dans les environs de Frauendorff ;
La cavalerie de l'aile gauche , commandée par le prince Gallitzin , cantonnée aux environs de Petersagen;
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La division du général Ostermann à Konegen ;
La division du général Sacken à Reimerswald; .
La division du général Somow à Kuschnitten ;
La division du général Tutschacow à Drevenz ;
La division du général Doctorow à Kervinen$
La division du générai Essen à Stabunhen ;
La division du prince Gotschakow à Heilsberg ;
Le corps du comte ïoJstoi était à Kusçhnitten, et son avant garde , commandée par le général Knorringj, à Serburg;
L'hettman Platow, avec ses cosaques et deux régimens de troupes légères à cheval , occupait Qrtelsburg et Passenheim; »
Le corps prussien du général Lestoçq , renforcé d'un détachement de troupes russes sous les ordres du général Kamenskoi, oceu paît la rive droite de la Passarge , près
de son embouchure devant Braunsberg, et s'étendait par sa gauche jusqu'à Launau; son quartier-général était à Heiligenthal.
L'armée russe , ainsi cantonnée , reçut des renforts considérables , soit par la rentrée des hommes restés aux hôpitaux depuis la bataille à'Eylau , soit par des corps tirés des extrêmes frontières méridionales de l'empire. Ces renforts s'élevèrent à peu près à trente mille hommes de toutes armes, en y comprenant plusieurs batteries d'artillerie légère ? dont deux furent destinées à soutenir les cosaques de l'avant-garde. Le grand-duc Constantin était arrivé à l'armée depuis quelques jours , et avait pris le commandement de la garde.
L'empereur Alexandre, parti de Pétersbourg le 28 mars pour venir prendre en personne le commandement de son armée , se rendit d'abord à Memel,. où la cour de Prusse s'était retirée. Le roi , qui avait été le recevoir à Polangen sur la frontière, Taccompagna à Kônigsberg , et de là à Bar-
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iensteirij où les deux souverains établirent leur quartier-général.
Après l'attaque de Villenberg, et lorsqu'il fut assuré que toute l'armée russe avait repris ses quartiers d'hiver, et que sa plus forte masse occupait une position défensive autour A'Heilsberg, sur les deux rives de Y Aile , Napoléon fit rentrer ses quatre corps d'armée dans leurs quartiers d'hiver, conformément à ses dispositions primitives du 20 février; mais il fil resserrer les can~ tonnemens , et ordonna l'établissement des camps baraqués. Il fit augmenter par de nouveaux ouvrages les têtes de pont qu'il jugea à propos de conserver sur la Passarge. Les commandans des corps d'armée firent retrancher tous les postes qui étaient susceptibles de l'être , tant sur la rive gauche de cette rivière qu'entre la partie de son cours et celle de VAlle, qu'occupaient les corps des maréchaux Ney et Davout. Le maréchal Ney mit sa position en avant de Guttstadt dans un si bon état de défense, que l'avant-garde russe qui occupait
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Launau n'osa rien entreprendre; le maréchal Davout fit aussi fortifier Allenstein. Ainsi la ligne des cantonnemens de l'armée française devint de jour en jour plus forte et presque inattaquable; les subsistances étaient assurées par des convois réguliers, par une sage économie et par une égale distribution des ressources que le pays pouvait fournir. L'armée russe , au contraire, souffrait beaucoup du manque de vivres, et ce ne fut pas le moindre obstacle que rencontra l'empereur Alexandre à l'exécution des divers projets d'offensive qui lui furent proposés.
Cette inactivité des deux armées en présence, et pour ainsi dire en ordre de bataille , dans des cantonnemens et sur des positions respectives si rapprochées l'une de l'autre, était toute à l'avantage des Français, puisque Napoléon n'avait d'autre but que de gagner le temps qui lui était nécessaire pour réduire la place de Dantzick.
Ce serait ici le lieu de retracer ses dispositions et les soins dont il fut principa-
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lement occupé pour presser les opérations du siège , et pour y faire abonder pendant les mois de mars et d'avril tous les moyens, tous les approvisionnernens qu'il put tirer du pays conquis, ou qu'il put détacher du gros de son armée ; mais comme nous en avons indiqué le résultat dans la relation du siège de Dantzich , nos lecteurs y reconnaîtront facilement la main du grand-maître , et rechercheront avec d'autant plus d'intérêt dans les Pièces de la correspondance relative à cette époque, les détails que nous devons éviter de répéter ici.
Les deux monarques réunis à Barteristein assemblèrent un conseil de guerre, et firent délibérer en leur présence les généraux qu'ils y avaient appelés , sur le plan d'opération qu'il serait préférable d'adopter pour dégager la place de Dantzick. Il n'y avait que deux moyens d'obtenir ce succès , celui de livrer bataille après avoir forcé la ligne de la Passarge, ou celui de jeter dans la place, par l'embouchure de la fistule et par la langue de terre de la Nehrung , un
secours assez considérable pour que, réuni à la forte garnison , on fût assuré de battre i armée assiégeante , et de contraindre le maréchal Lefebvre à lever le siège.
Le premier de ces moyens fut rejeté comme trop dangereux. On jugea la position centrale à'Osterode trop avantageuse pour qu'on pût se flatter d'y vaincre l'empereur Napoléon, et si Ton échouait dans cette entreprise, non -seulement le sort de Dantzichy mais aussi celui de la campagne, pouvait être décidé dans une seule journée.
Cependant, si les coalisés perdaient ce dernier boulevart de la Prusse orientale, ils devaient renoncer à des opérations offensives, et ne pouvaient plus espérer de forcer Napoléon à repasser la Fistule : ses forces, grossies de tout le corps d'armée et de l'artillerie employée au siège de Dantzick , ne pouvaient manquer de prendre à l'ouverture de la campagne une grande supériorité. Le danger devenant de jour en jour plus pressant, l'expédition sur ffeichselmunde , dont lous avons -.rendu compte
dans le chapitre précédent, fut confiée au général Kamenskoi, et l'attaque par la Nehrung au colonel Bulow. Pour faciliter cette double opération, il fut décidé, dans le conseil, que l'armée russe se rassemblerait sur la position retranchée A'Heilsberg, et ferait un mouvement en avant, afin d'occuper et de menacer l'armée française, et d'empêcher l'empereur Napoléon de renforcer son armée de siège. Mais celui-ci, ayant pressenti le dessein des alliés, et certain qu'ils n'étaient point en mesure de l'attaquer de front, avait déjà formé à Marienwerder un corps de réserve dont le maréchal Lannes prit le commandement, et qui était destiné à soutenir le corps d'armée du maréchal Lefebvre; il avait aussi, comme on l'a vu plus haut, fait porter sur la Bas se- fistule la plus grande partie des troupes du maréchal Mortier, que l'armistice que ce maréchal avait conclu avec le général Essen laissait disponible. L'empereur Napoléon avait établi "son quartier-général au château de Finhenstein, d'où il était également à portée de
suivre et de presser les opérations du siège de Dantzick , et d'observer le mouvement de l'armée russe. Ces mouvemens, ces menaces se bornèrent à de grandes démonstrations qui n'avaient d'autre but que de distraire l'attention et les forces de Napoléon sur sou aile droite. Les deux souverains Alexandre et le roi de Prusse, firent en personne de fréquentes reconnaissances en avant AeLaunau, où était postée leur principale avant-garde. Napoléon ne changea rien à sa disposition générale, et renforça seulement son aile droite du côté àJ Ortelsburg , en y portant une partie du corps d'observation du maréchal Masséna.
Après ces vaines démonstrations et pendant tout le temps que dura encore le siège , c'est-à-dire depuis l'époque de l'arrivée de l'empereur Alexandre, jusqu'à celle de la capitulation de Dantzick, vers la fin de mai, les deux armées restèrent immobiles dans leurs positions respectives, comme s'il eût existé un armistice. Les avant-postes îrès-rapprochés ne s'inquiétaient point ; les
soldais des deux partis observaient fidèlement une sorte de trêve , et s'entr'aidaient même mutuellement , en partageant les faibles ressources qui se trouvaient à leur disposition. Singulier exemple de la civilisation européenne, touchant témoignage des sentimens d'humanité au milieu des fureurs de la guerre.
Pendant cette espèce de suspension d'hostilité entre les deux armées en présence, Napoléon atteignait son but. Il méditait son plan de campagne et se préparait à porter des coups décisifs. Soit qu'il eût cru néces^ saire d'inspirer à l'ennemi une fausse confiance, soit qu'il eut pensé que le roi de Prusse après avoir perdu presque tous ses États, craindrait de hasarder sa couronne; il avait deux fois offert d'entrer en négociation pour la paix, il lui avait écrit A'Osterode, le 26 février, et de Firihënstein le 29 avril; mais ses offres trop vagues et qui faisaient pressentir de trop dures conditions n'avaient pu être acceptées : l'Autriche avait aussi offert sa médiation à la Prusse et à la
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Russie, dès le 6 octobre 1806 avant la rupture; elle avait renouvelé cette offre par une note du coin le de Stadion le 3 avril 1807. Elle proposait aux cours de Berlin, de Londres et de France , son entremise pour une pacification générale; chacune de ces cours, excepté celle de Londres, avait répondu de manière à laisser espérer que la médiation serait acceptée s'il y avait un commun accord ; mais M. Caning, secrétaire d'état au département des affaires étrangères de la Grande-Bretagne, fit une réponse dilatoire. Il pressentit que la seule base de traité que voudrait accepter la France ne pourrait que blesser les intérêts de l'Angleterre, puisque après de si brillantes conquêtes et avec une telle prépondérance sur le continent on ne pourrait espérer de lui enlever la Belgique et les départemens du Rhin, ce qui pour l'Angleterre était Ja cause. et le but de la guerre, L'Autriche ne persista point à entreprendre sans le concours de l'Angleterre une médiation si difficile, cette puissance était d'ailleurs très-irritée de l'occupation continuée de
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Braunau; elle était alarmée de l'influence que pouvait exercer sur les peuples de la Gallicie la levée de l'insurrection polonaise ? elle avait rassemblé des troupes sur ses frontières et semblait se préparer à profiter des circonstances si quelques revers des armes françaises lui devenaient favorables.
On continuait cependant de négocier, les communications étaient fréquentes entre le quartier-général français de Finkenstein, où Napoléon avait appelé son ministre des affaires étrangères, et le quartier -général des alliés à Barstenstein , où l'empereur Alexandre et le roi de Prusse avaient aussi amené leurs ministres. On paraissait vers la fin de mai, après beaucoup de pourparlers, être d'accord sur la proposition qu'avait faite le cabinet russe, d'assembler un congrès à Copenhague , où toutes les puissances belligérantes enverraient des plénipotentiaires; mais quand il fallut poser les bases des préliminaires, d'après lesquelles les plénipotentiaires devraient négocier, on cessa de s'entendre ; les coalisés demandèrent que
l'empereur Napoléon s'en expliquât le premier^ répondit que la base commune devait être une parfaite réciprocité, et que les deux masses belligérantes devaient entrer en commun dans un système de compensation.
Il suffit de se rappeler le statu quo de l'Europe à cette époque, les intérêts et les vues de l'Angleterre et de la Russie, pour juger de l'issue que devait avoir une telle négociation.
Les deux souverains l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, s'étaient liés de nouveau par une convention conclue à Bartenstein\e 26 avril 1807, dans laquelle les conditions de leur alliance étaient stipulées avec plus de précision qu'elles ne l'avaient été par la convention de Grodno du 12 octobre 1806. Les deux puissances adoptaient la plus grande partie du plan d'agression générale que M. Pitt avait développé dans la fameuse note du cabinet briianniquc du 19 janvier i8o5. T
Les puissances continentales coalisées avec
l'Angleterre ne devaient poser les armes qu'après avoir réduit l'empire français à la ligne du Rhin, en avoir détaché la Hollande et l'Italie, et substitué au vieux corps germanique, qu'on ne pouvait rétablir, une nouvelle fédération de l'Allemagne. Enfin on devait donner à la Prusse par des échanges l'accroissement de territoire qu'on jugeait nécessaire à la tranquillité de l'Europe. Ce plan , moins étendu que celui de M. Pitt , était consigné dans les cinq articles de la convention de Bartenstein qui devaient, en cas de succès, servir de base aux négociations pour la paix générale. La cour de Vienne fut vivement pressée d'accéder à cette convention et de joindre ses* efforts à ceux des quatre puissances coalisées (l'Angleterre, la Prusse, la Russie et la Suède), pour arrêter le torrent des conquêtes de Napoléon. L'Autriche dont les plaies profondes saignaient encore préféra de temporiser, dissimula ses ressentimens, et pour la seconde fois elle les couvrit du voile d'une perfide neutralité. Pendant que les exci-
talions des cabinets russe et prussien réunis au quartier - général de Bartenstein , échouaient devant la prudence autrichienne, les deux souverains qui combattaient en personne à la tête de leur armée n'étaient guère plus satisfaits de la coopération de leurs autres alliés.. L'expédition anglaise si impatiemment attendue par les Suédois, n'avait point encore paru clans la Baltique. L'armistice conclu entre le général Essen et le maréchal Mortier ne laissait plus aux alliés aucun espoir d'une diversion assez puissante pour changer la face de leurs affaires, et , comme ils s'en étaient flattés , déterminer l'empereur Napoléon à lever le siège de Dantzick. Ce dernier boule vart de la Prusse orientale étant enfin tombé au pouvoir des Français, les vaines négociations de paix furent définitivement rompues, et de part et d'autre on courut aux armes.
Le général Benningsen,qui n'avait pas cru devoir hasarder de livrer bataille pour dégager Dantzick , changea tout à coup de résolulion, eï décida l'empereur Alexandre
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à prendre l'offensive. La ligne des cantonnemens de l'armée française depuis Braunsberg jusqu'à Guttstadt étant fort étendue, les généraux russes se flattèrent qu'ils pourraient effectuer sur divers points avec de fortes masses le passage de la rivière, et qu'après avoir forcé les principaux postes sur la Passarge, et coupé les communications entre les corps d'armée déjà concentrés chacun sur leur point de rassemblement, ils pourraient les battre séparément et à revers; ils espéraient prévenir ainsi les desseins de l'empereur Napoléon.
Nos lecteurs trouveront à la fin de ce volume les états de situation des deux armées dont le choc allait décider du sort de l'Europe. Nous avons relevé ces états de situation d'après les documens les plus authentiques qui aient été publiés dans les deux partis, afin de faire connaître quelles étaient la composition, la proportion des différentes armes, et la force effective de chacune des deux armées opposées. Supposant donc que nos lecteurs en ont pris con-
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naissance, nous dirons d'abord quelle était la position de l'armée russe à 1 époque du 4 juin , veille du jour de la reprise des hostilités, et nous exposerons ses dispositions d'attaque sur les différens points de la ligne française.
Nous rappellerons ensuite la position de l'armée française recevant l'attaque de l'armée russe : ces premières explications sont nécessaires pour faire bien entendre les événemens, l'issue et les conséquences de ces premiers combats.
Comme nous l'avons dit plus haut, le gros de l'armée russe était rassemblé sur la position retranchée 6?Heilsberg entre la rive gauche de Y Aile et la Sensé. Son avantgarde était à Launau, et s'étendait par sa droite observant de près les avant-postes du maréchal Ney, afin de lui dérober le mouvement que devait faire l'armée par son aile droite.
Le gros de l'armée, sous les ordres immédiats du générai Benningsen, était à Arens*dorff; il se composait de trois divisions et
de la cavalerie de l'aile droite et de l'aile gauche.
Deux divisions sous les ordres du lieutenant-général Doctorow à Neuhof;
Le corps du général Gortschakow à Kapheunen; ceux des généraux Platow et Knorring aux environs de Bergfried;
La garde impériale était en réserve à Beuern : elle était sortie le i juin de ses cantonnemens et avait été portée sous les ordres du grand-duc Constantin en avant de Launau;
Le corps du général Kamenskoi, qui après avoir été battu avait été forcé d'évacuer le camp de Neufahrwasser , occupait le bois de Lilienthal, et servait de réserve à la division prussienne du général Rembow;
Le centre ou gros de l'armée, dont on vient d'indiquer la position au 4 juin > d'après le rapport du général Benningsen, était fort de deux cent cinq escadrons et cent quatrevingt-sept bataillons (à peu près quatrevingt -dix -huit mille hommes, comptant les escadrons à quatre-vingts chevaux,
les bataillons de chasseurs à trois cents hommes, ceux de ligne à quatre cents hommes), ainsi qu'on peut le voir dans l'état de situation ou ordre de bataille de l'armée russe à la suite des Pièces justificatives de ce volume.
Le corps prussien ou l'aile droite, en y comprenant un détachement sur la Nehrung, dix-huit mille hommes;
Le corps de l'aile gauche sous les ordres du lieutenant-général comte Tolstoy, quinze mille huit cents hommes;
En tout environ cent dix-huit mille cornbattans. {Voyez les tableaux à la suite des Pièces justificatives.)
L'armée française à la même époque, après avoir reçu la plus grande partie des renforts dont nous avons parlé, était d'environ cent soixante -dix mille combattans (cent quarante-quatre bataillons, deux cent onze escadrons), savoir :
Le ier corps de vingt-trois mille cinq cent quarante-sept baïonnettes , trois mille sept cent quarante-quatre sabres sous les ordres
du prince de Ponte-Corvo, et après la blés* sure de celui-ci, sous ceux du général Victor, à Braunsberg, Spanden, et dans les cantonnemens en arrière de la Basse-Passarge;
Le corps du maréchal Soult au centre, à bîebstadt , Pitthenen y Lornitten et Aïkeny trente mille cent quatre-vingt-dix-neuf baïonnettes et mille trois cent soixante -six sabres;
Le corps du maréchal Ney à Guttstadt, occupant TVolfersdorff en avant de la rive droite de la Passarge > quinze mille huit cent quatre-vingt-trois baïonnettes, et mille cent dix-sept sabres;
Le corps du maréchal Davout aux environs à'Osterode et à Allenstein , vingt-huit mille quatre cent trente-cinq baïonnettes, mille cent vingt-cinq sabres;
La garde impériale à Finkenstein, et aux environs, sept mille trois cent dix -neuf baïonnettes, et mille huit cent huit sabres;
Le corps de réserve sous les ordres du maréchal Lannes à Marienburg, quinze
mille quatre-vingt-dix baïonnettes, deux cent cinquante sabres;
Le corps du maréchal Mortier s'organisant sur la Basse- Fistule , composé d'une division française et d'une division polonaise, environ quatorze mille hommes;
La réserve de cavalerie aux ordres du grand-duc de Berg, cent quarante escadrons, vingt-un mille quatre cent vingt -huit sabres, se ralliant dans ses cantonnemens entre la Basse-Vistule et la Passarge.
(Voyez l'état de situation à la suite des Pièces justificatives. )
Les corps d'observation russe et français sur la Narew ne sont point compris dans l'évaluation des forces respectives des deux armées; le corps français, composé de dixsept mille cinq cent vingt -quatre baïonnettes et deux mille six cent quatre sabres, fut peu après augmenté d'une division bavaroise ; le corps russe était à peu près de la même force. Les deux armées étant ainsi respectivement placées , voici quelles furent de Ja part des alliés les dispositions de l'at-
taque générale qu'ils effectuèrent le 5 juin, Leur armée fut partagée en sept colonnes et dirigée sur autant de points de la ligne française, de la manière suivante :
La première colonne (deux divisions), sous les ordres du général Doctorow, fut dirigée à? Olbersdorff sur les postes français établis à la rive droite de la Passarge. Cette colonne, après avoir rejeté ces postes à la rive gauche, et laissé une garde aux points de passage , devait marcher par son flanc gauche, en remontant la rive droite; s'emparer du pont de Pitihenen, vis-à-vis des villages de Schwedt et Elditten, et y prendre position de manière à couper la communication entre le corps du maréchal INey et celui du maréchal Soult : la manœuvre ultérieure de cette colonne devait être déterminée par les circonstances locales et par les mouvemens de l'ennemi.
La deuxième colonne ( trois divisions et la cavalerie des deux ailes) , commandée par le lieutenant -général baron Sacken , marchant $ Arensdorf §vx Wolfersdorff, fui destinée à
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former plusieurs colonnes d'attaque contre le corps du maréchal Ney, et à soutenir l'avant -garde comme aussi la colonne du général Doctorow.
La troisième colonne, formée de l'avantgarde sous les ordres du prince Bagration , partit de Launau, laissant une forte réserve entre les villages de Peterswalden et de Zechern. Cette colonne, tournant les retranchemens et les abatis qui couvraient la position du maréchal Ney, fut dirigée par Grodno sur A 'Ithirch, afin de couper les avant-postes français qui étaient à Peterswalden. Après qu3 'Altkirch aurait été pris, la réserve devait se mettre en mouvement aussitôt que les tirailleurs français seraient chassés du bois.
Cette manœuvre avait pour objet de favoriser l'attaque de la principale colonne ; celle-ci, sans s'arrêter même pour s'emparer de Guttstadt, devait se porter sur Neudorjff, et attaquer le corps français que l'on trouverait entre Glottau et Knapen.
La quatrième colonne , formée par le corps 18. i5
du prince Gotschakow, devait, après avoir passé XAlle, attaquer le flanc droit du corps du maréchal Ney. Cette colonne laissait ses cosaques devant les villages de Liebenberg et Stolzenhagen , afin d'observer ce qui pourrait sortir de Guttstadt; ces cosaques étaient soutenus par une brigade d'infanterie sous les ordres du général Knorring.
La cinquième colonne, formée par les cosaques du général hettman Platow, devait passer Y Aile à Bergfried, entre Guttstadt et Allenstein, afin de déborder la droite de la ligne française , de devancer les attaques des autres colonnes, et de gagner, s'il se pouvait, les derrières de l'ennemi. Le général Platow devait , pendant son mouvement , jeter des partis et placer des postes avancés entre Villenberg et Jedwabno, pour dérober sa marche au maréchal Masséna.
La sixième colonne était formée par la garde impériale sous les ordres du grand-duc Constantin ; elle devait, aussitôt que le gros de l'armée se porterait en avant vers Wol-
DES ÉVÉJVEMENS MILITAIRES. aH']
fersdorff, se partager en deux colonnes ? l'une marchant sur Sommerfeldt , pour ensuite se réunir à Petersdorff, y prendre position ? et attendre de nouveaux ordres.
La septième colonne , formée d'une partie du corps prussien et de quelques régimens russes sous les ordres du général Rembow, devait attaquer la tête de pont de Spanden. Cette colonne était destinée à nettoyer la rive droite de la Passarge jusqu'à Lomitteny près du confluent avec la petite rivière de Drevenz.
Enfin , à l'extrême droite , le général Lestocq ? avec le reste du corps prussien , devait faire une fausse attaque sur Braunsberg pour détourner l'attention des autres points d'attaque.
Depuis la bataille d'Ostrolênka, le général Essen avait quitté le commandement du corps d'observation russe sur la Narew, et Benningsen en avait chargé le général Tutschacow. Le général Wittgenstein commandait Favant-garde de ce corps d'armée opposé à celui du maréchal Masséna. Chacun
des deux généraux avait un but semblable; le général russe, couvrant l'ancienne ligne d'opération et la frontière de Russie par la route de Grodno, Nowogorod et Ostrolenka , devait maintenir par sa droite la communication avec l'aile gauche de l'armée russe; le maréchal Masséna, de son côté, couvrant les accès de Varsovie , devait maintenir par sa gauche la communication avec l'aile droite de l'armée française. Il y eut plusieurs engagemens dans le courant des mois de mars et d'avril, avec des succès variés, entre les avant-gardes de ces deux corps d'observation sur la Narew et sur YOmulew.
A l'époque du 24 mai , peu de jours avant que s'exécutât le mouvement offensif de l'armée alliée, le corps d'observation russe occupait les positions suivantes :
Le quartier-général du général Tutschacow était à Ostrolenka; les avant-postes sur la Narew y depuis Rozan jusqu'à Sierock. Un corps d'infanterie et de cavalerie était campé à Monzewo. Le corps d'avant - garde du général Wittgenstein était cantonné dans.
Vstrolenka : le pont avait été brûlé , mais on en avait établi un autre appuyé sur l'île qui se trouve au confluent de la Narew et de VOmulew, et qui servait de tête de pont; une chaîne de cosaques s'étendait d'OsJrolenha à Dilewo pour communiquer avec le détachement du général Platow : la réserve de ce corps d'observation, commandée par le prince Volckonsky, était à Lipniki et Etwa.
Telle était, à l'époque du 4 au 5 juin, l'emplacement des différens corps de l'armée des alliés s'ébranîant pour attaquer sur tous les points l'armée française. Nous avons fait connaître les positions que l'empereur Napoléon avait fait occuper à son armée : aucun changement ne lui parut nécessaire. Les quatre corps d'armée qui pendant la durée des quartiers d'hiver avaient occupé la "ligne de la Passarge\ se trouvaient concentrés à leur point de rassemblement , devant les principaux débouchés par lesquels on pouvait attendre l'ennemi ou aller à lui, Le corps de
a5o précis
réserve, sous les ordres du maréchal Lannés, et celui du maréchal Mortier, reçurent ordre de quitter leurs cantonnemens sur la Basse- Vistule , et de joindre l'armée; les divisions de cavalerie quittèrent aussi leurs quartiers d'hiver pour suivre ce mouvement et se réunir sur les points qui leur furent indiqués.
Le plan d'attaque du général Benningsen était bien conçu ; la combinaison des mouvemens des différentes colonnes était telle , que s'il réussissait à forcer le passage de la rivière sur les points de Spanden et Lomitten y et à nettoyer toute la rive droite de la Haute-T? assarge > le corps du maréchal Ney, attaqué de front par des forces supérieures, pouvait être coupé et détruit en grande partie. Ce premier succès aurait donné aux alliés l'avantage d'attaquer le centre de l'armée française, c'est-à-dire le corps du maréchal Soult, avant qu'il pût être soutenu par celui du maréchal Davout, dont il se serait trouvé séparé, et par les réserves qui, le 5 juin , jour fixé pour l'attaque générale,
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étaient encore à deux et trois marches en arrière de la Passarge.
Cette agression audacieuse , déjà trop différée, pouvait réussir; mais si elle échouait, soit par la vigueur de la défense des têtes de pontqu'il fallait enlever, soit par le manque de précision et. d'accord dans les attaques simultanées, l'empereur Napoléon reprenait à l'instant l'offensive avec une grande supériorité de moyens , et rejetait l'armée alliée dans la position qu'elle venait de quitter sous Heilsberg; position très -forte, sans doute, comme point central d'une ligne de défense; mais qui, sous ce rapport, n'avait sur ses deux ailes aucun appui.
Disons maintenant ce qui se passa dans cette mémorable journée.
La fausse attaque dirigée contre Braunsàerg, pour attirer sur cette extrême gauche de la Grande- Armée française l'attention de Napoléon , fut entreprise trop tôt et avant que les autres colonnes se missent en marche. Dès le 3 juin , le général Lestocq, après avoir fait quelques tnouvemens devant les
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gués de Laack et de Boarden, et sur la te le de pont de Spanden, engagea une canonnade assez vive avec la division du général Dupont, au camp de Zagern. Ces démonstrations n'eurent d'autre résultat que de tenir en alerte les troupes du prince de Ponte -Corvo, et de faire pressentir à ce maréchal l'attaque sérieuse contre laquelle il devait préparer ses moyens de défense. Le général Lestocq ayant reçu le contre-ordre, que le général Benningsen se hâta d'expédier, reploya ses troupes , et différa son attaque jusqu'au jour fixé pour l'attaque générale. Le 5 juin , vers neuf heures du matin , deux fortes colonnes russes et prussiennes, avec vingt-neuf pièces de canon , débouchèrent de Jfuhsen et de Stegmannsdorffi, et se portèrent devant la tête de pont de Spanden. Le général Frère, de la division Villatte, défendait cet ouvrage avec le 27e d'infanterie légère et cinq bouches à feu, dont un obusier; les trois autres régimens de cette division, et le reste de son artillerie, furent répartis sur la rive gauche de la
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Passarge, pour soutenir le régiment chargé de la défense de^l'ouvrage; le 65e de ligne et le 17e régiment de dragons sur les hauteurs de Spanden , en arrière de la tête de pont; les g4e et 95e de ligne, sous les ordres du général Gérard , à la gauche , entre les villages de Boarden et de Spanden; le 19e régiment de dragons, en avant de Deutschendorff;\es 18e et 27e de dragons, en réserve entre Schlodien et la brigade du général Gérard. Le général prussien ouvrit d'abord un grand feu d'artillerie sur la tête de pont, et après deux heures de canonnade, quand il crut que les troupes qui la défendaient étaient ébranlées, il ordonna l'assaut. Le 27e régiment d'infanterie légère, qui bordait le retranchement, attendit jusqu'à bout portant cette attaque impétueuse, et la repoussa par un feu si meurtrier, que trois cents des assaillans restèrent au pied des retranchemens : tout le reste prit la fuite, et fut vigoureusement chargé et poursuivi jusqu'au village de TFuhsen par le 17e régiment de dragons conduit par
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le général Lahoussaye. Les alliés eurent dans cette affaire sept à huit cents blessés, dont la plus grande partie fut abandonnée sur le champ de bataille.
Le prince de Ponte -Corvo, qui, dès le commencement de l'affaire s'était porté dans les retranchemens , y fut atteint d'une balle à la tête, et forcé de quitter le champ de bataille. Il fut momentanément remplacé par le général Dupont, qui remit le lendemain le commandement du ier corps au général Victor.
Pendant que les généraux prussiens , Lestocq et Rembow, exécutaient avec vigueur la fausse attaque sur la Basse-Passarge , et tenaient en échec le corps d'armée du prince de Ponte-Corvo, le corps du général Doctorow attaquait la tête de pont de Lomitten; c'était, à proprement parler, le centre de la ligne française, formé par le corps du maréchal Soult : cette attaque était celle dont le succès importait le plus pour atteindre le but des dispositions générales de Benningsen.
Le 5 juin , à six heures du matin, toutes les reconnaissances étant rentrées , l'ennemi débouchant du bois de JVormditt sur Olbersdorjfy se présenta devant Léomitten, et attaqua avec du canon les grandes gardes; cellesci se replièrent, et dans un instant le bois à gauche, dans lequel on avait pratiqué des abatis considérables, devint le théâtre du plus sanglant combat. Ce poste était défendu par un bataillon du 57e régiment et quatre pièces de canon ; l'autre bataillon du 67e campait, avec le reste de la division sous les ordres du général Carra Saint-Cyr, sur le plateau de Liebstadt; le ier bataillon du 24e d'infanterie légère campait à la tête du bois, en arrière de Spartinen ; le 2e bataillon gardait le passage depuis ce point jusqu'à Alken : telle était la disposition de défense du maréchal Soult.
Le général Doctorow forma trois colonnes d'attaque conduites par les généraux Essen jeune, Engelhard et Passek. Ces colonnes furent pendant le combat soutenues par une réserve de deux régimens et d'une
demi -batterie de la garde impériale russe. Au premier coup de canon, le 46e régiment et le bataillon du 57e qui était au camp furent envoyés au général Ferey qui commandait à Lomitten; mais lorsque ce renfort arriva, déjà le ier bataillon du 57e avait soutenu et repoussé deux charges en reprenant la tête des abatis, qu'une de ses compagnies avait été forcée d'abandonner. Le chef de bataillon Langlet, à la tête de ses intrépides grenadiers, avait culbuté et presque détruit un bataillon russe qui s'était témérairement avancé jusqu'au pied des retranchemens.
Cependant les Russes continuaient à renforcer leurs troupes engagées dans le bois. A la faveur de ce combat devant Lomitten, un fort parti de cavalerie avait passé la Passarge à un gué au-dessous de l'ancien pont de Spartinen. Le général Doctorow faisait d'autres démonstrations de passage sur plusieurs points jusqu'à Alken , soutenues par le feu de deux batteries, chacune de six pièces, en avant d3 Olbersdorff. Le général
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Viviez fit avancer le premier bataillon du a4e d'infanterie légère, chargea à la baïonnette les troupes déjà passées et les culbuta dans la rivière. Les Russes étaient parvenus à établir un pont sur lequel pouvait déjà passer l'infanterie, il fut détruit et les matériaux brûlés. Le chef de bataillon Laurain déploya dans ce vif engagement beaucoup d'audace et de sang-froid; il fut blessé.
Lorsque le général Ferey reçut à la tête de pont de Lomitten le 2e bataillon du 5^e et les deux bataillons du 46e, les Russes ayant de nouveau traversé les abatis s'étaient reportés sur la rivière pour tenter de forcer le passage, Le 2e bataillon du 57e, commandé parle chef de bataillon Schwiter, attaqua le bois , reprit les abatis qu'il défendit ensuite pendant quatre heures contre des forces décuples. Un bataillon du 46e fut placé en réserve à Lomitten, et l'autre bataillon fut, avec Je premier du 24e léger, renverser les troupes russes qui s'étaient une seconde fois avancées sur la rivière , et
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détruire un nouveau pont qu'on avait commencé à y établir. Le chef de bataillon Robert fut tué, et le colonel Richard blessé.
Il n'y avait d'abord dans les ouvrages que quatre pièces de 6 , qui répondaient au feu de la nombreuse artillerie des Russes. Le maréchal Soulty envoya le major Degennes avec douze pièces de canon; le feu de l'artillerie française reprit alors la supériorité.
On s'était déjà battu pendant huit heures avec acharnement en avant de Lomitten et dans le bois à gauche. Les Russes renouvelaient sans cesse leurs attaques partielles avec des troupes fraîches et toujours sans succès; ils tentèrent un dernier effort en formant une seule et forte colonne soutenue par un régiment de chasseurs à pied de la garde impériale. Cette attaque impétueuse allait réussir lorsque deux bataillons des 46e et 57e régimens se précipitèrent sur la colonne russe et la repoussèrent. Malgré le désordre et les pertes de l'ennemi, il fallut à cause de la supériorité de ses forces se
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borner encore cette fois à la reprise des abatis.
Le général Doctorow voulant atteindre le but qui lui était marqué par les dispositions générales, c'est-à-dire seconder par sa gauche la grande attaque dirigée contre le corps du maréchal Ney, changea de direction et porta une grande partie de ses forces sur Kalckstein. Le maréchal Soult informé de ce mouvement, qu'avait observé le général Saint-Hilaire chargé de la défense des têtes de pont de Pitthenen et à'Elditten y pénétra le dessein du général russe, et se mit en mesure de le repousser s'il tentait le passage de la rivière sur ces deux points. Il ordonna en même temps au général Carra Saint -Cyr de se borner à la défense de la tête de pont de Lomitten, et même, s'il y était trop pressé, de retirer ses troupes à la rive gauche de la Passarge.
En exécution de cet ordre , le générai Carra Saint-Cyr fit évacuer le bois à gauche deLomitten, ainsi que les abatis , que la vivacité du feu et la quantité d'obus lancés
par l'ennemi avaient en partie embrasés. Les Russes voulurent profiter de ce mouvement pour attaquer les retranchemens ; mais ils furent encore repoussés. Cependant, vers six heures du soir , ces retranchemens qui n'étaient plus tenables , surtout pour l'artillerie, à cause des dégradations qu'ils avaient éprouvées, et de l'incendie du camp et des granges du hameau de Lomitten, furent évacués; on se borna à la défense du pont, protégé par les ouvrages de la rive gauche.
Alors le feu se rallentit de part et d'autre. Les Russes n'osèrent pas entrer dans les retranchemens abandonnés; leur mouvement rétrograde sur Olbersdorffi commença vers huit heures du soir. Le général Doctorow , n'ayant pu réussir sur aucun point à forcer le passage de la rivière, dirigea ses deux divisions sur Guttstadt, pour s'y réunir au gros de l'armée , et soutenir la droite de l'attaque contre le corps du maréchal Ney. Il ne laissa que quelques bataillons et quelques escadrons, formant un.
rideau à la faveur des bois d' Olbersdorf et de Dietrichsdorff .
L'affaire de Lomitten , très - importante par son résultat, coûta aux Russes huit cents hommes tués et plus de deux mille blessés, parmi lesquels les officiers étaient en plus forte proportion. Les Français eurent cent deux hommes tués, dont quatre officiers et mille vingt -cinq blessés, dont cinquante-quatre officiers, sur un nombre de combattans de quatre à cinq mille hommes, tous de la division du général Carra Saint-Cyr; le général Ferey, chargé sous ses ordres de la défense des retranchemens, eut la plus grande part à ce glorieux succès; le général Viviés s'y distingua particulièrement.
Certain que les vives attaques du général Doctorow occupaient le corps du maréchal Sojilt , le général Benningsen porta le même jour, 5 juin, la plus grande masse de ses forces contre celui du maréchal Ney.
Celui-ci occupait les positions suivantes : La division commandée par le général 18. 16
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Marchand occupait Guttstadt , la position de Kossen, Altkirch et Neuendorff; un régiment d'infanterie légère et la cavalerie légère en avant de Schrnolainen ;
La division sous les ordres du général Bisson était kQuetz, Lingenau, Scharnick, Glottau et Knapen;
Le quartier-général du maréchal Ney était à Guttstadt.
L'avant-garde russe, sous les ordres du prince Bagration , attaqua d'abord et enleva Althirch. Les troupes françaises qui défendaient ce village se retirèrent sur Guttstadt, où le général Marchand concentra sa division. Le prince Bagration dirigea alors ses colonnes d'attaque sur Guttstadt; mais sa droite n'étant pas soutenue par la colonne du général Sacken , partie trop tard de Pétersdorff ipouv se trouver à sa hauteur, il ne put ni enlever ni envelopper Guttstadt, et dut se borner à entretenir pendant deux heures un feu très-vif, dans lequel les tirailleurs français prirent de l'avantage, et lui tuèrent ou blessèrent cinq cents hommes.
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A Ja faveur de ce retard , l'avant-garde française, qui occupait le bois de Launau eu avant de Schmolainen , et que la prise à'Altkirch avait séparée de la division concentrée à Guttsûadt, eut la facilité de se retirer.
Le gros de l'armée russe s'approchant pour soutenir son avant-garde, le maréchal Ney reconnut qu'il était attaqué par des forces très -supérieures, et commença sa retraite en si bon ordre , qu'il évacua successivement Guttstadt et les autres positions qu'il occupait , combattant pied à pied , et ne laissant en arrière que ce qu'il était nécessaire d'abandonner à l'ennemi, pour prolonger la résistance et n'être point débordé. Il perdit ainsi quelques centaines de prisonniers, parmi lesquels se trouva le général Roger et deux pièces de canon. Son équipage tomba même au pouvoir des Russes; mais ses arrière-gardes ne furent point entamées, et à la fin de cette journée il prit position avec ses deux divisions à Anhersdorff et Heiligenthal.
Dans ces divers combats, les Russes eu-
rent, de leur aveu, deux mille hommes tués ou blessés, et parmi ces derniers, le lieutenant-général Ostermann Tolstoi , le général major Somow, les colonels Saint-Priest et Michelson. La perte des Français, dans cette belle manœuvre de retraite , ne s'éleva pas à plus de cinq cents hommes tués ou blessés; ils tiraient sur des masses , et ne leur opposaient momentanément que des arrièregardes et des nuées de tirailleurs.
Dans cette même soirée le gros de l'armée russe se réunit à Quetz. L'avant-garde prit position en avant de ce village ; le quartiergénéral et la garde impériale furent établis à Glottau; l'aile droite s'appuyait au lac de Neudorjf, et la gauche s'étendait jusqu'à Glottau; le corps du prince Gortschakow était en réserve à Guttstadt.
On dut s'étonner que le général Benningsen , lorsque son avant-garde se fut emparée de Guttstadt, n'eût pas poussé plus vivement par sa droite la gauche du maréchal Ney, et qu'il n'eût pas mieux employé la masse de forces qu'il avait réunie, et sur-
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tout la colonne de la garde impériale , qui , suivant l'armée sans entrer en ligne, n'eul dans sa marche aucun but déterminé. Le général français, en se dégageant avec tant d'habileté et de sang-froid d'une position si périlleuse, se couvrit de gloire; il fut surtout bien secondé par le général Marchand. Le 6 juin, à quatre heures du matin, le prince Bagration mit son corps d'avant-garde en mouvement pour attaquer les divisions du maréchal Ney ; il pensait ne pas les trouver si près : elles étaient en bataille sur les hauteurs d' Ankersdorff. Aussitôt que les colonnes russes parurent, le maréchal, après avoir fait repousser leurs éclaire urs , se porta au-devant, et se .maintint quelque temps en avant du village A' HeiligenthaL Il se replia ensuite , et continua sa retraite sans éprouver aucune perte jusqu'à Deppen y sur la rive gauche de la Passarge, où il prit position.
Pendant que le prince Bagration attaquait ainsi de front , et sans trop presser le mouvement rétrograde du maréchal Ney, Far-
mée russe qui suivait le mouvement du corps d'avant-garde s'étendait par sa droite et par sa gauche. A la droite les trois colonnes des généraux Uwarow, Alsufiew et prince Gallitzin marchèrent sur JVolfersdorff, et s'y réunirent; celle de gauche, commandée par le prince de Gortschakow, marcha de Quetz à travers les bois, ayant en avant d'elle ses éclaireurs qui repoussaient les tirailleurs français. La garde impériale marchait sur deux colonnes; celle de droite, commandée par le grand -duc Constantin, était pour la plus grande partie composée de troupes de cavalerie ; celle de gauche , sous les ordres du général Kollogribow, était formée principalement de l'infanterie. Ces deux colonnes se déployèrent et se reformèrent plusieurs fois pendant leur marche par Quetz et Anhersdorff sur Heiligenthal. Uarmée russe se trouvait ainsi tellement concentrée , qu'on pouvait apercevoir en même temps toute la manœuvre des différentes colonnes ; mais celle de Gortschakow (colonne de gauche), au lieu d'appuyer
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sur le centre s'en écarta beaucoup trop pour tourner le lac de Quetz. Le maréchal Ney, qui s'aperçut de cette faute, et qui n'avait plus à craindre d'être débordé sur son flanc droit, en profita pour occuper une seconde fois, en se portant en avant, le village &J Heiligenthal. Ce bel exemple de défensive active , pendant une retraite devant des forces si supérieures , est trèsremarquable. Le prince Bagration fut obligé de s'arrêter et d'attendre que la colonne de gauche fût parvenue à sa hauteur. Le maréchal Ney dut à cette dernière et audacieuse manœuvre d'achever tranquillement son mouvement rétrograde sur Dep~ pen, et l'on peut dire même que le succès de la journée lui appartint. On appela ce combat , le combat de Deppen, quoiqu'il n'y eût eu sur ce point d'autre action que celle de l'artillerie qui , par un feu très-vif, protégea le passage des troupes françaises. La perte en hommes fut de part et d'autre peu considérable, à cause de la lenteur et de la circonspection que montrèrent les Russes.
Quelques-unes de leurs troupes légères avaient déjà traversé la rivière à différens gués ; le général Benningsen se hâta de les rappeler.
Le prince Bagration occupa la rive droite de la Passarge en face de Deppen , le gros de l'armée était en masse entre l'avant-garde et le village N Heiligenthal , la garde en arrière iï Heiligenthal , le quartier-général à Ankersdorff / ^a réserve sous Gortschakow était à Knapen, et avait poussé un détachement sur M'ânsterberg pour observer Allenstein , où se trouvait le corps du maréchal Davout. C'est dans cette position que le général Doctorow , comme nous l'avons dit plus haut, après l'affaire de Lomitten se rallia avec ses deux divisions au gros de l'armée.
Le général Benningsen avait atteint la Passarge , mais il avait manqué son but, puisqu'il n'avait pu envelopper le corps du maréchal Ney, et le séparer de ceux du maréchal Soult à sa gauche et du maréchal Davout à sa droite. La ligne française res-
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tait entière , et l'empereur Napoléon ne pouvait tarder que de quelques heures encore à la renforcer par ses réserves et par sa présence. Benningsen hésita sans doute par ces motifs à pousser plus loin son offen sive. Il rendit compte à l'empereur Alexandre, et alla lui-même à Guttstadt, laissant pendant son absence le commandement général au grand-duc Constantin.
Le 7 juin l'armée russe resta pendant toute la matinée dans les positions que nous venons d'indiquer. En attendant le retour du général en chef, les' généraux persuadés qu'il continuerait ses opérations offensives, se préparaient à recevoir l'ordre de marcher par la gauche et sur plusieurs colonnes, entre Y Aile et la Passarge, pour aller attaquer à Allenstein le corps du maréchal Davout. Mais il était trop tard pour qu'on pût se flatter de battre séparément les divers corps de l'armée française , et d'empêcher leur concentration. On apercevait déjà sur la rive gauche de la Passarge les mouvemens qu'ils faisaient pour se rapprocher,
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et l'apparition de fortes masses de cavalerie indiquaient l'arrivée des réserves.
Le général Benningsen , de retour de Guttstadt dans la soirée du même jour 7 , donna l'ordre à son armée de rétrograder jusqu'à la hauteur de Quetz ; l'avant-garde seule resta en position sur la rive droite de la Passarge. Le quartier-général fut établi à Glottau,