SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION
L'accueil favorable que depuis quinze ans le public n'a pas cessé de faire à cet ouvrage ; les suffrages dont l'ont honoré des savants du premier ordre ; les succès obtenus en architecture par la plupart des élèves qui ont suivi ces leçons (1), le désir de répondre au zèle d'une jeunesse intéressante, toujours avide des connaissances qui lui seront nécessaires un jour ; celui de mériter par ce moyen la confiance des personnes également distinguées par leur rang et par leur mérite, que
(1) On en pourra juger par l'Ouvrage qui a paru en 1823, sous le titre de Choix des projets d'Édifices publics et particuliers, composés par des élèves de l'Ecole Royale Polytechnique, dans les concoure qui ont lieu chaqu» année.
Non-seulement ce recueil peut être très-utile aux personnes qui se livrent à l'étude de l'Architecture, mais il peut encore être d'un grand iccours dans tons les départements et dans tous les pays où l'architecture est peu cultivée, tous les projets qu'il renferme étant d'une exécution on ne peut pas plus facile et on ne peut pas moins dispendieuse. Nous y renverrons souvent dans le second volume.
Ce recueil se compose actuellement de cinq cahiers. Prix de chacun : 6 francs.
Il se trouve aux mêmes adresses que le Précis et le Parallèle des édifices de tout genre.
l'École Royale Polytechnique a le bonheur d'avoir ;i sa lêle ; tous ces motifs, dont un seul aurait sufli, m'ont déterminé à revoir mon travail. Les principes sont rigoureusement les marnes ; mais j'ai taché de les présenter avec plus d'ordre et de clarté ; j'ai donné des dé\elopperuents assez étendus à tout ce 1 1 ii il est fs-tMitit-l de Lien entendre. Je nie suis attaché surtout à la partie de la composition, qui, chose étonnante, travail jamais été traitée dans aucun ouvrage, ni dans aucun cours ; tous les détails de construction, rejetés dans des notes à la fin de ce volume, ne couperont plus le (il des idées ^ neraies : quant à la partie graphique, près de la moitié des planches a été entièrement refaite ; et les changements apportés dans cette partie sont tels, que seuls ils pourraient faire considérer l'ouvrage comme absolument nouveau.
IMPORTANCE DE L* ARCHITECTURE ; BOT DE CET ART ; MOYENS Ql'lL DOIT NATURELLEMENT EMPLOYER POUR L'ATTEINDRE ; PRINCIPES
généraux; avantages que l'espèce humaine et la société
RETIRERAIENT DE LEUR APPLICATION; FUNESTES EFFETS QUI PEUVENT RÉSULTER DE L'iGNORANCE OU DE L'INOBSERVATION DE CES PRINCIPES; NÉCESSITÉ DE L'ÉTUDE DE LARCUITECTtRE.
L'architecture esl l'art de composer et d'exécuter tous les édifices publics et particuliers.
De tous les arts l'architecture esl celui dont les productions sont les plus dispendieuses ; il en coûte beaucoup pour élever les édifices particuliers les moins considérables; il en coûte énormément pour ériger des édifices publics, lors même que les uns et les autres ont été conçus avec le plus de sagesse ; et si dans leur composition l'on n'a suivi d'autres guides que le préjugé, le caprice ou la routine, les dépenses dans lesquelles ils entraînent deviennent incalculables.
Le château de Versailles, cet édifice dans lequel on trouve des pièces sans nombre, et pas une entrée; des milliers de colonnes, et pas une colonnade; une étendue immense sans grandeur; une richesse extrême sans magnificence, est un exemple frappant de cette vérité.
Relativement à la dépense de cet édifice, voici ce que dit Mirabeau, pagc33dcsa dix-neuvième lettreà ses commettants:
« Le maréchal de Belle-Isle s'arrêta d'effroi quand il eut « compté" jusqu'à douze cents millions de dépenses faites pour » Versailles, et il n'osa sonder jusqu'au fond de cet abtme. »
Cependant l'architecture, cet art dont l'emploi est si dispendieux, est en même temps celui dont l'usage est le plus constant et le plus général ; dans tous les lieux et dans tous les temps on a construit une multitude de demeures particulières pour les individus, et d'édifices publics pour les différentes sociétés : la terre en est couverte; et malgré la multiplicité de ces édifices, malgré mille exemples plus ou moins effrayants que celui que nous venons de donner, exemples bien faits pour dégoûter de l'architecture, chaque jour voit élever de nouveanx monuments de cet art : il faut donc qu'il soit d'une bien grande nécessité pour l'espèce humaine, et même qu'il soit pour elle une source de bien douces jouissances.
En effet, l'architecture est de tous les arts celui qui procure à l'homme les avantages les plus immédiats, les plus grands et les plus nombreux ; l'homme lui doit sa conservation ; la société son existence ; tous les arts leur naissance et leur» développements : sans elle l'espèce humaine, en proie à toutes les rigueurs de la nature, uniquement occupée à se défendre contre le besoin, les dangers et la douleur, loin de parvenir à la jouissance de tous les avantages de la société, eût peut-être disparu presque entièrement de la surface du globe.
Faut-il s'étonner d'après cela de l'usage prodigieux que l'on fait de cet art? Si quelque chose était capable de causer de l'étonnement, relativement à l'architecture, ne serait-ce pas plutôt l'indifférence où l'on serait pour un art dont les résultats sont si importants? Ne serait-ce pas du moins la négligence que l'on mettrait à s'instruire des premiers principes d'un^art qui , vu les avantages immenses qu'il nous procure, et les
terribles inconvénients dans lesquels peuvent entraîner l'ignorance ou la fausse application de ses principes, mérite si bien qu'on l'étudié ? C'est en effet par une étude approfondie que l'artiste parviendra à éviter les inconvénients et à multiplier les avantages.
L'architecture étant d'un intérêt si grand, si général, il faudrait donc que cet art fût généralement connu ; mais puisque cela n'est pas, au moins faut-il que ceux qui doivent l'exercer en aient une parfaite connaissance.
Les architectes ne sont pas les seuls qui aient à construire des édifices; les ingénieurs de toute classe, les officiers d'artillerie, etc., éprouvent fréquemment celle obligation; on pou rr rail môme ajouter qu'au temps présent les ingénieurs ont plus d'occasions d'exécuter de grandes entreprises que les architectes proprement dits : en effet, ceux-ci, dans le cours de leur vie, n'ont souvent que des maisons particulières à bàlir, tandis que les autres, outre les mêmes édifices dont ils peuvent être également chargés dans les départements éloignés, où les architectes sont très-rares, se trouvent par état appelés à élever des hôpitaux, des prisons, des casernes, des arsenaux, ^s magasins, des ponts, des ports, des phares, enfin une foule (Lédifices de la première importance; ainsi les connaissances et les talents en architecture leur sont pour le moins aussi nécessaires qu'aux architectes de profession.
Pour obtenir des succès prompts et certains dans l'étude d'un art quelconque, il est indispensable de connaître d'abord la nature de cet art; de savoir pourquoi l'on s'en occupe, et comment en général on doit s'en occuper; en d'autres termes, de s'assurer du but qu'il se propose, ainsi que des moyens qu'il doit employer pour y parvenir.
Une sera pas difficile de découvrir le but de l'architecture. ,
qu'elle «lo:t
D'après ce que nous avons vu plus haut, il est évident qu elle n'en a d'autre que l'utilité publique et particulière, la conservation, le bonheur des individus, de» familles et de la société.
Les moyens qu'elle doit employer pour atteindre un but aussi intéressant et aussi noble, ne seront pas plus difficiles à reconnaître; l'architecture étant faite pour l'homme et par l'homme, ces moyens ne peuvent se rencontrer que dans sa manière d'être : quelques observations biens simples suffiront pour les y faire découvrir.
moïmm t Pour peu que nous observions la marche et le développement de l'intelligence et de la sensibilité, nous reconnaîtrons que dans tous les temps et dans tous les lieux, toutes les pensées de l'homme et toutes ses actions ont eu pour origine ces deux principes : l'amour du bien-être et l'aversion pour toute espèce de peine. C'est pourquoi les hommes, soit lorsque isolés ils se construisirent des demeures particulières, soit lorsque réunis en société ils élevèrent des édifices publics, durent chercher, 1 0 à tirer des édifices qu'ils construisaient le plus grand avantage, et par conséquent à les faire de la manière la plus convenable à leur destination ; 2° a les bâtir de la manière 1^ moins pénible dans l'origine, et la moins dispendieuse par b suite, lorsque l'argent fui devenu le prix du travail, ■nrc Ainsi, la convenance et l'économie, voilà les moyens que doit naturellement employer l'architecture, et les sources où elle doit puiser ses principes, les seuls qui puissent nous guider dans l'étude et dans l'exercice de cet art. PrinHppi D'abord, pour qu'un édifice soit convenable, il faut qu'il îaursàUfon- soit solide, salubre et commode.
soiMii* 11 ** n s ° ,ia, e, si les matériaux que l'on y emploie sont de bonne qualité, et répartis avec intelligence; si l'édifice repose
On»
et économie
sur de bons fondements; si ses principaux soutiens sont en nombre suffisant, posés perpendiculairement pour avoir plus de force, et placés à des distances égales, alin que chacun d'eux soutienne une égale portion du fardeau ; enfin, s'il existe entre toutes ses parties, tant horizontalement que verticalement, la liaison la plus intime.
Il sera salubre, s'il est placé dans un lieu sain, si l'aire ou s»iubrii*. le pavé en est élevé au-dessus du sol, et garanti de l'humidité; si des murs remplissant l'intervalle des soutiens qui en composent l'ossature, en défendent de la chaleur et du froid la partie intérieure; si ces murs sont percés d'ouvertures capables de laisser pénétrer l'air et la lumière ; si toutes les ouvertures pratiquées dans les murs intérieurs, en se correspondant, se correspondent aux ouvertures extérieures, pour faciliter à l'air le moyen de se renouveler; si une couverture le mefà l'abri de la pluie et du soleil, de manière que l'extrémité de cette couverture, s'avançant au delà des murs, en éloigne les eaux ; et s'il se trouve exposé soit au midi daus les pays froids, soit au nord dans les pays chauds.
Enfin il sera commode, si le nombre et la grandeur de c<mmMlé toutes ses parties, si leur forme, leur situation et leur arrangement sont dans le rapport le plus exact avec sa des-
tination.
Voilà ce qui regarde la convenance, et voici ce qui concerne l'économie.
Une superficie étant donnée, si l'on observe que lorsqu'elle JÏMuwe- ■•st terminée par les quatre cotés d'un carré, elle exige moins J^ 1 * 0 * de contour que lorsqu'elle l'est par ceux d'un parallélogramme, et moins encore quand elle est terminée par la circonférence d'un cercle ; qu'en fait de symétrie, de régularité et de simpli- sjméuw. cité, la forme du carré, supérieure à celle du parallélogramme, sim P u<W.
est inférieure à celle du cercle, il sera aisé de conclure qu'un édifice sera d'autant moins dispendieux qu'il sera plus symétrique, plus régulier et plus simple. Il n'est pas besoin d'ajouter que si l'économie prescrit la plus grande simplicité dans toutes les choses nécessaires, elle proscrit absolument tout ce qui est inutile.
Tels sont les principes généraux qui, partout et dans tous les temps, quand il a fallu élever des édifices, ont dù guider les hommes raisonnables : et tels sont en effet les principes d'après lesquels les édiûces antiques le plus généralement et le plus justement admirés ont été conçus, comme on s'en convaincra par la suite.
Ces principes, comme on le voit, sont simples comme la nature ; ils ne sont pas moins féconds, comme on ne tardera pas à le voir!
douî^Di' d" e Cependant ce n'est pas ainsi que l'on considère généralement u ï P te ,rt*i l'architecture ; l'idée que nous en donnons n'est rien moins que J"»M n ir«ui. 061,6 <I ue Y° n 8 en forme vulgairement.
Selon la plupart des architectes, l'architecture est moins l'art de faire des. édifices utiles, que celui de les décorer. Son but principal est de plaire aux yeux, et par là d'exciter en nous des sensations agréables : ce à quoi, ainsi que les autres arts, elle ne peut parvenir que par l'imitation. Elle doit prendre pour modèle les formes des premières cabanes que les hommes ont élevées, et les proportions du corps humain. Or, les ordres d'architecture inventés par les Grecs, imités par les Romains, et adoptés par la plupart des nations de KEurope, étant, selon ces auteurs, une imitation du corps humain et de la cabane, font par conséquent l'essence de l'architecture. D'où il suit que la beauté des décorations formées par les ordres est telle, qu'en aucune manière on ne doit regarder
à la dépense dans laquelle entraîne nécessairement la décoration.
Mais puisqu'on ne peut décorer sans argent, et que plus on décore, plus on dépense, il est naturel d'examiner s'il est vrai que la décoration architectonique, telle que les architectes la conçoivent , procure tout le plaisir que l'on s'en promet, du moins si ce plaisir compense les frais qu'elle occasionne.
Pour que l'architecture pût plaire en imitant, il faudrait qu'à l'exemple des autres arts elle imitât la nature. Voyons si la première cabane que l'homme a faite est un objet naturel ; si le corps humain peut servir de modèle aux ordres; voyons enfin si les ordres sont une imitation et de la -cabane et du corps humain.
Prenons d'abord une idée de celte cabane el de ces ordres. De*riDU«m Voici comment Laugier s'exprime au sujet de la cabane: « Considérons, dit-il, l'homme dans sa première origine, sans » autres secours, sans autre guide que l'instinct naturel de ses » besoins. Il lui faut un lieu de repos. Au bord d'un tranquille » ruisseau, il aperçoit un gazon; sa verdure naissante plaît à. » ses yeux ; son tendre duvet l'invite ; il vient ; et mollement » étendu sur ce tapis émaillé, il ne songe qu'à jouir en paix » des dons de la nature ; rien ne lui manque, il ne désire rien ; » mais bientôt l'ardeur du soleil qui le brûle l'oblige à cher- » cher un abri ; il aperçoit une forêt qui lui offre la fraîcheur >» de ses ombres; il court se cacher dans son épaisseur, et le » voilà content. Cependant, mille vapeurs élevées au hasard se »> rencontrent et se rassemblent, d'épais nuages couvrent -les » airs, une pluie effroyable se précipite comme un torrent sur » cette forêt délicieuse. L'homme, mal couvert à l'abri de ces . » feuilles, ne sait plus comment se défendre d'une humidité » incommode qui le pénètre de toute part. Une caverne se 1 2
» présente, il s'y glisse; et se trouvant à sec, il s'applaudit » de sa découverte : mais de nouveaux désagréments le dé- » goûtent encore de ce séjour; il s'y voit dans les ténèbres, » il y respire un air malsain ; il en sort résolu de sup- » pléer, par son industrie, aux inattentions et aux négligences » de la nature. L'homme veut se faire un logement qui le » couvre sans l'ensevelir. Quelques branches abattues dans » la forèl sont les matériaux propres à son dessein. Il en choi- » sit quatre des plus fortes, qu'il élève perpendiculairement » et qu'il dispose en carré. Au-dessus, il en met quatre au- » très en travers, et sur celles-ci il en élève qui s'inclinent » et qui se réunissent en pointe des deux côtés. Cette espèce » de toit est couverte de feuilles assez serrées, pour que ni » le soleil ni la pluie ne puissent y pénétrer ; et voilà l'homme » logé.. Il est vrai que le froid et le chaud lui feront sentir leur » incommodité dans sa maison ouverte de toute part , mais » alors il remplira l'entre-deux des piliers, et il se trouvera » garanti.
» La petite cabane que je viens de décrire, continue Lau- » gier, est le modèle sur lequel on a imaginé toutes les ma- » gnificences de l'architecture ; c'est en se rapprochant, dans » l'exécution, de la simplicité de ce premier modèle, que » l'on évite les défauts essentiels, que l'on saisit les perfec- » tions véritables. Les pièces de bois élevées perpendiculaire- » ment nous ont donné l'idée des colonnes. Les pièces ho- » rizontales qui les surmontent, nous ont donné l'idée des » entablements. Enfin, les pièces inclinées qui forment le toit, » nous ont donné l'idée des frontons. Voilà ce que tous les » maîtres de l'art ont reconnu. »
*w°ron ^ jCS colonnes, les entablements et les frontons, dont la réu- " T p" r ù tl nion forme cc qu'on appelle m ordre d'architecture, voilà les parties essentielles de l'art, celles qui en constituent les beau-
INTRODUCTION. 11 tés ; cl les murs, les portes, les fenêtres, les voûtes, les arcades, ainsi que les autres parties que le besoin seul y a fait ajouter, ne sont que des licences que Ton doit tout au plus tolérer ; telle est la conclusion étrange que lire l'auteur que nous venons de citer.
De 4a connaissance de la cabane passons à celle des ordres, omm p«i. et lisons ce que Vitruve nous apprend à ce sujet :
« Dorus, roi du Péloponnèse, ayant, dit-il, fait bâtir un Dorique. . » temple a Junon dans Argos, il se trouva par hasard de celte humain. » manière que noue appelons dorique; ensuite, dans plusieurs » autres villes, on en lit de ce même ordre, n'ayant encore » aucune règle établie pour les proportions de l'architecture. » En ce temps-là, les Athéniens envoyèrent dans l'Asie-Mi- » neure plusieurs colonies sous la conduite d'Ion ; ils nom- » mèrent Ionie la contrée où celui-ci s'établit. Ils y bâtirent » d'abord des temples doriques, principalement celui d' A pollon . » Mais comme ils ne savaient pas bien quelle proportion il » fallait donner aux colonnes, ils cherchèrent le moyen de les » faire assez fortes pour soutenir le faix de l'édifice, et de les » rendre en même temps agréables à la vue. Pour cela ils » prirent la mesure du pied d'un homme, qui est la sixième » partie de sa hauteur, sur laquelle mesure ils formèrent leurs » colonnes, de sorte qu'ils leur donnèrent six diamètres. Ainsi, » la colonne dorique fut mise dans les édifices ayant la pro- » portion, la force et la beauté du corps de l'homme.
» Quelque temps après, ils bâtirent un temple à Diane, et Jjjg^p, » cherchèrent quelque nouvelle manière qui fût belle par la *i» *«•«■•• » même méthode. Ils imitèrent la délicatesse du corps d une .» femme ; ils élevèrent leurs colonnes, leur donnèrent une base » en façon de cordes entortillées, pour en être comme la » chaussure ; ils taillèrent des volutes au chapiteau pour repré-
» scnter cette partie de cheveux qui pend à droite et à gauche r » ils mirent sur le front des colonnes des cymaises et des » gousses, pour imiter le reste des cheveux qui sont liés et » ramassés au derrière de la tète des femmes ; par les canne- » lures, ils imitèrent les plis des robes; et cet ordre inventé » par les Ioniens, prit le nom d'Ionique.
» Le Corinthien représente là délicatesse d'une jeune fille à tfU Mi£ une * rç 1 " ren d ' a teille plus dégagée et plus susceptible des » ornements qui peuvent augmenter sa beauté naturelle. L'in- » vention de son chapiteau est due à cette rencontre : l ue >> jeune fille de Corinthe, prèle à se marier, étant morte, sa » nourrice posa sur son tombeau, dans un panier, quelques » petits vases qu'elle avait aimés pendant sa vie ; et afin que le » temps ne les gâtât pas sitôt, étant à découvert, elle mit une » tuile sur le panier, qui, ayant été posé par hasard sur une » racine d'acanthe, il arriva, lorsque les feuilles vinrent à » pousser, que le panier, qui était au milieu de la racine, fit » élever le long de ses côtés les liges de la plante, qui, ren- » contrant les coins de la tuile, furent contraintes de se » recourber, et de faire le contournement des volutes. Calli- » maque, sculpteur et architecte, vit cet objet avec plaisir, et en » imita les formes dans le chapiteau des colonnes qu'il fit » depuis à Corinthe, établissant sur ce modèle les proportions » de l'ordre corinthien, r^mi?» w ^ usieurs colonies grecques ayant apporté dans l'Étrurie, » aujourd'hui la Toscane, la connaissance de l'ordre dorique, » qui était le seul dont on fit encore usage dans la Grèce, cet » ordre y fut longtemps exécuté de la même manière que dans » le pays d'où il tirait son origine : mais enfin, on y fit plu- » sieurs changements, on allongea la colonne, on lui donna » une base, on changea le chapiteau, on simplifia l'entable-
» ment, et cet ordre ainsi changé fut adopté par les Romains » sous le nom d'ordre Toscan.
» Longtemps après, les Romains, qui avaient adopté Complue. » les trois ordres grecs, imaginèrent de placer les volutes » ioniques dans le chapiteau .corinthien : ce mélange fit » donner aux colonnes où on le remarquait , le nom de » Composite. »
Tels sont les cinq ordres que l'on regarde comme l'essence de l'architecture, comme la source de toutes les beautés dont la décoration est susceptible; parce qu'ils sont, à ce que l'on prétend, imités des formes de la cabane et des proportions du corps humain. Voyons s ils en sont en effet une imitation.
Commençons par l'ordre dorique, que le Grecs, dit-on, u „wX p £ filèrent à six diamètres, parce que le pied d'un homme a la ^u^'d"" sixième partie de sa hauteur. D'abord, le pied d'un homme cor| * huma "* a, non la sixième, mais la huitième partie de la hauteur de son corps. D'ailleurs, dans tous les édiûces grecs, la proportion des colonnes doriques varie infiniment (Voy. parallèle, pl. 63) ; et dans cette variété infinie, le rapport exact de six à un ne se rencontre pas une seule fois. Si quelque architecte grec s'est avisé d'assigner cette proportion a l'ordre dorique, il parait que les Grecs n'en ont fait aucun cas; autrement , on la retrouverait , sinon dans tous leurs édilices, du moins dans ceux qu'ils ont élevés du temps de Périclès, édifices qui passent , avec raison , pour des chefsd'œuvre.
La même variété se remarque dans les proportions des JS 1 ^ J,' autres ordres que l'on soutient avoir été imités du corps de Jï.*° nt pu ,é ~ la femme et de la jeune fille {Voy- parallèle, 64). Il n'est donc pas vrai que le corps humain ait servi de modèle aux ordres.
Le» forme* de» ordre»
•ont-ellei irniite* de eeile* de la coljiir.c- '
Mais je veux que dans les mêmes cas, le même ordre ait toujours les mêmes proportions ; que les Grecs aient constamment suivi le système qu'on leur attribue, et que la longueur du pied soit la sixième partie de la hauteur du corps de l'homme : s'ensuit-il que les proportions, des ordres soient une imitation de celles du corps humain ? Quelle comparaison peut-on faire entre le corps de l'homme, dont la largeur varie à chaque hauteur différente, et une espèce de cylindre dont le diamètre est partout le même? Quelle ressemblance peuMl y avoir entre ces deux objets, quand même on leur supposerait une même base, une même hauteur ? Il est donc évident que les proportions du corps humain n'ont servi ni pu servir de modèle à celle des ordres.
Si les proportions des ordres n'ont pu avoir été imitées de celles du corps humain, les formes de ces mêmes ordres ne l'ont guère été davantage de celles de la cabane. Les colonnes ont, ou des bases avec des chapiteaux, ou du moins des chapiteaux ; car on n'admettrait point comme telle une colonne qui ne serait absolument qu'un cylindre. Or, on ne voit rien de tout cela dans les troncs d'arbres ou les poteaux qui soutiennent la cabane. En vain dira-t-on que par la suite sur les poteaux on mit des planches ou des plateaux , pour en élargir la partie supérieure et la rendre plus capable de porter l'entablement; vu qu'à longueur égale, une pièce de bois composée de fibres longitudinales est moins susceptible de se rompre qu'un morceau de pierre composé de petits grains agrégés les uns aux autres. Si l'un de ces objets avait servi de modèle à l'autre, il serait plus naturel de croire que les plateaux de bois ont été imités des chapiteaux en pierre, que de croire que ces derniers aient été imités des autres.
L'entablement n'imite pas plus parfaitement les parties
INTHODUCTION. 15
supérieures de la cabane, que les colonnes n'en imitent les soutiens. Dans un édifice carré, si l'on met des mutules ou des modillons, que l'on dit représenter l'extrémité des pièces inclinées du comble de cette cabane, on en met tout autour; il serait même ridicule d'en agir autrement. Cependant, dans la cabane, ils ne se voient que de deux côtés ; il en est de même des triglyphcs. D'ailleurs, dans la cabane, l'eitrémité des poutres ou solives, dont les triglyphes, dit-on, sont une imitation, est lisse, et les triglyphes sont cannelés : ils ne doivent même leur nom qu'au^deux canaux et aux deux demi-canaux qu'on y remarque. Si donc les architectes qui ont inventé les ordres, ont cherché à imiter la cabane, ils l'ont certainemjLiii très-mal imitée. Mais il parait, par ce qu'en dit Vitruve en jmis d'un endroit , que les Grecs, loin de s'assujettir à imiter cette cabane, prirent à tâche, au contraire, de masquer les parties *• de leurs édifices qui pouvaient ressembler le plus aux parties
. 4 de la cabane. Voici comment cet écrivain s'exprime au snjet * v Ses triglyphes :
^ V « «J^ng-Jel*^ après'que l'on eut fait des colonnes en pierre, ^j^; 1
T » on faisait encore les entablements en bois. Les architectes JJ^ U
« grecs trouvant que l'extrémité lisse des solives qui portaient KïVct^ » sur-J'archfWave ou ^principal poutre n'était pas agréable à Ift" dM *°" » voir, ils figurèrent dessus, avec des ais ou petites planches, » Oc que nous appelons les ptaiei-bandes det trigh/pkt$ t et les en- » duisirent anguiairement avec de la cire. Cette cire ne pou- » vaht Jboire l'cat de la pluie comme le reste de l'entablement, » l'eau coulait ^lans ces espèces de canaux et se rassemblait r » au bas, en gouttes, que l'on imita depuis dans les cntable-
» mentsen pierre. »
Dans les entablements des ordres ionique et corinthien, les ^«muir-* Grecs allèrent encore plus loin ; ils firent totalement dispa- J^ en el c0 ~ raîlre tout ce. qui avait trait à la cabane (Foyex parallèle,
planches 65 et 6$); et cependant, par une contradiction bien singulière, ce sont ces derniers ordres que les partisans de la cabane regardent comme les plus beaux.
i.m formel H est donc évident que les ordres grecs n'ont point été
de* ordre» ne t o r
»mu pas imi- imités de la cabane, et que, s'ils l'avaient été, cette imitation
toe* de la ea- ' * ' '
££ra imp«M? sera 't on ne P eul P as P ws imparfaite, et par conséquent internent, capable de produire l'effet que l'on en attend. " u cabane Mais ce modèle n'est-il pas lui-même encore plus imparfait
est - elle un
objet naturel? .que la copie ? Qu'est-ce qu'une cabane ouverte à tous les vents, que l'homme élève péniblement pour se garnir, jet qui ne le .garantit de rien ? Cette cabane peut-elle être regardée comme un objet naturel? N'est-il pas évident qu'elle n'est que le pro- <iml informe des premiers essais de l'art? Serait-ce parce que J'instinct qui dirigea l'homme dans cette fabrication était si grossier, qu'il ne mérite pas le nom d'art ? serait-ce pour cela qu'on la regarderait comme une production de la nature? Limitation Qr, si la cabane n'est point un objet naturel, si le corps-
D'eti pas le m 1 i> 1 • • t
moyen propre humain n a pu servir de modèle à l'architecture; si, dans la
de l'ardutcc- 1
supposition même du contraire, les ordres ne sont point une imitation de l'un et de l'autre, il faut nécessairement en conclure que ces ordres ne forment point l'essence de l'architecture; que le plaisir que l'on attend de leur emploi et de la décoration qui en résulte est nul; qu'enfin, cette décoration elle-même n'est qu'une chimère; et la dépense dans laquelle elle entraîne, une folie.
Il suit de là que, si le but principal de ^architecture était de plaire, il faudrait ou qu'elle imitât mieux , ou qu'elle cherchât d'autres modèles, ou qu'elle prit d'autres moyens que l'imitation.
plaire nv«t Mais serait- il bien vrai que le principal but de l archilec-
pns le but de 1 r r
architecture, t ure fût rj e plaire, et que la décoration fût l'objet principal
la décoration * 1 « j r r
S.*** * 0D ^onl e " e d°' ve s'occuper? Dans le passage de Laugier, celui
que nous avons rapporté plus haut, on voit que, malgré ses étranges préventions, cet auteur ne peut s'empêcher de reconnaître que c'est à la nécessité seule que cet art doit son origine, et qu'il n'a d'autre but que l'utilité publique et particulière. Et comment aurait-il pu s'aveugler là-dessus, même en supposant que l'homme qui éleva celte cabane, dont on a fait le modèle de l'architecture, eût été capable de concevoir l'idée de décoration ? L'idée de ses besoins et des moyens propres à les satisfaire ne devait-elle pas s'offrir la première à son esprit, et même en bannir toute autre idée? Est-il raisonnable de croire qu'étant isolé, ayant à se défendre et de l'intempérie des saisons, et de la fureur des bêtes féroces, à se procurer une multitude d'avantages dont jusques alors il avait été privé, l'homme, en élevant un abri, ait seulement songé à en faire un objet propre à récréer ses yeux? L'est-il plus de croire que les hommes réunis en société, ayant une foule d'idées nouvelles, et, par conséquent, une foule de nouveaux besoins à satisfaire, aient fait de la décoration l'objet principal de l'architecture?
Quelques auteurs, qui ont soutenu et développé le système de la cabane avec tout l'esprit imaginable, diront que jusques ici il n'est question que de bâtisse; que sous ce rapport l'architecture n'est qu'un métier , et qu'elle n'a mérité le nom d'art que lorsque les peuples, parvenus au plus haut degré d'opnlcnce et de luxe, ont cherché à donner de l'agrément aux édiGces qu'ils ont élevés. Mais nous en appelons à ces auteurs-là mêmes. Est-ce lorsque les Romains furent parvenus au plus haut degré d'opulence et de luxe, et qu'ils couvrirent de moulures, d'entablements, etc., leurs édifices, est-ce alors qu'ils firent de meilleure architecture? Les Grecs élaient bien moins opulents, et leur architecture, où ces objets sont en si petit nombre, n est-elle pas préférable à l'architecture romaine? Ces auteurs en conviennent eux-mêmes; ils vont I 3
jusques à dire que c'est la seule qui mérite te nom d'architecture. Eh bien ! cette architecture qu'ils admirent, et qui mérite d'être généralement admirée, n'eut jamais pour but de plaire, ni pour objet la décoration. A la vérité, on y remarque du soin, de la pureté dans l'exécution ; mais ce soin n'est-il pas essentiel à la solidité? Dans quelques édifices on observe quelques ornements de sculpture; mais les autres, pour la plupart, en sont totalement privés, et n'en sont pas moins estimés. N'estil pas évident que ces ornements ne sont point essentiels à l'architecture? Ceux-là mêmes qu'elle emploie, lorsqu'elle croit devoir se parer, n'annoncent-ils pas clairement qu'elle est loin de prétendre à plaire par la beauté intrinsèque de ses proportions et de ses formes? Et si parmi les dernières on en aperçoit quelques-unes qui n'émanent pas directement du besoin, les différences qu'on y trouve dans chaque édifice ne prouvent^elles pas que les Grecs n'attachaient aucune importance à la décoration architectonique?
buVdnïrfbi" < l uc ' on consulte l a raison, soit que l'on examine les
(Mure. monuments, il est évident que plaire n'a jamais pu être le but de l'architecture, ni la décoration architectonique être son objet. L'utilité publique et particulière, le bonheur et la conservation des individus et de la société, tel est, comme nous , l'avons vu d'abord, le but de l'architecture. i. archit*t- Mais, dira-t-on encore, puisqu'il y a des édifices que l'on
ture ne peut- ' i i j 1
?» r'grribii admire ou que l'on méprise avec raison, il y a donc des beautés à i uuk? et ^s défauts dans l'architecture : elle doit donc rechercher les unes et éviter les autres, elle peut donc plaire; et, si ce n'est pas là son but principal , elle doit au moins tâcher de * joindre l'agréable à l'utile, n est impôt- Nous sommes loin de penser que l'architecture ne puisse pas
fiWe que le» , . ,. . ... . ... , ,,
production» plaire; nous disons au contraire qu'il est impossible quelle ne .pimxnt pa*. plaise pas, lorsqu'elle est traitée selon ses vrais principes. La
nature n'a-t-ellc pas attaché le plaisir à la satisfaction de nos . besoins, et nos plaisirs les plus vifs sont-ils autre chose qucJa satisfaction de nos besoins les plus impérieux? Or, un art tel que l'architecture, un art qui satisfait immédiatement un si grand nombre de nos besoins, qui nous nvet à portée de satisfaire aisément tous les autres, qui nous défend contre les intempéries des saisons, qui nous fait jouir de tous les dons de la nature et de tous les avantages de la société, un art, enfin, auquel tous les autres arts doivent leur existence, pourrait-il manquer de nous plaire?
Sans doute que la grandeur, la magnificence, la variété, ,^ r a X'« r ? t w l'effet et le caractère que l'on remarque dans les édifices. J^IJ'J ,rchl " sont autant de beautés, autant de causes du plaisir que nous éprouvons à leur aspect. Mais qu'cst-il besoin de courir vem'^iu""après tout cela? Si l'on dispose un édifice d'une manière ônTsô^ï convenable à l'usage auquel on le destine, ne différera-t-il ?"^u«Tu! a pas sensiblement d'un autre édifice destiné à un autre usage? .N'aura-t-il pas naturellement un caractère, et, qui plus est. son caractère propre? Si les diverses parties de cet édifice, destinées à divers usages, sont disposées chacune de la manière dont elles doivent l'être, ne différeront-elles pas nécessairement les unes des autres? Cet édifice n'offrira-t-il pas de la variété ? Ce même édifice, s'il est disposé de la manière la plus économique, c'est-à-dire la plus simple, ne paraltra-t-il pas le plus grand, le plus magnifique qu'il soit possible, puisque l'œil, alors, embrassera à la fois le plus grand nombre de ses parties? Où est donc la nécessité de courir après toutes ces beautés partielles ?
Il y a plus: c'est que cela, loin d'être nécessaire, est nui- tifc» sible à la décoration elle-même ; en effet, si, parce que certai- «"» nés beautés dans un édifice vous auront frappé, vous voulez ar f£; t r *;™ les transporter dans un autre qui n'en est pas susceptible, ou '' uc -
si, ces mômes beautés s'y trouvant naturellement, vous voulez les porter à un plus haut point que la nature de l'édifice ne le comporte, n'est-il pas évident que cet édifice aura un aspect, une physionomie différente de celle qu'il devrait avoir, qu'il n'aura plus son caractère, que ses beautés naturelles s'affaibliront, s'évanouiront, et peut-ôtre même se changeront en défauts rebutants? La Vénus de Médicis et l'Hercule Farnèse sont des figures admirables ; mais si, parce que la tôle de l'une . est plus gracieuse ou qu'elle a plus de caractère que la tète de l'autre, on plaçait celle de Vénus sur le corps d'Hercule, et ré^ ciproquement, ces véritables chefs-d'œuvre de l'art ne deviendraient-ils pas des chefs-d'œuvre de ridicule? Et si, parce que les différentes parties de ces statues sont admirables, le sculpteur, pour augmenter la beauté de leur ensemble, en avait augmenté le nombre, et qu'il eût donné à ces figures quatre bras, quatre jambes, etc., ne seraient-elles pas. au contraire, des productions monstrueuses ?
D'après ce qui vient d'être dit, on ne doit donc pas s'attacher à ce que l'architecture plaise, vu qu'en s'occupant uniquement à remplir son véritable but, il lui est impossible de ne plaire pas, et qu'en cherchant à plaire elle peut devenir ridicule; on ne doit donc pas non plus chercher à donner de la variété, de l'effet, du caractère aux édifices, puisqu'il est impossible qu'ils n'aient pas toutes ces qualités au plus haut degré dont ils sont susceptibles, lorsque, faisant uniquement usage des vrais moyens de cet art, on leur a donné tout ce qu'il leur faut, rien que ce qu'il leur faut, et que ce qui leur est nécessaire est disposé de la manière la plus simple.
i.« dispo.i- C'est donc de la disposition seule que doit s'occuper un ar-
:i>nt»l l'objet ....,.,,./ . ,.
unique chilecte, môme celui qui tiendrait a la décoration architectoni-
I arrhilrcturc. ' ^
que, et qui ne chercherait qu'à plaire, puisque celte décoration
île peut être appelée belle, ne peut causer un vrai plaisir qu'autant qu'elle ne résulte que de la disposition la plus convenable et la plus économique.
Ainsi, tout le talent de l'architecte se réduit à résoudre ces „„;• Mc )£ r-
' lure te rMuit
deux problèmes : 1° avec une somme donnée faire l'édifice le 5 e d*M ll Splus convenable' qu'il soit possible, comme dans les édifices "*■*••* particuliers; 2° les convenances d'un édifice étant données, faire cet édifice avec la moindre dépense qu'il se puisse, comme dans les édifices publics.
On voit, par tout ce qui précède, qu'en architecture l'économie, loin d'être, ainsi qu'on le croit généralement, un obstacle à la beauté, en est au contraire la source la plus féconde.
Un exemple va mettre dans le plus grand jour ces idées, et wuich* i« donner à ces principes le plus grand degré de certitude. Lé- EvnjfJ< dificc connu sous le nom de Panthéon - Français , dans *» n«»i
Sur prfM.'nlc .„ . ... ..... , .., .... ... ..... .. , , , m £"iï»-
dans ces sortes d'édifices, quel que soit le culte qu'on y exerce, ^^^l
est non-seulement d'y rassembler la multitude, mais encore
d'y frapper son imagination par l'organe des sens : or, la
grandeur et la magnificence sont les moyens les plus propres
à produire cet effet. EKaprès cela, il semble que la décoration
soit, sinon l'objet unique, au moins la chose principale dont
on doive s'occuper dans la composition de semblables édifices,
et que la dépense qu elle exige ne doive être comptée pour
rien. Cependant nous allons voir que si dans celui dont il
s'agit, mettant, de côté toute idée de décoration, l'on se fut
borné à le disposer de la manière la plus convenable et la plus
économique, on aurait fait un édifice tout autrement capable
de produire l'effet que l'on désirait. Le Panthéon-Français a
de longueur 100 mètres sur 80 de large : il est composé d'un
portail et de quatre nefs, réunies à un (Mme, le tout formant une croix grecque. Le développement des murs est de 612 mètres. On y compte deux cent six colonnes, distribuées au nombre de vingt-deux pour le portail, de cent trente-six pour les nefs, . et de quarante-huit pour le dôme, qui en présente trente-deux à l'extérieur et seize dans sa partie intérieure.
Qui ne croirait qu'un édifice tel que celui-là, dont les dimensions sont aussi considérables et le nombre des colonnes aussi prodigieux, offre le plus grand et le plus magnifique spectacle? Il n'en est cependant rien. Cet édifice, intérieurement, n'a que 3,672 mètres de superficie réelle : la superficie apparente est encore bien moins considérable, puisque la forme de croix adoptée par l'architecte n'en laisse guère voir plus de la moitié en entrant.
Le nombre des colonnes ne contribue pas plus à donner une idée de magnificence, que les dimensions ne contribuent à donner une idée de grandeur. Des vingt-deux colonnes du portail, on n'en aperçoit distinctement que six ou huit : celles du dôme sont, pour les trois quarts, masquées par le portail. Pénèlre-t-on dans l'intérieur? on n'en voit distinctement que seize : toutes les autres sont couvertes par celles-ci. Les colonnes de l'intérieur du dôme ne se montrent qu'à moitié; encore, pour les apercevoir, est-on obligé de faire un effort. Cependant cet édifice, si peu grand, si peu magnifique, a coûté près de dix-huit millions.
Si, au lieu de courir après les formes que l'architecte a crues les plus propres à produire de l'effet et du mouvement, il avait fait usage de celles que l'économie présentait naturellement, dans la disposition d'un édifice qui n'est formé que d'une pièce, c'est-à-dire d'un cercle; s'il avait employé les colonnes concentriquemenl à ce cercle, de manière à diminuer
INTRODUCTION. 23 l'étendue de la voûte intérieurement, et à former à l'extérieur un vaste portique, capable de recevoir une foule de peuple qui devait s'y rendre de toutes parts, quelle grandeur, quelle magnificence un tel édifice n'aurait-il pas étalée ! La superficie, dont rien n'aurait dérobé à l'œil la moindre partie, aurait été de 4,292 mètres, l'extérieur aurait constamment présenté trente-deux colonnes, et l'intérieur en aurait offert une multitude. Voilà deux édifices bien différents l'un de l'autre. A quoi tient cette énorme différence ? à cç que, dans le premier, on a cherché à faire du beau, et que l'on a cru que pour y parvenir il n'y avait d'autre moyen que de prodiguer l'argent ; tandis que dans le deuxième on ne s'est occupé qu'à disposer l'édifice de la manière la plus convenable et la plus économique. En effet, celui-ci, qui l'emporte en grandeur et en magnificence sur celui-là, ne renferme que cent douze colonnes, n'a que 248 mètres de développement de murs, et* coûterait par conséquent la moitié moins, c'est-à-dire, qu'avec la somme qu'a coûté l'autre, on aurait pu faire deux édifices, non tels que celui qui existe, mais tels que celui qu'on y substitue, ou un seul édifice qui aurait eu le double de celui-là même que l'on vient de proposer.
Cet exemple, quoique par sa nature l'un des plus défavorables au système que nous exposons, su (lirait néanmoins pour convaincre de la solidité de nos principes ; pour faire voir, d'une part, combien peu ce que i on appelle décoration est propre à produire les grands effets que l'on en attend, et, de l'autre, combien l'architecture, uniquement fondée sur la raison et la nature des choses, peut, sous tous les rapports, augmenter le nombre et le degré de nos jouissances.
l T n autre exemple va faire voir dans quels abîmes de malheurs peuvent entraîner et entraînent en effet l'ignorance ou l'inobservation des vrais principes de cet art.
pi.in.be ii. Tout le monde connaît la trop fameuse église de Sainl- Eierapie Pierre de Rome, édifice dans lequel se trouvent amoncelées éffeu ^«mv toutes les pauvretés de décoration que le vulgaire appelle les ?cM^ip«* B richesses de l'architecture ; édifice qui servit si longtemps de modèle à tout ce que l'on a fait de plus mauvais dans cet art ; édifice dont bien des gens n'osent encore faire trop hautement la critique, mais que du moins aucun architecte ne s'aviserait plus d'imiter. On connaît aussi l'ancienne basilique bâtie par Constantin : composée de la manière la plus convenable et la plus simple, l'effet le plus grand et le plus magnifique résultait de sa disposition. Cet édifice tombait en ruine; il était naturel de le rebâtir sur le même plan : quand même, pour ajouter à sa majesté, on eût augmenté ses dimensions, au point de l'égaler, à cet égard, à l'édifice actuel, cette reconstruction n'eût pas été onéreuse; mais les fausses idées que l'on avait dès lors de l'architecture ne permirent pas de prendre un parti aussi sage : persuadé, comme on l'était alors, qu'en architecture la disposition n'est rien ; que la décoration est tout; qu'elle consiste dans la complication des formes et des proportions; enfin, que la beauté archi tectonique ne saurait avoir d'autre principe, on préféra les projets les plus inconvenables , les plus tourmentés et les plus bizarres : on ne se dissimula pas les dépenses énormes dans lesquelles des projets de ce genre devaient entraîner; mais, pénétré de cette autre idée, que l'on ne peut faire rien de beau qu'au moyen d'une énorme dépense, et comme on voulait faire un temple qui l'emportât en beauté sur les temples les plus magnifiques de l'univers, on crut qu'il était indispensable de se livrer à une prodigalité illimitée. La seule inspection de la planche peut faire juger si l'on parvint, avec de pareils moyens, au but que l'on s'était proposé.
Quant aux effets funestes qui résultèrent du système d'après
lequel fut élevé cet édifice, l'histoire ne les faisant que trop connaître, nous n'en retracerons pas l'effrayant tableau ; nous croyons de plus en avoir assez dit pour démontrer l'importance de l'architecture, la vérité de ses principes, l'influence qu'elle exerce sur le sort des individus et de la société, et par conséquent pour faire sentir à tous ceux qui doivent élever des édifices la nécessité indispensable de l'étude approfondie d'un art qui les rend les dépositaires et les dispensateurs d'une partie de la fortune des particuliers et des nations.
MANIÈRE D'ÉTUDIER L'ARCHITECTCRE. — PLAN DU COURS. liENRE DE DESSUS' PROPRE A L'ARCHITECTURE.
N-.mbre in- Qb tiui pourrait peut-être refroidir un instant l aideur aveu Sfâlîvcw" ' a( l ue ^ c les élèves de l'Ecole Polytechnique doivent naturelteciore. lement se porter à l'étude de l'architecture , ce serait , d'une part, le peu de temps qu'ils pett y w l y consacrer, et de l'autre le nombre infini d'objets que l'architecture embrasse. Deux genres Nous avons vu que cet art consistait dans la romposjtion et l'exécution, tant. des édilices publics que des édilices particuliers.
Ces deux genres se subdivisent en un grand nombre d'espèces, et chaque espèce est encore susceptible d'une infinité de modification:*.
HM(] M |, Les édifices publics sont les portes de ville, les arçs de triomphe, les ponts, les places publiques, les temples consacrés à la divinité, ceux qui doivent servir de sanctuaires aux lois et à la justice, les palais destinés pour les administrations supérieures, et le trésor public, les maisons municipales, les écoles, > les collèges, les académies, les bibliothèques, les muséum, les
théâtres, les marchés, les boucheries, les halles de toute espèce, les douanes, les bourses, les foires, les bains publics, les hôpitaux, les prisons, les casernes, tant d'infanterie que de cavalerie, les arsenaux, etc.; en un mot, tous les édifices nécessaires au culte, au gouvernement, à 1 instruction, aux approvisionne-
rs.
SUITE DE L'INTRODUCTION. 27 ments, au commerce, aux plaisirs, a la santé, au soulagement de l'humanité souffrante, à ta sûreté et à la tranquillité publique, etc., etc.
Les édifices particuliers sont les maisons particulières à la ^JJJ* ville et à la campagne, les maisons à loyer, les maisons de plaisance, les maisons rurales, ainsi que toutes leurs dépendances, les ateliers, les magasins, etc., etc.
La différence des mœurs, des usages, des climats, des loca- Modification»
7 © ' 7 infime» nés
lités, des matériaux, des facultés pécuniaires, introduit né- Mm, ^ s cessairement une foule de variétésdans chaque espèce d'édifice, et porte jusqu'à l'infini le nombre de projets que l'architecte peut concevoir et exécuter.
Si, en effet, pour apprendre l'architecture, il fallait étudier. Manière dc-m
l'une après l'autre, les diverses espèces d'édifices dans toutes ^rp.
. , sent qu'on
les circonstances qui peuvent les modifier; une semblable ,^* w é ,^/ r étude, en supposant qu'elle fût possible, serait certainement d'une longueur effrayante. Peut-être pensera-t-on qu'il serait nienu de eeitr possible de l'abréger, en la restreignant à un certain nombre de projets, que l'on présumerait devoir exécuter. Mais quelque grand que fût ce nombre, cette étude serait non-seulement bien incomplète, mais encore bien peu profitable ; car, à coup sûr, on n'acquerrait ainsi que des idées particulières, isolées, qui, loin de se prêter un mutuel secours, se heurteraient souvent les unes les autres, et jetteraient d'autant plus de désordre et de confusion dans l'esprit, que le nombre en serait plus considérable.
Il pourrait arriver en outre qu un architecte formé par cette méthode fut chargé d'élever un édifice dont il ne se serait point occupé ; dès lors il ne pourrait le faire, ou, ce qui serait pis, il ne le pourrait faire que très-mal : en supposant même que cet édifice eût été l'un des objets de son étude, mais sur uu
5firnoe ni
terrain différent de celui sur lequel il aurait à bâtir, cette circonstance seule, indépendamment d'une foule d'autres qui pourraient se rencontra - en même temps, suffirait pour qu'il ne réussit pas mieux ; l'étude particulière qu'il aurait faite de ce projet, loin de lai être de quelque utilité, lui nuirait au contraire, en l'éloignant d'en composer un autre ; alors, pour faire cadrer ses plans avec le terrain donné, il serait obligé d'en étendre ou d'en resserrer les parties ; ce qui presque toujours rendrait sa composition inconvenable, et quelquefois même absolument inexécutable, on «e mit ^ n est donc P 0 ' nl a i ns ' q ue T° n doit étudier l'architecture, "«ns Zcunt En effet, ce procédé n'est applicable à l'élude d'aucun art, ni de quelque science que ce soit. Un homme qui se propose de courir la carrière dramatique, n'apprend pas à faire telle ou telle tragédie ; un musicien, tel ou tel opéra; un peintre,' tel ou tel tableau. En quelque genre que ce puisse être, avant de composer, il faut savoir avec quoi l'on compose; or, la composition de l'ensemble des édifices n'étant que le résultat de l'assemblage de leurs parties, il faut connaître celles-ci avant de s'occuper de l'autre; et ces parties n'étant elles-mêmes qu'un composé des premiers éléments des édifices, après l'étude des principes généraux dont tous les principes particuliers doivent émaner, ces premiers éléments doivent être les premiers objets de l'étude d'un architecte.
D'après ce que nous indique la raison, d'après les méthodes usitées dans les écoles des sciences et des arts, où l'on apprend aux élèves a marcher du simple au composé, du connu, a l'inconnu, de telle sorte qu'une idée prépare à la suivante, et que celle-ci rappelle infailliblement l'autre ; nous nous attacherons de plus en plus à ce plan d'étude, que nous avons précédemment suivi:
SUITE DE L'INTRODUCTION. 29 Après avoir exposé les principes généraux, ainsi que nous ^n»^ venons de le faire dans notre introduction, nous nous occu- (t< v ^ perons des éléments des édifices, qui sont les soutiens isolés et EWmmtt a« engagés, les murs, les différentes ouvertures que l'on y pratique, les fondements, les planchers, les voûtes, les combles et les terrasses. Nous envisagerons ces divers objets : 1° sous le rapport des différents matériaux qui peuvent être employés dans leur construction; 2° sous celui des différentes formes et proportions qu'ils doivent naturellement avoir.
Lorsque nous serons bien familiarisés avec ces divers objets, "* Partir qui sont à l'architecture ce que les mots sont au discours, les «"Kl* notes à la musique, et sans la connaissance parfaite desquels il serait impossible d'aller plus loin, nous verrons 1° comment on doit les combiner entre eux, c'est-à-dire comment on doit les disposer les uns par rapport aux autres. Tant horizontalement que *verticalcment ; 2° comment, au moyen de ces combinaisons, oh parvient à la formation des diverses parties des édifices, telles que les portiques, les porches, les vestibules, les escaliers tant intérieurs qu'extérieurs, les salles de toute espèce, les cours, les grottes, les fontaines. Ces différentes parties nous étant bien connues, nous verrons 3° comment on doit les combiner à leur tour dans la composition de l'ensemble des édifices.
Autant il est préjudiciable, à tous égards, de substituer dans ,H ' p " ,,e l'étude de l'architecture la connaissance d'une foule de petites convenances particulières à chaque édifice, à l^i connaissance des convenances générales, qui appartiennent à tous, et qui sont de tous les lieux et de tous les temps, autant il est avantageux, après une élude telle que celle dont nous veuons de tracer le plan, de passer en revue et d'analyser le plus grand nombre d'édifices possible ; rien n'est plus propre à exercer le jugement, et à féconder l'imagination, à pénétrer de plus en
plus des vrais principes de cet arl, età en faciliter l'application. Celle analyse faisait, il n'y a encore que peu d'années, la troisième partie de ce cours ; mais le temps destiné à létude de l'architecture ayant été restreint depuis, vu le besoin que l'on en avait pour d'autres éludes, nous sommes maintenant obligés de borner noire cours aux deux premières parties. Cependant nous tirerons de la troisième quelques exemples que nous répandrons dans le courant de nos leçons ; et le> élevés qui croiront, après leur sortie de l'école, devoir faire de cet art une élude encore plus approfondie, en trouveront le précis dans le volume qui fait suite à celui-ci.
avmiuvm D'après tout ce que nous avons dit, on doit senlir combien itSF* l'étude de l'architecture, réduite à un pelit nombre d'idées générales et fécondes, à un nombre peu considérable d'éléments, mais qui suflit poW la composition de tous les édifices ; à quelques combinaisons simples et peu nombreuses, mais dont les résultats sont aussi riches et aussi variés que ceux de la combinaison des éléments du langage: on sent, dis-je, combien une semblable élude doit être tout à la fois profitable et succincte; combien elle est propre à donner aux élèves de facilité pour bien composer tous les édifices, même ceux dont ils n'auraient jamais entendu parler, et en même temps à faire disparaître les obstacles que la brièveté du temps semblait leur opposer.
Dm*** Dans tous les cours d'architecture, on divise cet art en trois i irrhuwian- p-^jpg distinctes : la décoration, la distribution et la con- \,Z '«$££ slruction. Au premier coup d'œil, cette division paraît simple, 'ri .r! , ' " naturelle et avantageuse. Mais pour qu'elle fût telle en effet, il faudrait que les idées qu'elle offre à l'esprit fussent toutes applicables à tous les édifices, que ces idées fussent toutes générales, et comme des points élevés d'où l'on pùt embrasser l'ensemble de l'art, descendre ensuite à toutes les idées par-
ticulières, et en parcourir toute l'étendue. Or, des trois idées exprimées par les mots décoration,. distribution et construction, il n'y en a qu'une qui convienne à tous les édifices. D'après l'idée que Ton attache ordinairement au mot décoration, la plupart • des édifices n'en sont pas susceptibles. Par distribution) on n'entend autre chose que l'art d'arranger, suivant nos usages actuels, les différentes parties qui composent un bâtiment d habitation ;. car on ne dit pas, distribuer un temple, un théâtre, un palais de justice, etc. Le mot construction, qui exprime la réunion des différents arts mécaniques que l'architecture emploie,, tels que la maçonnerie, lacharpenlerie, la menuiserie, là serrurerie, etc., offre donc seul une idée assez générale cl qui convienne à tous les édifices.
Mais, puisque l'architecture ost non-seulement l'art d'exé- i« début cuter, mais encore celui de composer tous les édifices publics et particuliers, et que l'on ne peut exécuter un édifice quelconque sans l'avoir conçu, il faudrait qu'à l'idée de construction se trouvât jointe une autre idée générale, de laquelle découleraient toutes les idées particulières qui doivent guider dans la composition de tous les édifices. Or, cette idée générale n'étant point offerte par cette méthode, celle-ci conséquemment est vicieuse.
Non-seulement cette méthode est vicieuse, en ce qu'elle »> <waut. ne donne de l'architecture qu'une idée incomplète, mais elle est même dangereuse, car elle en donne les idées les plus fausses : la place seule qu'occupe le mot décoration rend ceci évident.
Et quand même cette méthode donnerait de l'architecture 3< d«hut. des idées justes et générales, l'inconvénient qui en résulte dans la pratique devrait suffire pour la faire abandonner. De cette division de l'architecture en trois arts indépendants
les uns des autres, que l'on peut, que l'on doit même étudier séparément, il arrive que celui qui veut devenir architecte prend plus de goût pour l'un de ces arts, s'y attache de • préférence, néglige les deux autre», souvent même ne s'en occupe pas du tout, et n'acquiert par conséquent qu'une partie des connaissances qui lui seraient nécessaires ; en voilà plus qu'il n'en faut pour faire abandonner totalement une pareille •méthode.
Nous terminerons celle introduction par un mot sur la manière de dessiner l'architecture.
.iu" «ni. Le dessin sert a se rentu * e compte de ses idées, soit lorsque l'on étudie l'architecture, soit lorsque Ton compose des projets d'édifices ; il sert à fixer ses idées, de manière qu'on puisse à , loisir les examiner de nouveau, et les corriger, s'il est néces-
I sairc ; il sert enfin à les communiquer ensuite, soit aux ordonnateurs, soit aux différents entrepreneurs qui concourent à l'exécution des édifices : on sent, d'après cela, combien il importe de se le rendre familier.
Qualité» (juii Le dessin est le langage naturel de l'architecture; tout
don t. ] an g a g C ? p 0ur remplir son objet , doit être parfaitement en harmonie avec les idées dont il est l'expression ; or, l'architecture étant essentiellement simple, ennemie de toute inutilité, de toute recherche, le genre de dessin dont elle fait usage doit être dégagé de toute espèce de difficulté, de prétention, de luxe; alors il contribuera singulièrement à la célérité, à la facilité de l'étude, et au développement des idées; dans le cas contraire, il ne fera que rendre la main maladroite, l'imagination paresseuse, et souvent même le jugement très-faux.
T d 0i a«M P n : È* our donner une idée complète d'un édifice, il faut faire ÊKou 1 *'* lro ' s dessins, q uel 'on nomme plan, coupe, élévation ; le premier