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On nous dira peut-être que, si nos places n’ont pas la beauté de celles des anciens, c'est parce que nos usages s’y opposent, et que nos facultés s’y refusent. Si, d'apres cela, on ne peut dans leur composition introduire une décoration réelle, il est raisonnable d'y suppléer du moins par une image de décoration. L'examen de la place de Louis XV, celle de toutes nos places dans laquelle il semble que l’on ait le plus visé à l'économie, puisqu'elle ne présente des bâtiments que d’un seul côté, va répondre à ces différentes objections.
La ville de Paris exprima le vœu d'élever une statue à Louis XV. La coutume était de faire une place pour chaque statue. La ville de Paris remarquant que, si elle élevait encore quelques statues, elle ne serait bientôt plus qu'une place elle-même, jugea fort prudemment qu'il fallait commencer par reléguer celle-ci hors de son enceinte. L'architecte, non moins conséquent que la ville, pensant qu’une place publique située dans la campagne ne devait pas avoir autant de maguificence, ni coûter autant que celles qui sont renfermées daus les villes, trouva qu'il était convenabie de n’élever des bâtiments que d'un seul côté. A la vérité, cette disposition ne formait point une place; mais il trouva bientôt le moyen d'en former une. Il ouvrit des fossés larges et profonds, dont il environna un assez grand espace de terrain. Cette enceinte aurait rendu la place de Louis XV inabordable; mais l'architecte remédia à ce petit inconvénient en construisant six ponts en pierre de trois arches chacun par le moyen desquels la communication entre cet espace de terrain, appelé place, et les terrains avoisinants, fut rétablie. jp fossés furent ensuite revêtus d’un mur épais; et comme il s'agit moins en architecture de faire un mur ou autre chose que de le décorer, une somme à-peu-près égale au tiers de
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ce que les murs et les ponts avaient coûté fut employé à embellir le tout par des corps de refend, des tables saillantes, des avant-corps, des arrière-corps, des balustrades, etc. Voyez planche 2, figure t.
Malgré tout ce luxe de décoration, cette place ne produit aucun effet lorsqu'on la traverse, et par conséquent la dépense que l’on y a faite, quelle qu’elle soit, est en pure perte, même pour la décoration. .
Si, dans la composition de cette place, au lieu de s'occuper de formes, de proportions, etc., enfin de toutes ces’ puérilités par lesquelles on prétend décorer et faire du beau, on se fût appliqué à la disposition, aux convenances, en un mot à tout ce qui mérite véritablement le nom d’Architecture; si l’on eüt fait attention que cette place était située entre deux promenades très-fréquentées, que souvent au milieu du plus beau jour la sérénité du ciel était troublée par des orages qui forcent ceux qui se promènent à chercher promptement un abri, que souvent une place publique est le théâtre des fêtes les plus brillantes et des cérémonies les plus pompeuses ; qu'en conséquence on eût environné celleci de vastes portiques qui, dans les mauvais temps, auraient offert une promenade couverte, et dans les temps de fêtes des places commodes pour tout un peuple; que, pour rafraîchir l'air, on y eût placé d’abondantes fontaines, etc. ; quel magnifique spectacle n’eût pas offert cette place dont les immenses portiques se seraient dessinés tantôt sur des arbres, tantôt sur le fleuve et tantôt sur les édifices publics élevés du côté de la ville! Foyez même planche, fig. 2.
Et cette place si commode et si pompeuse, digne en tout de rivaliser avec celles élevées par les Grecs et les Romains; cette place, dis-je, aurait moins coûté que celle qui existe : avec les murs intérieurs des fossés et le tiers des murs exté-
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rieurs on aurait pu construire les quatre rangs de colonnes nécessaires pour donner aux portiques une largeur convenable: les deux tiers restants du mur extérieur, ainsi que les avant-corps inutiles à l'enceinte de la place , auraient suffi pour la construction des soffites ou plafonds de ces portiques; la dépense que les ponts ont: occasionée aurait, suffi pour orner cette place de fontaines jaillissantes; on aurait pu décorer la partie supérieure des portiques, et même le tour de la place, de statues nombreuses. et, intéressantes dont l'exécution aurait encouragé la sculpture et développé dans ce genre le germe d’une foule de talents : cette place ainsi achevée, il resterait encore ce qu'ont coûté la fouille et le transport desterres, somme énorme et plus que suffisante pour couvrir d’un portique le pont qui conduit à cette place. Voyez même planche, figure 3.
Il est donc évident que, si nos places sont si éloignées d'avoir la majesté de celles des anciens, cette différence ne tient ni à nos convemances particulières, puisque dans un climat aussi pluvieux que le nôtre les portiques sont, encore plus nécessaires que sous lejbeau ciel de la Grèce, ni à la médiocrité de nos moyens pécuniaires, puisque celle de nos places qui fut faite avec le plus d'économie a bien plus coûté qu’une autre place qui égalerait en magnificence celles de la Grèce et de Rome; mais cette différence provient uniquement de cette manie de décoration qui nous fait dépenser des sommes énormes sans profit ni plaisir; manie funeste .et détestable, puisqu'elle nous met dans l'impossibilité d'élever une foule d’édifices de la plus grande importance, édifices de l'assemblage desquels nos villes recevraient le plus grand éclat et les plus précieux avantages.
Quoique la plupart des plans de places publiques contenus dans les planches 13, 14, 16 et 46 du Parallèle ne soient,
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rien MOINS qu'exacts, comme ils ont été tracés par des archi-
tectesicélèbres, pénétrés del’esprit des anciens, nous croyons qu’'il'sera avantageux de les examiner.
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