‹ Précis des leçons d'architecture données à l'École royale polytechnique (volume 2)Chapitre 34 sur 65 · DES THÉATRES · texte numérisé non relu

DES THÉATRES

Les Romaïns; chez qui la passion des spectacles était portée jusqu’à la fureur , en avaient de plusieurs espèces, tels que les jeux scéniques, ceux du cirque et ceux'de l’amphithéâtre. Les jeux scéniques, qui offraient le double avantage de:charmer l'esprit et les sens, qui faisaient passer dans l'ame les préceptes de la sagesse par l'organe du plaisir; ces jeux qui; loin d'étouffer la sensibilité, la portaient à son comble. étaient bien faits pour exciter le plus vif intérêt. Les jeux du cirque, consistant en des courses à pied, des courses dé chevaux et de chars, précédées-de sacrifices , annoncées par des

UE Skemtox. Lompes ou processions dans lesquelles on voyait successivement paraître les images des dieux, les chœurs de musique quicélébraient leurs louanges, les dépouilles enlevées sur les ennemis , enfin les magistrats qui devaient présider aux jeux; ces jeux étaient encore bien propres à faire naître les idées les plus nobles et les plus riantes. Quant à ceux de l'amphithéâtre, qui consistaient en des combats de gladiateurs et.de bêtes féroces, ces jeux n'étaient guère plus propres à donner une heureuse idée de l’humanité et de la sensibilité des Romains, que les combats horribles qui se donnaient quelquefois entre plusieurs galères , dans l'arène humide et bientôt sanglante des naumachies.

Quoi qu’il en soit de la nature des spectacles des anciens, toujours est-il vrai que les édifices qui servaient à leur représentation, destinés tous au plaisir d’un grand peuple, étant construits avec la plus grande’ solidité, et disposés avec la plus grande noblesse , ainsi que cela devait être, tous devaient nécessairement avoir du caractère en général; que chacun de ces édifices, destiné à un genre de spectacle particulier, ayant, comme cela devait être, une forme particulière, offrait naturellement un caractère différent; que tous enfin étant disposés de la manière la plus convenable à l’objet particulier pour lequel ils étaient construits, 1l était impossible qu'il y en eût un seul qui n'eùt pas son caractère propre. Voyez les planches 57, 39, 4o et 41 du Parallèle.

Les représentations théâtrales étant les seuls spectacles en usage chez les nations modernes, nous n’en dirons pas davantage sur les amphithéätres, les naumachies et les cirques. Nous nous bornerons à parler des théâtres, édifices non moins fréquentés chez nous que chez les anciens.

Consacrés uniquement au plaisir, ces édifices doivent être si bien disposés, que l’on puisse goûter. dans toute son

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étendue, et sans aucun mélange de trouble et d'inquiétude, celui que l'on y recherche. Les théâtres des anciens remplissaient parfaitement toutes ces conditions; des masses de gradins, disposés en demi-cercle et couronnés par une superbe colonnade; offraient une foule de places d’où chacun pouvait également bien voir et bien entendre; un immense proscenium placé en face procurait, par sa grande largeur, les moyens de donner aux décorations toute l'illusion possible, et à la représentation des pièces toute la pompe imaginable; de vastes et nombreux escaliers, placés sous les gradins, avec lesquels ils communiquaient par des vomitoires, donnaient à trente mille spectateurs, que rassemblaient souvent les jeux scéniques, la facilité de sortir tous, pour ainsi dire, en un instant. Enfin , la construction de ces édifices, en pierre ou même en marbre, éloignait toute inquiétude du côté des incendies.

Si dans les théâtres antiques on s’est efforcé de réunir tous les avantages, il semblerait que dans les théâtres modernes on ait pris à tâche de rassembler tous les inconvénients. Dans la plupart, un quart au moins des spectateurs ne voit point ou voit mal; le lieu de la scène, ou le théâtre proprement dit, quoique souvent plus profond qu'il n’est nécessaire ; est toujours si restreint sur la largeur, qu'il n’est pas possible au décorateur de donner carrière à son génie, ni de présenter Jamais aux yeux le spectacle de l’immensité. Enfin, ces édifices, dont la construction est telle qu’une étincelle suffirait pour les embraser, offrent néanmoins si peu de dégagement, les escaliers y sont si rares, si étroits, si difficiles à trouver, qu'après le spectacle il se passe toujours un temps considérable avant que la foule soit écoulée. Quels dangers ne court-on pas dans de semblables lieux, et quel plaisir peut-on y goûter!

II

SECTION

inc PART. 06 DES ÉDIFICES PUBLICS.

SECTION

Si la disposition des théâtres antiques était aussi convenable et aussi simple que la disposition des nôtres l’est peu, de même, et par une suite nécessaire, les premiers avaient un caractère de majesté et de grandeur dont manquent absolument les autres. On peut les comparer, planches 37 et 38 du Parallèle.

Le projet de théâtre que l’on verra, planche 16, ne differe essentiellement des théâtres des anciens, qu'en ce que, au lieu d’être couvert par une simple banne comme l’étaient ceux-ci quand ils n'étaient pas entiérement découverts, il l’est par un comble en fer, genre de couverture qui ne serait rien moins qu'impraticable, nos plus grands théâtres ne renfermant jamais la sixième partie du monde que contenaient ceux des anciens, et n'ayant par conséquent pas besoin d’être à beaucoup près aussi vastes.

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