DES MAISONS DE CAMPAGNE
S'il est quelque lieu où l’on puisse se flatter de trouver le bonheur, c’est incontestablement dans une maison de campagne agréablement située, loin du tracas des affaires, du tumulte des villes, des vices inséparables des sociétés trop nombreuses. Dans ces paisibles demeures, on jouit du plus doux repos; on se livre sans distraction aux douceurs de l'étude; on s’abandonne sans contrainte aux charmes de l'amitié ; on s’enivre avec délices du magnifique spectacle de la nature.
Aussi les Grecs et les Romains, ces peuples si avides de jouissances , et si capables de les apprécier, malgré leur pas-
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III PART. 04 DES ÉDIFICES PARTICULIERS. | SAUT din pour différents spectacles, préféraient-ils les simples amusements de la campagne aux représentations théâtrales : les plus pompeuses , aux fêtes les plus brillantes des capitales. ! C'est pourquoi, autant leurs maisons à la ville étaient restreintes et négligées, autant leurs maisons de campagne | étaient vastes et recherchées. Celle d'Hérode Atticus, sur le | mont Pentélique, de la cime duquel se précipitaient des ruisseaux qui, après avoir serpenté dans les bois, allaient se perdre dans le fleuve Céphise ; l’Arpinate de Cicéron, élevé sur les bords du Tibre, dans l'endroit où ce fleuve forme une petite île, et d'où l’on apercoit les plus belles cascades naturelles ; son Tusculanum, qui avait appartenu à Sylla, maison ornée des portraits d’une foule de grands hommes, et des chefs-d'œuvre de sculpture les plus rares de la Grèce ; la ville Adrienne, ou maison de campagne d’Adrien à Tivoli, dans laquelle il avait fait représenter en grand tous les édifice qu'il avait vus dans ses voyages : toutes ces demeures étaient autant de lieux enchantés. Les unes ont entièrement disparu, les autres ne présentent plus que des monceaux de
ruines. Les descriptions que Pline a faites de son Laurentin et de sa maison de Toscane sont les seuls monuments qui peuvent nous faire connaître l'esprit dans lequel les maisons de campagne des anciens étaient composées ; mais ces riches débris sont bien faits pour nous guider dans la composition des nôtres.
Pline à Apollinaire.
PA Ge fa de GS ANS a à ch tn @ iper ler etat éée Lai D « Rien de plus beau que la position du pays. Imaginez un immense amphithéâtre, tel que la main de la nature seule peut en former. Une large et vaste plaine est environnée de montagnes, dont le sommet est couronné par de hautes
et antiques forêts où l’on trouve des chasses de plus d’un
genre. La seconde région est de bois-taillis, qui s'étendent sur le penchant de la montagne; ils sont entremèêlés de collines dont le sol est un terrain gras, qui ne le cède point aux plaines les plus fertiles. Les moissons, pour y être tardives, n’en sont ni moins dorées, ni moins abondantes. Plus bas, et dans tous les sens, se déploient au loin de longs coteaux de vignes, dont la partie inférieure est bordée d’arbustes. Les champs et les prairies terminent l'horizon.
« Les prés sont émaillés de fleurs, remplis de trefle et d’autres herbes toujours fraîches et toujours renaissantes. Des ruisseaux intarissables y entretiennent une abondance perpétuelle. Cette grande quantité d’eau ne produit pourtant pas de marécages, ce qu’on doit à la pente du terrain qui décharge dans le Tibre tout le superflu qu'il n'absorbe point.
« Le coup d'œil de tout ce pays du haut de la montagne vous enchanterait. La variété des point de vue, la diversité des sites, de quelque côté qu'on se tourne, charment tellement les yeux, qu'on croit voir, non pas des terrains naturels, mais des tableaux où tout serait exprès composé pour le dite du spectateur.
« Ma maison, quoique située au bas de la NE jouit de cette belle vue, comme si elle était au sommet. On y arrive par une pente insensible et si douce, que l’on se trouve élevé sans s'être aperçu qu'on montait. L’Apennin est derrière elle à une grande distance. Par les jours même les plus sereins, ces montagnes lui envoient des vents habituels, mais dont le souffle, rompu et affaibli par l'éloignement, n’a rien de rude ni d'impétueux. Sa principale exposition regarde le midi. En été, vers le milieu du jour, l'hiver un peu plus tôt, elle semble inviter le soleil, qu’elle recoit sous un large portique d’une longueur proportionnée.
« Ma maison est composée de beaucoup de corps-de-logis; jy ai jusqu'a un atrium ou vestibule, à la manière des an-
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ciens. En avant du portique est un parterre entre coupé de plusieurs allées et bordures de buis. Il se termine par un talus en pente douce, où sont taillées en buis différentes figures d'animaux. Autour est une allée bordée d’une haie de verdure. De là on passe à la promenade couverte, faite en forme de cirque. Il faut voir ensuite le tapis vert, aussi beau par la nature, que le reste l'est par l’art ,les champs, les vergers et les prairies adjacentes.
« Pour revenir au corps-de-logis, l'extrémité du portique aboutit à une salle de festin dont les portes ont vue, d'une part,sur l'extrémité des parterres ; et les fenetres, de l’autre, sur les prairies et les champs. Elles voient encore les côtés du parterre et la cime des arbres dont est environné l’hippodrome. À peu près vers le milieu du portique est un appartement tournant autour d'une petite cour qu'ombragent quatre platanes , au milieu desquels est un bassin de marbre dont les eaux jaillissantes entretiennent, par une douce rosée, la fraîcheur et la verdure des arbres et des gazons qui sont dessous. Cet appartement est composé d’une chambre à coucher, aussi impénétrable au jour qu'inaccessible au bruit, d'un salon d'amis dont on use journellement, d’un portique qui donne sur la petite cour et qui a la même vue que le précédent, d’une autre chambre voisine de l’un des platanes dont elle reçoit l'ombre et la verdure. Ce lieu est revêtu de marbre jusqu'à hauteur d'appui. Le reste des murs est orné de peintures qui ne le cèdent point à la beauté des lambris. Ce sont des feuillages au milieu desquels se jouent des oiseaux de toute couleur. Le bas est occupé par un bassin. L'eau s’y répand d’une soucoupe, autour de laquelle sont disposés plusieurs jets dont la confusion produit. un murmure des plus agréables.
« D'un coin du portique on passe dans une vaste pièce qui est vis-à-vis la salle à manger; eile a vue d'un côté sur le
parterre, de l’autre sur la prairie. Ses fenêtres donnent immédiatenient et plongent sur un canal où se précipite en écume une nappe d'eau dont la blancheur se confond avec l'éclat du marbre qui la recoit, et flatte à la fois l'œil et l'oreille.
« La piece dont je viens de parler est excellente l'hiver, parce que le soleil y entre de toute part. Si le ciel est couvert, on échauffe l'étuve voisine dont l'influence remplace celle du soleil.
« On trouve ensuite la pièce des bains qui sert à se déshabiller. Elle donne entrée à la chambre fraîche où l’on trouve une vaste baignoire en marbre noir. Dans le milieu est creusé un bassin où l’on descend, si l’on veut se baigner plus à l'aise et plus chaudement. A côté de la salle fraîche , est la salle tempérée que le soleil échauffe beaucoup, moins cependant que la salle chaude qui est fort en saillie. Au-dessus de la pièce où l’on se déshabille, est le jeu de paume, où l’on peut prendre différentes sortes d'exercices. Près du bain est un escalier qui mène à la galerie souterraine, et auparavant a trois cabinets, dont le premier a vue sur la cour des platanes, le second tire son jour du côté du tapis vert, le troisièeme donne sur des vignes. Au bout de la galerie, on a pris une chambre d'où l’on découvre l’hippodrome, les vignes et les montagnes. On y a joint une autre pièce fort exposée au soleil, surtout l'hiver. La commence un corps-de-logis qui joint l'hippodrome au reste de la maison. Telle est la façade et son aspect.
« À l’un des côtés qui regarde le midi, se présente une galerie haute, d’où l’on voit les vignes de si près, qu'on croirait y toucher. Vers le milieu est une salle de festin qui reçoit de l’Apennin l'air le plus salubre. Elle a vue de toute part sur les vignes, d’un côté par ses fenêtres, de l’autre par ses portes. Mais au travers de la galerie, dans le côté qui n'a
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point de fenêtres, est pratiqué un escalier de dégagement tres-commode pour le service de la table. A l'extrémité est une pièce à laquelle la galerie procureun aspect aussi agréable que celui des vignes. Sous la galerie précédente vous en trouvez une souterraine, qui est comme une véritable grotte. L'air extérieur ne saurait y pénétrer ni en changer la tem-
pérature, Apres ces galeries, et du point où aboutit la salle
de festin, commence un portique où le soleil règne jusqu’à midi, ce qui la rend aussi agréable les matins d'hiver que les soirées d'été. Il mène à deux petits corps-de-logis composés de trois à quatre pièces, et qui, selon que le soleil tourne, reçoivent successivement de l'ombre et de la clarté.
« C’est en avant de cette charmante façade que se présente et se développe au loin l'hippodrome. Il est ouvert par le milieu : en y entrant, l'œil en découvre, du premier coup, toute l'étendue. Son enceinte est formée de platanes entrelacés de lierre, et entre lesquels sont des lauriers. L’hippodrome est en ligne droite; mais à son extrémité il change de forme et s’arrondit en demi-cercle. Des arbustes en forme de bornes et des arbres fruitiers alternativement rangés environnent les plates-bandes. Cette régularité de plantation se trouve ainsi interrompue par des arbres venus comme naturellement et au hasard, et dont l’heureuse négligence corrige la monotonie de l'art.
« À l'extrémité, une treille soutenue par quatre colonnes de marbre de Garyste ombrage une salle de festin champêtre dont la table et les lits sont de marbre blanc. De dessous les lits, l'eau s'échappe en différents jets comme pressée par le poids des convives; elle est reçue dans un bassin de marbre poli qu'elle remplit sans jamais déborder, au moyen d’un tuyau de décharge invisible. Quand :on inange dans ce lieu, les plats les plus forts et le principal service se rangent sur les bords du bassin. Les mets les plus légers se servent
La
È € SEC \, sur l’eau, et voguent autour sur des plats faits en forme de 56710
barques ou d'oiseaux. En face, jaillit une fontaine qui reçoit et renvoie sans cesse la même eau. Après s'être élevée, cette eau retombe sur elle-même; et, parvenue à des issues pratiquées , elle se précipite pour s’élancer de nouveau dans les airs. La salle champêtre et la pièce dont je viens de parler sont en regard, et s’embellissent de leur aspect réciproque. Cette derniere est très-belle et brille des plus beaux marbres. Les portes, les fenêtres sont de toute part couronnées de verdure. Aupres , est un autre petit appartement qui semble s'enfoncer dans la même chambre, et cependant en fait partie : on y trouve un lit. Malgré la multiplicité des fenêtres, le ; jour y est modéré, presque caché par l'épaisseur d'une treille qui monte en debate le long des murs et arrive jusqu'au comble. Vous croiriez être ici, et reposer sous un bosquet avec l'avantage encore d’y être à l'abri de la pluie. Ce lieu a aussi sa fontaine, qui disparaît dès sa source : des siéges de marbre, placés en divers endroits, ici, comme dans la pièce précédente, invitent à se délasser de la promenade. Auprès de chaque siége, sont de petits bassins. Le long de l’hippodrome vous trouvez des ruisseaux dont l’eau, docile à la main qui la conduit, serpente en murmurant dans les rigoles qui la reçoivent, et sert à entretenir la verdure par des irrigations, soit d’un côté, soit de l’autre, soit partout à la fois.
Pline à Gallus.
«Ma maison est spacieuse et commode, sans être d’un trop grand entretien. On trouve en premier un vestibule ou atrium qui n'est ni somptueux, ni trop simple ; ensuite une cour pétite, mais riante, ornée de portiques circulaires. C’est