‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 27 sur 102 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ANATOMIE

Description. — La ^membrane du tympan apparaît au fond du conduit auditif externe; elle fait partie de la paroi externe delà caisse; les préparations indiquées à propos de l’anatomie de l’oreille moyenne sont toutes excellentes pour étudier cette membrane (Voy. Caisse, anatomie etfig. 3 et 8). Le cadre osseux qui la contient est l’extrémité interne du conduit auditif. La caisse déborde, chez les animaux, tout autour du cadre tympanal, qui s’enfonce dans sa cavité; chez l’homme, c’est en haut seulement, au niveau de la logette des osselets, que l’oreille moyenne couvre la paroi du conduit (la portion tympanique de la paroi supérieure du conduit est paroi de la caisse).

Uinclinaison du plan général du cadre tympanal, où le tympan est enchâssé comme le verre de la montre dans la rainure de son couvercle, est en général, chez l’adulte, oblique, de telle sorte qu’il regarde en bas, en avant et en dehors (Voy. fig. 3).

Cette obliquité est en rapport avec le développement de l’oreille externe et de la base du crâne. Chez le nouveau-né le tympan est situé dans un plan presque horizontal (10°) ; chez

126 MEMBRANE DU TYMPAN

l’adulte, il fait avec la paroi antéro-inférieure du conduit un angle de 45°. Fréquemment l’inclinaison est plus grande et la cloison semble prolonger la paroi supérieure du méat auditif externe ^Voy. fig. o, 6, 7, 8).

Dans le cas de malformation ou d’arrêt de développement du crâne, l’inclinaison du tympan se rapproche de l’horizontale ; Virchow et de Trœltsch ont trouvé chez les crétins l’inclinaison tympanique semblable à celle des nouveau-nés.

Le développement du temporal qui fait partie de la base du crâne et contient l’oreille est en rapport avec celui de l’encéphale.

Les affections précoces de l’oreille, l’otorrhée, semblent nuire au développement ultérieur de l’organe. Quand cet arrêt de développement de la base du crâne coïncide avec une grande amplitude delà boîte crânienne, on trouve le tympan logé très profondément, aufond d’un conduit étroit et allongé par suite du volume du lobe sphénoïdal.

Chez l’adulte, la caisse est placée en dedans et au-dessus du tympan. Le cadre répond en haut aux deux têtes des osselets de l’ouïe ; en avant à la scissure de Glaser et à l’articulation temporo-maxillaire ; en arrière aux cellules mastoïdiennes, à la corde du tympan et au facial en bas (blessure de ces deux nerfs par plaie pénétrante) (fig. 3 et 9) .

La membrane du tympan est une partie de la caisse accessible et visible: d’où l’importance de son examen en clinique otologique. Nous l’étudierons ici en elle-même, et surtout au point de vue de ses rapports profonds.

Aspect du tympan ; voussure ; poli; reflet lumineux ; translucidité; manche du marteau; apophyse externe ; partie molle ou sus-apophysaire ; régions chirurgicales du tympan (Voy. fig. 29, 30,31, 32,33 et 34).

Le tympan, ou membrane du tympan, coupe obliquement et termine le méat auditif par une paroi transversale dont l’aspect lisse, poli, translucide, diffère nettement de la peau mate et opaque du conduit.

Par cette direction en travers et son aspect caractéristique elle se distingue sûrement. Nous avons dit qu’elle est oblique en avant et en dedans, et fait ainsi un angle obtus (140°)

ANATOMIE

avec la paroi supérieure du méat; elle a une forme générale elliptique, dans le sens de son inclinaison.

Son étendue (celle du cadre, puisqu’elle est concave) mesure 10 à 11 millimètres, pour le diamètre vertical, légèrement oblique ; et seulement 9 à 10 millimètres dans l’horizontal. Ce sont là des moyennes.

L’épaisseur de la cloison est celle d’une baudruche ; elle est plus forte au pourtour, plus aussi dans l’enfance.

Ces diamètres ne diffèrent pas notablement chez l’enfant et chez l’adulte.

Le tympan est constitué à

la naissance ; on sait que. le verticale du conduit au(Mf ex conduit osseux, au contraire tern6; dutympan etde la caisse ne se forme qu’ après la nais- tympanique (schéma) (*). sance.

La cloison est plus étendue en surface que soncadre; elle forme un cône creux, saillant vers la caisse (fig. 29).

Coloration, translucidité. — A la lumière ambiante l’aspect de la membrane est gris bleuâtre; à la lumière artificielle,

(*) 1, 1', parois supérieure et inférieure du conduit ; 2, creux ou sinus prétympanique ; 3, portion de la caisse ; logette des osselets ; de 3 à 16, portion tympanique de la paroi supérieure du conduit; 4, caisse, partie supérieure ou voûte; 5, tête du marteau ; 6, enclume articulée avec le précédent ; 7 à 8, manche du marteau ; 7, apophyse externe du marteau ; 8, spatule du manche, et umbo ou ombilic, point le plus creux du tympan; il fait face au promontoire (15) ; 9, membrane du tympan ; 10, branche verticale ou descendante de l’enclume, s’articulant à angle droit avec l’étrier (11); 12, base ou platine de l’étrier au fond de la fossette ovale, encadrée dans la fenêtre ovale; 13, portion inférieure de la caisse; 14, plancher ou paroi jugulaire de la caisse ; 15, promontoirè et paroi labyrinthique, face interne de la caisse ; 16, portion tympanique de la paroi supérieure du conduit, et pôle supérieur du cadre tympanal ; 17, de 17 à 7, portion môlle ou flaccide du tympan ou membrane de Schrapnell.

Les lignes ponctuées parallèles a,b,e (rayons visuels), aboutissant ; a, au pôle supérieur ; 6, à l'apophyse externe du marteau ; c, à l’umbo, donnent sur la verticale 1, 1', ab, plus petit que bc ; c’est la proportion normale.

128 MEMBRANE DU TYMPAN

elle apparaît plus lisse, plus rosée, et sa translucidité est plus

évidente.

Sur le cadavre ces teintes fines s’altèrent rapidement.

Voussure. — La cloison est concave en dehors; cela se nomme la voussure du tympan. Nous verrons que, par suite de cette forme conique, le centre ou umbo est très rapproché de la paroi opposée de la caisse. Dans la moitié supérieure de cette membrane le manche du marteau maintient la courbure rigide ; en bas , audessous de l’umbo, l’élasticité des fibres circulaires de la membrane lui donne une courbure en rondebosse plus ou moins accusée (fig. 29).

Aspect. — Au premier aspect (fig. 31) on distingue à la surface un trait blanc rosé ou mat, non saillant, qui du pôle supérieur s’étend au centre de la cloison: c’est le manche du marteau , bras de levier qui sous-tend le tympan et maintient sa forme creuse.

Son extrémité inférieure, centre de figure du tympan, spa-

Fig. 30. — Voussure exagérée :

ab = ôcf).

(*) 1, paroi supérieure du conduit ; 2, paroi crânienne ou Toute de la caisse ; 3, paroi inférieure du conduit; 4, plancher ou paroi jugulaire de la caisse; 5, tympan et triangle lumineux ombré; 6, apophyse externe du marteau, très abaissée et éloignée du pôle supérieur (a) ; 6 à 7, manche du marteau, qui soustend la cloison; 7, umbo, très rapproché du promontoire (15); 8, 8', caisse du tympan; 9, membrane de Schrapnell, portion flaccide du tympan, saillante, agrandie, regarde en haut et en axant, au-dessus de l’apophyse externe aeuminée; 10, tête du marteau; 11, tête de l’enclume et de sa branche horizontale; 12, branche -verticale de l’enclume ou longue, articulée avec l’étrier (13), dont la base est reçue dans la fenêtre ovale (14), au fond de la fossette de la fenêtre ovale, au-dessus du promontoire (15).

a,b,c, lignes ponctuées horizontales aboutissant : a, au pôle supérieur du cadre tympanal ; à, à l’apophyse externe ; c, à l’umbo. Vu l’enfonçure du tympan, ici on a ab presque égal à be, c’est-à-dire que la partie sus-apophysaire a grandi, et que le manche du marteau est vu en raccourci vu son obliquité.

anatomie.

tuliforme, déprimée, estle sommet du creux ou du cône ; en haut, le manche n’atteint pas le cadre, il se termine par une apophyse saillante, pyramidale, souvent très apparente et très superficielle (fig. 31): c’est Y apophyse externe du marteau.

Quand le tympan s’excave, l’umbo fuit, le manche apparaît en raccourci, et l’apophyse externe saillante s’abaisse vers le plan de l’umbo (fig. 30, ab, grandit, bc, diminue).

Portion molle, membrane de Schrapnell, partie sus-apophysaire de la cloison. — Au-dessus de l’apophyse externe jusqu’au cadre, la cloison change de nature et de direction ; elle n’est plus tendue, elle n’est pas lisse, et au lieu de regarder en bas, elle regarde au contraire la paroi supérieure du conduit auditif: c’est la portion flaccide du tympan. Sa forme est celle d’un croissant à cornes renversées placées l’une en avant, l’autre en arrière de l’apophyse qu’elles relient ainsi au cadre, par deux bords que l’abaissement excessif de celle-ci rend très apparents (fig. 29, 30, 31, 32,33).

Cette portion sus-apophysaire , molle, est mobile, et change d’étendue pendant les mouvements de la cloison vibrante ; et ses alternatives de tension et de détente sont liées aux oscillations du manche du marteau.

Trait lumineux, triangle lumineux. — De l’umbo, centre de la cloison, part un trait de lumière vif, net, clair, de forme légèrement triangulaire, à pointe centrale, et dirigé en) bas et en avant (fig. 31, 32, 33, 34).

(*) 1, pôle supérieur du cadre tympanal; 2, pôle inférieur; une flèche suit la direction du manche de marteau, de l’umbo (0) à l’apophyse externe (3) ; de 1 à 3, partie moyenne de la portion flaccide ; 4, manche du marteau ; 5, triangle lumineux, oblique en avant, de l’umbo au cadre ; 7 et 8, têtes articulées du marteau et de l’enclume en pointillé; 6, branche descendante de l’enclume en pointillé, et étrier, vus par transparence; de i à 3 et de 10 à 9 en fond noir, membrane flaccide et ses deux brides ou ailerons, que la maladie accentue ; entre 1, 0, 10, segment postéro-supérieur du tympan qui répond aux osselets de l’ouïe et à la bourse postérieure de Xrœltsch. • ' -

pan, de son aspect et de ses rapports avec les osselets de l’ouïe (*).

MEMBRANE DU TYMPAN

Ce trait lumineux est l’image renversée de la source éclairante produite par le miroir concave que forme la voussure extérieure du tympan. Ce miroir concave oblique donne une image renversée, oblique en bas et en avant. Nous étudierons à la séméiotique les variations normales et pathologiques que le tympan peut présenter à l’observation.

Rapports du tympan, de ses Bords et de sa surface. Régions chirurgicales de la membrane du tympan. — Une ligne qui prolon-

„ „„ 0 x gérait le manche du marteau en

Fig. 32. — Schéma du tym- , , .

haut et en bas divise la cloison

pan l ien deux segments; le point où

elle rencontre le cadre en haut s’appelle le pôle supérieur; à l’opposé se trouve le pôle inférieur.

Le pôle supérieur est toujours accessible et le plus rapproché de l’observateur; au contraire, le pôle inférieur est souvent masqué par la saillie en dos d’âne de la paroi inférieure du conduit et très loin dé l’observateur, suivant l’obliquité de la membrane (Voy. fig. 4, 5, 6).

Nous verrons que le pôle supérieur peut aussi être appelé pôle vasculaire (fig. 37), parce que c’est là le confluent des vaisseaux qui vont se répandre sur le tympan et dans la caisse (artères tympaniques, stylo-mastoïdienne, cutanées).

Le segment placé en arrière du manche (fig. 34), segment postérieur, plus superficiel et plus accessible, confine à la par-

Fig. 38. — Schéma du tympan gauche (**

(*) 1, 2, 3, 4, ligne schématique de la coupe du conduit gauche ; i, paroi supérieure ; 2, paroi inférieure ; 4, fond ; 3, entrée du méat ; 5, cadre tympanal j 6, membrane flaccide ou portion sus-apophysaire du tympan ; 7, apophyse externe ; 8, triangle lumineux ou reflet lumineux ; 9, vue à travers le tympan de l’étrier et de la branche verticale de l’enclume par transparence.

{**) a, pôle supérieur ; 6, apophyse externe ; c, ombilic, ab, plus petit que bc.

ANATOMIE

tie mastoïde du cadre tympanal ; onle nomme segment mastoïdien (fig. 32, 34); ses rapports profonds sont des plus importants à connaître. En bas profondément, il est proche du facial

Fig. 34. — Schéma, rapports profonds du tympan droit, régions chirurgicales de la membrane du tympan (*).

(fig. 3b); en dedans il regarde la fenêtre ronde, cachée par le sourcil du promontoire ; dans sa moitié supérieure, il couvre un repli muqueux de la caisse, repli de la corde du tympan

(*) 1, tête du marteau ; 2, tête de l’enclume articulée, au-dessus du bord supérieur du cadre tympanal ; on voit à gauche la branche horizontale de l’enclume et son ligament rayonné ; 3, manche du marteau ; 4, spatule du marteau et umbo; 5, triangle lumineux oblique en axant ; 6, segment inférieur du tympan conservé jusqu’au niveau de l’umbo; entre 7, 7' et 4 (umbo), segment postéro-supérieur ou mastoïdien du tympan enlevé pour laisser voir le repli muqueux falciforme (de 7 à 11) qui sous-tend la corde du tympan (7, 7', hachures blanches) et forme avec le tympan en avant la bourse postérieure ou de Troeltsch ; 8, pyramide, muscle et tendon de l’étrier ; 9, branche descendante de l'enclume, et plus au fond étrier (10); 11, muscle interne du marteau et son tendon II'; paroi supérieure ou crânienne de la caisse; 13, bord inférieur du cadre tympanal ; 14, apophyse externe du marteau; 7 à 7', corde du tympan au bord ou avec du repli muqueux déjà décrit.

MEMBRANE DU TYMPAN

(fig. 34), et forme avec lui la bourse postérieure de de Trœltsch. La corde du tympan (fig. 34), accompagnée d’un vaisseau né de la stylo-mastoïdienne, traverse son plan du cadre à l’apophyse externe, et peut souvent être vue très distinctement par transparence. En dedans, la branche descendante de l’enclume et l’étrier apparaissent dans le champ du segment

mastoïdien si la cloison a gardé sa transparence (fig. 32, 34).

Ces rapports profonds font de cette partie postérieure et supérieure de la membrane tympanique une région particulièrement intéressante à connaître au point de vue topographique et à observer en clinique (fig. 31,32, 33, 34).

L’umbo, point le plus enfoncé de la cloison, est à 2 millimètres de la paroi interne de la caisse.

En avant du manche, le tympan oblique s’enfonce : c’est

(*) A, apophyse mastoïde et cellules mastoïdiennes ouvertes par la coupe verticale. La pièce montre le segment inférieur du tympan auquel le marteau et l’enclume sont encore attachés. On voit la corde du tympan se porter de bas en haut et d’arrière en avant du facial derrière le col du marteau, et de là en 7 se porter .dans la. scissure de Glaser ; 1, ganglion de Casser; 2, ganglion génieulé d’ou partent les nerfs pétreux (3 et 4) ; 5, ganglion otique, d’où part le nerf du muscle du marteau (6).

ANATOMIE

le segment tubaire; il répond à l’entrée delà trompe osseuse; plus en dedans se trouve le canal carotidien sur la paroi interne (fig. 24).

On s’aperçoit que les rapports profonds du tympan sont ici bien moins importants parce que la cavité tympanique est à ce niveau totalement vide; tandis que le segment ou quart postéro-supérieur est en rapport étroit avec la chaîne des osselets et les replis muqueux qui traversent la cavité tympanique.

La moitié sous-ombilicale du tympan est donc plus isolée ; elle est bien plus sûrement abordable sans avoir à craindre de blesser les organes profonds ; on en a fait dès lors le lieu d’élection des ponctions du tympan qui ont pour but de vider la caisse des exsudats et des collections que l’inflammation accumule derrière la cloison (fig. 34).

Structure. — Bien que mince comme une baudruche, la cloison tympanique est composée de plusieurs couches superposées de tissus divers.

Elle est constituée par une membrane fibreuse propre, sur laquelle s’étalent deux couches adventices : l’une, extérieure dermoïde, prolonge la peau du conduit ; l’autre, interne, est formée par la muqueuse de l’oreille moyenne.

Cette membrane s’insère au cadre et au manche du marteau ; enfin il y a lieu d’exposer à part la structure de la portion flaccide ou sus-apophysaire. On trouve donc à étudier :

Page 1