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CHAPITRE II

SURDITÉ DANS SES RAPPORTS AVEC LES GRANDES PYREXIES ET LES MALADIES GÉNÉRALES.

Parmi les maladies aiguës générales, les fièvres typhoïdes, les éruptives, la diphthérite, causent la plupart des surdités in-

(1) Voir Névralgie de la 5e paire et Surdité réflexe.

(2) Charcot, Luys, Dumontpallier, Rapport à la Soc. de Biologie sur la métallothérapie.

(3) Gellé, Métallothérapie in Suite d’études d’otologie, 1875-81.

curables qui datent de l’enfance. La scarlatine surtout est .destructive de l’oreille ; certaines épidémies sont plus nocives que d’autres, et laissent après des suppurations intarissables, l’oreille ravagée, détruite, perforée, nécrosée. Le pus ne coule pas toujours par le méat; il s’écoule par la trompe dans le pharynx qui en garde la trace sous forme de larges fongosités, qu’on voit descendre sur la paroi spinale de chacun des orifices tubaires.

La gravité de ces lésions s’accroît de ce qu’elles sont bilatérales, et alors la surdité peut devenir complète. Souvent l’otorrhée est double ; souvent une seule oreille coule ; la seconde a suppuré sans perforation du tympan, et restera plus dure que l’autre après guérison.

La surdité au début de la fièvre continue est, dit-on, un simple phénomène d’affaissement, d’épuisement nerveux. Les cas ne sont pas rares, cependant, où un examen de l’organe et de la fonction a pu faire reconnaître des troubles et des lésions précoces de l’oreille, soit au début, soit dans les prodromes même à peine dessinés de la fièvre. J’en ai vu un cas bien net avec le Dr Bucquoy; le malade était venu me consulter pour une dureté de l’ouïe, des bourdonnements d’oreilles et, 15 jours après, étant en pleine évolution d’une fièvre muqueuse, il ne s’inquiétait encore que de sa surdité.

Je pense avec L. Turnbull que le chiffre des sourds serait moindre si l’affection locale était soignée à temps, et si l’on s’occupait de l’oreille quand la maladie générale est reconnue susceptible de frapper gravement l’organe de l’ouïe. Rappelons que le pus des parotides se fait quelquefois jour au dehors à travers le méat auditif externe (c’est le drain de la région). Si ces lésions aurales des fièvres graves frappent les enfants au-dessous de 6 à 8 ans, elles conduisent à la surdi-mutité. Aussi suis-je loin de partager l’opinion de Rilliet et Barthez, de Trousseau et des anciens qui considéraient l’apparition de la suppuration par l’oreille comme une crise heureuse d’un pronostic favorable (otorrhée critique). Qu’une otite suppurée .s’ouvre au dehors, cela .est bien.pour l’otite, mais cette complication elle-même,

SURDITÉ INTERMITTENTE, SURDITÉ A QUININE. 381 ne peut être considérée comme d’un bon augure, puisqu’elle mène à la surdité et à la surdi-mutité.

La statistique d’Hoffmann (Moabit Hôpital, de Berlin) indique, sur 130 typhoïdes, 42 affections de l’oreiHe ; la complication est donc fréquente. Les lésions sont de toutes sortes et siègent dans tous les points de l’organe : injection, catarrhe, suppurations, perforations tympaniques, nécrose et expulsions des osselets, abcès mastoïdes et parotidiens, paralysie faciale, infiltration du labyrinthe par les cellules lymphatiques ou pyoïdes, suppuration de l’oreille interne, etc... On a trouvé toutes ces lésions ; elles sont signalées dans les autopsies de Moos, Griesinger, Hasfler, Passavant, Schwartze, Hoffmann, Politzer, Virchoxv, Marcus, et dans nos livres classiques de pathologie générale et spéciale (Grisolle, Hardy et Béhier, Valleix, Bail, etc.).

Luschau(I) a trouvé, sur 180 malades, 15 fois les oreilles atteintes et 6 fois les yeux.

Les complications auriculaires suivaient de près les accès de fièvres sans angines primitives ; et le traitement consista dans l’emploi des antiphlogistiques et de la paracentèse du tympan.

Article Ier. — Surdité intermittente, surdité a quinine.

Dans les pays où régnent les fièvres intermittentes, on a observé une forme spéciale d’assourdissement revenant par accès, et qui ne cède qu’au traitement par le sulfate de quinine. Cette affection auriculaire peut être la seule manifestation actuelle de l’impaludisme, ou accompagner l’accès de fièvre dont elle suit l’évolution.

Les caractères sont ceux de la fièvre des marais, l’intermittence, la résistance aux autres traitements et la guérison par le sulfate de quinine ; enfin, on ne l’observe que dans les régions d’impaludisme.

(1) Luschau, Les maladies des yeux et des oreilles dans le typhus récurrent (Épidémie de 1879-80). Archiv fürPath. Anat. und Phys., t. LXXXII, p. 18.

Wolf (1) en a parlé le premier. Weber-Liel en a répandu la connaissance ; puis de nouveaux faits ont été signalés par Voltolini, Holtz (de Chicago) et Urbantschitsch (2). Yoltolini (3) a publié une observation d’otalgie intermittente.

Article II. — Sürdité et épistaxis.

L’épistaxis peut être la crise heureuse ou le début d’une fluxion aiguë auriculaire, comme je l’ai observé à la période de la ménopause, et une autre fois à la suite d’un coup de soleil.

Le sang de l’épistaxis peut couler dans l’oreille moyenne dans certaines conditions pathologiques de la trompe d’Eustache.

Si le tympan est perforé, il y a otorrhagie en même temps, sinon, le sang donne lieu à une otite suppurée des plus graves.

A plusieurs reprises, j’ai appelé l’attention sur les dangers du tamponnement postérieur des fosses nasales dans l’épistaxis et montré par des faits observés la gravité des troubles auriculaires qui naissent du contact prolongé du tampon et de la rétention dans la cavité nasale du sang épanché et qui a subi un commencement de putréfaction; en effet, ce sang putréfié devient la cause d’otites suppurées bilatérales très redoutables. Créquy a fourni une observation analogue (4).

L’injection de solution d’ergotine Yvon (seringue entière), est le meilleur hémostatique en ce cas. On pourrait tamponner l’orifice postérieur avec les petits ballons de caoutchouc, mais jamais pendant plus de 24 à 36 heures.

(1) Linke, Ohrenheilk., 1845, t. VIII, p. 38.

(2) Urbantschitsch, Maladies de l'oreille, 1881, p. 329.

(3) Yoltolini, Monats. f. Ohren., juillet 1878.

(4) Créquy, Gazette des hôpitaux, 1870, n° 56. — Martineau, art. Epistaxis du Dict. de méd. et chirurgie pratiques. Paris, 1879, t. XIII, p. 652. — Gellé, Journal de médecine de Paris, avril 1882 et Tribune médicale, avril 1882.

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