‹ Précis des maladies de l'oreilleChapitre 68 sur 102 · SURDITÉ AU POINT DE VUE DE LA MÉDECINE LÉGALE · texte numérisé non relu

SURDITÉ AU POINT DE VUE DE LA MÉDECINE LÉGALE

§ 3. — Surdité dissimulée.

Au point de vue du remplacement militaire, cette question avait son importance autrefois. Aujourd’hui c’est surtout sous le rapport du choix des engagés volontaires et de l’avancement que la: dissimulation de la surdité peut offrir de l’intérêt. Il sera facile, en se plaçant derrière le sujet, ou en lui parlant la nuit, de s’apercevoir qu’il y a dureté de l’ouïe ou surdité grave ; il suffit que l’attention du médecin soit appelée sur ce fait.

A.RTICLE II. — De la surdité au point de vue DE LA MÉDECINE LÉGALE.

- § 1er. — Surdité et responsabilité civile et criminelle.

Au point de vue médico-légal, la chose vaut la peine d’être signalée et recherchée; les responsabilités diminuent évidemment en cas d’abaissement dé l’ouïe, soit dans un accident de voiture sur la voie publique, soit à la suite d’un accident d’atelier ou de chantier. Beaucoup d’écrasés sont des sourds imprudents.

Ce sont là des accidents dans la production desquels la surdité peut entrer pour une part qu’il s’agit d’apprécier.

Mais la question médico-légale peut être tout opposée : à la suite d’un accident quelconque un individu devient sourd ou atteint d’affaiblissement de l’ouïe; il intente une action en dommages et intérêts : quel est le dommage et quelle est sa gravité ? l’indemnité sera proportionnelle.

Il y aune première inconnue : quel était l’état de l’audition avant l’accident?

Quant à juger dès l’abord des suites présumables d’une lésion donnée, au point de vue de la surdité, il n’y faut pas penser. Le médecin devra exiger- un délai proportionnel à la gravité des lésions et de leur cause (six semaines et davantage), avant de rien pronostiquer et d’engager l’avenir . Ce ne sont pas en effet les lésions actuelles qui causeront l’af- Gellé. — Mal. de l’oreille. 34

602 RAPPORTS DE LA SURDITÉ AVEC LES MALADIES, faiblissement de l’ouïe, c’est leur cicatrice, et les déformations et déplacements consécutifs qui modifieront fatalement la conductibilité de l’appareil de transmission. Quant aux lésions de l’oreille interne, nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit (i).

Urbantschitsch rappelle l’influence de certaines affections de l’oreille sur la production d’actes répréhensibles (hallucinations, irritabilité de caractère (Moos) ; manie, fureur (de Trœltsch). Ce sont là des circonstances à signaler et qui doivent peser dans les décisions des juges. Dès à présent, on peut rappeler l’infériorité morale et intellectuelle dans laquelle se trouve placé le sourd abandonné à lui-même, pour atténuer les conséquences de sa responsabilité (2).

§ 2. — Surdité et assurances sur la vie.

On lit dans de Trœltsch (3) : « Les individus atteints d’otorrhée chronique ne doivent pas être appelés au service militaire, car les causes pathogéniques nombreuses auxquelles ils sont exposés peuvent aggraver cette maladie et la rendre mortelle. »

D’un autre côté, Wilde écrit ceci : « Aussi longtemps qu’il existe une otorrhée, on ne peut pas dire quand, comment et où elle va finir, ni où elle peut mener. »

Toute otorrhée, sous des influences inconnues, peut devenir mortelle.

Aussi plusieurs sociétés anglaises d’assurances sur la vie, au dire de de Trœltsch, refusent-elles, avec raison, d’accepter les individus atteints d’otorhée. Nous savons combien de fois cette affection se trouve compliquée d’abcès latents du cerveau ou d’autres lésions mortelles qu’il est impossible de reconnaître pendant la vie (4). En général, le pronostic sera plus favorable si la transmission par la voie osseuse est con-

(1) Voy. p. 540.

(2) Voy. Sourds-muets , responsabilité, p. 630.

(3) Trœltsch, Maladies de l’oreille, trad. par A. Kuhn et D . Levi, 1870, p. 445.

(4) Voy. Otorrhée.

Page 1