INDICATIONS DE LA PROTHÈSE
Je pense qu’il y a mieux à faire que de laisser les sourds acheter naïvement des cornets métalliques dorés, nikelés, etc., chez des industriels peu scrupuleux, et ceux-ci fabriquer des outils, toujours inutiles et souvent nuisibles.
Le médecin auriste doit poser les indications de la prothèse: — est-ce possible?
Rappelons le rôle de l’appareil transmetteur; il sert en définitive à transformer les vibrations aériennes en solidiennes; et cela au moyen d’une membrane intermédiaire, le tympan. Tant que la platine de l’étrier est mobile et la chaîne continue, les conditions anatomo-pathologiques du tympan, si diverses et si variables, agissent d’une façon primordiale dans l’altération de l’ouïe. C’est de ces nouvelles conditions, et de leur influence sur la capacité acoustique ou fonctionnelle que peuvent dériver quelques indications prothétiques.
Il résulte cependant de l’étude clinique que, de toutes les conditions, les plus importantes, les seules indispensables à l’audition sont en définitive celles ou se trouvent les fenêtres ovale et ronde. Tant que la base de l’étrier se meut, et que la fenêtre ronde est libre, il y a audition avec ou sans tympan : l'immobilisation de ces parties vibrantes éteint au contraire toute perception. Quelles sont les lésions qui produisent cette immobilité : l’oblitération prolongée et totale des trompes, •et la «relaxation » du tympan seule ou combinée. L’ankvlose
,(lï Voy. Tympan artificiel .
Gellé. — Mal. de l’oreille.
des osselets et celle de l’étrier sont en dehors de notre sujet.
Nous savons traiter ces affections, mais nous n’avons pas d’appareil prothétique dont la fonction soit de s’opposer aux effets consécutifs; le bouchon de caoutchouc ou de ouate placé au méat, recommandé par de Trœltsch après le redressement du tympan parla douche d’air, n’est pas un appareil prothétique. Nous ne parlons encore ici que des voies habituelles du courant sonore.
Il est logique de croire que tout instrument qui, s’appuyant sur les parties en relâchement et déjà déplacées en dedans, tendrait à augmenter ce déplacement, doit être inutile ou mauvais, à moins qu’il y ait disconnexion des osselets, ou chute de l’enclume. Le contact, l’ accolement du tympan à la branche de l’enclume ou à la tête de l’étrier sont des conditions réalisables temporairement, qui peuvent ramener un peu d’audition, mais le bouchon qui sert à cet effet est enmême temps un obturateur du conduit; s’il est mouillé de glycérine, et laisse libre une partie de la lumière du conduit, il peut cependant être utile. Si le tympan est immobilisé, la perception crânienne persistant en partie, il est encore possible de franchir l’obstacle formé par le tympan sans opération. J’ai l’habitude, dans ce cas, de m’assurer du fait, de la manière suivante :
Une tige rigide d’ivoire de 12 à 15 centimètres, arrondie et douce par un bout reçoit par l’autre l’attache du fil d’un « téléphone à ficelle » (longueur du fil, 20 centimètres au plus) ; la tige est doucement portée le long de la paroi supérieure du conduit jusqu’au contact de l’apophyse externe du marteau ou de ce qui reste accessible de cet osselet (au pôle supérieur du cadre tympanal, après examen préalable). Ce contact est en général bien supporté, il n’exige pas d’effort ; puis, la main appuyée sur le côté de la tête, deux doigts tiennent la tige fixe. De l’autre main, l’opérateur prend le cornet du téléphone, tend le fil par une traction douce à laquelle résiste la main posée sur l’oreille du sujet. 11 parle dans le téléphone; le son suit la tige, passe sur la chaîne des osselets et arrive aux fenêtres. Si l’audition a lieu de cetle façon, l’appareil prothétique est indiqué. Il sera constitué par une membrane tendue
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(récepteur), un fil conducteur et une tige mobile, articulée autant que possible, dont l’extrémité interne (transmetteur) sera tenue au contact des osselets conservés (pôle supérieur du cadre). — La difficulté est de faire tenir le tout en place. Une carte fine de papier Bristol, fichée dans la tige et tenue par les malades au contact voulu, m’a deux fois permis de converser quelques instants avec eux.
L’indication précise, dans ce cas de raideur ou d’enfonçure avec conservation d’une partie du marteau, est en effet d’établir un contact avec ce conducteur naturel et d’y joindre une membrane vibrante qui collige le son. Ces idées et ces essais n’ont pas encore abouti à la création d’un appareil pratique. L’indication existe encore toute semblable, quand le tympan a été perforé largement, et qu’il y reste un tronçon, si léger soit-il, du marteau.
Le tympan détruit et les osselets disparus, l’étrier seul en place, il faut tenter quelque chose, après examen minutieux des conditions dans lesquelles la maladie a laissé les deux fenêtres. Si la fenêtre ronde est accessible et le sourcil du promontoire dans le plan du cadre tvmpanal, je conseille de placer une fine boulette d’ouate au niveau du trou, et d’y exercer une légère compression. Au moyen du diapason posé sur le vertex, on saura si cette petite pression rétablit l’audition. Yoici comment cela peut se faire : l’étrier enfoncé s’est immobilisé dans son cadre; si la membrane de la fenêtre ronde n’est pas raidie, une pression transmise par les liquides du labyrinthe dégage la base de l’étrier, et sa mobilité renaît; s’il y a du vertige, c’est signe d’une soudure et de l’intolérance du nerf labyrinthique.
Une légère compression au niveau du sourcil du promontoire peut être assez bien supportée, et dans quelques cas a réveillé l’audition éteinte. — J’ai essayé maintes fois et sans succès de petits sacs de baudruche pleins d’air, introduits à grand’peine dans la caisse béante, au, contact de la paroi labyrinthique et de l’étrier ; mais le moyen n’est pas pratique : peut-être serait-ce le cas de recourir aux petites lentilles de Giampetro, de Marseille ; on pourrait les faire en forme de « perles de Clertan » et de composition analogue.
Mais ces petits organes sont difficilement abordables; et le vertige et le bourdonnement naissent souvent au moindre attouchement; force est donc de chercher d’autres voies pour conduire le son .
C’est ici que se classent les divers appareils, audiphone(l), dentaphone, phoniphone, etc., dont le principe consiste à récolter les sons sur une large plaque vibrante tenue entre les dents ou au contact du crâne en un point quelconque, afin de faire passer les sons au nerf acoustique par la voie crânienne. La grande indication ici est donc de connaître l’état de cette conductibilité crânienne du sujet sourd ; or, on paraît en tenir peu de compte, et c’est le sourd lui-même qui essaie l’instrument, quitte à le délaisser en cas d’insuccès. Ces appareils ne doivent pas être négligés tant que l’étrier est mobile ; on leur a demandé plus qu’ils ne peuvent.
Dans le cas où l’audition est plus faible pour une série de tons, soit bas ou graves, soit élevés, on pense aux résonnateurs accordés d’Helmholtz, et on se demande s’il ne serait pas possible de construire un appareil doué de la résonnance des sons de la voix humaine (octave, d’indice 5 et 6), et susceptible de renforcer, soit les graves, soit les aigus, suivant le cas. La grande difficulté, c’est d’être pratique.
Je pense que par l’emploi de plaques vibrantes métalliques, comme celles du téléphone de Bell, soumises à l’action du courant électrique qui les rend extrêmement sensibles aux courants sonores, et reliées par une tige isolante aux vestiges de la chaîne, on obtiendrait, sous un petit volume, un appareil conducteur suffisant. J’ai essayé de tout cela, mais jusqu’ici sans grand résultat pratique, je l’avoue.
Si l’on pouvait, en bien des cas, maintenir la paroi labyrinthique à nu, et l’étrier libre, en détruisant osselets et tympan, on rendrait plus sûrement service aux sourds.
(1) 1879. Audiphonede Rhodes de Chicago en caoutchouc durci. — 1880. Colladon, de Genève, le prépare avec le carton d’orties. — 1882. Baratoux a rapporté les expériences faites par Ladreit aux sourdsmuets, elles sont peu probantes ( Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1882).