II. — TICS
Défiuitioii. — 11 faut réserver le nom de tics à des mouvements brusques conscients dus à un besoin impérieux et maladif de reproduire constamment sans raison un geste ou un mouvement stéréotypé.
Syinptomatologie. — Il peut y avoir autant de variétés de tics qu'il y a de mouvements intentionnels possibles, c'est-à-dire une infinité. Cependant un certain nombre de mouvements sont sui'tout fréquents : le clignement oculaire, le soulèvement ou le froncement des sourcils, la crispation labiale, le claquement des lèvres ou de la langue, le grincement de dents, le hochement de tète, hochement aflirmatif ou hochement négatif, le mouvement de lever l'épaule, le
claquement des doigts, le grattage du nez, le balancement du ti'onc d'arrière en avant et d'avant en arrière (tic de salutation, tic de Salaam). Certaines mauvaises habitudes ont la signification de tics : tels le léchage des lèvres, Touychophagie ou habitude de se manger les ongles, la trichophagie ou habitude de s'arracher les cheveux et de les mangei', la titillomanie ou manie de se gratter. La masturbation des tout jeunes enfants est souvent un simple tic.
Certains tics sont bruyants, tics de reniflement, de claquement des lèvres, de grincements de dents; il y a des tics du larynx avec émission bruyante d'un son inarticulé (tic d'aboiement, tic de gloussement, etc.). La coprolalie, besoin impérieux de jeter constamment un mot ordurier, est de même nature que les tics.
Les tics s'établissent progressivement : le mouvement anormal était au début un mouvement motivé; on arrive souvent à en retrouver l'origine ; une lésion locale a motivé le besoin de se gratter; un éclairage défectueux a créé le besoin de cligner, etc. Peu à peu le mouvement d'abord mo-tivé se répète sans motifs, puis il se répète malgré la volonté. Un caractère essentiel du tic est ciependant de pouvoir être quelque temps réprimé par un efîort de volonté. Se sentant surveillé, le tiqueur jugule quelque temps son besoin de tiquer; c'est un véritable soulagement pour lui quand il peut ensuite satisfaire son besoin impérieux.
Le tic, on le voit, est dû à un même mécanisme psychique anormal que certaines folies lucides; les manies (arithmomanies), les obsessions sont de même nature; toutes ces afl'ections sont des troubles morbides de la volonté, des dysboulies pour employer un néologisme qui rend bien notre pensée. Chez l'enfant, qui est surtout un moteur, les dysboulies lVai)pent les mouvements [)lus que les pensées et les sentiments; c'est l'inverse chez l'adulte.
Aussi voit-on souvent des liqueurs devenir sujets à des troubles mentaux qu'on a groupés sous le nom de psychoses des dégénérés et qui comprennent justement toutes ces manies, ces obsessions et ces phobies. Nous savons aujourd'hui que la dégénérescence n'est pas une mystérieuse entité morbide : les dégénérés ne sont autres que des sujets ayant eu des antécédents morbides susceptibles d'altérer le fonctionnement intégral de leurs centres nerveux. Leshérédotubei'culeux, les hérédo-syphiliticiues, les hérédo-alcooliques, les hérédo-arthritiques, les hérédo-syphitiques, les hérédo-hystériques sont parfaitement tiqueurs. C'est pourquoi les liqueurs sont souvent, mais non toujours, porteurs de tares physiques congénitales, d'anomalies de développement tiouvant leur explication dans leurs antécédents héréditaires. Ces tares, qui peuvent être
multiples, sont les prétendus stUjmates de dégéncrescence, terme qui n'est pas une explication, et qui a empêché les auteurs qui l'ont adopté d'en chercher une. Les enfants dont le développement a été entravé par une cause quelconque, syphilis acquise, tuberculose, misèie, dyspepsie chronique, paludisme infantile, alcoolisme infantile, sont susceptibles de présenter les mêmes tics et les mêmes troubles psychiques en l'absence de toute hérédité. Ils n'ont alors d'autres stigmates de dégénérescence que les stigmates mêmes de la maladie dont ils ont été atteints et les troubles de développement consécutifs. Conservons, si l'on veut, le terme commode de dégénérescence, et disons que les tics se voient chez les dégénérés, mais sachons (jue ce terme groupe des états multiples, différents les uns des autres et dont l'analyse clinique permet le plus souvent de déceler la pathogénie variable.
Évolution. — Les tics suivent une évolution irrégulière; ils durent un temps variable avec des alternatives de rémission et d'aggravation; ils disparaissent, ils reviennent ensuite sous la même forme ou sous une autre forme. L'isolement, le calme, le repos les atténuent; souvent une maladie fébrile les fait disparaître au moins momentanément. Au contraire, les fatigues, les préoccupations, la crainte, les chocs moraux ou physiques les augmentent. Ils sontalors susceptibles de se généraliser. L'état qui en résulte a été parfaitement décrit sous le nom de maladie des tics convulsifs par Gilles de LaTourette, qui nous a appris à le distinguer de la chorée, alTection dans laquelle il était anléiicurement confondu.
Tics généralisés. — Maladie des tics convulsifs. — Un enfant est sujet à des tics vulgaires auxquels on piête peu d'attention. Peu à peu, ces tics se nuiltiplient, se généralisent; c'est tout le corps qui est secoué de mouvements convulsifs. (^est entre huit et quinze ans, au moment de Tàge scolaire, que s'observe surtout cette généralisation. L'enfant semble alors à pi'emière vue un choréique. Mais, si on analyse avec soin son état, on trouvera des différences. Les mouvements ne sont pas des mouvements arrondis, lelativement lents comme dans la chorée; ce sont des mouvements saccadés, anguleux, très brus(iues; ils ne sont pas quelconques comme dans la choiée; ce sont des mouvements définis, des mouvements figurés, reproduisant des mouvements intentionnels; ce n'est pas l'agitation protéiforme des choréiques, mais une répétition d'un certain nombre de mouvements auxquels le malade s'adonne. Jamais la chorée ne s'accompagne d'émission répétée de bruits laryngiens; ils sont au contraire la règle dans la maladie des tics; c'est le jappement, ou Faboîment, ou l'expiration bruyante saccadée ; puis le malade
arrive à émettre non plus des sons sans signification, mais des paroles qui sont toujours des termes orduriers : « cochon, salaud, merde » [coprolalic] .
Le choréique augmente ses mouvements quand il est surveillé, quand on le fait causeï'. Le liqueur, au contraire, quand il se sent examiné, se surveille et arrive à arrêter ses mouvements, à résister au besoin de dire des ordures. Le choréique fait ses mouvements devant le public; le tiqueur fait les siens dans la coulisse (Oddo).
Si à ces signes on joint la notion des antécédents personnels et héréditaires, chargés chez le li(]ueur, souvent nuls chez le choréique, il sera le plus souvent facile de distinguer les deux maladies.
Cette distinction est très importante. Le pronostic en dépend: tandis que la chorée est une afïection passagère, la maladie des tics témoigne d'une défectuosité définitive de Fétat psychique. Le sujet guérit des tics, mais non de l'état qui les conditionne, en sorte qu'il est sous le coup de récidives perpétuelles. Tandis que la chorée ne se voit pas en dehors de la période de huit à quinze ans, la maladie des tics, si elle débute à cet âge, est susceptible de se prolonger avec des accalmies et des alternatives de mieux ou de pire, pendant la plus grande partie de l'existence.
Traiteineut. — Le vrai traitement des tics est Véducation de la volonté en général et de la volonté en ce qui concerne les mouvements volontaires en particulier. L'éducation de la volonté en général se fait par des méthodes pédagogiques appropriées qui ne peuvent guère être appliquées (|ue dans Jes établissements spéciaux, organisés dans ce but. Dans les cas graves, l'isolement, le changement de milieu sont nécessaires, et c'est là un des éléments du succès de ces établissements. Il ne faut pas oublier que, la cure tinie, le malade reste toujours avec un système nerveux débile et que, de temps en temps, il aura besoin encore d'être soutenu par des conseils, des exhortations, de la persuasion. La persuasion à l'état de veille a des efl'ets plus durables et moins susceptibles de déviations funestes que la suggestion dans le sommeil hypnoticjue. (^elle-ci n'a que des indications restreintes.
L'éducation des mouvements volontaires en particulier se fait au moyen de mouvements rythmés que l'on enseigne au malade à faire exécuter en cadence par la région musculaire atteinte. On l'entraine à exécuter les mouvements et à les arrêter à un commandement ou à un signal. 11 faut varier les mouvements. On obtient souvent la guérison rapide de tics rebelles. Mais il faut toujours compter avec les rechutes possibles. On guérit parfois un tic et un
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autre revient. C'est pourquoi l'éducation des mouvements ne donne de bons résultats qu'associée à l'éducation de la volonté en général.