‹ Précis des maladies des enfants (volume 2)Chapitre 48 sur 263 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE

dues à des conjonctivites purulentes compliquées de kératite superficielle qui n'ont rien de syphilitique.

B. Dystrophies. — Les stigmates que nous allons décrire à présent ne sont pas la conséquence directe de l'hérédo-syphilis; ils peuvent se voir comme conséquence de toutes les maladies de la mère ayant influencé fâcheusement le développement du fœtus, ou de toutes les maladies chroniques du jeune enfant ayant gêné la croissance.

En première ligne, il faut citer toutes les conformations vicieuses anormales congénitales : syndactylie, agenésies auriculaires, amputations congénitales, malformations cardiaques, malformations du crâne (crâne en tour, en casque, oxycéphalie), du pavillon de l'oreille (oreilles en anse, oreilles désourlées), du thorax (thorax en [carène, en entonnoir), etc. Ces dispositions vicieuses se voient dans J'hérédo-syphilis ; mais elles sont loin d'être caractéristiques de cette affection. D'autres, comme les mamelles surnuméraires, la polydactylie, les côtes supplémentaires, etc., sont des variations familiales qui n'ont rien à voir avec la syphilis.

En seconde ligne, les lésions résultant d'un trouble du développement dans la première enfance : les lésions des dents de la première dentition (microdontisme, érosions dentaires, vulnérabilité dentaire), les malformations du crâne [crâne à région frontale saillante et é\e\'ée, dit crâne olympien {fig. 19, p. 157); crâne à deux ou quatre bosses saillantes, dit cmne na^forme], l'ensellure nasale (à distinguer de l'effondrement nasal), le strabisme, les infiltrations pigmentaires de la rétine, l'atrophie générale du corps, l'infantilisme, le bégaiement, le zézaiement, Timbécillité. Ces dystrophies relèvent tantôt de la syphilis, tantôt de l'alcoolisme, du nervosisme, de l'arthritisme des parents ou de maladies graves et prolongées de la première enfance : entérites chroniques, paludisme, tuberculose. Il faudra donc tenir compte de la présence de ces stigm.ates pour soupçonner l'hérédosyphilis, mais on risquerait de commettre à chaque instant des erreurs de diagnostic si on se basait uniquement sur l'existence de l'un d'eux ou même sur la coexistence de plusieurs d'entre eux pour aftirmer l'hérédosyphilis.

Triade dHutchinson. — il est toutefois un groupement de symptômes auquel on a attribué une signification particulière et qui permettrait d'affirmer l'hérédo-syphilis : c'est ce qu'on a appelé la triade d'Hutchinson ; elle est ainsi caractérisée :

1° Stigmates oculaires. — Amaurose plus ou moins complète, due à des opacités des milieux de l'œil et spécialement à des taches blanches indélébiles dans l'épaisseur de la cornée, reliquat de kératite interstitielle.

2« Stigmates auriculaires. — Surdité plus ou moins complète (l'une ou des deux oreilles ; tantôt elle est due à des lésions cicatricielles du conduit auditif externe et de la caisse avec sclérose irrégulière du tympan et parfois destruction plus ou moins étendue de cette membrane ; tantôt elle coexiste avec une intégrité complète à l'examen oloscopique et est due à une névrite acoustique, analogue à celle qu'on voit dans le tabès.

3° Stigmates dentaires. — Irrégularités de forme, de grosseur, de position des dents; carie précoce ; érosions, sillons, cupules, échancrure semi-lunaire. On considère comme spécialement caractéristiques de la syphilis deux lésions, qui se voient surtout aux incisives médianes supérieures, parfois aussi aux incisives latérales supérieures, plus rarement aux incisives inférieures : 1° Féchancrure semi-lunaire, c'est-à-dire une échancrure entamant le bord libre de

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Fig. 20 et 21. — Denis d'Hutchinson (Terrien).

Fig. 20. — Les incisives médianes offrent de façon typique l'échancruie semi-lunaire du bord libre et la forme en tournevis. Il en est de même de la canine droite. La canine gauche est le siège d'un processus d'érosion qui aboutira ultérieurement à i'échancrure semi-lunaire.

Fig. 21. — Érosions des bords libres des incisives médianes supérieures et des quatre incisives inférieures, premier stade de la dent d'Hutchinson.

la dent suivant une ligne arciforme dont la convexité regarde la base de la dent ; les dents ainsi échancrées portent le nom de dents d'Hutchinson (fig. 20 et 21) ; 2° la forme en tournevis, c'est-à-dire la convergence des bords latéraux de la dent vers le bord libre, en sorte que la dent est plus large à sa base qu'à son bord libre {dents en tournevis). La forme en tournevis et I'échancrure semi-lunaire coïncident du reste souvent. Fournier a moniré que I'échancrure semi-lunaire résulte d'une usure de la dent, qui débute par des érrsions du bord libie n'aboutissant qu'ultérieurement à I'échancrure semi-lunaire arciforme.

Diag^nostie. — Le diagnostic précoce de la syphilis héréditaire est important, d'abord au point de vue de la santé de Tenfant, puisqu'un traitement précoce le sauvera, puis au point de vue des contagions possibles, en particulier quand il s'agit de confier un enfant à une nourrice.

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Quand un nouveau-né présente du pemphigus palmo-planlaire, il faut le considérer comme syphilitique, ne pas le confier à une nourrice et lui administrer le traitement spécifique. Quand un enfant, <tès les premières semaines, présente du coryza, il faut également se méfier delà syphilis; si Técoulement nasal est sanieux, persistant, abondant, il y a de grandes chances pour qu'il s'agisse de syphilis; en général, dans ces cas, on trouve d'autres indices, soit du côté de Fenfant lui-même, soit du côté des parents, soit chez les frères et sœurs. Mais il y a des cas difficiles où l'enfant syphilitique présente à la naissance toutes les apparences de la santé, où le coryza est le premier symptôme, où la mère est saine, où la syphilis du père a passé inaperçue, où l'enfant est le premier-né ; il faudra en pareil cas agir avec la plus grande cii'conspection.

Ultérieurement, il faut éviter de confondre avec les syphilides érosives du siège l'érythème érosif par macération, dit avec raison syphiloïde; ce dernier est mieux limité aux régions qui macèrent, ^ plus rouge vif, et ne s'accompagne pas de manifestations faciales.

La pseudo-paralysie de Parrot ne doit pas être confondue avec les paralysies obstétricales, les fractures obstétricales, la paralysie infantile; elle se caractérise par sa localisation aux épiphyses, la douleur locale existant seulement à la pression ou dans les mouvements, l'absence de crépitation ; on arrive, en général, facilement à ce diagnostic sans avoir besoin de demander des renseignements à la radiologie, sinon dans les cas difficiles.

Traitement. — Renvoyant au Précis Je syphilùjraphie de cette collection pour tout ce qui concerne le traitement des syphilitiques adultes au point de vue de la prophylaxie de la syphilis héréditaire, je me borne ici au traitement de l'enfant syphilitique.

11 faut traiter énergiquement par le traitement mercuriel tous les nouveau-nés atteints de syphilis. Faut-il traiter également les enfants paraissant sains, nés de parents syphilitiques? Oui, si la mère est en période active de syphilis, car il est alors à peu près certain que la syphilis n'est que retardée chez l'enfant; non, si la mère est actuellement saine et a passé la période virulente de la maladie, car il y a chance que l'enfant ait échappé à la contagion, cela quel que soit l'étai du père.

La mère d'un enfant né syphilitique doit allaiter elle-même son enfant, même si elle a paru échapper à la maladie (hérédosyphilis d'origine exclusivement paternelle); elle est, en réalité, atteinte de syphilis et ne prendra plus la maladie, ni de son enfant, ni de personne (loi de CoUes-Baumès). Si la mère ne peut allaitei", il faudra chercher une nourrice ayant eu autrefois la Apert. — Précis des Mal. des Enfants. 11

syphilis. En dernier ressort, on emploierait rallaitement artificiel, mais les syphilitiques le supportent moins bien que les enfants sains. Il faut traiter à la fois le nouveau-né et la mère. Le mercure passe en efîet dans le lait, mais en petite quantité. On donnera à la mère une ou deux cuillerées à soupe de sirop de Gibert chaque jour; pour l'enfant, on choisira la méthode des frictions si la peau est saine, ou la méthode par ingestion s'il n'y a pas de troubles digestifs. Dans le premier cas, on fera chaque jour une friction de cinq minutes avec 2 grammes d'onguent napolitain, alternativement dans chacune des aines et chacune des aisselles; dans le second cas, on donnera dans un peu de lait X gouttes de liqueur de Van Swieten, trois fois par jour pour les nouveau-nés. S'il y a du coryza, on peut faire mettre en même temps dans les narines de l'enfant, préalablement bien nettoyées, gros comme un pois de pommade au précipité jaune :

Vaseline 1 "i grammes .

Précipité jaune 0ër,30

On peut employer la même pommade en pansements sur les syphilides érosives, ou l'emplâtre de Vigo, ou l'emplâtre de Saint-Louis.

Il faudra, de temps en temps, faire des interruptions de quelques jours dans le traitement, surtout si le mercure est administré par voie buccale, pour éviter les troubles digestifs. S'il survient de la diarrhée, il faut cesser l'usage interne de la liqueur de V^an Swieten.

On augmentera la dose de liqueur de Van Swieten à mesure que l'enfant grandira, de façon à donner Os'",50 de liqueur de Van Swieten par mois d'âge et par jour, sans dépasser 5 grammes.

S'il est nécessaire de ménager à la fois la peau et le tube digestif, on a la ressource de recourir à la médication hypodermique. On injectera chaque jour 1 centimètre de la solution suivante :

Biodure de mercure. 0s''.02 à 0 8'\ 08 selon l'âge.

lodure de sodium.... 1 gramme.

Eau 20 centimètres cubes.

Même quand l'enfant paraîtra guéri, il faudra reprendre de temps en temps le traitement ; dans la première année de la vie, on le donnera huit jours par mois, ultérieurement huit jours par ti'imestre.

Dans la syphilis hérédUaire tardive, le traitement est le même que dans la syphilis tertiaire de l'adulte, en porportionnant les doses à l'âge.

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