‹ Précis des maladies des enfants (volume 2)Chapitre 8 sur 263 · PA R · texte numérisé non relu

PA R

le D> MARFAN

Médecin de l'hôpital des Enfants-Malades, Professeur ae^ré^é à la Faculté de médecine de Paris.

L'enfance est la période de la vie qui s'étend de la naissance à la puberté, laquelle s'établit entre douze et seize ans, un peu plus tôt chez les filles que chez les garçons. Ce qui la caractérise avant tout, c'est qu'elle est la grande période d'accroissement et que, du fait de la croissance, l'organisme infantile subit des modifications rapides et profondes. Si on considère les difTérences qui séparent le nouveau-né de l'adolescent pubère, on conclura qu'à aucune autre époque de la vie extra-utérine on n'observe une transformation aussi grande en un temps aussi court. En réfléchissant à ce fait, on est conduit à présumer qu'il y a dans l'enfance elle-même des périodes distinctes et que, dans chacune d'elles, la vie infantile revôt des caractères ditrérents. C'est en elTet ce que montrent la physiologie et mieux encore peut-être la pathologie. En nous appuyant sur les données qu'elles nous fournissent toutes les Apert. — Précis des Mal. des Enfants. 1

deux, nous avons proposé (1) une division de Tenfance en trois phases :

d" L3.prnnièie ou petite en fance com\wend les deuxprerilièresannées

de la vie; à celte phase, l'enfant est appelé 7ïOz<rm.so/2. Cette période

est celle dans laquelle le lait est l'aliment d'abord exclusif, puis

/'pré])ondérant, On y observe certaines maladies avec une grande | fré(iuence : les troubles digestifs, l'atrophie et Fathrepsie ; la ' bronchopneumonie; l'eczéma, les pyodermites, les érythèmes ; la paralysie spinale, l'éclampsie ; le rachitisme.

Durant le premier mois, le nourrisson est dit nouveau-né. C'est au cours de ce premier mois que s'opèrent la formation de l'ombilic, l'établissement délinitif de la circulation de la veine porte etl'involution des canaux sanguins du fœtus désormais inutiles. C'est dans cette période que l'altention du médecin est attirée sur les malformations et les infeclions congénitales; que l'on observe la débilité congénilale, particulit'rement chez les prématurés; qu'on a l'occasion de soigner ces affections qui ont pour origine un des actes de la parturilion et que, pour ce motif, nous avons appelées maladies obstétricales du nouveau-né : asphyxie du nouveau-né, infection du cordon, ophtalmie purulente, céphalématome, paralysie obstétricale, etc.

2° La seconde on moyenne enfance s'étend de la fin de la seconde année à six ou sept ans ; elle se termine au moment où sortent les premières molaires définitives et où va commencer le remplacement des dents de lait. Dans cette période, le système nerveux se développe, et on voit s'éveiller les activités motrices et psychiques. Les maladies qu'on y observe peuvent se rencontrer à toutes les époques de la vie ; mais quelques-unesy sont beaucoup plus fréquentes : telles les fièvres éruptives, la coqueluche, la diphtérie, l'adénopathie trachéo-bronchique, f la méningite tuberculeuse, les tuberculoses osseuses et articulaires. ^ 3" La troisième ou grande enfance s'étend de six ou sept ans

\3r » jusqu'à la puberté, laquelle s'établit en général entre douze et seize V /■ ans, un peu plus tôt chez les tilles que chez les garçons. Ce qui la * / caractérise, c'est le développement du squelette en longueui' et les y phénomènesqui préparentla puberté. Les maladiesqu'on y lencontre

sont, à peu dechoseprès, celles qu'onobserve chez l'adulte ; cependant on y relève la fréquence du rhumatisme articulaire, des cardiopathies rhumatismales, de la chorée, du rachitisme lai'dif, de certaines localisations de la tuberculose (péritoine, os, articulations).

Cette division nous paraît plus rationnelle que celles qui ont déjà été proposées. Sans doute il ne faut pas considérer comme absolues

(I) Semaine médicale, 21 nov. 1896, p. 4C9,

les limites (|ue nous avons assignées à chacune de ces périodes ; il laul les regarder comme représentant des moyennes. Cette réserve laite, notre division oIFre d'utiles points de repère; elle correspond à des différences assez tranchées dans l'évolution physiologique et dans les aptitudes morhides ; si les phases qu'elle compiend sont reliées entre elles par une condition commune, la croissance, chacune d'elles n'en a pas moins des caractères et des maladies qui lui sont propres.

(]es délinitions établies, nous pouvons dire- que, si la ])édiatrie constitue une branche spéciale de la médecine, elle le doit peu à la pathologie de la grande enfance, dont on pourrait faire une annexe de la médecine des adultes; elle le doit plus à la patiiologie delà moyenne enfance; elle le doit surtout à la pathologie de la ])remière enfance, qui offre des caractères propres, que des diOerences importantes séparent de la pathologie de l'adulte et qui exige, par suite, une étude spéciale. A notre sens, aucun médecin ne devrait exercer sans avoir fait cette étude. S'il est permis à un praticien (|ui n'a pas cultivé spécialement certaines branches de la chiruigie de ne pas exécutei' l'opération de la catai'acte ou de la néphrectomie, par exemple, on ne saurait admettie qu'il ne sache pas donner des conseils sur l'alimentation des nourrissons, reconnaître et soigner un choléra infantile, découvrir la cause et établir le pronostic d'une atrophie infantile, traiter une bronchopneumonie du premier âge, ou dépister les formes larvées de la syphilis congénitale.

Quoi qu'il en soit, rien n'est plus propre à montrer ce ([u'il y a de parliculier dans la médecine de la première enfance que l'exposé des règles qui doivent présider à l'exploration clinique des nourrissons. Aussi, notre ancien élève, M. Apert, devenu maître aujourd'hui, ayant bien voulu nous demander une introduction à son Précis très étudié, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de consacrer quelques pages à ce sujet.

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