‹ Précis des maladies des enfants (volume 2)Chapitre 89 sur 263 · ANGINES PSEUDO-MEMBRANEUSES · texte numérisé non relu

ANGINES PSEUDO-MEMBRANEUSES

maladie. On peut distinguer dans ces angines primitives un certain nombre de formes.

{^Angine herpétique. — L'herpès de la gorge donne une altération de l'état général beaucoup plus intense que l'herpès des lèvresoude la muqueuse buccale. Le début de l'angine herpétique est en général marqué par un frisson, de la courbature, de la céphalalgie, de la rachialgie. La température s'élève rapidement à 39 ou 40'\ Les phénomènes locaux sont souvent insignifiants relativement à l'état général; la gorge est rouge; si elle est vue dès le début du mal, les vésicules herpétiques apparaissent comme des points brillants; mais très rapidement elles sont remplacées par de petits points blanc grisâtre circulaires, cerclés de rouge; ces très petites ulcérations se cicatrisent en deux ou trois jours, en même temps que la fièvre tombe et que l'état général se rétablit; il persiste souvent, pendant une huitaine de jours, une dépression générale plus marquée que ne semblerait devoir en donner une affection si rapide et si bénigne.

2° Angine pultacée. — Les amygdales sont grosses, tuméfiées, rouges, et recouvertes d'un exsudât blanc opalin, facilement détachable. La déglutition est douloureuse; les ganglions peuvent être atteints ; ils sont douloureux à la pression, mais en général peu tuméfiés, et jamais aussi volumineux que dans l'angine diphtérique; les mouvements du cou en sont gênés. La température s'élève à 38, 39, parfois 40''; mais le plus souvent l'état général est moins subitement et moins complètement atteint que dans la forme précédente. La maladie met un, deux ou trois jours à atteindre son acmé et met le même temps à décroître. La guérison est bientôt complète, sauf formation d'un abcès amygdalien dans un certain nombre de cas. Les ganglions reprennent en général rapidement leur état normal.

3° Angine folliculaire. — Les amygdales sont grosses, rouges, douloureuses, comme dans le cas précédent ; mais l'exsudat est disposé de tout autre façon. Il emplit les cryptes de l'amygdale, si bien qu'à la surface de cet organe chaque orifice cryptique apparaît comme un pointblancde ladimension d'une lentille; il existe ainsi cinq, huit, dix, points blancs de chaque côté. Selon les cas, les ganglions sont ou non douloureux et tuméfiés, mais jamais de façon excessive ; parfois l'exsudat s'étend à la surface de l'amygdale et peut alors simuler une angine pseudo-membraneuse ; d'autre part, dans les angines pseudomembraneuses, l'exsudat fibrineux commence quelquefois à se former dans les cryptes; il y a donc des intermédiaires entre l'angine folliculaire et l'angine pseudo-membraneuse.

4° Angines pseudo-menbraneuses. — En dehors des angines diphtériques caractérisées cliniquement par une fausse membrane Apert. — Précis des Mal. des Enfants. 14

210 ANGLNES ET AMYGDALITES.

fibrineuse, épaisse, cohérente, saillante, peu détachable, on observe des angines pseudo-membraneuses ; mais la fausse membrane y est rarement aussi caractéristique que dans la diphtérie ; elle est jaunâtre, crémeuse; elle se laisse détacher avec le tampon d'ouate; elle se désagrège dans Teau en flocons plusou moins volumineux. D'autres fois une exulcération gi'isâtre recouvre la face interne des amygdales, remonte le long des piliers, engaine la luette et simule l'angine diphtérique ; toutefois, avec un peu d'habitude, on reconnaît qu'il s'agit moins d'un exsudât fibrineux que d'une modification superficielle de la muqueuse sans production à proprement parler de fausses membranes; aussi le tampon d'ouate ne détache que des débris insignifiants. Les ganglions sont parfois légèrement tuméfiés dans cette forme, qui mérite, à juste titre, le nom dediphtéroïde.

5° Angine ulcéreuse de Vincent (fig. 33). — On observe sur une amygdale, ou plus rarement sur les deux, une ou plusieurs ulcérations ovalaires creusantes, à fond grisâtre; Fétat général est moins atteint que dans la stomatite ulcéro-membraneuse ; la salivation et la douleur sont moindres, les ganglions angulo-maxillaires légèrement tuméfiés et douloureux ; la marche est chronique ; fulcération peut persister longtemps sans grande tendance à la guérison.

G° Angine phlegmoneuse. — Le phlegmon de l'amygdale est parfois primitif ; plus souvent il se présente de la façon suivante ; l'enfant a été quelques jours souffrant de mal de gorge intense; il a eu une amygdalite douloureuse à caractère inflammatoire marqué ; puis la maladie a semblé décliner, quand est survenue une douleur vive dans une des amygdales, laquelle setumélie, devient rouge, tendue, chaude. Non seulement l'amygdale est tuméfiée, mais la paroi pharyngée sur laquelle elle repose est repoussée en dedans, le pilier antérieur est élargi et développé. La douleur est très vive, des battements se sentent dans la région ; la pression sous l'angle de la mâchoire provoque une vive douleur ; le doigt appuyant sur l'amygdale sent parfois la fluctuation, mais non toujours. Cet état dure deux ou trois jours ; parfois un abcès se forme et s'ouvre spontanément, ou est ouvert par le médecin ; d'autres fois la résolution se produit sans formation d'abcès. Un premier phlegmon de l'amygdale expose à des récidives en cas de nouvelle angine.

Diagnostic. — Le point important du diagnostic est de ne pas laisser passer une angine diphtérique, en la prenant pour une angine simple. Dans les cas d'angines pseudo-membraneuses avec exsudât étalé et ganglions, il faut, sans attendre le résultat de l'examen bactériologique, faire l'injection de sérum. Quand l'exsudat est morelé, ci'émeux, peu adhérent, dissoluble dans l'eau, quand les gan-

THAITEMENT.

glions sont peu tuméfiés, quand la fièvre et la douleur locale sont vives, ce qui n'est pas le fait de la diphtérie, il ne faut pas faire d'injection d'emblée, mais il est prudent de pratiquer l'examen bactériologi([ue. On aura parfois la surprise de trouver des bacilles dans des exsudats d'apparence folliculaire, plus rarement herpétique, ou pultacée. Bien qu'il puisse s'agir de bacilles pseudo-diphtériques, il faut dès lors se comporter comme vis-à-vis d'une angine diphtérique. Plus souvent, on trouve des streptocoques (formes pseudo-membra-

Vi^. 33. — Associatifjti ruso-.spii'ill<ui-e de Vinrent.

neuses exulcéreuses, formes folliculaires, formes pultacées), du staphylocoque (angines folliculaires et pultacées), du tétragène (angine.s pultacées; le tétragène produit en outre une angine à minuscules points blancs multiples, dile anyine sableuse) (Dieulafoy), du pneumocoque (formes rares d'angines pseudo-membraneuses), etc. L'angine de V'incent ne donne en culture que des microbes banaux ; mais l'examen direct de l'exsudat montre la même association fusospirillaire (fig. 33) que dans la stomatite ulcéro-membraneuse.

Traitement. — Dans les formes inflammatoires douloureuses, envelopper le cou d'ouate, prescrire des gargarismes chauds à l'eau de racine de guimauve ou au chlorate de potasse, des boissons chaudes éraoUientes, des badigeonnages du fond de la gorge à la glycérine

212 ABCÈS RÉTROPHARYNGIEN.

boratée ; contre la fièvre et la céphalalgie, cachets de sulfate de quinine, d'antipyrine ou d^aspirine ; celle-ci réussit très bien contre la douleur locale. Chez les jeunes enfants, les mêmes médicaments seront donnés en suppositoires.

Dans les formes ulcéreuses et pseudo-membraneuses, il faut y joindre les attouchements à la glycérine salicylée (à 1 p. 20), ou thymolée [i p. 20], au stèrésol, au bleu de méthylène, et les lavages de gorge.

Le phlegmon de l'amygdale nécessite des gargarismes ou au moins des bains de bouche (quand le gargarisme est trop douloureux) avec de l'eau de racine de guimauve et de tête de pavot très chaude ; aspirine, antipyrine, chloral ; Vincision de l'abcès est indiquée quand le doigt sent un point ramolli et que la douleur lancinante est vive ; l'évacuation du pus amènera un soulagement rapide ; mais, dans bien des cas, le phlegmon se résout sans abcès, ou encore l'abcès s'ouvre de hii-mème.

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