VIII. - ADÉNITES CERVICALES
Les ganglions lymphatiques chez l'enfant prennent facilement un accroissement considérable. 11 suffit d'une lésion banale dans le territoire lymphatique correspondant pour que le ganglion prenne parfois le volume d'une cerise ou d'une noix. Chez les enfants mal tenus, couverts de piqûres, d'excoriations, de pyodermites, on trouve constamment des ganglions plus ou moins développés dans les régions ganglionnaires. La nuque en présente d'une façon constante quand la tête des enfants est chroniquement parasitée; de même les crevasses et les excoriations du pourtour des lèvres entraînent toujours l'existence de ganglions sensibles au toucher à la région sous-maxillaire et angulo-maxillaire. Rappelons enfin la polymicroadénie des enfants tuberculeux.
En dehors de ces polyadénies chroniques, on observe assez fréquemment chez l'enfant des poussées de tuméfaction ganglionnaire,, accompagnées d'un mouvement fébrile plus ou moins prononcé. Tantôt il s'agit d'une tuméfaction modérée des ganglions du cou en général, avec ou sans participation des ganglions de la nuque, des aisselles, des aines. La fièvre disparaît en deux ou trois jours, et les ganglions ne tardent pas à s'effacer. C'est une erreur de considérer cette forme morbide comme une entité nosologique sous le nom de fièvre ganglionnaire ; en réalité, il s'agit d'une infection banale dont le point de départ est le plus souvent le rhino-pharynx. Il y a tous les passages entre ces cas de prétendue fièvre ganglionnaire et les cas d'adénite cervicale aiguë, où la tuméfaction se limite à un ou plusieursganglions angulo-maxillaires ou sous-maxillaires (fig. 36), en rapport ou non avec des lésions insignifiantes de la bouche et de la gorge. Ces ganglions se tuméfient, deviennent gros comme des cerises ou des noix, s'empâtent ; la région latérale du cou est soulevée par une saillie, sans que la coloration de la peau soit en général modifiée ; la douleur
ADENITES CERVICALES.
est souvent modérée ; la marche est torpide ; la résolution lente. \S adénite cervicale chronique succède à une adénite cervicale aiguë, ou, d'emblée chronique, s'installe insidieusement par croissance lente d'un ou plusieurs ganglions. Elle peut être enti'etenue par la persistance d'une lésion des cavités faciales, rhinite chronique, rhinopharyngite, otite, carie dentaire, ulcération gingivale. Même en ces cas, il faut craindre que l'adénite ne soit de nature tuberculeuse.
Fi?. 36.
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Lymphatiques de la face; leurs rapports avec les ganglions sous-maxillaires et angulo-maxillaires (d'après Marc André).
Anatomiquement, le ganglion tuméfié est d'abord rosé, grisâtre, opalin ; puis des foyers jaunâtres se forment à son intérieur; par leur jonction, le ganglion se caséifie dans son entier. Cette caséification peut aboutir à la sup])uration ; le ganglion se ramollit, et le pus tend à gagner la périphérie; la coque ganglionnaire s'amincit, la peau rougit, se tend, s'ulcère de l'intérieur à l'extérieur; une suppuration chronique s'établit qui ne guérira qu'en laissant des cicatrices gaufrées et pigmentées difformes. Une terminaison plus heureuse est la résorption, qui peut être complète; le ganglion devient fibreux;
SCROFULE. 'âl9
parfois même il s'incruste de dépôts calcaires; en même temps, il diminue de volume et ne persiste que sous forme de petite nodosité peu apparente.
Traitement, — La fièvre ganylionnnire impose le séjour au lit et un traitement général selon les indications symptomatiques. Les adéniles cervicales aiguës sont justiciables de Fapplication de compresses humides chaudes en permanence sur les ganglions tuméfiés; il faut rechercher et traiter, s'il est possible, la lésion de surface, qui est le point de départ de l'adénite.
Les adénites chroniques relèvent d'un traitement général^ que nous indiquons aux articles Tuberculose chronique et Scrofule. En outre, un traitement local s'impose : dans les formes torpides non ramollies, les applications locales d'huile gaïacolée, ou de compresses d'eau salée chaude, aident à la résorption ; on obtient le même résultat par les rayons X, mais peut-être pas sans inconvénient au point de vue de la suppuration ou de la généralisation; la radiothérapie ne sera conseillée que dans les très volumineuses adénopathies tout à fait toi'pides. Quand on n'arrive pas à éviter le ramollissement, la méthode sclérogène de Lannelongue peut le circonscrire et enfermer le mal dans une barrière fibreuse; elle consiste à pratiquer à la périphérie du ganglion une série de piqûres de chlorure de zinc à 1 p. 40, en déposant seulement une ou deux gouttes dans chaque piqûre. La ponction évacuatricc du ganglion suppuré avec injection de naphtol camphré ou de vaseline iodoformée sera faite quand on ne pourra plus espérer la résorption du foyer purulent. L'intervention sanglante s'impose parfois, soit l'incision franche, soit mieux, quand c'est possible, Textirpation du ganglion ou de la chaîne ganglionnaire; elle a l'avantage de substituer une cicatrice linéaire aux cicatrices difformes qu'entraîne la suppuration prolongée des foyers spontanément ouverts.