PREMIÈRE SECTION MALADIES DU CŒUR
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Particularités anatoiniques. — Au moment même de la naissance, le seul fait de l'établissement de la vie aérienne entraîne des modifications importantes dans le système circulatoire tout entier. La première inspiration a pour résultat immédiat un appel d'air et de sang dans les poumons ; le sang envoyé par le ventricule droit dans l'artère pulmonaire va dès lors totalement aux poumons, et cesse de circuler dans le canal artériel; celui-ci, n'étant plus parcouru par le sang, se resserre et finalement s'oblitère; cette oblitération est effectuée généralement au vingtième jour.
L'appel du sang vers les poumons fait sentir son action jusque dans l'oreillette droite et attire vers le ventricule droit la portion de l'ondée sanguine, qui, pendant la vie fœtale, passait dans l'oreillette gauche par le trou de Botal; celui-ci, n'étant plus traversé par le sang, se ferme peu à peu ; les valvules en forme de croissant qui le limitent en avant et en arrière s'accroissent à la rencontre l'une de l'autre et finissent par s'accoler. Parfois une adhérence s'établit entre eux et complète anatomiquement cette fermeture physiologique; d'autres fois, il subsiste une fente qui ne laisse passer le sang qu'en cas de différence de pression entre les deux cavités. L'oblitération anatomique ou au moins physiologique du trou de Botal est déjà établie dès le dixième ou douzième jour.
Dans les mois qui suivent la naissance et parfois jusqu'à l'âge de
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deux ou trois ans, on observe sur les valvules auriculo-ventriculaiies, et plus rarement sur les valvules sigmoïdes, des nodosités, dont il faut distinguer deux espèces :
1° Nodosités de Cruveilhier-AlbinL — Elles siègent sur le bord libre des valvules, se présentenlcomme de petites saillies hémisphériques de la grosseur d'une tète d'épingle, rosées, un peu translucides, en nombre variable (six à vingt) Elles diminuent de volume et disparaissent finalement quand l'enfant avance en âge. Elles sont le restant du bourrelet endocardique, aux dépens duquel se forme la valvule.
2° Hématonodules de Parrot. — Ils siègent sur les faces auriculaires des valvules auriculo-ventriculaires, spécialement sur la grande valve de la mitrale, à quelques millimètres du bord libre, au nombre de (rois, quatre, cinq, dix au plus. Ils ont l'aspect d'une minuscule hémorroïde et sont, en effet, dus, semble-t-il, à de petites ectasies capillaires formées aux dépens de vaisseaux en voie de régression (Berti). On sait, en effet, que les valvules sont primitivement vascularisées et que, dans les derniers mois de la vie fœtale, les vaisseaux disparaissent. Toutefois l'origine vasculaire des hématonodules est contestée. Pour llaushalter et Théry, il s'agirait de gouttières de la face ventriculaire de la valvule, distendues par le sang, et peu à peu transformées en diverticules, puis en petites poches qui vont faire saillie à la face auriculaire. Parrot les attribuait à des tiraillements valvulaires ayant causé la rupture des petits vaisseaux. Quoi qu'il en soit, les hématonodules sont composés d'une paroi fibreuse formant parfois des.mailles qui rappellent celles des angiomes; dans l'intérieur, de la fibrine et des globules rouges ou des dépôts d'hématoïdine. Ultérieurement, ils prennent la teinte rouillée, puis ocreuse, et disparaissent quand l'enfant avance en âge.
Le poids du cœur est à la naissance de 20 à 25 grammes, soit 9 p. 100 du poids du corps, au lieu de 5 p. 100 chez l'adulte.
Le volume moyen est de 22 centimètres cubes à la naissance, 25 à trois mois, 45 à un an, 55 à deux ans, 65 à trois ans, 72 à quatre ans, 78 à cinq ans, 84 à six ans, 94 à sept ans, 111 à dix ans, 130 à quinze ans, 177 à seize ans. Il y a donc une poussée brusque de croissance cardiaque à l'approche de la puberté. Toutefois Potain et Vaquez ont vérifié que l'augmentation du volume du cœur (mesuré par la matité cardiaque) est assez proportionnelle à celle de la section Ihoracique. La prétendue hypertrophie cardiaque décroissance n'existe donc pas. Ce que l'on observe, c'est, soit une dilatation réelle du cœur, due à un état dyspeptique ou à une tuberculose pulmonaire débutante, soit une apparence d'hypertrophie duc à
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i'étroitesse du thorax aux approches "de la puherté (voy. p. 63).
Le cœur a une forme de pyramide triangulaire plus nettement marquée chez l'enfant que chez l'adulte; le cœur du nouveau-né est dépourvu de graisse sous-péricardique ; elle ne commence à apparaître que vers le deuxième mois et reste peu abondante pendant toute la durée de l'enfance.
Les dimension* du cœur aux différentes époques sont les suivantes (Bizot)
Longueur.
Largeur.
7, no
Epaisseur.
A l'âge de six ans, l'épaisseur de la paroi ventriculaire gauche est de 10 millimètres; la droite conserve une épaisseur de 4 millimètres comme à la naissance; chez l'adulte, l'épaisseur de ces deux parois est de ib et de 5 millimètres.
Les orifices artériels mesurent (Bencke) :
Aorte. Artère
pulmonaire.
Premiers jours de la vie 2,00 2,3
Après 1 an 3,2 3,6
Après 7 ans 4,3 4,6
De 13 à 14 ans 5,00 5,2
Développement complet 6.13 6,1
Age mûr 6,80 6,5
Particularités physiologiques. — Le pouls est d'autant plus fréquent que l'enfant est plus jeune. On compte en moyenne par minute :
Dans les premières semaines 130 à 140 pulsations.
A 1 an 120
2 ans 110 -
Les pouls est très instable chez l'enfant; les inégalités et les irrégularités apparaissent facilement sous delégères influences; elles sont de règle dans les premiers jours qui suivent la défervescence des maladies fébriles, et, loin d'être d'un mauvais pronostic, elles indiquent une défervescence franche et définitive.
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D'après Potain, la pression artérielle mesurée au sphygmomanpmètre est de 8 à cinq ans et croît avec l'âge jusqu'à atteindre 17 chez l'adulte.
A l'oscillomètre de Pachon, la pression artérielle du nouveau-né est de 4 à 6 (pression minima) et de 5 à 8 (pression rnaxima) pendant le sommeil. Elle s'élève un peu, surtout en ce qui concerne la pression maxima, à l'état de veille.
Particularités sémiologiques. — La simple inspection de la région cardiaque est plus fructueuse chez l'enfant que chez l'adulte, tout au moins en ce qui concerne la seconde enfance. A cet âge, le cœur n'est séparé de la peau que par une paroi mince, peu musclée, peu chargée de graisse, et dont les éléments cartilagino-osseux sont encore très souples ; la languette pulmonaire n'amortit pas, comme chez l'adulte, une boane part du choc cardiaque. Aussi voit-on fréquemment, même en dehors de toute altération morbide, des ondulations de la paroi traduisant des excursions cardiaques. Ces ondulations deviennent de véritables soulèvements dans les affections acquises du cœur, qui, chez l'enfant, entraînent rapidement l'hypertrophie cardiaque et la voussure de laparoi.
Situation de lu pointe du cœur. — Chez le nouveau-né, la pointe du cœur, peu facile à sentir, répond au quatrième espace intercostal à 1 centimètre en dehors du mamelon, position qu'elle conserve jusque vers l'âge de cinq ans ; avec les progrès de l'âge, la pointe du cœur baisse un peu, en même temps qu'elle se rapproche de la ligne mamelonnaire ; à dix ans, elle atteint le bord supérieur de la cinquième côte et la ligne mamelonnaire ; à quatorze ans, on la voit battre dans le cinquième espace en dedans de cette ligne.
Cette position est celle qu'on observe dans le décubitus dorsal. Dans le décubitus latéral droit, la pointe se déplace en bas et en dedans ; le déplacement est de 15 millimètres environ. Dans le décubitus latéral gauche, la pointe se dévie fortement à gaucheeten bas ; d'après E. Terrien, à cinq ans, la déviation transversale est de 18 à 20 millimètres, rabaissement de 5 millimètres; vers sept ans, la déviation transversale atteint 22 millimètres, l'abaissement 14 millimètres; de douze à quinze ans, la déviation horizonlale est de 30 millimètres, le déplacement vertical de 20 à 2b millimètres.
Aire de mutité cardiaque. — Potain et Vaquez donnent les chiffres suivants : cinq ans, 28 centimètres carrés ; six ans, 38 ; sept ans, 43; huit ans, 41 ; neuf ans, 43 ; dix ans, 45 ; onze ans, 47 ; douze ans, 50; treize ans, 55; quatorze ans, 65; quinze ans, 73; seize ans. 78; dix-sept ans, 77; dix-huit ans, 76 ; dix-neuf ans, 81.
Cette aire esta peu près proportionnelle à la section thoracique.
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Souffles inorganiques. — On ne les observe pas avant l'âge de trois ans ; après cet âge, ils restent rares et siègent presque toujours à la base, en sorte qu'un souffle bien caractérisé de la pointe permet de conclure avec une certitude presque absolue à une lésion orificielle. Cette rareté îles souffles inorganiques tient à ce que le cœur de l'enfant n'est que tardivement recouvert par la languette pulmonaire; aussi les souffles cardio-pulmonaires ne peuvent pas se produire.