V. — CHLOROSE DES NOURRISSONS
La chlorose des jeunes filles, maladie presque constamment postérieure à l'établissement de la puberté, ne rentre pas dans le cadre des maladies de l'enfance et ne sera pas étudiée ici.
Mais on rencontre dans la première enfance un type d'anémie essentielle, qui semble bien relever d'une insuffisance d'utilisation en d'apport duferalimentaire; il se présente avec tous les caractères de la chlorose des jeunes filles et se différencie des anémies symptomatiques de la même façon que cette dernière.
C'est surtout entre un à deux ans que l'on rencontre cet état, chez des enfants en général encore soumis au régime lacté exclusif ou presque exclusif.
La face est d'une pâleur de cire, marquée surtout au front, au pourtour des yeux, du nez et de la bouche ; elle a des reflets jaune verdàtre; les oreilles sont translucides et à peine rosées; les lèvres sont décolorées, ainsi que la muqueuse buccale et la muqueuse conjonctivale. L'embonpoint subsiste, la croissance n'est pas retardée ; mais les chairs sont molles, flasques; l'enfant n'a pas la vivacité, la gaité de son âge; l'appétit est capricieux; la constipation est la règle.
L'auscultation ne révèle rien de particulier, ni du côté des poumons, ni du côté du cœur, sinon une grande instabilité du rythme cardiaque, qui s'accélère à la moindre émotion. Les souffles extracardiaques, qui sont la règle chez les adolescents chlorotiques, ne s'observent pas dans le jeune âge. Le foie et la rate ne sont pas augmentés de volume.
;ii.i maladies du sang et des organes uemopoiétiques.
L'examen du sang montre que le nombre des globules rouges est diminué, mais moins que ne le ferait supposer la pâleur de l'enfant ; on trouve des chiffres de 2,5 à 3 millions de globules, peu différents de la normale à cet âge. En revanche, l'hémoglobine est très diminuée [uligosiderhémie de Hist), la valeur globulaire est par suite très basse ; cela ne tient pas à une diminution de volume des hématies ; elles sont de dimensions normales, et parfois même exagérées; mais elles ne sont pas riches en hémoglobine (J. Halte et J. Jolly).
Diagnostic. — Les caractères du sang différencient suffisamment la chlorose des anémies symptomatiques, ainsi que de l'anémie splénique, de l'anémie pernicieuse et de la leucémie. Mais déjà, avant l'examen du sang, le diagnosLic peut être posé avec une grande chance de certitude.
L'absence de tuméfaction de la rate, du foie, des glandes lymphatiques permet d'écarter la leucémie et l'anémie splénique, maladies dans lesquelles l'état général est du reste fort altéré.
Les anémies symptomatiques des dyspepsies chroniques de la première enfance, du rachitisme, des convalescences de maladies aiguës, de la tuberculose disséminée chronique, de la syphilis héréditaire s'accompagnent de maigreur, et on a les signes ou les commémoratifs de l'affection causale. Enfin la teinte pâle des téguments n'est pas la même ; elle est générale, sans les tons rosés ni les reflets verdâtres que l'on voit dans la chlorose. L'anémie symplomatique ne dépend pas, comme la chlorose, d'un manque de fer, mais d'une insuffisance générale de vitalité de tous les tissus, à laquelle participe le tissu sanguin ; aussi le traitement ferrugineux n'a pas d'effet dans ce dernier cas, ce qui est encore un moyen de diagnostic.
Dans l'anémie pernicieuse progressive, exceptionnelle du reste chez l'enfant, il existe des hémorragies, des œdèmes, de la dyspnée, des troubles digestifs, qui manquent ou sont infiniment moins marqués dans la chlorose.
Patbogénie et traitement. — La chlorose des nourrissons guérit rapidement par un régime apportant à l'enfant du fer sous forme assimilable. Il faut donner par jo-ut un ou deux jaunes d'œufs selon l'âge, ou une ou deux purées de lentilles ou d'avoine. On peut aussi donner une cuillerée à café de jus de viande saignante, ou même un peu de viande pulpée. C'est avec une rapidité surprenante qu'on voit les couleurs revenir et la chlorose disparaître.
Le merveilleux effet du traitement montre quelle est la pathogénie ; il s'agit d'un apport insuffisant de fer alimentaire ; le lait est un aliment très pauvre en fer, puisqu'il en contient seulement0«r,005 par litre; or la masse sanguine et 1a masse musculaire augmentent