SOINS A DONNER AUX NOUVEAU-NÉS ET AUX NOURRISSONS
jambes l'angle inférieur de la couche de toile ; la femiiiC relève cet angle au-devant du ventre de l'enfant, rabat de même les angles latéraux en avant et en bas ; la serviette-éponge est de même repliée entre les jambes de l'enfant. Puis le bord supérieur du lange de laine est roulé autour de la ceinture de l'enfant, par-dessus les brassières et fixé par une épingle de sûreté ; le bord inférieur est replié au-
Fig. 10. — Emmaillotage.
devant de l'enfant, et les angles latéraux de la partie repliée sont attachés l'un à l'autre en arrière par une épingle de sûreté; il faut avoir soin de ne pas les serrer, de façon à ce que la partie inférieure du maillot reste lâche de manière à laisser de la liberté de mouvement aux jambes de l'enfant (fig. 10).
Ainsi emmailloté, l'enfant est mis dans son berceau ; dans les premiers jours, il ne quittera son berceau que pour la tétée et pour le change ; il ne faut pas l'habituer à être porté dans les bras ; il faut encore plus se garder de le placer dans le lit de sa mère; des enfants
ont été ainsi étouffés, la mère s'étant endormie à côté d'eux, et s'étant retournée sur son enfant en dormant.
Quand l'enfant prend de l'âge, quelques modifications sont nécessaires. Pour les sorties, il faut lui mettre un bonnet et une capeline, une robe longue et un manteau. Dans le courant du troisième mois, la sangle de toile forte devient inutile pour soutenir la colonne vertébrale de l'enfant plus robuste ; elle le gênerait même dans ses tentatives pour se mettre sur son séant; on la remplace par un corseletbrassière. On remplacera alors aussi le lange triangulaire parla culotte à pont triangulaire se boutonnant au corselet : elle est en toile, en piqué ou en flanelle, selon la saison. Quant au maillot, l'époque à laquelle il faut le supprimer varie avec la robustesse de l'enfant et avec la saison. 11 faut se rappeler que l'enfant 'a une surface relativement étendue pour un volume très petit et par suite se refroidit facilement; c'est seulement quand iL est fort et qu'il fait cbaud qu'on peut sans inconvénient le laisser les jambes nues.
Vers huit ou dix mois, on commence à mettre à l'enfant de petits souliers souples pour faciliter ses tentatives de se dresser le long des meubles.
Couchage. — Le berceau du nouveau-né n'a pas besoin d'être profond, comme plus tard, quand l'enfant commencera à se dresser sur son lit; aussi il ne faut pas craindre d'y mettre des matelas épais, en balle d'avoine, facilement renouvelable. Au-dessus, on dispose un feutre absorbant épais, dont il faut avoir le double pour remplacer celui qui est mouillé pendant qu'il sèche. Enfin deux draps, une ou deux couvertures, un couvre-pied, un oreiller.
L'enfant est placé sur le dos, mais un peu incliné sur le côté ; dans cette position, s'il a une régurgitation, elle sort facilement par l'angle buccal, tombe sur un mouchoir qu'on a soin dp disposer contre la tête de l'enfant; elle ne souille ni le lit, ni le fichu-bavette.
Ce berceau pourra servir à l'enfant jusqu'à l'âge de deux ans; quand l'enfant commence à se dresser surson séant, il faut diminuer l'épaisseur des matelas et entourer le berceau d'un filet adapté à la tige qui surmonte le berceau, afin de prévenir les chutes.
Sommeil. — L'enfant nouveau-né dort presqueconstamment dans l'intervalle des tétées. Ultérieurement, les périodes de sommeil sont coupées par des intervalles de veille. En donnant à l'enfant des tétées à heure fixe, il prend facilement l'habitude de s'endormir et de se réveiller la nuit au moment de la tétée; il la réclame par ses cris; il se rendort sitôt la tétée; dans le jour, il dort cinq à six heures dans les premiers mois, deux à trois heures dans le second semestre; on habitue facilement l'enfant à s'endormir à l'heure que l'on désire, sui-
vant la saison, de façon à le faire dormir l'été pendant les heures chaudes du milieu du jour et, .au contraire, l'hiver, à réserver ces heures pour les sorties.
Sorties. — On peut commencer à sortir le nouveauté huit jours après la naissance, quand le temps n'est pas trop mauvais. Dans les premiers mois, il faut le porter à bras; la petite voiture, même avec desboules d'eau chaude, expose le nouveau-né aux refroidissements et ne devra être employée que quand l'enfant aura déjà plusieurs mois.
Bains. — Le bain journalier est utile pour les six premiers mois I ultérieurement, on pourra ne le donner que tous les deux, puis tous les trois jours.
A. Allaitement au sein. — Le sein maternel est le seul mode d'alimentation adapté parfaitement à l'organisme du nouveau-né. Le médecin ne détournera la mère d'allaiter son enfant que dans un certain nombre de cas bien limités : tuberculose, affections cardiaques. La tuberculose constitue une contre-indication formelle; en général, la tuberculose suspend, pendant la grossesse, sa marche progressive ; mais, après les couches, elle subit une poussée souvent difficile à enrayer; si la fatigue de l'allaitement s'y joint, cette poussée devient rapidement grave. Les cardiopathies contre-indiquent également l'allaitement ; la cardiaque supporte mal la grossesse et arrive souvent très fatiguée au terme ; elle se remettrait mal, incomplètement, lentement, si elle s'imposait, en outre, les fatigues de l'allaitement. Les affections chroniques non cachectisantes ne sont pas toujours une contre-indication à l'allaitement. J'ai vu des femmes émettant plusieurs grammes d'albumine par jour nourrir sans inconvénient exclusivement au sein jusqu'à trois ou quatre mois, puis jusqu'à huit et dix mois, en combinant le sein et le biberon.
Réglementation de l'allaitement au sein dans les premiers jours. — ■ Dès le premier jour, l'enfant est mis une ou deux fois au sein de sa mère ; il faut profiter d'un moment où il entrouvre la bouche pour appliquer celle-ci contre le mamelon. En général, le contact du mamelon provoque le réflexe de préhension buccale et de succion ; mais, après quelques mouvements irréguliers de succion, l'enfant s'arrête; il faut l'exciter à continuer en le secouant, en lui titillant les coins de la bouche ; il y a là une véritable éducation à faire; elle est plus ou moins facile et plus ou moins prompte selon les enfants. Dans les premiers jours, l'enfant suce d'autant moins que la succion n'amène que des quantités infinitésimales de lait. 11 faut néanmoins, dès le second jour, le mettre toutes les trois heures alternativement
à un des seins. En pesant l'enfant avant, et après chaque tétée, on sait combien il absorbe de lait. Le tableau suivant donne la moyenne des quantités que prend l'enfant nouveau-né dans les premiers jours :
Age
Nombre de tétées en 24 heures.
i« jour 0
5° au 10e 11» au 30»
jour. . . .
jour....
Quantité de lait par tétée.
gr-
Quantité de lait en 24 heures.
gr- 200 à 320 320 à 600
Ce tableau donne des chiffres moyens. On observe de grandes variations individuelles. La montée du lait se fait plus tôt et plus
abondamment chez les multipares ayant déjà nourri que chez les primipares. Elle est aidée par l'énergique succion d'un nourrisson vigoureux; au contraire, si l'enfant est faible et tire peu ou pas, la sécrétion n'est pas activée. Enfin il y a des dispositions particulières; certaines races, certaines familles fournissent d'excellentes nourrices; il y a, /au contraire, des femmes qui n'ont jamais qu'un lait peu abondant et peu durable.
L'agalactie complète est toutefois exceptionnelle. Avec quelque persévérance, on arrive le plus souvent à permettre aux mères dont les seins paraissaient d'abord les plus rebelles de fournir aux besoins de leur enfant, du moins pendant les premiers mois.
Pour arriver à ce résultat, quand une femme n'a dans la première semaine qu'une sécrétion peu abondante, il importe néanmoins de mettre l'enfant au sein quand l'heure de la tétée est venue et de l'y laisser cinq minutes. Si l'enfant ne tire pas suffisamment pour exciter la sécrétion lactée, on peut employer la téterelle d'Auvard (fig. 11), qui permet à la mère de pratiquer elle-même l'aspiration sur son sein. Il faut toutefois toujours commencer par mettre l'enfant au sein, sans quoi il s'habituerait à ne pas tirer. Si, malgré l'emploi de la téterelle, la quantité de lait
H. — Téterelle d'Auvard.
ALIMENTATION. i 45
fournie est insuffisante dans les premiers jours, on complétera chaque tétée par des cuillerées à café de lait d'ânesse pur, ou à défaut, de lait de vache bouilli coupé par moitié d'eau bouillie. Ce n'est que bien rarement que le lait sera fourni en quantité insuffisante malgré ces soins. Il faudra alors se décider à l'allaitement mixte.
Difficultés des débuts de l'allaitement. — Le mamelon peut être congénitalement mal conformé, court, rentré, ombiliqué ; cette conformation est ordinairement bilatérale ; d'autres fois, des cicatrices de plaies ou de brûlures ont déformé le bout du sein. Dans ces cas, l'interposition d'une téterelle (fig. 12) s'impose. Il arrive toutefois, quand la malformation est peu prononcée, qu'au bout d'un certain temps le mamelon se redresse et que l'enfant, plus vigoureux, arrive à se passer de la téterelle.
Assez fréquemment, lors d'une première nourriture, les premières succions de l'enfant sont douloureuses; pour prévenir le découragement de la mère, il importe de l'avertir que cette douleur disparaîtra bientôt.
Fig. 12. — Téterelle bout de sein.
Crevasses du mamelon. — Beaucoup plus ennuyeuses sont les gerçures et les crevasses du mamelon. Si on ne les traite pas convenablement dès le début, elles peuvent s'aggraver, devenir très douloureuses, causer même des lymphangites, des galactophorites, des abcès, et obliger à cesser l'allaitement. Aussi il est bon, dans les premiers jours de l'allaitement, de continuer sur les mamelons les frietions à l'alcool, qui ont été faites dans le dernier mois de la grossesse; après chaque tétée, on lavera le bout du sein avec de l'alcool coupé de moitié d'eau ; on aura soin ensuite de sécher le mamelon avec le plus grand soin, car c'est la persistance de l'humidité qui est la grande cause des gerçures ; puis on saupoudrera le
mamelon de poudre de sous-nitrate de bismuth, qu'on aura soin d'enlever bien complètement au début de la tétée suivante avec un tampon d'ouate imbibé d'eau bouillie.
Traitement des crevasses du mamelon. — Le point le plus important est de prévenir le mâchonnement du mamelon et son imbibition par le lait lors des tétées. Il est de toute nécessité d'employer la téterelle jusqu'à ce que la crevasse soit complètement guérie, et et même encore dansles huit jours qui suivent, sous peine de la voir récidiver. On fera en outre, après les tétées, des attouchements avec un pinceau imbibé du collutoire suivant :
Orthoforme 5 grammes.
Éther Q. S. pour dissoudre.
Huile d'amandes douces Q. S. pour 30 grammes.
Ou encore on saupoudrera la gerçure de poudre d'orthoforme, qui est à la fois cicatrisante, anesthésiante et antiseptique.
Dans les cas rebelles, on peut, une fois par jour, anesthésier le ' mamelon en appliquant sur la crevasse un tampon imbibé de solution de cocaïne à 10 p. 100, attendre deux minutes que l'anesthésie soit bien établie, et toucher toute l'étendue de la crevasse à la teinture d'iode. Il faut avoir soin de déplisser complètement le mamelon pour découvrir les petites crevasses parfois multiples.
Dans l'intervalle des tétées, il faut mettre un pansement sur le mamelon. Ce sera un tampon imbibé de glycérine boratée, si la crevasse n'est pas enflammée.
Glycérine 30 grammes.
Borate de soude b —
ou
Eau de roses 40 —
Glycérine 20 —
Borate de soude 8 —
Teinture de benjoin 8 —
(M au fan).
Si la crevasse est entourée d'un cercle rouge, ou si le suintement estpurulent, c'est un pansement humide avec des compresses d'eau bouillie qu'il faut faire. Toutefois il ne faut pas continuer ce pansement longtemps sous peine de produire des lésions de macération. Dès que celles-ci menacent, il faut revenir au pansement glycérine ou au pansement sec.
Choix d'une nourrice. — Quand la mère ne peut pas nourrir au moins partiellement, il vaut mieux mettre l'enfant au sein d'une nourrice mercenaire que de le mettre d'emblée à l'allaitement artificiel. Toutefois, dans les milieux sociaux où la charge d'une nourrice sur lieux est trop forte pour les parents, mieux vaut le biberon
donné par une mère dévouée que l'allaitement soi-disant au sein d'une nourrice qui emporte l'enfant loin dé toute surveillance. Je ne parlerai donc que des nourrices sur lieu.
A Paris, pour avoir une nourrice, il faut se rendre à un bureau de placement spécial, dont il existe une douzaine. 11 faut donner la préférence à une multipare de vingt à trente-deux ans, s'assurer de l'intégrité de ses organes, faire porter surtout l'investigation sur la syphilis et la tuberculose, regarder la gorge, rechercher les ganglions cervicaux et inguinaux, ausculter les sommets. Les primi-
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Fig. 13. — Lait de femme (Examen microscopique a ["tHat frais, grossissement 400).
pares donnent moins de sécurité pour la durée et l'abondance delà lactation. Les femmes brunes, pas trop grasses, calmes, ayant bonne dentition et bonne physionomie, sont les meilleures nourrices, 11 faut s'assurer que le sein est ferme, plus glanduleux que graisseux, et les mamelons en bon état. Les analyses chimiques du lait ne sont pas indispensables. Elles aboutiraient même souvent à des conclusions erronées, tant la composition du lait est susceptible de variations momentanées. Le meilleur réactif de la valeur nutritive du lait est la bonne apparence du nourrisson. On se fera présenter l'enfant de la nourrice, on s'assurera de son bon état nutritif, on vérifiera qu'il n'a pas d'érythème fessier, témoignage de troubles digestifs. ,
On peut toutefois être amené à incriminer une composition anormale du lait en présence de certains troubles de nutrition ou de digestion de l'enfant. Il faut donc connaître la composition normale du lait. On peut considérer comme normal un lait dont les va-
nations se maintiennent à l'intérieur des limites suivantes. Nous donnons à côté pour comparaison les chiffres se rapportant aux laits animaux les plus employés :
Femme. Vache. Chèvre. Anesse.
Densité à 15°.. 1 027 à 1 032 1 030 à 1 03G 1 032 à 1 038 1 030 à 1 036
Caséine 10 à 20 20 à 50 25 à 60 10 à 20
Lactose ..." 55 à 70 50 à 60 40 à 50 50 à 65
Beurre 25 à 60 30 à 80 40 à 90 10 à 40
Sels 1 à 4 4à8 5 à 10 3 à 7
L'analyse chimique courante ne révèle ici dans le lait, ni la disparition ou la modification des ferments qui y existent normalement, ni la présence de composés albuminoïdes toxiques qui, dans des cas heureusement très exceptionnels, rendent le lait de certaines femmes complètement impropre à l'allaitement. En somme les
Fig. 14. — Colostrum (Examen microscopique a letat frais, grossissement 400).
altérations qu'il serait le plus important de connaître sont justement celles qui échappent au Chimiste.
L'examen microscopique donne parfois des renseignements plus utiles. Dans le lait de femme en bon état de lactation, les globules graisseux sont d'inégale grosseur mais de répartition uniforme (tig. 13) et il n'y a aucun corpuscule colostral. Quand le lait tend à reprendre un aspect microscopique se rapprochant de celui du colostrum (tig. 14), c'est-à-dire du liquide sécrété par le sein au cours de la grossesse et dans les premiers jours qui suivent ['allaitement, c'est l'indice qu'il existe un trouble de sécrétion lactée.
Il ne faut pas prendre une nourrice trop tût après l'accouchement;
il faut qu'elle soit complètement remise, que toute trace de lochies ait disparu, que la sécrétion lactée soit avec certitude bien établie; aussi ne prendra-t-on pas de nourrices accouchées depuis moins de deux mois. Il ne faudra pas non plus en prendre accouchées depuis trop longtemps, sous risque de voir la lactation s'épuiser trop tôt.
Les premiers jours de nourriture sont une période critique; ou bien le nouveau-né, en présence d'un sein dont la sécrétion est abondante et bien établie, prend trop et a des troubles digestifs par suralimentation ; ou bien il tire peu, et la sécrétion a tendance à se tarir. Souve'nt aussi la fatigue du voyage récent, le chagrin de quitter son enfant, l'ahurissement de se trouver dans un milieu tout nouveau pour elle, la crainte de ne pas convenir impressionnent mal la nourrice et retentissent sur la qualité et la quantité de son lait, surtout si elle en est à sa première nourriture ; si elle voit alors son lait diminuer ou son nourrisson avoir de la diarrhée, et les parents la lui attribuer, elle s'inquiète davantage encore, et c'est un cercle vicieux. Le plus souvent, avec un peu de patience, et si on réconforle la nourrice par de bonnes assurances, tout s'arrange, et la nourriture prend un cours heureux.
On peut aider au rétablissement d'une sécrétion lactée momentanément insuffisante par l'administration de substances réputées galactagogues, telles que le fenouil, qui se prend en tisanes, ou le galega, dont on emploie l'extrait sec incorporé à un sirop :
Extrait de galega 10 grammes.
Sirop simple. .- 200 —
Trois à quatre cuillerées à soupe par vingt-quatre heures.
On peut encore employer les injections sous-cutanées de sérum lactose à la dose de 200 à 300 grammes.
Lactose cristallisée pure 66 grammes.
Chlorure de sodium 3
Glycérophosphate de soude 4 —
Eau Q. S. pour 1 litre.
Allaitement animal. — Quand la mère est dans l'impossibilité de nourrir, fût-ce partiellement, et que des raisons pécuniaires ou autres empêchent de la remplacer par une nourrice sur lieu, on mettra par pis-aller l'enfant au lait animal. A la campagne, l'ânesse,
Apeht. — Mal. des Enfants, S« édil. *
la brebis, la chèvre peuvent être d'excellentes nourrices, et on peut, faire téter directement l'enfant à leur pis, ce qui évite les ennuis et les risques de l'allaitement au biberon. Certaines races de chèvres ont été sélectionnées au point de vue de l'allaitement (chèvres alpines blanches); on est arrivé à avoir des lignées qui donnent un lait sans odeur et se rapprochant sensiblement pour la quantité de graisse et de caséine de la composition chimique du lait de femme ; la chèvre ordinaire, malgré la teneur élevée de son lait en caséine, est souvent une excellente nourrice, surtout pour les enfants de plus de quelques mois.
B. Allaitement au biberon. — Dans les villes, l'allaitement au pis n'est pas possible; cest au lait de vache donné au biberon qu'il faut avoir recours.
Différents laits. — A Paris, trois sortes de lait sont mises par le commerce à la disposition du public.
1° Le lait d'usage commun. — Ce lait provient des fermes des régions laitières de tout le bassin de la Seine et d'une partie de celui de la Loire. Un laitier en gros a des voitures qui passent journellement dans chaque ferme recueillir le lait des vingt-quatre heures et concentre ce « lait de ramassage » en un point central, j^'ès d'une station de chemin de fer. Là le lait est soumis à la pasteurisation, c'est-à-dire porté à 70° et brusquement refroidi à 10" dans des appareils ad hoc. Grâce à cette précaution, il supportera, même par les chaleurs de l'été, le voyage en chemin de fer; il est expédié de façon àarriveràParis dans la nuit et pour être distribué de bon malin aux détaillants ou aux particuliers.
2° Le lait des vacheries parisiennes ou suburbaines. — Ce lait est livré directement par le producteur au client, généralement en bouteilles de verre ou de porcelaine. 11 est à recommander, car, dans le ressort de la préfecture de police, les vacheries sont soumises à un contrôle sévère, réclamé du reste par les éleveurs parisiens euxmêmes afin de donner à leurs produits des garanties spéciales. 11 s'est fondé, en outre, depuis une dizaine d'années, à Paris ou dans les environs immédiats, un certain nombre de vacheries qui se sont spécialisées dans laproduction du lait pour nourrissons. Les vaches sont scientifiquement choisies, soumises à l'épreuve de la tuberculine, nourries rationnellement, et autant que possible laissées jour et nuit au plein air. Plusieurs de ces laiteries prétendent recueillir le lait avec des précautions aseptiques suffisantes pour qu'on puisse le donner à l'enfant tel qu'il est livré, sans qu'il soit besoin de le stériliser. Il ne faut pas se fier complètement à cette assertion et, sauf indication spéciale (scorbut, certaines dypsepsies), il est prudent
de faire bouillir ce lait. D'autre part, il a l'inconvénient de revenir très cher.
3° Les laits de conserve. — Ce sont des laits répartis en petits récipients hermétiques d'un quart de litre et portés à une température de 108°, qui leur assure une conservation très prolongée, tant que le récipient n'est pas ouvert. Le plus souvent, le lait n'a subi antérieurement à cette stérilisation aucune préparation. Toutefois un certain nombre d'industriels préparent pour les nourrissons des laits modifiés, qui prétendent se rapprocher à divers points de vue du lait de femme. Ils sont, soit privés de l'excès de caséine par centrifugation [lait humanné), soit additionnés d'eau lactosée et de crème (lait maternisé), soit atkii.tionnés de ferments (lait peplonisé de Backhaus), soit émulsionnés ou pulvérisés sous pression (lait fixé, lait homogénisé), soit oxygénés, ou encore l'industriel combine plusieurs de ces modifications. La plupart de ces laits, et en particulier le lait homogénisé, sont bien supportés par les enfants dyspeptiques, mais leur usage prolongé entraîne des troubles anémiques et même le scorbut (voy. plus loin Scorbut infantile). Ils peuvent être employés chez les enfants dyspeptiques, en surveillant l'enfant; mais, pour l'usage habituel du nourrisson bien portant, si on emploie un lait industriel, il faut que ce lait n'ait subi aucune manipulation et soit du lait simplement stérilisé à 108°.
A ces laits, il faut ajouter les laits concentrés, les laits condensés et les laits desséchés. Les laits concentrés ont subi une évaporation partielle par la chaleur, suffisante pour les concentrer fortement, et leur donner une consistance pâteuse; ils sont conservés par stéririlisation et régénèrent par addition d'eau un lait de composition normale, à condition qu'ils n'aient pas été préalablement écrémés, comme cela est fréquent.
Les laits condensés sont d'abord concentrés, puis pour faciliter leur conservation, ils sont additionnés de plus ou moins de sucre, et conservés en boîtes de fer-blanc soudées ; une petite quantité de ce lait, additionnée d'eau, régénère un Jait normal, mais toutefois altéré dans son goût et sa coloration par la caramélisation du sucre (le lait, ou par la quantité exagérée de sucre.
Les laits desséchés, ou poudres de lait, ont les avantages des laits condensés sans avoir leurs inconvénients. Ils sont préparés par divers procédés dont le meilleur est le suivant : on fait tomber le lait en lame très mince à la surface d'un cylindre métallique en rotation rapide et porté à haute température. Le lait se dessèche immédiatement en une mince écaille qu'une lame métallique détache du cylindre et réduit en poudre. Il y a dans le commerce
trois sortes de ces laits, selon qu'ils ont été, avant la dessiccation, écrémés totalement, écrémés partiellement ou non écrémés. Ces derniers se conservent moins longtemps et sont susceptibles de prendre un goût de rance, mais seulement après quelques mois. Les premiers ont, en outre, des indications spéciales pour les enfants nouveau-nés, débiles, malingres ou dyspeptiques. Les uns et les autres s'emploient en délayant la poudre de lait dans la quantité d'eau suffisante pour remplacer l'eau évaporée. Le goût et l'apparence sont tellement ceux du lait frais qu'il est impossible de les distinguer.
L'usage des poudres de lait est appelé à rendre de grands services, non seulement au cours des voyages maritimes, et dans certaines régions dépourvues de fermes laitières, mais encore dans les milieux ouvriers des grandes villes, car leur emploi permet d'éviter la soxhlétisation, opération délicate et susceptible d'être parfois mal effectuée par des mères ignorantes ou accablées de besogne.
Stérilisation du lait. — Le lait doit être donné à l'enfant exempt de germes pathogènes. Les laits stérilisés industriellement donnent à cet égard toute sécurité. A 108°, tous les germes sont tués, et on n'a pas encore la caramélisation du sucre de lait, qui modifie le goût et l'aspect et a fait renoncer à la stérilisation à 120°. Le lait des vaches tuberculinées avec résultat négatif, recueilli avec de soigneuses précautions aseptiques et consommé dans les vingt-quatre heures, donne également une sécurité suffisante; il a l'avantage de n'avotr subi aucune cuisson altérant le goût et détruisant les ferments ; certains enfants dyspeptiques ou eczémateux supporter! mal les laits cuits ; il sera indiqué de les mettre au lait cru, et seul le lait ainsi recueilli peut alors remplacer le lait de femme. Les laits condensés et les laits en poudre, à condition que les boîtes une fois ouvertes soient bien tenues closes, à l'abri des poussières, et à condition qu'ils soient dilués dans de l'eau bouillie, n'ont pas non plus besoin de subir la stérilisation. Dans tous les autres cas, le lait doit, avant d'être donné à l'enfant, être soumis à domicile à une préparation destinée à détruire les germes pathogènes. La pasteurisation, qu'ont subie la plupart des laits livrés à Paris et dans les grandes villes, laisse subsister les spores et certains germes résistants ; elle enraye seulement leur développement. 11 faut donc la compléter.
La simple ébullition pendant dix minutes stérilise suffisamment le lait; elle le concentre toutefois un peu ; elle altère un peu le goût du lait, en provoquant l'évaporation des substances volatiles et, sans doute aussi, en modifiant de façon encore mal déterminée les élémenls albuminoïdes les plus fragiles du lait. On évite en partie
ces légers inconvénients en employant la stérilisation au bainmarie à l'eau bouillante ou soxhlétisation. Le lait bout à 101 ou 102°; en plongeant dans l'eau bouillante des bouteilles le contenant, on le porte aux environs de 100°, température suffisante pour annihiler les germes, insuffisante à faire bouillir le lait; le lait ainsi traité est beaucoup moins modifié que par l'ébullition.
Pour rendre cette stérilisation à domicile, ou soxhlétisation, plus facile aux mères, on a combiné divers appareils. Us sont tous construits sur le même principe (fig. 15) : une grande marmite renferme un dispositif qui supporte huit bouteilles-biberons pour les huit
Fig. 15 — Stérilisa eur de S<-ïhlul-Budin.
tétées des vingt-quatre heures; chaque biberon est de 200 grammes, et porte une graduation de 10 en 10 grammes. On met dans chaque biberon la quanti té de lait nécessaire additionnée ou non d'eau sucrée; on emplit la marmite d'eau, de façon que les bouteilles plongent dans l'eau dans leurs deux tiers inférieurs; on met sur le feu et on prolonge l'ébullition dix minutes. 11 est bon d'avoir huit tétines et de placer dans le stérilisateur les biberons armés chacun de sa tétine. On fait actuellement des tétines qui supportent assez bien la vapeur d'eau pour qu'on n'ait besoin de les remplacer qu'à intervalles de plusieurs mois.
Après chaque tétée, il faut laver soigneusement le biberon pour le débarrasser des parcelles de crème et des grumeaux de lait qui y fermenteraient ; les biberons les plus facilement nettoyables sont les meilleurs ; de même la tétine est retournée en doigt de gant et nettoyée avec soin ; on laisse les tétines plongées clans l'eau bouillie jusqu'au lendemain matin.
Coupage du lait. — On a cru longtemps nécessaire de ramener par addition d'eau et de lactose le lait de vache à une composition chimique plus voisine de celle du lait de femme. En réalité, la composition chimique du lait do femme est très variable, et la teneur du lait en caséine, beurre et lactose, n'a qu'une influence faible sur la façon dont le lait est supporté. Budin a montré que les nouveau-nés supportent en général aisément le lait pur. Cependant il est incontestable que les enfants nourris dès les premiers jours au lait de vache pur présentent ultérieurement, au bout de plusieurs semaines ou plusieurs mois, une dyspepsie spéciale, la dyspepsie du lait de vache pur, caractérisée par la constipation, l'obésité, la tuméfaction du ventre, la tendance aux vomissements. Ces inconvénients ne se produisent plus quand on a soin de couper d'eau le lait de vache. On fera ce coupage avec de l'eau bouillie sucrée à 10 p. 100. Dans les cinq ou six premiers jours, le coupage sera fait par moitié, puis on l'abaissera au tiers. Le nombre de télées, la quantité de liquide à faire absorber et les intervalles des tétées seront à peu près les mêmes que pour les nouveau-nés au sein.
G. Réglementation de l'allaitement. — Au fur et à mesure que l'enfant grossit, la quantité de lait nécessaire à son entretien augmente, mais elle augmente moins rapidement que le poids luimême. Cela se comprend : la ration alimentaire dépend à la fois du volume et de la surface ; la surface du nourrisson augmente moins rapidement que son poids. La quantité de lait à donner par tétée augmentera donc avec l'âge, mais non pas proportionnellement au poids. D'autre part, à mesure que la quantité de lait augmente, la durée de la digestion augmente également, et il faut espacer les tétées. L'expérience a permis d'établir, relativement au nombre, à l'intervalle et à la quantité des tétées, des tableaux qui varient un pne selon les auteurs, mais dans des limites assez étroites. Les tableaux ci-contre sont ceux donnés par M. Marfan dans sou Traite de l allaitement.
Allaitement au sein.
Nombre de repas Quantité de lait Quantité de lait
Age. par 24 heures. par tétée. par 24 heures.
?r- ST-
1" jour 0 0 0
2 mois 8 80 640
Allaitement au biberon.
Ce tableau ne s'applique qu'aux enfants sains et de poids normal. Pendant les fortes chaleurs, ces rations doivent être plutôt un peu diminuées.
1er
Nombre de repas Age. en 24 heures.
jour aucun
Quantité à chaque repas
5 ou 6
3e — 6 ou 7
3 mois 7
de lait.
d'eau
A partir du 7" jour et pendant les deux premiers mois, on ajoute à chaque biberon à peu près une demi-cuillerée à café de sucre en poudre; à partir du 3e mois, on ajoute à chaque biberon,
à peu près une cuillerée à café de sucre en poudre (une cuillerée pas trop pleine).
Les quantités indiquées dans ces tableaux se rapportent à un enfant de poids moyen. Il faut leur faire subir des corrections quand le poids de l'enfant est notablement inférieur à celui de son âge. 11 est, du reste, possible d'établir des rapports simples entre le poids de l'enfant et la quantité de lait qu'il doit prendre par tétées et par vingt-quatre heures. Us sont résumés dans les prescriptions suivantes, applicables à partir de la troisième semaine de vie jusqu'à la fin de la première année.
1° Ration journalière. — Elle est égale au dixième du poids de l'enfant, augmenté de 200 grammes.
2° Quantité par tétée. — Elle est égale au cinquantième du poids de l'enfant.
Le nombre de tétées à donner par jour et leur espacement se déduisent de la comparaison des deux chiffres ci-dessus, en divisant le premier par le second.
En appliquant ces deux préceptes, on obtient le tableau suivant :
Poids de
Ration
Quantité
Nombre
Poids de
Ration
Quantité
Nombre
l'enfant.
journalière.
par tétée.
dételées.
l'enfant.
journalière.
par tétée.
de tétées.
On voit que les chiffres obtenus par l'application de ces règles concordent de très près avec ceux que donnent les meilleurs auteurs. Elles sont courtes, précises, de compréhension facile. On peut user, pour la seconde, d'un moyen mnémotechnique qui donne immédiatement la quantité de lait par tétée convenant à l'enfant: il faut doubler les deux premiers chiffres de son poids.
Pour le nombre de tétées par vingt-quatre heures, il est facile de se rappeler qu'il tombe de 8 à 7 quand l'enfant dépasse 8 livres et de 7 à 6 quand l'enfant dépasse 7 kilogrammes.
Ces chiffres n'ont du reste rien de fixe; nous les donnons seulement à litre d'indications ; on peut être amené à les faire varier en plus ou en moins, selon les circonstances.
11 n'est pas besoin d'augmenter la ration de l'enfant quand 'il augmente régulièrement de poids; on pourra, au contraire, être amené à augmenter prématurément la ration quand la courbe de
poids reste stalionnaire, l'enfant ne présentant d'autre part aucun symptôme morbide expliquant la stagnation de poids. Enfin les états dyspeptiques, les convalescences de gastro-entérites, l'atrophie infantile commandent des prescriptions alimentaires particulières qui seront étudiées ultérieurement.
D. Sevz-ageet ablactation. — Quand le sein de la mère fournit suffisamment delait, l'enfant peut ne prendre aucune autre nourriture jusque vers le neuvième ou dixième mois. Dansbeaucoup de cas, soit insuffisance du lait maternel, soit fatigue de la mère, soit rai&uns sociales diverses, on sera amené à autoriser la substitution, à une tétée au sein, d'un biberon de lait de vache ; puis cette substitution se fera plusieurs fois par jour (allaitement mixte). Le lait de vache est beaucoup mieux toléré par les nourrissons, quand ils prennent également le sein. L'allaitement mixte n'est que peu inférieur comme résultat à l'allaitement exclusif au sein ; il est très supérieur à l'allaitement complètement artificiel : il faut toujours le conseiller aux femmes que la lactation fatigue, plutôt que de recourir d'emblée à l'alimentation artificielle totale.
A partir du neuvième mois, quand l'enfant est suffisamment robuste, il est indique de commencerl'usage des farineuxjon remplace une tétée ou un biberon par une bouillie; la bouillie se fait en délayant une cuillerée àcafé de farine de gruau dans un peu d'eau froide, de façon à obtenir une pâte molle, bien homogène ; puis on verse doucement cette pâte dans 120 à 150 grammes de lait bouillant: on laisse sur le feu une dizaine de minutes, en agitant constamment avec une cuiller; on ajoute un peu de sel et de sucre.
On peut substituei' à la farine de gruau celle d'orge, quand l'enfant est constipé; celle de riz, quand l'enfant est relâché ; celle d'avoine, quand il est anémique et apathique. Les enfants prennent très volontiers les bouillies préparées avec des farines au cacao (racahout, phosphatine); elles ont l'inconvénient d'être excitantes et constipantes et de dégoûter lesenfants des autres farines qui flattent moins leur goût ; elles ne sont à conseiller qu'à partirdu quinzième mois; à ce moment, il est bon, en effet, de commencer à varier la nourriture de l'enfant; il fera cinq repas par jour, trois fois 200 grammesde lait, une fois une bouillie variant chaque jour, une fois un œuf, ou une purée de pommes de terre, ou une crème aux œufs et au lait.
A partir du dix-huitième mois, l'enfant ne fera plus que quatre repas : on commencera à lui donner, au repas de midi, de la mie de pain trempée dans du jus de viande saignante, ou un peu de cervelle, de blanc de poulet, de poiison (merlan ou sole), des biscuits des gâteaux srvs.
Il \LilKISK DE LA l'UEMlEHE ENFANCE.
Voici un menu pour un enfant de deux ans :
Petit déjeuner : bouillie au lait, biscuit ou pain; grand déjeuner : œuf, ou poulet, ou poisson, ou un peu de viande de boucherie hachée menue; purée de pommes de terre, pain, 150 grammes de lait; goûter : 250 grammes de lait, biscuit ou pain ; diner : bouillie au lait ou potage au bouillon, compote de pommes, ou gelée de fruits, ou confitures, pain, 150 grammes de lait.
Naissance prématurée et débilité congénitale.
Les pages précédentes se rapportent à l'enfant né au terme normal de la grossesse, à neuf mois. Quand l'enfant naît prématurément, sa faiblesse, son petit volume, l'état imparfait de ses o rganes et de
Fig. 10. — Couveuse de Tarnier.
son tégument exigent quelques soins spéciaux. Toutefois il ne faut pas exagérer la difficulté qu'il y a à élever les enfants nés prématurément.
Le pronostic do la naissance avant terme est, du reste, tout différent, selon que l'accouchement prématuré est dû, ou non, à une maladie grave île la mère. Les prématurés fils d'albuminuriques, de cardiaques, de tuberculeuses, de saturnines, de syphilitiques non traitées, s'élèvent difficilement; ils assimilent mal; ils semblent naître avec une taie traduisant celle de la mère. Quand, au contraire, la grossesse a été interrompue par accident (traumatisme, émotion, etc.), ou par gémellité, ou par l'inaptitude inexpliquée qu'ont certaines femmes à mener un enfant à terme, on arrive en général à bien élever l'enfant sans autre précaution que l'exagération des soioe ;