VIII. — ENTÉRO-COLITE MUCO-MEMBRANEUSE
La fréquence de l'entérite muco-membraneuse n'est pas moindre. chez l'enfant que chez l'adulte, au contraire. Tandis que l'affection apparaît chez certains sujets avec la puberté pour guérir avec la ménopause ou à l'âge correspondant chez l'homme, chez d'autres sujets, elle remonte à la première enfance et guérit vers quatorze à quinze ans; d'autres fois, elle se développe à l'âge scolaire. L'entérocolite muco-membraneuse des grands enfants ne diffère de celle de l'adulte, ni par sa symptomatologie, ni par son traitement. Les lignes qui suivent concernent l'entéro-colite des jeunes enfants.
Symptomatologie. — Le début de la maladie est insidieux ;
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il s'agit, en général, d'enfants à hérédité arthritique chargée ; fils de goutteux, de migraineux, d'hémorroïdaires, d'obèses, ayant euxmêmes tendance à la voracité, à l'obésité et à la constipation. Tout va bien tant que l'enfant estausein, ou tantqu'ilneprendquedes repas de lait peu volumineux et coupés d'eau. Vers la fin de la première année, surtout si l'usage exclusif du lait de vache pur est trop prolongé, l'enfant commence à avoir des matières dures, compactes, ovillées, ne progressant que très lentement dans le côlon, s'accumulanl dans l'S iliaque. Les lavements, les suppositoires amènent l'expulsion de ces matières, mais souvent incomplète. De temps en temps, Yaccu mutation des résidus provoque une poussée de colite inflammatoire, se traduisant par des coliques, des évacuations diarrhéiques, mélangées de boulettes fécales dures, parfois même des vomissements, de la fièvre, de l'abattement. Au bout de quelques poussées de ce genre, V inflammation de l'intestin s'établit chroniquement, des glaires apparaissent dans les garde-robes, engluant les boulettes fécales comme d'une couche vernissée, ou se présentant sous forme de- filaments vermicelles, de membranes, de parcelles perlées. En même temps, on trouve dans les matières un gravier sablonneux, facile à recueillir, en mettant les matières dans un tamis sous un robinet d'eau. L'entéro-colitemuco-membraneuse et sableuse est, dès lors, constituée.
A cette période d'état, les enfants sont pâles, parfois un peu jaunâtres, apathiques, mous; leurschairs sont flasques et transparentes; leur ventre est volumineux, ballonné au moment des poussées inflammatoires, mou en période intercalaire. Par la palpation,on sent souvent le côlon ascendant, le côlon descendant et l'S iliaque roulant sous le doigt comme des cordes ; ils sont en état de spasme; au moment des poussées aiguës, la portion atteinte de l'intestin est douloureuse ; la partie correspondante de la paroi abdominale se contracture et forme un plan résistant, comme en bois. Ces poussées douloureuses tantôt sont généralisées à tout le côlon; l'enfant en indique le siège, en faisant de la main le tour de son ventre ; tantôt elles se localisent, soit au côlon transverse (barre épigastrique), soit à l'angle droit ou à l'angle gauche du côlon (point sous-hépatique, point sous-splénique), soit aucœcum (point de Mac Burney), soit à l'S iliaque (point de Mac Burney gauche), soit à plusieurs de ces régions à la fois. Ces poussées aiguës se jugent par l'expulsion de paquets de glaires, suivie d'une période de soulagement plus ou moins durable.
L'évolution de la maladie est très variable et en rapport du reste avec le soin plus ou moins grand avec lequel sont suivies les pré-
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cautions hygiéniques. Les enfants mal soignés, mal surveillés, tombent dans un état d'apathie et d'anémie progressives; l'amaigrissement ne survient qu'à la période avancée. Même, quand i'élat n'atteint pas cette gravité, les enfants restent en retard dans leur développement, trop petits pour leur âge, faibles, sujets à des indispositions constantes. Il faut un régime strict longtemps prolongé pour les faire renaître peu à peu à un état de santé satisfaisant.
Diagnostic. — Le diagnostic de l'entéro-colite chez l'enfant est facile de par l'évolution de la maladie, le caractère des selles, les localisations de la douleur. Le diagnostic avec l'appendicite n'aurait pas à être discuté bien longuement si une question de doctrine ne s'était mêlée à la question clinique; cette doctrine fâcheuse est celle qui fait de l'entéro-colite la cause de l'appendicite ; chose curieuse, les auteurs qui l'adoptent enseignent en même temps que l'appendicectomie guérit l'entéro-colite, ce qui prouverait que l'appendicite est la cause de l'entéro-colite, c'est-à-dire l'inverse de leur doctrine. 11 leur, importe peu de distinguer entéro-colite et appendicite, puisqu'ils se comportent de môme dans l'un et l'autre cas. En réalité, l'appendicectomie est inutile dans l'entéro-colite; l'entérocolite persiste après l'opération comme avant. Le diagnostic est donc de première importance. Même quand l'entéro-colite se localise uniquement à la région cœcale, on la distinguera de l'appendicite à la fois par les caractères mêmes de la crise, par l'absence de contracture et d'hyperesthésie aussi nettement localisées que dans l'appendicite, par l'histoire entière des malades et les caractères des selles; chez l'enfant, l'entéro-colite ne débute jamais aussi brusquement que l'appendicite.
Traitement. — Lespoussées aiguës seront traitées par le séjour au lit, l'application de compresses chaudes sur le ventre, la diète aux décoctions végétales ; si l'enfant est déjà grand, on pourra y joindre les opiacés et la belladone, spécialement dans les formes spasmodiques. En quarante-huit heures en général, la crise est terminée.
Après la crise, l'alimentation ne doit être reprise que très prudemment, en commençant, même chez les grands enfants, par les bouillies de farine au bouillon de légumes.
Même dans l'intervalle des crises, l'alimentation doit être restreinte. Les farineux en seront la base. On donnera le matin une bouillie épaisseau bouillon de légumes; à midi, une purée de pommes de terre, farines, haricots, marrons, ou des pâtes (macaroni, nouilles), des légumes verts cuits hachés, une compote de fruits; à quatre heures, une bouillie au bouillon de légumes; le soir, un potage passé,
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une purée, une compote. Ce régime comporte l'exclusion du lait ; le lait, chez ces sujets, provoque une constipation opiniâtre, très défavorable à leur état ; toutefois, chez les sujets qui maigriraient avec le régime des farineux, on peut essayer la crème de lait et même le beurre ; la tolérance pour les matières grasses varie, en effet, avec les sujets; quand l'estomac et l'intestin grêle ne participent pas aux troubles qui atteignent le côlon, le beurre est bien toléré et aide aux évacuations.
Les œufs, les viandes ne doivent être donnés aux enfants atteints d'entérite muco-membraneuse que quand l'amélioration est déjij bien marquée et qu'il est utile d'accélérer la croissance ; cette reprise de l'alimentation albuminoïde ne sera tentée qu'avec beaucoup de prudence.
Il faut surveiller avec grand soin la régularité des selles. Dans les débuts, les grands lavages journaliers de l'intestin seront utiles s'ils ne provoquent pas de spasme ; on fera passerselon l'âge del'enfant un quart de litre à 1 litre d'eau de guimauve ou d'eau de son tiède; mais il faudra arriver le plus vite possible à diminuer la quantité d'eau et le nombre de lavages, quand l'eau reviendra claire et ne ramènera plus de glaires ni de membranes. Il faudra tâcher d'obtenir de l'enfant des défécations journalières à heure fixe; quand la défécation aura lieu spontanément, on ne fera pas ce jour-là de lavage.
Le traitement médicamenteux est très restreint; cependant les petites doses de sulfate de soude (2 à 4 grammes selon l'âge), répétées tous les jours ou tous les deux jours, sont utiles. On pourra aussi donner de temps en temps une cuillerée à café à' huile de ricin.
Le séjour au grand air, ou mieux encore dans les altitudes, agit souvent très favorablement. Il est de même des cures de Châtel- Guyon (formes avec constipation opiniâtre) et de Plombières (Cormes spasmodiques)
IX — HELMINTHIASE.
On décrit sous le nom d'helminthiase les accidents dus à la présence des vers intestinaux ou helminthes dans l'organisme.
La description de ces vers est faite dans le volume Parasitologie de cette collection (1). Je ne parlerai ici que des particularités symptomatologiques propres aux enfants et des difficultés spéciales qu'offre à cet âge le traitement.
(i) Voy. Guiart, Précis ae parasitologie.
iWaaT. — Mal. dus Enfants. S» édition. '?6