MALADIES DE LA MOELLE
nance rie leur attraction entraînera des déformations du squelette; il se produira, d'autre part, des rétractions tendineuses et ligamenteuses, d'où des positions vicieuses que l'on aura la plus grande peine à prévenir et à corriger. Quand la lésion est étendue, les muscles ne sont pas le seul tissu atteint; les os, le tissu cellulaire, la peau participent aux troubles trophiques. Les os ne s'atrophient guère, mais ils se résorbent en partie; ils cessent de s'accroître, ou du moins ils ne participent que dans une mesure restreinte à la croissance, qui continue dans le reste du squelette. Us demeurent grêles, et leur tissu se raréfie. Aussi le membre est-il atrophié, souvent contourné, déformé. La peau devient écailleuse, sèche, marbrée, ou cyanique, et est plus vulnérable que sur le reste du corps aux pressions, aux traumatismes même légers et aux infections. Elle réagit autrement aux maladies. On a vu la syphilis, la variole, la varicelle, tantôt se localiser avec prédilection sur le membre atteint, tantôt le laisser complètement indemne, alors qu'elles frappaient avec violence le reste de la surface cutanée.
Finalement, dans les cas graves, le membre atteint est réduit à l'état d'appendice informe; le malade est un inlirme qui doit se servir de béquilles si c'est un membre inférieur qui est pris, qui n'a plus l'usage que d'une main si c'est le membre supérieur.
Traitement. — A la période de début, il faut faire de la révulsion le long de la colonne vertébrale sous forme de pointes de feu ou de sangsues; on peut donner les bromures; on peut faire une dérivation intestinale par des purgatifs, calomel, teinture dé jalap composée (2 à S grammes), sirop de nerprun.
On administrera à l'enfant deux grammes d'héxamélhylène-tétramineen huit prises, diluées chacune dans un quart de verre d'eau. Ce corps se décompose dans l'organisme en aldéhyde formique et ammoniaque, et l'aldéhyde formique se retrouve dans le liquide céphalorachidien. Donné aux singes inoculés avec' le virus de la poliomyélite, l'hexaméthylène-lélramine atténue la maladie expérimentale. On en continuera l'administration jusqu'après terminaison de la période fébrile.
M. Netter a obtenu d'excellents résultats de l'injection dans la cavité céphalo-rachidienne de sérum sanguin pris à des malades guéris delà maladie, fût-ce depuis 1res longtemps. Le sang est pris au pli du coude avec une aiguille dans laquelle on a fait passer de l'huile de paraflinc stérilisée, afin de la graisser pour éviter la coagulation ; on recueille le sang dans un récipient stérilisé ; on met à la glacière; le sérum qui se sépare est réparti en ampoules que l'on terme et que l'on stérilise par tyndallisation. On injecte
chaque jour S à 8 centimètres cubes de ce sérum pendant cinq à huit jours consécutifs. Quand la sérothérapie a pu être commencée dans les trois ou quatre premiers jours de la maladie, la guérison est sou'vent complète, ou on obtient au moins un arrêt du mal suivi de rétrocession étendue.
A la phase de paralysie décroissante, il faut commencer le traitement électrique, d'abord avec prudence, puis à dose plus élevée 11 faut se garder d'employer les courants faradiques, qui sont nuisibles. 11 faut se borner aux courants galvaniques descendants. Au début, on applique l'électrode positive à la racine du membre, et l'extrémité du membre plonge dans une cuvette d'eau légèrement salée, où aboutit l'électrode négative. On fait passer un courant de 6 à 8 milliampères pendant quelques minutes. Ultérieurement, on augmentera peu à peu l'intensité jusqu'à 15 ou 20 milliampères, la durée jusqu'à quinze et vingt minutes; enfin, quand la paralysie aura atteint sa localisation définitive, on appliquera l'électrode positive sur le rachis, au niveau de la région malade de la moelle, et la ou les électrodes négatives au niveau des muscles les plus atteints, pourvu qu'ils réagissent tant soit peu. Les séances seront répétées tous les jours.
Il faudra, au bout d'un ou deux mois, l'aire du massage du membre atteint, d,es mouvements méthodiques, des frictions. 11 faut prévenir la tendance aux déformations par des moyens orthopédiques appropriés, qui varieront avec la localisation et avec l'intensité du mal. Dans un certain nombre de cas, la transplantation des tendons des muscles atrophiés sur tout ou partie du tendon d'un muscle voisin resté sain permet la récupération de mouvements devenus impossibles. En agissant, ainsi intelligemment et en variant sa conduite selon les nécessités de chaque cas en particulier, on obtient parfois des résultats inespérés. On est même souvent étonné de voir avec quelle facilité s'établissent chez les enfants les suppléances d'organes et les adaptations de fonctions; elles arrivent, dans les cas où la lésion n'e^t pas trop étendue, à rétablir sinon intégralement du moins d'une façon relativement satisfaisante, l'usage d'un membre lui paraissait définitivement annihilé.