MALADIES DE LA MOELLE
Sur une coupe transversale, si la lésion n'est pas trop ancienne on peut voir, au niveau correspondant aux muscles paralysés, une tache jaunâtre au niveau de la corne antérieure; sur une coupe microscopique, on voit qu'il s'agit d'un foyer de ramollissement formant tache irrégulière englobant tout ou partie de la surface de la corne antérieure, débordant parfois sur la bordure voisine de substance blanche; dans la région ramollie, les cellules étoilées sont détruites ou profondément altérées; le tissu névroglique est proliféré, infiltré de corps granuleux. Les artérioles sont épaissies, leurs parois sont infiltrées. Dans certains cas, on peut se rendre compte par des coupes sériées que le territoire atteint répond à la distribution d'une artériole, le plus souvent ramification de l'artère du sillon antérieur de la moelle. Rarement, il existe des foyers multiples répondant soit à plusieurs ramifications d'une même artériole, soit à plusieurs artérioles atteintes simullanément. Dans les cas plus anciens, la lésion a l'aspect cicatriciel.
Le reste des centres nerveux est intact. Les racines antérieures au niveau de la lésion sont atrophiées, ainsi que les nerfs mixtes correspondants. Les muscles al teints sont transformés en un tissu iibrillaire grisâtre ou rosé, infiltré de traînées jaunâtres, qui sont de la graisse; au microscope, ou ne trouve plus de tissu strié, mais des fibres lamellaires, avec de nombreux noyaux; parfois des libres musculaires épargnées au milieu du tissu malade sont en hypertrophie compensatrice.
L'anatomie microscopique montre en somme que la paralysie infantile est le résultat d'une localisation infectieuse sur une artériole médullaire.
Étiologie. — La maladie apparaît sous forme de petites épidémies limitées, suivies pendant quelque temps de cas sporadiques. La contagiosité est beaucoup moins grande que pour les fièvres éruptives. Cependant on voit parfois plusieurs cas se succéder dans les agglomérations d'enfants.
Ces particularités éliologiques s'expliquent par le mode de propagation. Le virus de la maladie a pu être étudié grâce à l'inoculation au singe, à qui on peut transmettre la maladie en série. Le microbe pusse à travers les filtres les plus fins et est par conséquent invisible.
11 persiste assez longtemps dans le mucus nasal des sujets atteints, et aussi dans le mucus nasal des sujets qui les approchent; parmi ceux-ci, la plupart, bien que poiteurs de germes, échappent à la maladie, mais peuvent la semer autour d'eux. De là, la disposition topographiijue particulière des épidémies : on voit dans une même ville la maladie éclater dans des maisons dont les habitants n'ont
eu que des rapports médiats avec les malades, quelquefois par des intermédiaires successifs restés sains. De même des sujets sains venant d'une localité contaminée peuvent porter la maladie au loin.
Une première atteinte de poliomyélite immunise contre une deuxième atteinte. Le sérum des convalescents contient une antitoxine, ce qui fait espérer qu'on pourra obtenir un sérum spécifique.
Diagnostic. — Le diagnostic est impossible à la période prémonitoire, quand la paralysie n'a pas encore apparu.
A la période de paralysie plus ou moins généralisée, le tableau prête au contraire peu à confusion. La myélite aiguë se distingue par les troubles des sphincters et l'exagération des réflexes; la pseudo-paralysie syphilitique, par la douleur desépiphyses, les antécédents et l'absence de stade fébrile ; les polynévrites, par la symétrie habituelle, les troubles sensitifs, les douleurs névralgiques.
A la période d'état définitif, le diagnostic rétrospectif n'est difficile que si l'amyotrophie définitive est très localisée.
Certaines localisations spéciales peuvent être d'un diagnostic plus délicat. L'atrophie des muscles de la paroi abdominale antérieure peut donner lieu à de fausses hernies, à des laparocèles par relâchement localisé de la paroi. Les localisations sur les noyaux moteurs bulbaires peuvent donner lieu à des troubles de la respiration, de la déglutition, du rythme cardiaque, de la musculature interne ou externe de l'oeil. Ce sont là des faits exceptionnels, mais qu'il faut bien connaître en raison des erreurs de diagnostic et de pronostic auxquelles ils pourraient conduire.
Pronostic. — 11 n'est pas grave au point de vue de la vie : les enfants guérissent pour ainsi dire toujours; mais il s'agit de savoir si la maladie laissera après elle ou non une infirmité sérieuse.
Quand, dès les premiers jours, la maladie est localisée à un seul membre, quand, après une huitaine de jours, elle tend à. se localiser à un groupe de muscles peu importants, ou à quelques faisceaux musculaires, on peut espérer, par un traitement approprié, rendre à l'enfant, sinon l'usage intégral de son membre, tout au moins un état de fonctionnement relativement satisfaisant et n'entraînant pas d'infirmité grave.
Si, au contraire, la paralysie est dès le début généralisée, il y a chance, il est vrai, qu'elle se localise au bout d'une huitaine de jours à un seul segment de membre; mais ce segment sera profondément atteint. Les muscles y seront détruits totalement, et le membre restera absolument flasque et ballant (membre de polichinelle). Ou, si quelques muscles recouvrent finalement leur activité, la prédomi-