‹ Précis des maladies des enfantsChapitre 235 sur 283 · TICS, MANIES, DÉGÉNÉRESCENCE · texte numérisé non relu

TICS, MANIES, DÉGÉNÉRESCENCE

térer le fonctionnement intégral de leurs centres nerveux. Leshérédotuberculeux, les hérédo-syphilitiques, les hérédo-alcooliques, les hérédo-arthritiquës, les Kérédo-hystériques deviennent facilement tiqueurs. C'est pourquoi les tiqueurs sont souvent, mais non toujours, porteurs de tares physiques congénitales, d'anomalies de développement trouvant leur explication dans leurs antécédents héréditaires. Ces tares, qui peuvent être multiples, sont les prétendus stigmates de dégénérescence, terme dont on a abusé. Les enfants dont le développement a été entravé par une cause quelconque, syphilis acquise, tuberculose, misère, dyspepsie chronique, paludisme infantile, alcoolisme infantile, sont susceptibles de présenter les mêmes tics et les mêmes troubles psychiques en l'absence de toute hérédité. Ils n'ont alors d'autres stigmates que les stigmates mêmes de la maladie dont ils ont été atteints et les troubles de développement consécutifs. Conservons, si l'on veut, le terme commode de dégénérescence, et disons que les tics se voient surtout chez les dégénérés, mais sachons que ce terme groupe des états multiples, différents les uns des autres et dont l'analyse clinique permet le plus souvent de déceler la pathogénie variable (1).

Évolution. — Les tics suivent une évolution irrégulière; ils durent un temps variable avec des alternatives de rémission et d'aggravation; ils disparaissent; ils reviennent ensuite sous la même forme ou sous une autreforme. L'isolement, le calme, le repos les atténuent; souvent une maladie fébrile les fait disparaître au moins momentanément. Au contraire, les fatigues, les préoccupations, la crainte, les chocs moraux ou physiques les augmentent. Ils sont alors susceptibles de se généraliser. L'état qui en résulte a été parfaitement décrit sous le nom de maladie des tics convulsifs par Gilles de la Tourette. qui nous a appris aie distinguer de la chorée, o.f^ction dans laquelle il était antérieurement confondu.

Tics généralisés. — Maladie des tics convulsifs. — Un enfant est sujet à des tics vulgaires auxquels on prête peu d'attention. Peu à peu, ces tics se multiplient, se généralisent; c'est tout le corps oui est secoué de mouvements convulsifs. C'est entre huit et quinze ans, au moment de l'âge scolaire, que s'observe surtout cette généralisation. L'enfant semble alors à première vue un choréique. Mais, si on analyse avec soin son état, on trouvera des différences. Les mouvements ne sont pas des mouvements arrondis, relativevementlentscommedanslachorée; ce«onldes mouvements saccadés,

(i) Apert, Quelques remarques sur les stigmates de dégénérescence ; leur signification, leur transmissibilité (Eugénique, mai 1913, p. 73).

504 NEVROSES.

anguleux, très brusques; ils ne sont pas quelconques comme dans la chorée; ce sont des mouvements définis, des mouvements figurés, reproduisant des mouvements intentionnels; ce n'est pas l'agitation protéiforme des choréiques, mais une répétition d'un certain nombre de mouvements auxquels le malade s'adonne. Jamais la chorée ne s'accompagne d'émission répétée de bruits laryngiens; ils sont au contraire la règle dans la maladie des tics; c'est le jappement, ou l'aboiement, ou l'expiration bruyante- saccadée; puis le malade arrive à émettre non plus des sons sans signification, mais des paroles qui sont toujours des termes orduriers : « cochon, salaud, merde » (coprolalic).

Le choréique augmente ses mouvements quand il est surveillé, quand on le fait causer. Le tiqueur, au contraire, quand il se sent examiné, se surveille et arrive à arrêter ses mouvements, à résister au besoin de dire des ordures. Le choréique fait ses mouvements devant le public; le tiqueur fait les siens dans la coulisse (Oddo).

Si à ces signes ont joint la notion des antécédents personnels et héréditaires, chargés chez le tiqueur, souvent nuls chez le choréique, il sera le plus souvent facile de distinguer les deux maladies.

Cette distinction est très importante. Le pronostic en dépend : andis que la chorée est une affection passagère, la maladie des tics témoigne d'une défectuosité définitive de l'état psychique. Le sujet guérit des tics, mais non de l'état qui les conditionne, en sorte qu'il est sous le coup de récidives perpétuelles. Tandis que la chorée ne se voit guère en dehors de la période de huit, à quinze ans, la maladie des tics, si elle débute à cet âge, est susceptible de se prolonger, avec des accalmies et des alternatives de mieux on de pire, pendant la plus grande partie de l'existence. ,

Traitement. — Le vrai traitement des tics est l'éducation de la volonté en général et de la volonté en ce qui concerne les mouvements volontaires en particulier. L'éducation de la volonté en général se fait par des méthodes pédagogiques appropriées qui ne peuvent guère être appliquées que dans les établissements spéciaux, organisés dans ce but. Dans les cas graves, l'isolement, le changement de milieu sont nécessaires, et c'est là un des éléments du succès de ces établissements. Il ne faut pas oublier que, la cure finie le malade reste toujours avec, un système nerveux débile et que, de temps en temps, il aura besoin encore d'être soutenu par des conseils, des exhortations, de la persuasion. L a persuasion à l'état de veille a des effets plus durables et moins susceptibles de déviations

TÉTANIE. 805

funestes que la suggestion dans le sommeil hypnotique. Celle-ci n'a que des indications restreintes.

L'éducation des mouvements volontaires en particulier se fait au moyen de mouvements rythmés que l'on enseigne au malade ' à faire exécuter en cadence par la région musculaire atteinte. On l'entraîne à exécuter les mouvements et à les arrêter à un commandement ou à un signal. 11 faut varier les mouvements. On obtient souvent la guérison rapide de tics rebelles. Mais il faut toujours compter avec les rechutes possibles. On guérit parfois un tic et un autre revient. C'est pourquoi l'éducation des mouvements ne donne de bons résultats qu'associée à l'éducation de la volonté en général.

Page 1