III. - TÉTANIE
On donne le nom de tétanie (Corvisart, Trousseau) à une affection caractérisée par des accès de contracture douloureuse localisée aux extrémités des membres et s'accompagnant le plus souvent d'une hyperexcitabilité musculaire généralisée,
Étiologie. — La tétanie n'est pas une affection spéciale à l'enfance ; elle se voit aussi chez l'adulte; mais, comme pour la chorée, c'est à peu près uniquement chez les femmes en état puerpéral (femmes enceintes ou nourrices) qu'elle apparaît à l'âge adulte; exception doit être faite pour les cas graves, symptomatiques de troubles profonds du système nerveux, lesquels peuvent s'observer même chez l'homme.
Chez l'enfant, c'est dans les trois ou quatre premières années de la vie qu'on l'observe presque exclusivement ; elle est rare en France; elle est d'observation beaucoup plus courante dans les pays germaniques, même si l'on se borne aux tétanies confirmées et si l'on ne tient pas compte des tétanies dites latentes, sur la signification desquelles nous aurons tout à l'heure à revenir.
Elle se voit surtout chez des enfants atteints de dyspepsie chronique ; elle coïncide souvent avec le rachitisme ; elle succède souvent à des maladies infectieuses (gastro-entérite, bronchopneumonie, fièvres éruptives, etc.). Les températures basses favorisent l'apparition des accès ; aussi l'hiver est la saison où l'on observe le plus grand nombre de cas de tétanie,
Syniptoinatologic. — L'accès de tétanie débute par une raideur douloureuse des mains et des avant-bras ; la main se contracture et s'immobilise; la position 4a plus habituelle est celle de la « main d'accoucheur» (fig. 99), c'est-à-dire les doigts étendus, l'index et l'auriculaire en avant du médius et de l'annulaire, la paume de la
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main faisant le creux, le pouce rapproché dans la paume et en extension ; c'est la forme en cône que l'accoucheur donne à sa main quand il veut l'introduire dans le canal vagino-uterin. Le poignet est en demi-flexion ; l'avant-bras, en pronation et demiflexion ; les muscles sont contractures ; il faut une certaine force pour modifier la position des parties, et elles reviennent immédiatement à leur position primitive dès que la force cesse d'agir. Les extrémités inférieures se prennent ultérieurement et moins complètement; les orteils sont en flexion, le pied est en varus équin (fig. 100).
L'accès dure de quelques minutes à quelques heures ; durant ce
Fig. 90, — Attitude de la main dans la tétanie (main d'accoucheur).
temps, l'enfant est inquiet, gémit ; puis la raideur diminue progressivement et disparaît jusqu'à l'accès suivant. Les accès se succèdent à intervalles d'un ou plusieurs jours, et cela pendant un temps qui peut aller de quelques semaines à quelques mois.
Dans l'intervalle des accès persiste une hyperexcitabilite neuro-musculaire qui peut être mise en relief par l'examen électrique. 11 suffit d'un courant plus de moitié moindre de la normale pour provoquer une contraction musculaire, soit à l'ouverture, soit à la fermeture du pôle négatif (signe d'Erb).
Le phénomène de la main (signe de Trousseau) est également pathognomonique. Si on presse avec la pulpe des doigts sur le paquet vasculo-nerveux du bras le long du bord interne du biceps, on provoque, au bout d'une ou deux minutes, la contracture typique en main d'accoucheur.
Le phénomène du facial (signe de Wciss ou de Chvostek) n'est pas
TÉTANIE
aussi caractéristique, car il peut se voir en dehors de la tétanie. Si on percute avec la pulpe de l'index le trajet des filets nerveux du facial à leur passage sur la branche montante du maxillaire, à égale
Pig. 100. — Attitude des doigt» et des orteils dans la tétanie infantile.
distance du conduit auditif et de la commissure labiale, on provoque une secousse dans les muscles de la face.
État tétanoïde (Escherich). — D'après les auteurs allemands, les contractures des extrémités ne sont que la manifestation extérieure la plus évidente, mais non la plus fréquente delà tétanie. La tétanie peut exister sans aucune trace de contracture des extrémités ; elle est alors latente; il faut la rechercher pour la constater ; elle se
caractérise d'abord et surtout par le signe d'Erb, c'est-à-dire par l'augmentation de la contractilité musculaire au courant électrique. Cosigne suffit à porter le diagnostic de tétanie ; il est pathognomonique. Le phénomène de Trousseau est également pathognomonique, mais il n'existerait que dans la moitié des cas d'état tétanoïde (tétanie latente). Quant au signe du facial, s'il est constaté assez souvent en même temps que le signe d'Erb,il peut se voir en dehors de lui ; il n'est, par conséquent, pas caractéristique de la tétanie comprise de cette façon.
Les spasmes de la glotte sont, d'après cette doctrine, une manifestation de la tétanie au même titre que les contractures des extrémités. Si, en effet, on recherche la tétanie latente chez les enfants atteints de spasmes de la glotte, on trouve presque toujours un « fond tétanoïde ■>' (Escherich), caractérisé par le signe d'Erb et le signe de Chvostek. Enfin certaines convulsions généralisées dites idiopathiques de l'enfance apparaîtraient également sur « fond tétanoïde » et seraient aussi une manifestation de la tétanie.
Forme persistante (Escherich) et pseudo-tétanos. — A côté de la tétanie classique, procédant par accès (forme intermittente), il existe une forme persistante, dans laquelle la contracture des extrémités dure des jours entiers avec des exacerbations passagères sous l'influence d'un mouvement, d'un contact. Cette forme persistante, contrairement à la forme intermittente, frappe plus souvent des enfants au-dessus de quatre ans. Elle a tendance à la généralisation; les bras, les cuisses participent aux contractures, surtout au moment des exacerbations. La physionomie prend un faciès spécial; les traits sont comme affinés, effilés, en lame de couteau, les paupières sont rétrécies, le nez pincé, les lèvres pincées et portées en avant (Guinon). Elle font le « bec de carpe » (Soltmann). Quand la contracture est généralisée à tout le corps, on a affaire à la forme décrite par Escherich sous le nom de pseudo-tétanos.
Contrairement à ce qui se passe dans la forme intermittente, le « fond tétanoïde» peut faire défaut dans la forme persistante. Le signe d'Erb, le signe de Trousseau, le signe de Chvostek sont peu marqués ; dans le pseudo-tétanos, ils manquent le plus souvent.
Pronostic. — La tétanie /guérit habituellement au bout d'un temps variable, et quelquefois après plusieurs rechutes, Le seul élément de gravité est l'association possible avec les spasmes de la glotte.
Nature de 'la maladie. — La nature de la maladie est très disculée. Pour Kassowitz, elle est toujours la conséquence du rachitisme: le cerveau serait maintenu en état d'irritation par le
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voisinage immédiat des os du crâne, qui, chez les rachitiques, Sont en état d'hyperémie inflammatoire. Oh a plutôt tendance aujourd'hui à incriminer une intoxication chronique, on rapport avec la dyspepsie chronique. Peut-être faut-il plutôt invoquer une Insuffisance des glanduks parathyroïdiennes, e'ie-même provoquée par des processus toxiques ou infectieux antérieurement subis par l'enfant"?
Diagnostic, —l Dans lesformes typiques, le diagnostic est facile. Seule, la forme persistante généralisée est susceptible d'être confondue avec le tétanos; l'absence de toute plaie qui aurait pu être le siège de pallulation du bacille de JNicolaïer distingue le pseudotétanos. Rappelons toutefois qu'Albarran et Caussade ont provoqué chez le chien des contractures transitoires des membres en injectant du bacille de Nicolaïer dans l'intestin ligaturé. Ces faits tendent à faire admettre que la tétanie, au moins dans sa forme non inter^ fnittehte, est fonction du bacille de Nicolaïer.
Depuis que la ponction lombaire a révélé l'existence de méningites cérébro-spinales curables se manifestant par un minimum de symptômes, oh â pu également se rendre compte qu'un certain nombre de cas de contractures généralisées du jeune enfant rele- Vaieht de méningites aiguës atténuées. La ponction lombaire permettra ce diagnostic dans les cas douteux.
Ti'rtiteinent, — Pendant l'accès, bain tiède prolongé, lavement contenant 08r,50 à 1 gramme d'antipyrine.
Entre lés accès, on donnera du bromure de sodium, de 0^,50 à 2 grammes par joui'.