III. - RUBEOLE
Définition. — La rubéole est une fièvre éruptive qui se manifeste par une éruption spéciale, survenant brusquement, sans période prodromique, et disparaissant de même, sans altérer beaucoup l'état général. Elle s'accompagne parfois, mais non toujours, d'engorgements ganglionnaires.
On a répété souvent que la rubéole tient le milieu entre la scarlatine et la rougeole. Cette appréciation est inexacte et risque d'induire en erreur profonde. En réalité, la rubéole est une maladie bien spéciale, différente de la scarlatine, différente de la rougeole, et en général facile à reconnaître pour peu qu'on en ait suivi quelques cas. Les termes de rubéole morbilliforme, rubéole scarlatiniforme, ne peuvent qu'induire en erreur.
Symptomatologie. — Il n'y a pas dans la rubéole de période prodromique identique à celle de la rougeole. Il n'y a ni toux, ni coryza, ni larmoiement, ni vomissements, à peine une légère rougeur de la gorge et un léger état gastrique. Le premier symptôme est une élévation brusque de température; l'éruption apparaît en même temps que la fièvre.
L'éruption apparaît très brusquement et atteint rapidement son maximum. Elle se compose de taches roses lenticulaires, tranchant fortement sur la peau saine; elles sont irrégulièrement circulaires; leur dimension varie de celle d'une tête d'épingle à celle d'une lentille : elles sont souvent isolées et non groupées en croissants ou en demi-cercles, comme dans la rougeole; cependant, dans les éruptions intenses, elles deviennent confluentes, surtout à la face d'extension des membres, et dessinent alors, non pas des croissants, mais des figures polycycliques, qui sont analogues à celles de certains érythèmes polymorphes.
Souvent les taches éruptives sont entourées d'une collerette anémique de quelques millimètres de large {signe d'Aviragnet); cette disposition augmente la ressemblance de l'éruption avec certains érythèmes urticariens.
Au toucher, la surface de la tache n'est pas rugueuse, comme dans la rougeole, mais au contraire douce et comme veloutée.
La face est atteinte, mais ce sont surtout des placards rougeàtres des joues, plus qu'un pointillé disséminé comme dans la rougeole. Sur le tronc, on note parfois de larges zones respectées à la région sternale et ombilicale; l'éruption est plus confluente aux lombes,
dans le triangle hypogastrique et dans la région sous-claviculaire. De même, aux membres, l'éruption est plus confluente en général à la face postéro-exlerne des membres supérieurs et à la face antéro-externe des membres inférieurs qu'aux faces de flexion des mêmes membres.
L'éruption évolue rapidement. Elle est rose franc au début, rouge vif le second jour; la coloration rouge est souvent plus accentuée et les taches plus saillantes aux fesses, sur le haut de la poitrine et dans le triangle cruro-hypogastrique. Au troisième jour, l'éruption pâlit déjà et a disparu le quatrième.
Les muqueuses ne participent à l'éruption que par une légère rougeur du pharynx, jamais aussi forte que dans la scarlatine.
Les auteurs attachent une grande importance à V engorgement ganglionnaire. Quand il existe, il est, en effet, très caractéristique et apporte un précieux élément de diagnostic; non seulement les ganglions du cou sont tuméfiés, mais aussi ceux des aines et des aisselles ; tandis que, dans la rougeole et la scarlatine accompagnées d'angine, les ganglions tuméfiés sont presque exclusivement les ganglions angulo-maxillaires, qui reçoivent les lymphatiques amygdaliens, dans la rubéole les ganglions cervicaux sont tuméfiés dans tous les groupes, même à la partie postérieure du cou et à la partie inférieure. La tuméfaction évolue comme l'éruption elle-même et disparaît presque aussi vite. Mais il faut bien savoir qu'elle manque souvent et qu'il ne faut pas arguer de son absence pour rejeter un diagnostic de rubéole.
Il est du reste à noter que les caractères et l'évolution de l'éruption ainsi que la fréquence des engorgements ganglionnaires ne sont pas les mêmes d'une épidémie à une autre. Il est possible qu'il n'existe pas une seule, mais plusieurs rubéoles, comme il y a plusieurs paratyphoïdes.
La température décrit une courbe assez caractéristique ; elle monte brusquement le premier jour à 38° ou 38°, 5, passe par un maximum de 39° à 39°,5 le second jour, décroît dans le troisième jour, et retombe à la normale le quatrième ou7e cinquième jour. La courbe est donc très aiguë.. C'est une courbe en clocher. Dans certains cas, la fièvre fait totalement défaut.
11 est tout à fait exceptionnel de noter des complications. Le plus souvent, la maladie guérit spontanément; au bout de quatre jours, l'enfant est revenu à la pleine santé.
Diagnostic. — Le diagnostic avec la rougeole est facile par l'absence de catarrhe, la généralisation et l'engorgement ganglionnaire quand il existe, et les caractères mêmes de l'érupiion.
104 RUBÉOLE.
Le diagnostic avec la scarlatine peut être plus délicat au début; la brusquerie de l'élévation thermique se retrouve dans les deux maladies ; mais l'éruption est différente de celle de la scarlatine. La question se complique toutefois par l'existence de rubéole, dont l'éruption serait scarlatiniforme. Il importe de nous expliquer à ce sujet.
Dans les faits décrits sous le nom de rubéole scarlatiniforme, il faut faire deux catégories : 1° certains faits concernent bien certainement des rubéoles légitimes, à éruption plus confluente que d'habitude, ou accompagnée d'une vive congestion diffuse de la peau. Mais, même dans ces cas, l'éruption ne rappelle qu'imparfaitement celle de la scarlatine au granité si spécial ; 2° il existerait, au dire de certains auteurs, une affection autonome qui ne serait ni la rougeole, ni la scarlatine, ni la rubéole, et qu'il faut par conséquent différencier de cette dernière. Dukes l'a décrit sous le nom de quatrième maladie (fourth diseuse). Cette quatrième maladie comprendrait les cas décrits par Filatow sous le nom de rubéole scarlatineuse.
D'après Filatow et d'après Dukes, cette maladie aurait une période d'incubation de neuf à vingt et un jours, ce qui la différencierait de la scarlatine; l'éruption serait le premier symptôme; elle consisterait en un petit pointillé rose pâle, très serré, à peine surélevé ; la gorge est rouge et tuméfiée; la langue n'a pas l'aspect framboise; les conjonctives sont injectées; les ganglions du cou et de la nuque sont tuméfiés, mais moins que dans la rubéole; l'état général est à peine altéré; la température reste normale ou ne s'élève guère au-dessus de 38°. L'éruption pâlit vite et est suivie d'une desquamation de huit à quinze jours. L'enfant peut se lever au bout de quatre ou cinq jours, et l'isolement peut être levé après quinze à vingt jours.
On le voit, la maladie ressemble énormément à une scarlatine bénigne. Seule, la notion épidémiologique permet la distinction. On aurait vu des épidémies combinées de scarlatine, de rubéole et de fourth disease, cette dernière précédant ou suivant l'une des deux autres maladies. Il faut tenir compte cependant des récidives et rechutes possibles de scarlatine et de rubéole. Il faudrait que des relations épidémiques analogues se multiplient pour qu'il soit permis d'affirmer l'autonomie de la maladie de Filatow-Dukes.
La rubéole, dans certaines formes boutonneuses, ressemble à première vue à l'urticaire et est parfois démangeante comme celui-ci. Mais la pression sur la peau, qui l'ait saillir en blanc la" papule urlicarienne, n'amène pas le même résultat dans la rubéole.