ANOMALIES ET COMPLICATIONS
de l'Hôpital Saint-Louis en 1908. Le diagnostic eut été difficile sans la notion épidémique.
Chez les enfants cachectiques, la cicatrisation des vésicules est souvent notablement retardée : toutes ou quelques-unes, au lieu de se dessécher, s'ulcèrent, et l'ulcération peut devenir phagédénique. Cette varicelle ulcéreuse doit être distinguée de la véritable varicelle gangreneuse, beaucoup plus rare, ou l'ulcération est encerclée d'une zone de sphacèle. La suppuration ou le sphacèle des vésicules peut être le point de départ d'une septicémie; des suppurations (arthrites suppurées, abcès sous-cutanés) peuvent survenir. Tous ces faits sont exceptionnels. Dans la varicelle hémorragique, exceptionnelle également, le contenu des vésicules est mélangé de sang noir; des pétéchies les accompagnent; des hémorragies nasales, des hématuries peuvent survenir. Enfin on a observé parfois, dans la convalescence, de l' albuminurie; cette néphrite varicelleuse, très rare du reste, est parfois assez intense pour entraîner des œdèmes généralisés ; mais elle se termine en règle par la guérison.
Pronostic. — Les complications dont je viens de parler sont tout à fait exceptionnelles et ne se voient guère que chez des enfants déjà profondément atteints du fait de maladies antérieures. Cette bénignité ne se dément pas chez les plus jeunes enfants, et, dans une épidémie de varicelle que j'ai observée à la maternité de Paris sur des prématurés élevés en couveuse ne pesant la plupart que 1 500 à 2000 grammes, seuls ont succombé, sur 19 enfants, 2 que l'autopsie a révélés tuberculeux.
Diagnostic. — L'éruption vésiculeuse de la varicelle est typique et ne peut être confondue avec aucune autre, au moins à sa période d'état. Plus tard, les vésicules flétries n'offrent guère de différence avec les pustules flétries de la varioloïde; il sera rare, en examinantcomplètement l'enfant, de ne pastrouver une vésicule typique tardive ; même à la phase de cicatrisation, le diagnostic rétrospectif pourra être fait par la constatation des différences d'âge entre les éléments éruptifs des poussées successives ; l'éruption variolique se fait, au contraire, tout d'un coup.
Les varicellesimpétigineuses avancées dansleur évolution peuvent facilement être confondues avec la forme d'impétigo disséminé, que lesdermatolsgistesconnaissentsouslenomd'impeù'goconiagriosa, parce qu'une première pustule contagionne de proche en proche toute la surface cutanée; dans cette dernière affection, l'éruption est bien rarement assez uniformément répartie pour que le diagnostic soit impossible ; de même, les varicelles avec suppurations souscutanées et les varicelles gangreneuses se distinguent des abcès
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sous-cutanés multiples et des gangrènes disséminées de la peau par une distribution régulière et une généralisation plus complète.
Traitement. — La varicelle guérit d'elle-même sans aucun traitement, tfest par prudence et pour éviter des contagions que l'enfant sera tenu au lit; l'alimentation sera restreinte, s'il y a de la fièvre. L'application de pommades ne hâte pas la dessiccation des vésicules, au contraire; il vaut mieux se contenter de poudrer légèrement la peau avec un peu de poudre de talc ou de poudre d'amidon. S'il y a sur les muqueuses des vésicules ulcérées, on les touche avec de la glycérine boratée à 10 p. 100, ou avec de l'eau oxygénée à 12 volumes étendue de trois quarts d'eau.
Dans les varicelles ulcéreuses ou gangreneuses, il faut agir énergiquement sur les vésicules, en les touchant à l'eau oxygénée pure, puis en les poudrant avec de la poudre de peroxyde de zinc.
Dès la période de dessiccation, l'enfant peut être levé et alimenté.
Épidémiologie et prophylaxie. — La varicelle est endémique dans les villes, et peu d'enfants y échappent : elle est très contagieuse et par un simple contact même temporaire; elle est contagieuse déjà avant l'éruption. Dans l'épidémie que j'ai observée à la maternité, les cas se sont succédés de quatorze en quatorze jours à six reprises, ce qui permet de fixer à ce chiffre la période d'incubation.
Le microbe de la varicelle est inconnu; il est certain que la maladie est tout à fait distincte de la variole; l'une ne donne pas l'immunité vis-à-vis de l'autre, et la vaccine ne garantit pas de la varicelle. Le virus varicelleux se comporte à peu près comme celui de la rougeole; il est contagieux à un haut degré, mais peu persistant; les mesures prophylactiques sont les mêmes que pour la rougeole.
M. Camus et M. Kling(l) ont montré qu'on peut vacciner un enfant contre la varicelle en lui inoculant par scaritication de la peau le contenu de vésicules varicelleuses. 11 se produit au niveau de la scarification quelques vésicules typiques, et l'enfant n'est plus capable de prendre la varicelle.