PRONOSTIC
recommencer. L'évolution de la rechute est en général, plus rapide, et l'intensité du mal est moindre. C'est parfois immédiatement après la défervescence que survient la rechute ; plus souvent, c'est après deux à quatre jours. On a vu des rechutes après huit, quinze, trente jours ; mais alors elles ne siègent pas toujours au point primitivement atteint. Dans l'intervalledesdeux rechutes, la température peut présenter des inégalités, parfois même des poussées subites, passagères ; au contraire, une hypothermie de 36°. 5 à 36°,8 pendant
Fig. 59 et 60. — Aspects radiologiques de la pneumonie du sommet. 1, au début,* 2, période d'état (Weill et Mouriquand).
tes quelques jours qui suivent la défervescence assure qu'elle est déflni-tive.
Complications. — Le pneumocoque est susceptible, pendant ou après la pneumonie, de provoquer d'autres altérations dans l'organisme. La pleurésie purulente ou séreuse à pneumocoques, les arthrites purulente ou séreuse à pneumocoques, la péritonite à pneumocoques, la méningite à pneumocoques, l'otite moyenne à pneumocoques, l'endocardite végétante à pneumocoques sont des affections souvent primitives, mais souvent aussi consécutives à la pneumonie. Des paragraphes spéciaux sont, dans ce volume, consacrés à la plupart d'entre elles.
L'ictère complique rarement la pneumonie chez l'enfant.
L'albuminurie est fréquente à la période fébrile, mais disparaît avec elle. Dans certains cas rares, la pneumonie est suivie de néphrite hématurique qui débute à grands fracas par des œdèmes considérables, mais qui guérit en général facilement et rapidement par le régime lacté.
Pronostic. — La pneumonie de l'enfant guérit presque toujours. On note cependant une mortalité de 5 p. 100, causée le plus souvent
par des complications d'endopéricardite, de méningite, de pyobémiè généralisée à pneumocoques : exceptionnellement, on rencontre chez l'enfant des pneumonies malignes avec hyperthermie, ataxoadynamie, délire, méningisme, capables d'amener la mort dans le coma en quelques jours.
Diagnostic. — Une élévation brusque de la température chez un enfant en pleine santé fait songer à une angine aiguë, à une scarlatine, ou à une pneumonie. Parfois ce n'est ni l'une ni l'aulre. 11 faut examiner soigneusement la gorge de l'enfant, sa surface cutanée, et l'ausculter avec soin. On arrivera parfois à faire un diagnostic précoce et à dépister un début de pneumonie. Parfois on craint la pneumonie, et, après douze, vingt-quatre, quarante-huit heures de lièvre à 40°, la température retombe à 37°, sans qu'aucun autre phénomène morbide se soit manifesté; on fait alors le dia gnostic peu compromettant de fièvre éphémère.
Si la fièvre persiste deux, trois, quatre jours, si les symptômes fonctionnels s'accusent dans le sens de la pneumonie, si la polypnée, le point de côté ont apparu, si cependant aucun signe physique ne se manifeste, faut-il faire néanmoins le diagnostic de pneumonie? Oui certainement, puisque, chez les grands enfants et les adultes, un tel état peut s'accompagner de rejet de crachats caractéristiques. 11 y a peu d'années encore, on ne doutait pas, dans ces cas, de l'existence d'un bloc d'hépatisation ; s'il ne donnait aucun signe à l'examen delà poitrine, c'est, disait-on, parce qu'il était séparé de toutes parts de la paroi thoracique par du tissu pulmonaire sain; on disait qu'il s'agissait de pneumonie centrale. Nous savons aujourd'hui, grâce à la radiographie, que la pneumonie centrale n'existe pas; il n'y a, dans ces cas, pas de bloc hépalisé, profond ou non ; l'invasion du poumon par le pneumocoque s'est faite sans aboutir à l'exsudation iibrineuse massive, qui l'ait le bloc pneumonique ; ce n"en est pas moins la même maladie ; sachons donc qu'il peut exister une pneumonie sans hépatisation.
Le diagnostic de la pneumonie avec la congestion pulmonaire idiopathique aiguë de Cadet de Gassicourt est une question de délinilion. Cadet de Gassicourt appelait congestion pulmonaire ce que la plupart des auteurs appellent pneumonie abortlve, pneumonie rudimentaire, pneumonie atténuée; il vaut mieux employer ces derniers termes, car il s'agit bien de la même maladie causée par une localisation identique du même microbe. La réaction seule de l'organisme est différente.
Beaucoup plus profonde est l'erreur qui consiste à prendre une pneumonie pour une fièvre typhoïde, ou inversement. Elle est
ÉTIOLOGIE ET PROPHYLAXIE. 269
cependant parfois difficile à évitée. 11 existe des pneumonies à forme typhoïde, dans lesquelles l'état général et l'aspect du malade rappellent absolument ceux des fièvres typhoïdes graves. Si les symptômes pulmonaires sont peu caractéristiques, s'ils consistent surtout en rhonchus et en râles humides, on comprend qu'on puisse, quelque temps, se demander s'il ne s'agit pas de fièvre typhoïde avec bronchite. On sait, du reste, que certaines fièvres typhoïdes débutent à la façon d'une pneumonie, par des signes d'hépatisation pulmonaire. Ces pneumo-typhus ne pourront être distingués de la pneumonie que par l'examen du sang, qui donne, dans la lièvre typhoïde, la réaction agglutinante de Widal.
Dans certaines pneumonies infantiles apparaissentdesphénomènes méningés qui peuvent faire penser à la méningite. On peut se demander s'il s'agit unique des nientneumonie a'^c pbi'nomène oxiques et phénomènes réflexes (méningisme), ou si la pneumonies se complique de localisation du pneumocoque sur les méninges (méningite séreuse ou purulente à pneumocoques), ou bien s'il ne s'agit pas de granulie avec méningite tuberculeuse. Le début brusque dans les affections à pneumocoques, traînant dans la granulie, est un des meilleurs signes différentiels. Dans la pneumonie et les méningites pneumococciques, l'enfant est surtout agité, et les signes méningés relèvent surtout de la convexité cérébrale; l'enfant est geignard, hostile, recherchant l'obscurité, dans la granulie. Le cytodiagnostic du liquide méningé extrait par ponction lombaire tranchera la question dans les cas délicats.
La pneumonie avec point de côté abdominal ne simule l'appendicite qu'à un examen superficiel. La résistance localisée de la paroi abdominale, l'hyperesthésie cutanée au point de Mac Burney, les vomissements répétés caractérisent l'appendicite, dans laquelle, d'autre part, la température n'est pas si rapidement ascendante que dans la pneumonie.
Le diagnostic de la pneumonie avec la bronchopneumonie, la pleurésie et la splénopneumonie sera, fait aux articles Bronchopneumonie et Pleurésie.
Étiologie et prophylaxie. — La pneumonie s'observe parfois par poussées saisonnières; mais elle est peu contagieuse, et il est inutile de prendre vis-à-vis d'elle des mesures d'isolement comparables à celles des fièvres éruptives. Il faudra, s'il y a lieu, détruire les crachats. On trouve souvent dans la bouche des enfants, même en l'absence de lésions pharyngées ou bronchiques, du pneumocoque, plus ou moins virulent pour la souris blanche. Les conditions qui font que ce pneumocoque va envahir le parenchyme pulmonaire et don-
270 BRONCnOPNEUMONIE.
ner une pneumonie échappent dans la plupart des cas ; c'est dans la minorité des faits qu'on peut mettre en évidence le rôle d'un coup de froid, d'une émotion, d'un traumatisme.
Traitement. — La pneumonie estune maladie cyclique qui évolue d'elle-même vers la guérison. Dans les cas simples, la thérapeutique sera donc réduite à des mesures hygiéniques et diététiques et à une médication symptomatique. Séjour au lit, calme et repos complet, alimenlation liquide, lactose à la dose de 30 à 40 grammes par jour pour faciliter la diurèse ; en cas d'agitation et d'insomnie, les bains tièdes à 37° donnent de bons résultats; en cas d'hyperthermie, d'adynamie, d'intoxication, les bains froids à 32°, 30°, ou même 28°, rendent les mêmes services que dans la fièvre tvphoïde.
VI — BRONCHOPNEUMONIE.
La bronchopneumonie doit être nettement différenciée delapneu-r monie. Dans celle-ci, l'invasion microbienne frappe en bloc une vaste portion d'un lobe du poumon ; elle prend possession d'emblée du parenchyme pulmonaire ; la lutte est courte; la maladie est cyclique et disparaît sans laisser de traces. Dans la bronchopneumonie, l'infection est d'origine bronchique; elle remonte les ramifications de l'arbre bronchique et aborbe les lobules pulmonaires indépendamment les uns des autres : la pneumonie est plus ou moins lobaire; la bronchopneumonie est toujours lobulaire ; même quand tous les lobules d'un lobe sont atteints, la bronchopn eu monie n'est pas lobaire, mais pseudo-lûbaire, car on peut noter que l'altération est plus ou moins avancée, plus ou moins profonde, plus ou moins librineuse, d'un lobule à l'autre ; en sorle que chaque lobule s'altère par luimême, indépendamment des lobules voisins. Les lésions du lobule vont de la simple congestion à V hèpatisation librineuse, avec les stades intermédiaires de splénisation et de carnisation. Certains lobules reste'nt roses; on voit même des lobules blancs, tumétiés, emphysémateux, du fait des efforts vicariants; on voit aussi des lobules affaissés sur eux-mêmes, atélectasiés, par obstruction de leur bron* chiolo. Les bronchioles participent, en effet, à l'inflammation; elles sontplus ou moins obturées par du pus jaune épais, et leur paroi est infiltrée d'éléments embryonnaires susceptibles de dégénérer et de former autour de la bronche un amas jaunâtre, le nodule pèribronc/iique.
Microbiologie, — La plupart des organismes capables d'infecter les premières voies peuvent donner de l'infection bronchique ascendante susceptible d'aboutir à la bronchopneumonie. Les orgs*
SYMPTOMATOLOGIB. 271
nismos le plus souvent en cause sont le pneumocoque, qui donnerait surtout des bronchopneumonies pseudo-lobaires à évolution se rapprochant de celle de la pneumonie ; le streptocoque, qui donne les bronchopneumonies diffuses, graves ; le pneumobacille deFriedlander, le colibacille, les coccobacilles, les staphylocoques; souvent plusieurs microorganismes sont associés.
Étiologie. — La bronchopneumonie est d'autant plus fréquente que l'enfant est plus jeune. Elle cause le quart des décès des enfanls de zéro à un an ; elle est surtout fréquente l'hiver. Elle est contagieuse. Certes cette contagiosité estloin d'être aussi grande que celle des fièvres éruptives. Néanmoins, dans les agglomérations de jeunes enfants, et surtout dansles hôpitaux, il importe d'isoler les bronchopneumonies. Le nourrisson la prend plus facilement s'il est déjà, malade et y résiste moins. Les athrepsiques, les prématurés sont fauchés dans les crèches par la bronchopneumonie dès, qu'un cas a été reçu dans le service et n'a pas été isolé.
A la suite des grosses entérites aiguës des nourrissons, on observe, soit des bronchopneumonies à colibacilles à allure torpide spéciale, soit des bronchopneumonies à streptocoques banales.
Quand l'enfant a dépassé deux ans, il prend la bronchopneumonie moins facilement, si ce n'est dans la convalescence des maladies frappant les voies respiratoires; ce sont en première ligne la rougeole, puis la coqueluche, la grippe, la diphtérie. Dans les services hospitaliers de rougeole et de coqueluche, la bronchopneumonie règne presque en permanence et tue de nombreux enfants entrés pour une maladie primitive bénigne. Pour remédier à cet état de choses déplorable, il serait nécessaire d'instituer le système des petites chambres interchangeables susceptibles d'être évacuées quelques jours et largement aérées quand un cas de bronchopneumonie y est apparu,
Mymptomatologie. --. Chez les athrepsiques, les prématurés, les convalescents de maladies graves, la bronchopneumonie apparaît sans grand fracas; la fièvre s'élève plus ou moins, l'enfant est abattu, somnolent ou, au contraire, agité ; il refuse le sein ou le biberon après quelques gorgées. Quand la bronchopneumonie frappe des enfants moins affaiblis, le début peut être à plus grand fracas et ressembler même à un début de pneumonie.
Bientôt l'enfant a une allure spéciale; il est pâle ; cette pâleur s'accompagne parfois de teintes livides au pourtour des lèvres, des yeux etdes ailes du nez ; celles-ci se soulèvent à chaque inspiration ; le nombre des inspirations est augmenté ; la fièvre est irrégulière ; elle varie en quelques heures de 38° à 40", La toux est répétée, non quinleuse; elle manque chez les tout petits.
272 BRONCHOPNEUMONIE
L'examen delà poitrine montre le plus souvent l'excursion respiratoire amplifiée, au moins tant que le petit malade est insuffisamment résistant; au soulèvement inspiratoire exagéré des côtes répond un affaissement de l'épigastre, et même une dépression du creux sus-sternal (tirage bronchopneumonique). La,percussion doit être pratiquée superficiellement; elle ne révèle guère de changementque dans les cas de bronchopneumoniepseudo-lobaire. L'auscultation est très variable. Dans les cas généralisés, on entend, dans toute l'étendue des deux poumons, des râles de tout calibre, depuis les bouffées de râles fins jusqu'aux gros bruits bulleux humides dont l'intensité est parfois assez grande pour simuler le gargouillement; le mélange de tous ces râles donne ce qu'on appelle le bruit de friture. D'autres fois, les râles sont rares ou nuls, et c'est un souffle que l'on entend, plus doux, plus plaintif, plus voilé que celui de la pneumonie franche, et à timbre en 0 ou en A, et non en È ou en I, corn me celui de la pleurésie. Enfin il est des cas où ni le souffle, ni les râles ne sont nettement perçus ; il faut chercher avec soin le ou les foyers de bronchopnèumonie que l'on suppose exister d'après les signes fonctionnels, et c'est à peine si l'on entend en un point du poumon une zone à respiration plus rude, ou au contraire plus douce, plus chuintante, ou encore quelques petits râles fins ou quelques frottements qui permettront d'affirmer la bronchopneumonie.
Un des caractères de l'affection est la mobilité des signes d'auscultation. En peu de temps ils se modilient; les râles changent d'abondance, de timbre, de localisation; le souffle paraît, disparaît,' reparaît, se déplace, se modifie dans son timbre et son étendue.
Évolution. — L'évolution de la maladie est de même très irrégulière; elle se fait par poussées subintrantes, ou même séparées par des intervalles d'un à deux ou trois jours d'amélioration apparente. La courbe est à grandes oscillations irrégulières.
La durée est des plus variables. Parfois une bronchopneumonie localisée à quelques lobules disparaît après deux ou trois jours, et l'enfant revient à la pleine santé. Plus souvent la maladie dure huit, quinze, vingt jours ; les oscillations deviennent moins étendues; les pousséesfébrilesmoinsintenses et plus espacées ; le souffle s'atténue, les râles sont plus discrets, et finalement l'enfant revient à la santé; mais il est pâli, amaigri; la convalescence est longue, et il faut longtemps craindre les rechutes.
Terminaison. —Dans un trop grand nombre de cas, la maladie se termine par la mort. Celle-ci survient par des mécanismes variables. 11 y a des bronchopneumonies subaigués qui tuent dès les premiers jours; il en est ainsi quand les lésions sont très étendues
MtONOSTlC. 273
et que l'arbre bronchique est pris dans son ensemble : la plupart des petites bronches se trouvent dès le début obstruées par les sécrétions, et, avant même que se soient produites des lésions lobulaires suffisantes pour donner de la matité et du souffle, l'enfant meurt en dyspnée intense et en asphyxie. Cette forme a été différenciée sous le nom de bronchite capillaire; c'est, en réalité, une bronchopneumonie généralisée, arrêtée à ses premiers stades par sa généralisation même. Elle est souvent mortelle ; mais parfois le processus suraigu s'arrête, la respiration revient, la maladie évolue ensuite comme une bronchopneumonie habituelle ; ou même la guérisonsefait sans que le parenchyme pulmonaire ait subi l'hépatisation.
D'autres fois, surtout chez les cachectiques, la bronchopneumonie tue dès le début par intoxication profonde, refroidissement et sclérèmedes extrémités, affaiblissement progressif des mouvements respiratoires.
Le plus souvent, c'est la durée même de la maladie qui affaiblit et cachectise les enfants, et c'est après huit, quinze jours d'alternatives douloureuses d'amélioration et de rechutes que le petit malade, a 'faibli, amaigri, pâli, réduit à l'état squelettique, s'éteint par arrêt des mouvements respiratoires et cardiaques, à moins qu'une complication ne soit venue activer la terminaison fatale.
Complications. — Les enfanls atteints de bronchopneumonie sont sujets à faire des localisations infectieuses dans tout leur organisme. On observe surtout les écoulements purulents des fosses nasales, les otites suppurées, les abcès multiples disséminés sur toute la surface cutanée.
Les pleurésies, contrairement à ce qu'on pourrait croire, sont rares, surtout chez les nourrissons, à la suite de la broncho pneumonie. Aux autopsies, la plèvre est souvent saine; ou à peine trouvet-on un dépôt fibrineux à la surface pleurale de quelques lobules hépatisés. Exceptionnellement, la bronchopneumonie est suivie de pleurésie purulente.
Chez les jeunes enfants, Ventérite complique souvent la bronchopneumonie ; cela se comprend d'autant mieux que les petits enfants ne savent pas cracher et déglutissent constamment des crachats chargés de germes infectieux.
Pronostic. — Le pronostic est presque fatal chez les enfants de moins d'un an, pour peu que la maladie dure plus de quelques jours. Au-dessus d'un an, l'enfant résiste déjà un peu mieux ; pourtant la majorité succombent. Au-dessus de deux ans, la guérison est obtenue dans la majorité des cas.
Apert. — Mal. des Enfants. S" êdit- 18
274 BRONCHOPNEUMONIE.
Les bronchopneumonies consécutives à la rougeole, à la coqueluche, à ladiphlérie, ont une gravité plus grande; elles sont en général plus rapidement généralisées, plus tenaces, plus diffuses et tuent le plus souvent les enfants au-dessous de deux ans. Même au-dessus de cet âge, un certain nombre succombent.
Même quand la guérison semble obtenue, la bronchopneumonie laisse souvent des séquelles. Contrairement à la pneumonie franche, dont l'exsudat fibrineux alvéolaire se résout totalement, la bronchopneumonie est susceptible de laisser un état scléreux du poumon, compliqué ou non de dilatation bronchique. Quand on observe chez un enfant de la bronchite chronique, de l'emphysème, delà dyspnée asthmatiforme, si on remonte à l'origine des accidents, on trouve soit une bronchopneumonie, soit une poussée de tuberculose pulmonaire. De même bien des scolioses des jeunes filles ou des jeunes garçons, bien des dy s symétrie s thoraciques relèvent, soit d'une bronchopneumonie de l'enfant, soit d'une pleurésie, soit d'une tuberculose guérie, par l'intermédiaire d'état sclérticx partiel du poumon ou d'adhérences pleurales. La broncbopneumonie est donc grave, non seulement par elle-même, mais aussi par ses conséquences éloignées.
Diagnostic. — Le diagnostic entre la pneumonie franche et la bronchopneumonie est important, puisque l'évolution et le pronostic sont tout différents. Le diagnostic est délicat quand la bronchopneumonie est pseudo-lobaire. Toutefois la bronchopneumonie a rarement un début aussi brutal que la pneumonie ; la tempéralure oscille davantage, les signes physiques ne sont pas aussi franchement localisés ; il est rare que le second poumon ne présente pas, au moins de façon intermittente, quelques râles ou quelques sibilances.
La pleurésie, chez lejeune enfant, peut d'autant plus facilement être confondue qu'elle débu.te quelquefois par une bronchopneu- , monie. La matité franche, hydrique, est à cet âge le signe le plus sûr des épanchements pleuraux.
Le diagnostic des bronchopneumonies prolongées avec la tuberculose pulmonaire dans ses différentes formes est un des plus difficiles chez le jeune enfant. Le nourrisson atteint de tuberculose pulmonaire tousse, a une lièvre irrégulière, dépérit; la fièvre n'est ni aussi vive ni aussi fréquente que dans la bronchopneumonie; la dyspnée n'est pas aussi marquée; mais, chez les enfants cachectiques, la broncbopneumonie atténue ses allures habituelles et prend justement ce caractère torpide. Aussi laconf usion entre les deux maladies est lacile, d'autant plus que la tuberculose pulmonaire et la tuber-
rulose des ganglions trachéo-bronchiques se compliquent facilement de bronchopneumonie à streptocoques, à pneumocoques, à microbes divers. La confusion peut se poursuivre jusque sur la table d'autopsie. Les nodules péribronchiques simulent facilement des tubercules jaunes crus ; l'adénopathie bronchique est presque constante danslabronchopneumonie, et les ganglions atteintsnon seulement sont volumineux et roses, mais ils peuvent devenir jaunes et simuler des ganglions caséeux. L'examen histologique avec recherche des cellules géantes et surtout avec constatation de bacilles de Koch sont parfois nécessaires pour affirmer la tuberculose.
Une confusion fréquemment commise par les débutants est celle qui consiste à prendre pour une cavité pulmonaire gargouillante, pour une caverne, un foyer de bronchopneumonie avec râles de tout calibre, dont la confluence simule, en effet, parfaitementle gargouillement. Il faut se rappeler que les cavernes pulmonairessont exceptionnelles chez le jeune enfant et n'accepter ce diagnostic qu'avec la plus grande prudence, sous peine de voir la prétendue caverne disparaître en quelques jours, ou se transporter en un autre point du poumon.
Traitement. — Au début d'une bronchopneumonie, et s'il s'agit d'un enfant suffisamment résistant, il est indiqué de donner l'ipéca qui provoquera l'évacuation, non seulement du contenu stomacal, mais aussi d'une partie des sécrétions bronchiques. On donne le sirop d'ipéca par cuillerées à café de trois en trois minutes, jusqu'à ce qu'un vomissement arrive ; on donnera ensuite des cuillerées à souped'eau tiède à intervalles dequelques minutes, qui provoqueront de nouveaux vomissements. Chez les enfants de plus de six mois, il faut ajouter au sirop d'ipéca un peu de poudre d'ipéca, 30 centigrammes par 30 grammes de sirop.
A l'ipéca, on peut substituer avec avantage son alcaloïde, l'émètine, qui possède un pouvoir décongestif grâce" à son action sur les fibres lisses des artérioles pulmonaires, et qui est dépourvu d'action vomitive. Sous l'influence de cette médication, la perméabilité pulmonaire se rétablit, la fièvre tombe parfois rapidement et la poussée de bronchopneumonie est enrayée. Se rappeler toutefois que l'émètine est toxique : ne pas dépasser en injections sous-cutanées quotidiennes, un milligramme de chlorhydrate d'émétine au-dessous de un an, deux milligrammes de un à quatre ans, trois ou quatre milligrammes à partir de cinq ans, et ne pas continuer la médication plus de quatre jours consécutifs.
Concurremment on commencera le traitement parles bains tièdes sinapisés. On donnera quatre fois par jour un bain à 36°, d'une
276 BRONCHOPNEUMONIE.
durée de dix minutes, additionné d'une poignée de farine de moutarde; chez les enfants dont la peau n'a pas son intégrité parfaite, ou encore chez ceux qui sont agités, et surtout chez ceux qui ont des convulsions, on donnera le bain tiède simple, sans farine de moutarde ; au sortir du bain, il faut sécher soigneusement l'enfant et le mettre dans son lit préalablement réchauffé.
Quand il y a de l'hyperlhermie avec état toxique grave, sans lésions pulmonaires étendues, le bain sera donné frais (32°), ou même froid (28°) si l'enfant est déjà grandet; il faut toutefois surveiller de près l'application des bains froids; si l'enfant se cyanose dans le bain, il faut le retirer immédiatement, le frictionner à l'eau de Cologne, le rouler dans un drap ou une couverture chaude.
Dans l'intervalle des bains, on pratiquera des frictions sur le thorax avec de l'eau de Cologne, ou de l'essence de térébenthine, ou mieux avec du vin chaud.
Quand les bains froids sont mal supportés, ou quand il existe, comme c'est fréquent, de l'érythème fessier qui serait mal influencé parla macération, il faut substituer aux bains les applications de compresses mouillées. Pour cela, on imbibe d'eau froide à 15° ou 18° des compresses de tarlatane que l'on essore à moitié ; on les roule autour du thorax de l'enfant, et on recouvre d'un taffetas gommé qui devra dépasser en haut et en bas les compresses de 1 ou 2 centimètres pour éviter la dessiccation. On obtient en général par ce moyen une atténuation de la dyspnée, une diminution de l'anxiété ef souvent le sommeil. Au bout d'une heure ou deux, on remplace les compresses par de nouvelles imbibées d'eau froide.
Les tout jeunes enfants doivent être uniquement traités par ces moyens externes. Mais déjà, à, partir de trois mois, on pourra y joindre une médication interne. On donnera toutes les trois à quatre heures, dans l'intervalle des tétées, une cuillerée à café de la potion suivante :
Oxyrael scillitique 10 grammes.
Poudre de Dowcr I
Teinture de belladone \ tt 0BI>05
Sirop de lolu ) „„
i,..)u j aa 30 grammes.
ou encore
Oxyde blanc d'antimoine 0«r,20
Sirop de digitale \t) gnxj
Julep gommeux 50