VI. — Forme vésiculo-pustuleuse
Eczéma impétigineux
Définition. — L'eczéma impétigineux est une maladie de la peau, fréquente chez l'enfant ; elle siège surtout à la face et au cuir chevelu. Elle est caractérisée : ici, par des plaques rouges, variables d'intensité et d'étendue, recouvertes ou non d'un épiderme plus ou moiîis sec et épais; là, par des surfaces d'un rouge vif, humides et suintantes, se recouvrant d un liquide d'abord clair et ruisselant à la surface, puis jaunâtre et purulent, qui se concrète enfin et forme des croûtes plus ou moins molles, plus ou moins épaisses, au-dessous desquelles existe une surface rouge et avivée, parfois même exulcérée.
Eiiologie. — Les causes de l'eczéma impétigineux sont différentes suivant les auteurs. Pour les uns, le vice goutteux ou uricémique héréditaire; pour les autres, le lymphatisme, la scrofule, la tuberculose même, Vinfection enfin (morocoque), sont, simultanément ou isolément, incriminés.
C'est à peine s'il est fait mention de Vétolution dentaire. Or, depuis longtemps nous avons démontré (1) que tout, dans cette maladie, (localisation, marcbej indique l'évolution dentaire comme cause au moins déterminante. C'est en efiet à la face (masque) et au cuir chevelu (calotte), c'est-à-
(1) L. Baumel. Histoire d'une première dentition. Eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu chez l'enfant. Montp. iMéd., 1888.
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dire principalement sur les divers points de distribution cutanée du trijumeau, que s'effectue la localisation ordinaire de l'eczéma impétigineux.
Le trijumeau, excité par l'évolution dentaire, sert de voie centripète. La voie centrifuge serait représentée par le sympathique, les vaso-dilatateurs, les nerfs sécréteurs cutanés, dont l'anatomie ne nous a pas encore bien fait connaître ni le trajet, ni la distribution terminale.
C'est de trois mois à deux ans et au-delà, c'est à-dire au moment de la première dentition (20 dents de lait qui sortent de l'âge de 6 mois à 24) qu'on observe le plus communément l'eczéma de la face et du cuir chevelu.
Sans doute les causes irritatives extérieures (piqûres de moustiques par exemple, saleté, démangeaisons, grattage) peuvent bien provoquer son apparition. Mais les alternatives de rasoconstriction et de vasodilatation, que l'on observe au cours de l'évolution dentaire et qui se traduisent par une pàlew excessive de la face, bientôt suivie d'une rougeur plus ou moins intense et de durée variable, nous paraissent, avec la vascularisation plus grande, la circulation- plus active et l'hypersécrétion cutanée qui en résulte, être ses causes principales et pathogéniques, auxquelles viennent s'ajouter, non seulement les causes mécaniques extérieures précitées, mais encore celles d'infection banale ou spécifique, auxquelles l'air sert habituellement de véhicule.
Symptomatologie. — Tout d'abord ce sont des rugosités ou inégalités de la peau, déterminées par un simple soulèvement épidermique et furfuracé sur certains points (pommettes, front, joues;, faisant perdre au tégument son caractère lisse et poli habituel. Puis, ce sont des macules toutes petites, devenant bientôt papules également peu étendues. A leur extrémité ou sommet ne tarde pas à se développer une vésicule (eczéma), devenant rapidement pustule (impétigo). Celle-ci se crève bientôt et laisse suinter à la surface de la peau, déjà rougie par l'eczéma, son contenu, qui se prend en masse jaunâtre, d'abord molle, mélicérique, puis de plus en plus concrète, jaune, grise ou noire (croûtes). Le
tout donne lieu à des démangeaisons ou cuissons qui déterminent du grattage. Le petit malade doit avoir les bras attachés, sinon, avec ses ongles, il laboure à tout instant ces surfaces eczémateuses, qu'il fait facilement saigner. De là, à un moment donné, la couleur noire des croûtes, qu'il déchire, étend et infecte de la sorte, ce qui rend la durée de la maladie beaucoup plus longue, les complications plus fréquentes ou plus intenses, la guérison plus difficile.
Une des complications les plus immédiates de l'eczéma est Vadénite cervicale, donnant lieu à la présence, autour du cou, en avant, latéralement ou en arrière, de ganglions plus ou moins nombreux, de volume variable, dont la douleur est quelquefois vive et l'inflammation intense. Ils vont même parfois jusqu'à suppurer, et cela, d'autant plus facilement que les surfaces eczémateuses el croùteuses sont d'ordinaire moins détergées. D'où rétention de produits pathologiques et infectieux de tout ordre, que les lymphatiques apportent jusqu'aux gaoglions correspondants, où ils trouvent une voie d'élimination, à condition que le ganglion suppure et que la peau s'ouvre au-dessus de lui.
Cne chose curieuse, dans la marche de l'eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu chez l'enfant, ce sont les alter7iatives de poussées et d'arrêts qu'il présente ou, plutôt, ces étals alternants d'acuité et de chronicité.
Les cliniciens de tous les temps, frappés de ce fait, ont essayé d'interpréter scientitîquement le phénomène, que les uns ont attribué à Vinfluenre lunaire, d'autres à la menstruation de la nourrice, etc., etc.
Nous en trouvons l'explication toute naturelle dans les poussées successives d'évolution dentaire, séparées eotr'elles par un véritable temps d'arrêt ou de repos. Nous en avons la preuve palpable dans le cas scrupuleusement étudié par nous et relatif à l'un de nos propres enfants, preuve corroborée par la disparition de l'eczéma, ainsi que nous l'avions prévu du reste dès la 17- dent, quand l'évolution dentaire (20 dents de lait) fut tout à fait terminée.
C'est cette maladie qu'on appelle croûte de lait, teigne de lait, qourme, etc.
Les démangraisona symptomatiques y sont telles que, lorsque l'enfant ne peut pas librement se gratter, il appuie sa tète ou ses joues contre la literie, s'il est couché, ou contre les personnes qui le tiennent dans leurs bras et, par des mouvements alternatifs de va-et-vient, il arrive à ses fins, c'est-à dire à essayer de satisfaire, par le grattage, ces démangeaisons pénibles, produites par l'eczéma impétigineux.
Dans les périodes aiguës on voit parfois, sur la surface avivée et très rouge de l'eczéma, suinter et perler, ruisseler même, un liquide, transparent comme de l'eau de roche, qui indique bien la production, par moments, d'une véritable hypersécrétion cutanée et plus particulièrement sudorale, limitée toutefois à une région parfaitement déterminée et variable suivant les cas.
Sans doute nous n'admettons pas que l'évolution dentaire soit, à elle seule, capable de produire l'eczéma, du moins très intense et fort étendu. Nous reconnaissons, depuis longtemps (1), la nécessité d'une prédisposition, qui est une sorte de pléthore lymphatique ou séreuse, liée le plus souvent à une alimentation, même lactée, vicieuse (intervalles irréguliers) et surtout trop copieuse, qu'elle soit exclusivement fournie par le sein ou qu'on y ajoute au contraire une certaine quantité de lait animal.
On peut voir l'eczéma impétigineux siéger ailleurs qu'à la face et au cuir chevelu. Nous avons indiqué, sans pouvoir en donner l'explication anatomo-physiologique, la nuque, comme étant le siège de prédilection de l'eczéma impétigineux symptomatique de Vérolution de la dent de 6-7 am (1" grosse molaire, définitive d'emblée). Dans un cas très intense de ce genre, nous avons vu l'eczéma guérir lorsque les parents de la petite malade, employés dans l'hôpital, cessèrent de lui donner à manger des gâteaux, dans l'inter-
(1) L. Baumel, Loco citato.
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valle des repas, et de lui saupoudrer son eczéma avec du salol, ce qui favorisait la rétention des éléments infectieux et l'infection elle-même, laquelle se traduisait par une, polymacroadénite cervicale postérieure.
Nous avons aussi rencontré, une fois, leczéma impétigineux des membres inférieurs chez un garçon de 13-14 ans, au moment de révolution de la dent de cet âge (2"'^ grosse molaire, définitive d'emblée). Lavenir nous apprendra peutêtre ces relations nerveuses et réflexes, qui nous sont encore totalement inconnues.
Enlin l'eczéma, quel que soit son siège primitif, est susceptible de certaine exlension ou généralisation. C'est ainsi que, dans quelques cas d'eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu, nous avons vu la maladie s étendre jusqu'aux bras et même au Ironc, principalement aux parties supérieures de celui ci.
Diagnostic. — Si le diagnostic d'eczéma impétigineux est facile, comme cela résulte assez nettement de la description que nous venons d'en faire, son diagnostic de nature est, on le voit, plus ditïicile, surtout si l'on n'accepte pas notre manière de voir.
Certains auteurs en font le premier symptôme de la tuberculose. Si Ton voit en etîet, plus tard, des tuberculeux qui, pendant leur enfance, ont eu de l'eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu, cela tient tout simplement, selon nous, à ce que cet état pathologique a constitué une excellente porte d'entrée par laquelle le microbe de Koch s'est introduit, dans les ganglions dabord, dans l'organisme ensuite. Cette pénétration est facilitée : 1° par la négligence habituelle de tout traitement dans ce cas ; 2" par le voisinage, à l'hôpital ou dans la famille, d'un tuberculeux, qui n'observe aucune règle hygiénique par rapport à son entourage.
Pronostic. — Le pronostic présente un certain caractère de gravité, en raison de l'insomnie habituelle de ces pauvres enfants eczémateux, qui sont réveillés nuit et jour par les démangeaisons et dont le système nerveux esl, de ce fait, dans un état d'excitation continue ; en raison, aussi, des c©ii,-
plications (adénites suppurées, érysipèle, tuberculose) qui peuvent survenir à la suite de l'eczénia.
Ce qu'il y a de remarquable, dans cette maladie, c'est qu'au cours de certains états pathologiques, aigus ou chroniques (entérocolite de Bouchut, broncho-pneumonie, diarrhée de dentition durant des mois entiers à la tin surtout de l'évolution dentaire), l'eczéma disparaH parfois, rapidement et entièrement, pour un temps aussi long que la durée de la maladie intercurrente. Puis, au moment où l'on se croyait autorisé à le considérer comme disparu pour toujours, on te loU reteniPj plus fort que jamais, aussitôt que se termine la convalescence.
Les cliniciens de tous les temps, nos maîtres même les plus renommés et les plus autorisés, nous avaient appris à voir là une sorte de métastase ou de déplacement. C'est un restant des théories humorales d'autrefois.
Nous avons, depuis longues années (1888), rectifié cette erreur généralement trop accréditée et qui a fait commettre des fautes thérapeutiques graves (essai de rappel de l'éruption, dans la pneumonie par exemple, à l'aide de frictions sur la peau du crâne avec une pommade à l'huile de croton tiglium >.
En pareille occurrence nous conseillons, à ce point de vue, l'inaction la plus grande. La fièvre, la diète, la maladie intercurrente expliquent suffisamment la rétrocession de l'eflllolescence, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir, pour l'interpréter, une métastase quelconque, qui n'existe qu'en apparence, en vertu de l'axiome médical : duobus laboribus simul obortis vehementior obscurat atterum. La disparition de l'eczéma ne signifie pas autre chose et, par suite, n'a pas grande importance.
Traitement. — Le traitement de l'eczéma impétigineux de la face et du cuir chevelu est des plus simples.
Une opinion, généralement répandue dans le vulgaire et qui vient de l'idée métastatique autrefois formulée par les médecins eux-mêmes, est que l'eczéma impétigineux constitue un bénéfice de nature, un véritable émonctoire spontané, qu'il faut respecter au lieu de chercher à le guérir.
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Dans noire région. les teignes elles incnies.confonilues avec l'eczéma par le vulgaire, sont, par lui. considérées de telle sorte- De là. la gravité des conséquences de ces maladies, leur durée beaucoup plus longue et I alopécie si fréquente à leur suite.
L'eczéma, s'il ne produit point une alopécie générale, donne lieu à des alopècifs partielles et circoïmcrites, comme les cicatrices qui résultent de la maladie elle-même.
Le traitement que nous conseillons et qui nous réussit le mieux consiste : 1" à tailler les cheveux ras ; 2* à faire tomber les croûtes, soit par des lavages à l'eau boriquée saturée (tiède au besoin), sort par l'application de taffetas gommé, sous forme de bandes ou de coiffe. la nuit surtout. On n'a plus, le matin, qu'à laver et à déterger, comme précédemment, les surfaces ainsi dénudées.
Grâce à l'écoulement libre, qui s'etïectue ainsi à la face et au cuir chevelu, les gancflions certicaux diminuent d'abord de volume, puis s'effacent et, avec eux, disparaissent les infections diverses dont ils étaient le siège, ainsi que les menaces de suppuration et de cicatrices (écrouelles), qui les accompagnent ou les suivent assez fréquemment.
Si la peau est exulcéréepar l'eczéma, on applique sur elle, matin et soir, de la pommade à la vaseline boriquée.
Il est on ne peut plus important de régler l'alimentation. Comme l'allaitement dure encore, le plus souvent, il doit avoir lieu toutes les 3 heures. Dans le cas contraire : petit déjeuner le matin, déjeuner à midi, goûter modéré à quatre heures, petit repas le soir. Le sirop de raifort iodé (quand il peut être prescrit tel, c'est-à-dire en dehors de l'état aigu) est très utile au point de vue de l'eczéma lui-même, mais surtout de la résolution des adénites qui en résultent, comme aussi de l'état général et digestif. Il peut toujours être administré simple, à la dose d'une ou plusieurs cuillerées à café par jour. A ce même point de vue, le sirop de quinquina peut être donné avant chaque repas, c'est-à-dire deux fois par jour.
Quant à l'évolution dentaire, elle sera favorisée par l'emploi des phosphates de chaux (lacto, chlorhydro et surtout glycéro).
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Si l'on croit devoir recourir aux bains de mer, on se rappellera : qu'au-dessous de deux ans ils ne peuvent être prescrits, en raison de la réaction souvent difficile à obtenir à cet âge.
Nous les avons vus parfois causer, par le refroidissement qu'ils provoquent, des pneumonies mortelles chez des enfants eczémateux, trop jeunes, à qui ils avaient été imprudemment administrés. Tandis que nous avons vu guérir couramment, au contraire, des enfants, même plus jeunes, traités par le procédé ci-dessus.
Si les bains de mer sont généralement nuisibles, à un certain âge du moins, il en est bien autrement du simple séjour, au bord de la mer, des enfants eczémateux.
Quand arrive le moment de la vaccination, à moins d'urgence absolue en cas d'épidémie de variole, on doit y renoncer, momentanément, pour ne pas favoriser l'extension du mal, qui apparaît facilement au pourtour des pustules vaccinales.