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VII. — Formes squameuses

Chez l'enfant, on n'observe guère que trois dermatoses à forme squameuse, ce sont : 1° le pityriasis ; 2° le psoriasis; 3" l'ichthyose.

1» Pityriasis

Définition. — Le pityriasis est caractérisé par la formation, à la surface cutanée, de squames extrêmement ténues (utrjpov, son) et de couleur blanc grisâtre.

Étiologie. — La cause du pityriasis ne nous est pas parfaitement connue. Il est probable même qu'elle n'est pas unique pour tous les cas. Certains auteurs ont voulu faire jouer un rôle capital aux auto-intoxications ou auto-infections digestives. Sans méconnaître l'importance de ces causes, au moins dans certains cas. nous croyons, ainsi que nous le montrerons plus loin qu il ne faut point négliger l'influence des actions nerveuses réflexes, ni celle des irritations cutanées, d'ordre parasitaire en particulier, telles que la phliriase.

Symptomatolo'qie. — Le pityriasis, chez l'enfant, peut être localisé, à la tête, par exemple, où il est assez fréquent (P. capitisy, ou généralisé.

Bien souvent le fond cutané, sur lequel reposent les squames furfuracées qui le recouvrent et le cachent, est d'un rouge plus ou moins intense (P. rubraj, ce qui indique un certain degré d'inflammation cutanée ou cutite.

, 23. — Photographie (avant traitenienfi d'une fillette de 9 ans et demi, atteinte de pityriasis riibra généralisé, simulant richthyose principalfemenl sur le front et à la face. Cette malade entra à la clinique en juin 1902.

Cette rougeur, souvent difficile à reconnaître, quand. le pityriasis, déjà ancien, n'a pas encore été traité, devient au contraire très appréciable le jour où, par l'usage de bains, alcalins par exemple, le tégument a été dépouillé des exsudations qui le recouvraient.

La formation des squames cutanées, même furfuracées, est parfois telle, que leur accumulation à la surface du tégument prend l'aspect de croûtes minces, qui se fendillent en divers sens et rappellent, jusqu'à un certain point, l'aspect de richthvose.

Fi,'. '2i. — Phologiaphie de la même malade, prise fin décembre 1902, après traitement par conséquent.

Voir, page 222, la photographie d'une fillette de 9 ans et demi, qui était typique à cet égard. Elle donne une idée assez nette de cette ressemblance.

224 PRÉCIS DES MALADitS DE^ KNFANTS

Lorsque le pityriasis est généralisé, comme dans ce cas particulier, où cependant une partie de Tabdomen et l'extréniité inférieure des bras et des jambes étaient indemnes, il est bien difficile, en admettant lorigine gastro-intestinale (infectieuse ou toxique), de s'expliquer, à côté de renvahissement de la presque totalité du tégument, l'intégrité absolue des zones sus-indiquées.

Nous croyons bien plutôt à l'extension locale de la maladie, par voie de continuité de tissu, quelle qu'ait été d'ailleurs, à l'origine, la cause première de cet état pathologique. D'une telle conception découlent, on le conçoit sans peine, des indications particulières de traitement, sur lesquelles nous reviendrons plus loin.

11 nous semble toutefois, particulièrement en ce qui concerne le pityriasis capitis,que l'influence du système nerveux et, plus spécialement, du rétlexe, ayant pour point de départ l'évolution dentaire (trijumeau) et pour aboutissant la peau, ne saurait être négligée. Si ( ette cause ne détermine pas à elle seule, ce qui n'est point prouvé, cette localisation particulière du mal, elle peut tout au moins rendre compte de l'intensité plus grande du pityriasis à la tête et de sa persistante plus longue à ce niveau.

Diagnostic. — Le pityriasis capitis pourra être un instant confondu avec cette desquamation, plus ou moins abondante suivant les sujets et qu'on appelle les pellicules. Une attention, même faible, permettra de bien vite distinguer le premier de la seconde. Le fond rouge de la peau, l'abondance extrême des Fquames furfuracées, leur persistance, malgré les soins hygiéniques les plus méticuleux, viendront vite dissiper le doute qui aurait pu se produire à cet égard-

L'accumulation de squames, en certains points des téguments, peut donner au pityriasis l'aspect psoi iasiforme (voir psoriasis).

Enfin nous l'avons vu capable de simuler Vichthyose, à première vue seulement.

Pronostic. — Le pronostic est en rapport avec son étendue et son ancienneté déjà plus ou moins grande. Tenace le plus

souvent, il est susceptible d'une amélioration sérieuse et même d'une guérison complète.

Traitement. — Les moyens à diriger contre le pityriasis sont de deux ordres: locaux ou généraux.

Localement on devra déterger la surface cutanée des produits épidermiques qui l'encombrent. Les bains alcalins sont uniques à cet égard. Contre la sécheresse et l'inflammation delà peau, les applications d'un corps gras, de la vaseline en particulier, sont des plus utiles.

Toute cause d'irritation cutanée, parasitaire ou autre, devra être sérieusement combattue et soigneusement écartée.

L'appareil digestif sera l'objet d'une attention toute spéciale, au point de vue de l'intégrité absolue de ses fonctions et de l'innocuité des aliments ingérés ; on évitera, en particulier: les mets fortement épicés ou excitants de tout ordre, la viande de porc, les viandes noires, les crudités, etc., enfin les boissons alcooliques. La constipation sera obstinément combattue.

Parmi les médicaments les plus utiles, citons les arsenicaux et plus spécialement l'arséniate de soude en solution. Les sulfureux nous paraissent plutôt contr'indiqués, en raison de l'excitation cutanée, plus grande, qui pourrait résulter de leur emploi. Ils sont utiles comme antiparasitaires {microsporon fur fur).

Si le système nerveux et l'évolution dentaire paraissent jouer un rôle quelconque, on combattra le premier par les nervins (bromure en particulier), on s'adressera à la seconde par l'usage du glycéro-phosphate de chaux.

2° Psoriasis

Définition. — Le psoriasis est une maladie cutanée, formée de squames, d'un blanc nacré, imbriquées les unes sur les autres et occupant plus particulièrement les points d'extension, comme la partie postérieure du coude et antérieure du genou.

Etiologie. — La contagion paraît sa raison d'être la plus ordinaire. La Bactériologie et la Farasitologie ne nous ont point encore fait connaître sa véritable cause.

Siimptomatologie. — Des plaques d'un blanc nacré, recouvrant une partie ou la totalité du coude (partie postérieure) et du genou (face antérieure), suffisent pour constituer le psoriasis.

Il est une forme de cette maladie cutanée, que l'on rencontre le plus communément encore chez l'enfant, c'est le psoriasis rjuttata, ainsi appelé à cause de la ressemblance que présente son éruption avec des gouttes de cire blanche, répandues et disséminées à la surface du corps. Ces squames, comme les précédentes, sont très adhérentes au tégument.

Marche. Durée. Terminaison. — Le psoriasis est une dermatose essentiellement chronique, qui même traitée, pour peu qu'elle soit déjà ancienne, dure facilement des semaines et des mois; sans traitement, elle durerait des années, car elle ne paraît avoir aucune tendance à guérir spontanément.

Diagnostic. — Le psoriasis simple.r ne peut guère être confondu qu'avec certaines manifestations syphilitiques et, en particulier, avec le psoriasis palmaire ou plantaire, forme que revêt souvent, chez l'enfant, la syphilis acquise ou héréditaire.

Nous citerons entr'autres le fait, très intéressant à notre avis, relatif à une jeune fille de 12 ans. entrée dans notre service pour un psoriasis palmaire et plantaire, des plus marqués et des plus tenaces, qui ne guérit qu'à la suite d'un traitement antisyphilitique bien conduit.

Tout récomment encore, il nous a été donné, grâce à une légère manifestation psoriasique plantaire, survenue chez une fillette do 6 ans environ (qui fut guérie d'ailleurs rapidement à la faveur du traitomont spécifique et qui était à la clinique pour une vulvite à colibacilles et oxyures^ de soupçonner, chez elle, l'existence d'une syphilis héréditaire. La mère, interrogée par nous, nous déclara qu'avant la naissance de cette enfant son mari avait eu une mnlndie tênérienne, sans pouvoir toutefois préciser davantage.

Pronostic. — En raison de la chronicité et de la durée parfois longue du psoriasis, malgré le traitement, son pronostic présente un certain caractère de gravité.

Traitement. — Le traitement du psoriasis que nous appellerons simplex, pour le distinguer du psoriasis syphilitique, consiste surtout, à l'extérieur, dans l'emploi des sulfureux sous forme de bains fréquemment répétés (tous les 2 ou 3 jours).

Dans l'intervalle, on pourra faire usage de la pommade d'Helmerich, appliquée (au moins une fois par jour, le soir quand le malade se couche) seulement sur les points qui sont le siège du mal. S'il résultait de ce traitement un peu d'excila tion cutanée ou cutite, on la combattrait par des bains alcalins ou simplement amidonnés, que l'on pourrait alterner avec les bains sulfureux. On supprimerait momentanément, au besoin, les applications de pommade.

Les préparations arsenicales (arséniate de soude, arsénite de potasse) ont été de tout temps préconisées comme efficaces surtout contre les dermatoses squameuses. On pourra donc utilement y recourir dans le psoriasis non syphilitique. Une précaution indispensable à prendre, à notre avis, est de désinfecter, à chaque bain sulfureux, les vêtements et la literie, comme nous le recommanderons expressément quand nous parlerons de la gale. Quant au psoriasis syphilitique, son traitement n'est autre que celui de la syphilis, auquel on peut associer avantageusement celui du psoriasis simplex.

3° Ichthyose

Définition. — L' Ichthyose ('x^*"? poisson) est une maladie cutanée, le plus souvent héréditaire et conqénitale, caractérisée par des squames blanches, peu épaisses d'ordinaire, recouvrant habituellement toute la surface du corps.

Etioloqie. — L'hérédité est la cause la plus commune de cette maladie, sans que l'on sache bien au juste en quoi elle consiste. Nous avons actuellement à la clinique un garçon de 13 ans atteint de cette affection depuis sa naissance, ainsi d'ailleurs que ses deux sœurs âgées l'une de 7 ans et demi, l'autre de 9. Il est entré dans le service pour une tuberculose pulmonaire, qui se manifesta, il y a un an environ, à la suite

d'une rougeole contractée par lui alors que déjà il toussait depuis quelque temps. Les deux autres, frère et sœur, plus âgés, sont indemmes d'ichthyose.

La syphilis héréditaire a été incriminée dans quelques cas.

Symptomaiologie. — La peau est grossière, rugueuse, recouverte de soulèvements épidermiques, les uns furfuracés. les autres plus considérables, tous de couleur blanc terne, rappelant assez bien la disposition des écailles de poisson (de là le nom de la maladie). Ces écailles sont limitées et séparées les unes des autres par de véritables f^iUonx ou cassures épidermiques . Ce qui caractérise l'ichthyose c'est, avec l'éruption dont nous avons parlé, la chronicité de la maladie et son origine assez souvent congénitale. Elle peut cependant être acquise. Nous en observons un cas, en ce moment, sur un garçon de 8 ans, indemne jusque-là.

Diagnostic. — Aucune maladie cutanée ne saurait être, même momentanément, confondue avec l'ichthyose. (Voit, plus haut, diagnostic du pityriasis, page 224).

Pronostic. — Le pronostic est des plus graves, en ce sens que la maladie est assez souvent incurable. Nous l'avons cependant vue guérir une fois. Reste à savoir même, ce que nous serions assez porté à admettre, si le mauvais fonctionnement cutané, qui en résulte, ne constitue pas une forte prédisposition aux congestions pulmonaires, aux hypersécré lions bronchiques, aux inflammations aiguës et chroniques de l'appareil broncho-pulmonaire, à la tuberculose enfin.

Il sera bon, dans ces cas, de vérifier s'il n'existe pas de l'albuminurie ou des néphrites, dont le mode de production serait tout aussi facile à comprendre.

Traitement. — Le traitement consiste à déterger le tégument de ces squames qui l'encombrent et diminuent ou suppriment ses fonctions. On essaiera d'atteindre ce but avec des bains sulfureux ou alcalins. Peut être même serait-il préférable de recourir aux uns et aux autres, en ayanfsoin de les alterner.

Les préparations arsenicales sont indiquées, à l'intérieur.

Dans bon nombre de cas, l'incurabilité du mal frappe

d'impuissance absolue tout traitement, qui ne peut avoir d'autre prétention que celle d'être palliatif. Les frictions à la vaseline ont été recommandées. Les choses en resteront à ce point tant que nous ne connaîtrons pas mieux la cause véritable de l'ichthyose et qu'on n'aura point tranché la question de savoir : si l'on est en présence d'une malformation cutanée congénitale ou, au contraire, d'une maladie cutanée d'origine diathésique, microbienne ou parasitaire. C'est ce que sembleraient autoriser à penser les cas d'ichthyose acquise.

Si la syphilis héréditaire pouvait être incriminée, le traitement antisyphilitique serait naturellement tout indiqué.

Vin. — Forme cornée. — Kératose

Dé finit ion. — On désigne sous le nom de kératose une maladie caractérisée par des productions cornées, en plus ou moins grande abondance, sur divers points du tégument externe.

Etiologie. — Nous ne connaissons pas la cause de cette dermatose, dont nous n'avons vu, d'ailleurs, qu'un seul cas des plus remarquables. Si les verrues sont de nature parasitaire, nous ne serions point surpris qu'il en fut ainsi de la kératose proprement dite.

Pour certains auteurs, MM. d'Espine et Picot (1) en particulier, cette maladie pourrait n'être qu'une transformation de la précédente (ichthyose). Elle porte aussi le nom d'hystrix, de maladie porc-ppic.

Sijmptomatologie. — Suivant les diverses régions du corps sur lesquelles se développe la kératose, on observe soit des couches cornées, aplaties et plus ou moins épaisses (surface plantaire des pieds, palmaire des mains), soit de véri tables formations styliformes, plus ou moins coniques, grêles et allongées, de dimensions diverses, qui ont fait donner à la kératose le nom de maladie porc-épir, en raison de l'analogie,

(1) D'Espine et Picot. — Ichthyose, in Traité prati(]ue des maladies de l'enfance. J.-B. Baillière et fils. Paris, 1900, p. 942.

Fig i.j. — Photogr.'ipbie itiice anterieurei d un entant de lirims. atteint de papillômes (Icthyose forme hyslrix ou maladie porc-épic) et entré à la clinique en 1898. On trouve des papillômes sur la face, les mains, mais surtout les membres inférieurs (face antérieure et interne) et les pieds (saillies de la face plantaire).

Fig. 26. — Photographie (face postérieure) du même malade. On voit, au bord inférieur de la fesse droite et en dedans de celle-ci, une production styliforme très marquée.

plus OU moins vague d'aspect, que présente le malade, atteint de cette dermatose, avec l'animal de ce nom.

Diagnostic. — Seules, les verrues peuvent ressembler grossièrement à la kératose, avec laquelle elles ne seront jamais confondues, en raison de la délimitation particulière et de la forme arrondie, spéciale, qu'elles revêtent ordinairement.

Pronostic. — Le pronostic est grave, en ce sens que la kératose semble, comme l'ichthyose. frappée assez souvent d'incurabilité. Les productions cornées, qui la constituent, se détachent bien à un moment donné ; mais, elles sont immé diatement suivies de formations nouvelles et abondantes de même nature, si déjà leur chute n'en est pas précédée.

Traitement. — Le traitement que nous avons institué et qui nous a réussi le mieux, dans le cas qui nous est personnel, est l'usage des bains sulfureux (tous les 2 ou 3 jours).

Grâce à eux. on voyait se détacher, chaque fois, une quantité plus ou moins grande de ces productions cornées, que le malade nous conservait, dans une petite boîte en carton, et dont nous pouvons évaluer le poids à lo ou 20 grammes dans l'espace de quelques semaines.

Les arsenicaux seront, dans ces cas, avantageusement administrés. Il en sera ainsi des bains alcalins.

De même que la magnésie calcinée, à faible dose et à l'intérieur, a été conseillée efïicacement dans le traitement des verrues (Lambert de Haguenau . 1853, cité par Fonssagrives) (1). de même pourrait-on. par analogie, espérer retirer quelque utilité de son emploi dans la kératose. Nous y aurions volontiers recours, si le fait venait de nouveau se présenter à notre observation.

La syphilis, héréditaire ou acquise, devra être recherchée avec le plus grand soin et traitée, s'il y a lieu.

(1) Fonssagrives. Hygiène infantile. Delahaye et Lecrosnier, Paris, 1882, pages 232 et suivantes.

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