Ophtalmie du nouveau-né
Définition. — On désigne sous le nom d'ophtalmie du nouveau-né une conjonctivite purulente, le plus souvent gonococciqne, contractée par l'enfant au moment de la naissance et lors de son passage à travers les organes génitaux externes de la mère.
Etiologie. — Bien des microorganismes peuvent produire r ophtalmie du nouceau-né. Le plus communément observé et le plus efficace est sans contredit le gonocoque. La maladie peut être aussi transmise, d'un enfant à un autre, médiatement, c'est-à-dire par l'intermédiaire des personnes de l'entourage, de celles surtout qui sont préposées aux soins des nouveau-nés, ou encore par les objets de toilette (éponge, etc.) ou de pansement.
Symptomatolog ie. — Les paupières, légèrement tuméfiées et rouges au début, le deviennent davantage par la suite. Un écoulement purulent ne tarde pas à se faire jour dans leur intervalle, sur leur bord libre et surtout aux angles, interne et externe, de l'œil.
En raison de l'étroitesse relative, à cet âge, de l'oritîce palpébral par rapport au globe oculaire, le fait seul d'écarter les paupières l'une de l'autre fait sourdre, de dessous elles, du pus en quantité plus ou moins considérable. La conjonctive, si elle peut être aperçue, est d'un rouge vif.
L'ophtalmie purulente des nouveau-nés, souvent apyrétique. peut, dans certains cas. s'accompagner d'une fièvre plus ou moins élevée. Si les choses restaient en l'état et si la maladie était livrée à elle-même, il s'ajouterait bientôt, à la conjonctivite, une blépharite ciliaire plus ou moins intense ; le globe oculaire lui-même ne tarderait pas à être intéressé et rapidement surviendrait une kératite ulcéreuse plus ou moins
grave, qui compromettrait sérieusement la vision, si elle ne mettait la vie en danger par une fonte purulente de l'œil et la propagation de l'infection aux méninges et au cerveau lui même.
Dans bien des cas, où la vie reste sauve, la cécité est la conséquence d'une ophtalmie de nouveau né méconnue, mal soignée ou tardivement traitée. 11 sutïit de l'opacité de la cornée pour la produire; or, c'est là le premier résultat de toute ulcération cornéenne cicatrisée. Tout est affaire de degré, c'est-à-dire d'étendue et d'épaisseur de la taie ainsi produite et résultant de la cicatrisation de la cornée.
Diagnostic. — L'ophtalmie purulente ne pourra guère être confondue avec une autre inflammation oculaire ou conjonctivale.
Seules, l'ophtalmie catarrhale ou même rubéolique, pourront donner le change un moment. L'erreur ne pourra pas longtemps persister, en raison des symptômes propres à l'ophtalmie purulente et, surtout, de son abondante suppuration.
La présence du gonocoque enlèvera tous les doutes à cet égard.
Pronostic. — Par ce que nous avons dit plus haut, au sujet des conséquences possibles de cette maladie oculaire, il est évident que le pronostic en est toujours grave.
L'ophtalmie purulente, même lorsqu'elle doit guérir, est constamment de longue durée. Or, aussi longtemps qu'elle persiste, elle est capable de produire les complications susmentionnées, surtout si, par ignorance ou incurie, le traitement est momentanément interrompu ou mal appliqué.
Traitement. — Il n'est pas, à notre avis, nécessaire que les moyens employés soient très énergiques. Les attouchements, disons mieux, les cautérisations avec des solutions au nitrate d'argent, même faibles, ne nous paraissent pas indispensables. Mais ce qui l'est sans conteste, ce sont de grands lavages, à l'eau boriquée saturée par exemple, pratiqués plusieurs fois dans la journée et aussi souvent que le nécessite l'état purulent de la conjonctive.
II ne faut pas laisser séjourner sur celle-ci. même quelques instants, la moindre goutte de pus. De cette façon, on guérira la plupart des ophtalmies purulentes des nouveau-nés. Ce sont de véritables lavages à grande eau, de l'œil et des paupières, qu'il faut pratiquer, au moins 2 ou 3 fois par jour et, mieux, aussi souvent qu'il est nécessaire.
Pour cela une personne maintiendra ouvertes lesi paupières, renversées en dehors avec le pouce de chaque main, pendant qu'une autre, à l'aide d'une seringue dont le piston sera mû très lentement ou simplement avec du coton hydrophile exprimé au-dessus de l'œil, versera de l'eau boriquée à l'angle interne par exemple, l'enfant étant couché et légèrement incliné sur le côté correspondant à l'œil dont on s'occupe.
Si, au commencement du pansement, on a recours à la seringue, à la fin on peut recourir au coton hydrophile imbibé d'eau boriquée, simplement pour laver extérieurement les paupières et ne point laisser séjourner à leur contact la moindre gouttelette de pus.
On a, dans ces derniers temps, préconisé les lavages à grande eau dans le traitement de l'ophtalmie purulente, lavages pratiqués à l'aide d'une canule introduite sous les paupières. Le moyen est excellent en théorie et, malgré les résultats heureux qu'on lui attribue (et que l'on peut obtenir d'ailleurs sans lui), nous craignons que, placé entre des mains inhabiles, il ne soit capable de produire des lésions oculaires que ne déterminera certainement pas celui que nous préconisons et qui nous a constamment réussi. Une seule précaution est à prendre, c'est d'écarter modérémeyit les paupières, pour ne pas produire des déchirures commissurales, qui ne pourraient qu'entretenir la suppuration oculaire, par laquelle elles seraient elles-même aggravées à leur tour.