XIX. — Paralysies (Hémiplégie, Monoplé^îe, Paraplégie
Définition. — La paralysie (1) n'est autre chose que la privation ou la suppression du mouvement volontaire, sous l'influence d'une lésion nerveuse, centrale ou périphérique.
il) Voir Christo Karolefl. Quelques réflexions sur la paralysie dans l'enfance, à propos de quelques cas observés à la clinique des maladies des enfants. Thèse de Montpellier, 1899.
596 PRÉCIS DES MALAfilES DES ENFANTS
Eliolofiie. — Les lésions de la zone motrice du cerveau, de la partie motrice de la couronne rayonnante, des deux tiers antérieurs de la capsule interne, celles du corps strié, des pédoncules cérébraux, du faisceau pyramidal, des cellules des cornes antérieures de la moelle, des nerfs moteurs enfin, entraînent communément le symptôme paralysie.
Les tumeurs, \ai compression, les hémorrhagies, les inflammations ou infections (diphtérie, etc.), la sclérose et la dégénérescence, en sont les causes les plus habituelles.
Le froid, à l'égard des nerfs périphériques en général et du facial en particulier, est une cause très fréquente de paralysie. Il en est de même de certaines intoxications {saiiurnisme, etc.).
Symplomatologie. — Suivant son siège, la paralysie est dite : faciale, hémiplégique, paraplégique, etc. Elle peut être, aussi, mono- ou diplégique.
La paralysie faciale occupe, comme son nom l'indique, la lace. Elle est, d'ordinaire, unilatérale. Elle peut être étendue à toute la surface d'innervation du facial (face entière) ou, au contraire, à Vune seulement de ses parties (facial inférieur ou supérieur).
Dans le premier cas, on observe, avec delà lagophtalmie (inocclusion du globe oculaire par inertie ou paralysie de l'orbiculaire), de la déviation (en dedans) de la commissure labiale correspondante.
La salive s'écoule spontanément de la bouche, par ce côté. Les aliments, au moment de la mastication, se perdent ou plutôt se logent entre les arcades dentaires et la joue. Le petit malade, comme l'adulte, se trouve dans l'obligation d'aller retirer, avec le doigt introduit dans la cavité buccale, les aliments ainsi placés. Ces derniers, à l'état normal au contraire, sont chassés, par les contractions du buccinateur, sous les arcades dentaires, pendant l'acte de la mastication.
Cette paralysie, quoique rare chez l'enfant, s'y observe pourtant. Nous l'avons vue une fois, chez un garçon de 10 ans, qui, en été, s'était assis, le soir à la veillée, sur la porte d'un corridor ouvert à ses deux extrémités. Il était situé de telle façon qu'au lieu de tourner le dos à la porte, sur laquelle il
se trouvait, ou de la regarder en face, il était placé de profll et la joue gauche (joue paralysée) tournée vers l'extérieur.
La vionoplégie brachiale (supérieure) ou de la jambe (inférieure) résulte, le plus souvent, d'une lésion circonscrite de l'encéphale ou de la moelle (tubercules, gomme syphilitique, traces de méningo-encéphalite, sclérose, ramollissement, embolie, etc., etc.).
Le didicile et l'intéressant, le pratique et l'utile pourrionsnous dire, consistent à remonter, dans chaque cas particulier, à la véritable nature de la lésion.
Cette détermination est plus importante encore et tout aussi indispensable à établir, que celle du siège de la lésion, assez facile à préciser, d'ordinaire.
Les antécédents personnels ou héréditaires du sujet permettront, jusqu'à un certain point, de remonter à cette cause originelle.
C'est la distribution elle-même de la paralysie, qui, comme toujours, permettra de soupçonner, sinon de préciser, le siège de la lésion.
Il y a diplégie, lorsque deux membres analogues, au lieu d'un, sont paralysés. La diplégie est brachiale ou crurale. Cette dernière, dite paraplégie, sera étudiée un peu plus bas.
Quant à la première, elle est due, le plus souvent, à une lésion du mésocéphale, avant, pendant ou après l'entrecroisement des pyramides antérieures. Elle peut donc intéresser la protubérance, le bulbe ou la moelle, elle-même, à son extrémité supérieure.
L'hémiplégie est la paralysie de toute la moitié du corps. Elle est alterne ou non, suivant que la lésion occupe un point situé immédiatement au-dessus de la décussation des piframides ou, au contraire, le cerveau lui-même.
Dans le premier cas, l'entrecroisement seul des fibres du faisceau pyramidal (destinées au bras et à la jambe du côté opposé), n'ayant pas encore eu lieu, les membres seront para* lysés d'un côté, la face de l'autre. Dans le second cas au contraire (paralysie non aite/ne), la lésion (cérébrale) siégeant au-
dessus de tout entrecroisement de fibres motrices (même crâniennes), la paralysie ^faciale et des membres) siégera du même côté. Les causes de Ihémiplégie, chez l'enfant, sont à peu près les mêmes que chez l'adulte.
Toutefois, Yhèmorrhagie et le ramollissement cérébraux, possibles à la rigueur, le cèdent et de beaucoup, comme importance étiologique et pathogénique, à Vembolie ou à la sclérose descendante.
Le cas le plus remarquable, que nous ayons observé, est relatif à un enfant de 14 ans environ, mort dans notre service.
Ce cas est d'autant plus intéressant qu'il avait été considéré, auparavant, comme un cas d'hypertrophie cardiaque de croissance.
Or, pendant qu'il était à la clinique des enfants, nous avons appris que ce malade avait eu, tout jeune, la cariole.
C'est à partir de cette maladie, qui avait certainement donné lieu à une endocardite, que l'enfant avait présenté de V essoufflement et des palpitations ; puis, une embolie suivie (\ hémiplégie droite.
L'hémiplégie, d'origine cérébrale, est fréquemment p?écédée de convulsions^ le plus souvent liées à la méningo-encéphalite, à l'atrophie cérébrale ou aux tumeurs, de même siège, cidessus mentionnées.
Dans ces cas, l'on peut voir se produire: ici des hémorrhagies, là des œdèmes, aiWeurs des trombus et du ramollissement cérébral^ causes de l'hémiplégie.
Le plus souvent, toutefois, la compression et la sclérose sont suffisantes à la déterminer.
La contracture précoce accompagne Ihémiplégie, lorsque la lésion siège dans le voisinage de la dure-mère ou des cavités ventriculaires.
La contracture tardive est la conséquence d'une dégénérescence descendante du faisceau pyramidal.
La paraplégie est surtout fréquente ou commune dans le
mal de Pott (tuberculose vertébrale). Nous en avons publié un cas (1), dans lequel la paraplégie finit par céder.
Elle est généralement liée à la myélite transverse ou, simplement, antérieure, que détermine la compression médullaire, due à l' angle rentrant, formé, à l'intérieur du canal rachidien, par ïécrasement du corps vertébral, tuberculisé.
Toute cause décompression, analogue ou identique {abcès intra-vertébraux; fracture, luxation antérieure de la colonne vertébrale ; méningo-myélite, hémorrhagie intra-rachidienne) peut, momentanément ou d'une façon plus ou moins durable, amener le même résultat.
Souvent, la paraplégie s'accompagne de trépidation épileptoïde du pied et d'exagération des réflexes tendineux, par dégénérescence descendante du faisceau pyramidal.
Diagnostic. — La paralysie du facial ne pourrait être confondue, à un examen superficiel d'ailleurs, qu'avec la contracture des muscles du côté opposé. Nous avons vu, en effet, que, dans la paralysie faciale, la commissure labiale correspondante se porte en dedans, vers la ligne médiane, pendant que la joue tombe flasque et descend.
Les muscles sains de l'autre côté, en vertu de leur tonicité normale, entraînent aussi, vers celui-ci, la commissure non paralysée et la dévient en sens inverse de la précédente.
Ce même résultat (déviations commissurales)serait obtenu, si, le côté paralysé étant normal, l'autre côté avait ses muscles contractures.
Mais, dans ce cas, non seulement la salive ne s'écoulerait pas, du côté supposé à tort paralysé ; mais, encore, les aliments ne se perdraient pas et ne stagneraient pas dans l'espace jugo-gingival, correspondant.
Quant à la monoplégie et à Vhémiplégie, elles pourraient assez facilement être confondues avec la paralysie infantile, ainsi dénommée, on le sait, non point parce qu'elle survient
(1) L. Baumel. Mal de Pott chez une enfant de 5 ans. Paraplégie pendant plus de 6 mois. Guérison. in Nouveau. Monlp. Méd. T. Il,
dans l'enfance; lirais, à cause de ses caractères particuliers (poliomyélite antérieure et paralysie airophique des muscles).
La paraplégie, elle même, pourrait, à un examen superficiel, être prise pour la paralysie infantile, portant sur les membres inférieurs, ou, encore, pour la sclérose en plaques, la maladie de Liltle, celle de Friedreich (voir le diagnostic de ces diverses maladies).
La paraplégie s'en distingue bien vite, avec un peu d'attention.
Pronostic. — La paralysie entraîne toujours un pronostic grave, sauf le cas de paralysie faciale a frigore ou par application de forceps (paralysie observée chez le nouveau né), cas dans lesquels la guérison est à peu près la règle.
Au contraire, la monoplégie, la diplégie, Ihémiplégie et la paraplégie, sont le plus souvent définitives. Cette dernière, peut-être, moins que les autres.
L'hémiplégie, récente et subite, peut rétrocéder en partie, sinon en totalité.
La monoplégie brachiale en résulte souvent. Celle-ci est quelquefois définitive et incurable.
La diplégie est parfois susceptible d'une amélioration grande, sinon d'une guérison complète, lorsque les lésions ne sont ni profondes, ni trop anciennes.
Traitement. — Le traitement des paralysies est variable, suivant la cause qui les détermine.
Les résolutifs (iode, iodures) trouvent fréquemment leur indication, dans ces cas; surtout si l'on soupçonne, à l'origine, la syphilis héréditaire ou acquise, des lésions inflammatoires chroniques ou aiguës {tuberculose), des tumeurs compressites, la sclérose même.
L'électricité {galvanique, pour les nerfs, la moelle et le cerveau ; faradique, pour les muscles) est, souvent, le seul moyen capable de réveiller la vitalité et de provoquer le retour intégral de la fonction neuro-musculaire.
Pages PRÉFACE I