DU DOCTEUR HERING. XI
Jusqu'à présent j'ai fait succéder les antipsoriques dont l'action est moins puissante et plus courte , tels que le charbon végétal, l'or, l'argent, le platine, le cuivre, la ciguë, la coloquinte, la douce amere, la belladone, le sumac , la clématite, l'anacardier, la staphjsaigre, le thuya, la Sabine , la sabadille , le musc (i) , a ceux dont les effets Sont plus prolongés et plus énergiques, comme le caustique ? le phosphore, \e sel, la potasse, la soude, lacJiaux, Y alumine, la magnésie, la silice, Y agaric, le vesse-loup , le lycopode, la sépia, etc. ; le diagnostic peut seul établir à cet égard des indications plus précises.
C'est ici le lieu de parler de la répétition alternative d'une substance avec son antidote. J'en ai fait le premier essai, avec la coloquinte , dans le traitement du dry-belly-ach$r>«celte terrible colique du Nouveau-Monde. Tous les cas que j'ai rencontrés ont été guéris promptement, sans récidive, et d'une manière durable, par la même méthode modifiée suivant l'intensité de la maladie, dont les suites ordinaires sont des rechutes fréquentes, la paralysie des mains, des diarrhées presque incurables, qui faisaient périr, en peu d'années, la plupart de ceux qui en étaient une fois atteints, et enfin la lèpre que j'ai vue survenir a la suite des bains sulfureux employés contre ce mal. Au lieu de faire flairer seulement le remède, je me décidai aie donner en substance, (X°.), comme dans les autres maladies chroniques. Je n'employai que des globules de la grosseur d'un grain de moutarde, et cependant l'aggravation qui se manifesta fut excessive ; à l'instant, je fis prendre du café, par cuillerées, jusqu'à la remission des symptômes. Après six, douze ou vingt-quatre heures, suivant les circonstances, je donnais une seconde dose de coloquinte. Ordinairement , dans la première heure qui suivait l'administration du remède, il fallait de nouveau
(i) M. Héring place ici au rang des antipsoriques dos substances qui jusqu'ici n'ont point été regardées comme telles , par exemple le cuivre , le musc, etc, { N. P. T. )
Xlj MEMOIRE
recourir au café ; cependant, je pouvais facilement xemar quer, après cette seconde dose, que l'exacerbation était moin prompte , moins violente, et qu'on avait besoin de moins d cafté pour la calmer. Après un plus long intervalle, aussitô que la maladie paraissait vouloir reprendre, j'administrai la troisième dose. Dans la plupart des cas , il n'était pas nécessaire de revenir au remède ; ce n'est que dans un bien petit nombre qu'il a fallu encore une quatrième dose. Les malades reprenaient rapidement leurs forces , et se trouvaient complètement guéris. J'en ai revu quelques-uns après trois, quatre ans, d'autres après huit , et j'ai appris qu'aucun d'eux n'avait éprouvé de rechute. La règle a suivre a cet égard est de continuer la répétition à des intervalles de plus en plus éloignés, et a faire succéder l'antidote au médicament , jusqu'à ce que l'aggravation soit supportable et régulière. C'est ainéi que j'ai souvent traité cette terrible maladie, depuis 1828 jusqu'en i833 , et toujours avec le même succès, guérissant en trois ou quatre jours, sans qu'il restât jamais d'affections consécutives. J'insiste particulièrement sur ce point, en renvoyant le lecteur a la thérapie de Hartmann (T. II, p. 4<)3 et 494» )> ou îl se plaint des souffrances secondaires.
La même méthode s'est montrée efficace dans d'autres maladies, avec la ciguë et le café, avec la sépia et le vinaigre ; peut-être en sera-t-il de même avec le phosphore et l'opium. On pourra en retirer de grands avantages dans les plus violens accès dégoutte. Le vin, l'huile et le jaune d'oeuf, peuvent être employés de la même manière. Le fréquent emploi que l'on fait de l'aconit, de Tipécacuanha et de la camomille, etc., à titre d'intermédiaires, rentre aussi dans la même méthode. Il n'y a aucun antidote connu qui neutralise complètement l'action d'une substance ; les antidotes ne sont que des modificateurs , et le remède le plus puissant continue à agir au travers des plus faibles. Le camphre peut rarement être employé de cette manière , quoiqu'il rende, au début, l'action de presque toutes les substances moins sensible. L'éther nitrique ne semble atténuer les symptômes qu'en por-
DU DOCTEUR BERING. jjg
tant vers la peau Faction des recèdes. Le foie de soufre aeeé* 1ère la suppuration dans son effet secondaire, et porte également à la peau Ces divers antidotes produisent par des moyens différens les mêmes effets salutaires que V arnica é% l'eau froide , pour les blessures. L'arnica fait du bien, en ce qu'il augmente l'inflammation nécessaire dans les blessures, et procure ainsi une guérison rapide ; mais comme cet effet n'est que secondaire et non point primitif, il faut bien se garder de donner ce médicament dans les inflammations dangereuses : on doit, au contraire, l'administrer toutes les fois qu'on veut provoquer l'inflammation ; il est, sous ce rapport, l'opposé de l'aconit. L'eau froide agit d'une manière analogue à Yarnica 7 en diminuant d'abord l'inflammation qu'elle augmente dans son effet secondaire. L'action du foie de soufre est semblable à celle de l'arnica, mais en accélérant la suppuration au lieu de l'inflammation ; on peut l'employer dans ce but avec le plus grand succès , surtout après un antipsorique convenable. Ce remède fait éviter autant d'opérations que l'aconit épargne de saignées. Jusqu'à présent j'en ai toujours fait respirer un dixième de grain de la troisième ou de la quatrième puissance, et j'ai presque toujours évité l'ouververture artificielle. La plupart du temps, les abcès et les panaris s'ouvrent d'eux-mêmes dans les vingt-quatre heures, quelquefois aussi, au bout de trois jours seulement, après avoir réitéré l'olfaction de douze a vingt-quatre fois , selon les circonstances. J'ai toujours persisté dans son emploi autant que je l'ai pu , surtout lorsque auparavant j'avais donné le zinc , la silice, Y arsenic, le mercure, la belladone, la douce amere , ou quelque autre remède , parce que je regarde l'ouverture artificielle comme un mauvais auxiliaire, surtout dans le voisinage des glandes et des vaisseaux lymphatiques. L'ouverture spontanée a toujours un grand avantage dans un traitement homéopathique, et on ne doit admettre l'opération que lorsque, placé entre deux inconvéniens , on est forcé de choisir le moindre.
Dans l'emploi rapproché de deux remèdes, surtout dans