‹ Précis du communisme suivi de Le marxisme est-il périmé ?Chapitre 7 sur 19 · LE POUVOIR ECONOMIQUE ENTRAINE LE POUVOIR POLITIQUE · texte numérisé non relu

LE POUVOIR ECONOMIQUE ENTRAINE LE POUVOIR POLITIQUE

La société, pour vivre, a besoin de produire. Pour produire, elle se sert des moyens de production que tout le monde connaît : sol, sous-sol, machines. Ces moyens de production deviennent des moyens de domi-

nation lorsqu'ils ne sont pas à la disposition de la société tout entière, mais sont la propriété privée d’une classe. Ainsi les grands propriétaires du sol, s’emparant du moyen de travail qu’est la terre, en profitent pour exploiter les esclaves d abord et les serfs ensuite. Le propriétaire foncier dit : « Le sol est à moi. Et toi, paysan, tu seras un esclave travaillant pour moi sur ma terre ». Le paysan se soumet à la volonté du propriétaire de la terre. Jadis, presque partout, la terre appartenait en commun à ceux qui la cultivaient. Des guerres perpétuelles, des actes de violence directe et systématique, des expulsions en masse par des nobles armés et par leurs gouvernements transformaient pendant des siècles les cultivateurs en prolétaires, c’est-à-dire en hommes qui n’ont pas d’autres moyens d’existence que leur force de travail. Et ils les ont obligés à vendre leurs bras à ceux qui ont volé les instruments de travail. Des propriétés communales furent ainsi transformées, en Angleterre, en grandes propriétés capitalistes. Les terres cultivées devenaient des pâturages. Les hommes furent chassés et remplacés par des moutons dont la laine était nécessaire pour le développement de l’industrie textile.

Il se forma peu à peu toute une armée prolétarienne dont les propriétaires des usines et des fabriques devenaient les véritables maîtres. Les inventions mécaniques destinées à économiser le travail humain et à procurer à l’homme des loisirs lui permettant de développer ses facultés, son intelligence et son goût, les machines, qui devraient être, pour l’homme, de véritables esclaves de fer, sont devenues, au contraire, sous le régime capitaliste, ses pires ennemies, ses concurrentes, le moyen le plus puissant de son exploitation et de son esclavage. La machine détruit d’innombrables petits métiers. La fabrique met sur le pavé l’artisan. Et la société se divise

de plus en plus en deux classes : d’un côté, les propriétaires des instruments de travail, les fabricants, les usiniers, les maîtres de forge et de l'autre, les salariés, les sans-propriété, les ouvriers, les prolétaires.

Toute classe qui possède les instruments de travail cherche à s’emparer du pouvoir politique, de l’Etat et de la force armée, pour assurer sa propriété exclusive, sa propriété-monopole. Le pouvoir économique entraîne le pouvoir politique. Le propriétaire foncier exploitant directement le paysan ignorant, dispersé à travers les campagnes, sans habitude d’organisation, préfère le pouvoir absolu de la monarchie. Le propriétaire des instruments mécaniques ayant affaire à une société plus développée, ne pouvant pas se passer du concours de h science et exploitant les ouvriers concentrés dans les villes, est obligé d’avoir recours, pour maintenir sa domination à la monarchie parlementaire ou à la République. Mais monarchie ou République capitaliste, c’est toujours le pouvoir politique au service de la propriété privée, c’est toujours la force armée à la disposition des intérêts des classes privilégiées. Qui a propriété . a pouvoir. Le prolétariat est une classe de non-propriétaires. Et il est privé aussi du véritable pouvoir politique. Mais cette situation ne peut pas durer éternellement. Le ].rolétariat finit par comprendre qu’il est la dupe et la victime d’un régime qui ne vit que par lui et qui l’exploite impitoyablement.

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