LA CONQUETE DU POUVOIR
La société capitaliste ne peut exister sans le prolétariat. C’est le prolétariat qui met en mouvement le formidable outillage mécanique. Le prolétariat assurant
le fonctionnement de la grande production, travailla: t dans les grandes usines et les immenses fabriques, crée le travail organisé sur des bases collectives. La production moderne est une production de masses. Cependant le profit en est individuel, c’est-à-dire que les richesses produites collectivement sont accaparées par des capitalistes individuels.
Aussitôt que le prolétariat prend conscience de ce fait, de ce scandale permanent de la société capitaliste, il commence à se révolter contre un état de choses qui assure au capitaliste la part du lion. Et il revendique son dû.
Cependant, le prolétariat moderne ne veut pas retourner à son ancien métier. Les prolétaires travaillant dans une mine, dans les hauts fourneaux, à une voie ferrée ne peuvent pas demander le partage de la mine, du haut fourneau et du chemin de fer. Ce sont des grands organismes de production qui fonctionnent comme des organismes vivants et ne sauraient être coupés en morceaux sans cesser de vivre et de produire.
Voilà pourquoi le prolétariat demande la propriété sociale, la propriété communiste, c’est-à-dire la mise en commun des grands instruments de travail, du sol, du sous-sol, des usines, des fabriques, des chemins de fer, etc., etc. A travail collectif, propriété collective. La collectivité doit posséder ce que la collectivité produit. Le prolétariat devenu maître des instruments de travail cesse d’être l’esclave du capitaliste. La machine cesse d’être sa rivale, pour devenir son auxiliaire, son aide, son amie. Elle lui assure du loisir pour développer toutes ses facultés. D’un esclave, d’un instrument vivant, l’ouvrier devient un homme conscient, maître de lui-même. Il supprime l’exploitation de l’homme par l’homme. Il établit l’égalité sociale ; à la lutte contre le patron, il substitue la lutte contre les forces de la nature, contre
sa propre ignorance. Il arrache à la nature ses secrets et multiplie sa propre force qui est celle de toute la société.
Mais la classe capitaliste ne cédera pas de bon gré sa place au prolétariat. Pour transformer la propriété, il faut lui arracher son pouvoir politique, son instrument d'oppression et qui, entre les mains du prolétariat, devient l'arme de l’émancipation de tous les producteurs. Le prolétariat, en s'emparant du pouvoir politique par la voie révolutionnaire, ne fait que suivre l'exemple des classes qui l’ont précédé. Toute classe a besoin du pouvoir politique pour sauvegarder la forme de propriété qu’elle représente. Par cela même que le prolétariat assure la propriété sociale, c'est-à-dire, en définitive, la propriété de tous, son pouvoir politique est également le pouvoir de tous les producteurs et il ne s'exerce d’une façon violente que contre les parasites et les contrerévolutionnaires, qui ne font qu'un.