I. Définition et division de la matière
44. Les résultats de la statistique sont basés sur Tobservation ou relevé. Or celui-ci peut être vicié dans sa base même par deux causes générales : on a voulu nous tromper — on s'est trompé sans intention. Ces deux causes tracent la division de la matière.
Ceci est déjà contenu en principe dans les explications qui précèdent, i^r cas : on a voulu nous tromper a) par crainte des impositions nouvelles qui résulteraient des renseignements demandés ; h) parce que les questions posées heurtent la conscience ou les sentiments personnels. 2® cas : On s'est trompé a] parce que le questionnaire n'était pas clair h) parce qu'on a mal interprété les questions posées c) parce qu'on a omis dans le relevé certaines unités etc.
De la critique statistique
45. Dans les observations scientifiquement conduites, faites par des hommes de grande valeur, avec des instruments de haute précision — par exemple dans les recherches astronomiques — on constate des erreurs. A plus forte raison, doit-il s'en glisser dans le relevé statistique, opéré par des centaines ou des milliers d'observateurs, parfois peu instruits ou mal préparés, et qui concerne des problèmes malaisés à définir. Le principe d'après lequel l'attention doit toujours être en éveil et qu'on ne peut accepter comme exacts des chiffres non vérifiés, est donc fondé. Le but de la critique statistique est de nous fixer sur la valeur des renseignements recueillis.
Lorsque certaines conditions essentielles au relevé font défaut, il y a toujours lieu de n'accepter les chiffres que sous bénéfice d'inventaire. Il en sera ainsi, par exemple, si les conditions de la technique ont été visiblement violées ou ont été négligées. La défiance est de règle si les principes de la méthode ne sont pas clairement exposés.
46. La recherche des erreurs peut se faire à deux moments différents : après le relevé et avant le dépouillement ; après le dépouillement, de manière à déterminer la valeur la plus probable des données. Cette seconde opération sort de notre programme mais on la trouvera exposée dans la plupart des traités.
L'examen critique du matériel a pour but de dégager les causes d'erreurs qui ont pu se glisser dans le relevé.
Les erreurs sont: i) constantes ou 2) accidentelles.
Les premières sont celles qui se reproduisent autant de fois
i^^ Partie. Statistique générale
que l'observation est répétée et demeurent les mêmes chaque fois que les circonstances de l'observation restent identiques. Les défauts d'organisation du relevé, les dispositions psychologiques de l'observateur ou du sujet créent des erreurs constantes.
Les erreurs accidentelles (ou irrégulières) sont celles qui sont produites par une quantité de petites causes qui troublent l'observation tantôt sur un point, tantôt sur un autre et qui» à cause de leur com.plexité, ne peuvent être connues à l'avance. Une bonne organisation statistique ne peut les empêcher toutes mais en réduit le nombre; elles se distribuent selon une certaine loi et sont d'autant moins opérantes que le nombre des observations est élevé.
Les erreurs constantes sont parfois ((intentionnelles» à raison des dispositions psychologiques de l'auteur du document : telle est la tendance à arrondir les âges déclarés lors d'un recensement de la population.