III. Critique d'exactitude
50. Tandis que les causes d'erreur relevées par la critique de sincérité sont générales et permanentes, celles que signale la critique d'exactitude sont accidentelles. Il est donc impossible d'en dresser d'avance une liste et il faut rechercher dans chaque cas les causes qui ont pu vicier le document.
La difficulté de cette recherche est allégée dans une certaine mesure quand on prend soin de faire porter son examen sur les points suivants : i° la question n'a-t-elle pas suggéré la réponse? 2^ le résultat vient il de l'observation directe ou non? 3^ l'auteur du document a-t-il vu réellement ce qu'il rapporte, ou a-t-il cru le voir ?4^ quelle est la provenance des documents : verbale ou écrite?
51. Toutefois, la portée de ces règles n'est que très limitée en présence de la complexité des faits et de la variété des cas. La règle essentielle reste la critique basée sur la connaissance générale du sujet; l'analyse qualitative, que nous avons placée au rang des conditions de la préparation d'une statistique bien faite, retrouve ici une place importante.
La géographie économique et commerciale aide constam-
De la critique statistique
ment, par exemple, l'interprétation des relevés du commerce extérieur. Elle nous montre que certains produits, qui n'existent pas dans un pays déterminé, ne peuvent en être exportés, comme faisant partie du commerce spécial, que sous le couvert de fausses déclarations ou par l'effet d'une convention légale. (Voir notre étude : en quoi consiste le commerce extérieur de la Belgique, Revue économique internationale^ mars 1907.)
52. Il est évident cependant que la vérification^ si sérieuse qu'on la suppose, laisse encore certains points dans une obscurité relative. La recherche dans ce domaine de la critique est limitée par ce principe qu'il faut admettre la véracité des observations recueillies suivant les règles d'une bonne méthode scientifique. C'est pourquoi il est d'une si grande importance de décrire avec soin la méthode suivie ; les documents qui se présentent sans cet exposé ne peuvent être accueillis qu'avec une certaine réserve. Si, après tout, il reste des éléments incertains^ il faut les comparer à d'autres, dont l'exactitude paraît bien établie. Enfin, dans l'analyse finale, il est nécessaire de tenir compte de toits les éléments de nature à prouver ou à infirmer une proposition, et non pas d'une certaine catégorie d'entre eux seulement.
Références. — Tous les traités modernes consacrent une partie spéciale à la critique statistique. Parmi les plus complets et les plus sûrs à cet égard, citons Benini (critica e comparazione dei dati primitivi); Bosco (critica dei dati p. 382 et suiv.); Meitzen [tlie reqiiirements oj the technique III Examination of returns, ^% io3 et 104). Voir aussi l'excellent exposé de Seignobos dans la méthode historique appliquée aux sciences sociales . Comme application fine et ingénieuse des principes, lire certains passages de BENiNi [loc, cit. , § 5), et Fraxcesco Coletti, dans son beau travail : dei valove statitisco délie cifredel conimevcio intcrnasionale, (passim).
i^e Partie. Statistique générale