‹ Précis du cours de statistique, générale et appliquée;Chapitre 3 sur 91 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Bien des gens s'imaginent^ aujourd'hui encore, que la statistique est à l'usage exclusif des statisticiens, Cest commettre la même erreur que si Von croyait lepai7t fait pour les seuls boulangers, La vérité c'est que, à des degrés divers, tous les métiers, toutes les industries, tous les commerces ont besoin de la statistique. Napoléoji qui, à Sainte-Hélène, rappelait « le budget des choses » entendait par là qxie son rôle est de mettre dans la vie matérielle et dans la pratique des affaires la lumière, la sûreté, V heur eux équilibre qu'un budget bien établi procure aux finances d'un État, d'une ville ou d'une famille. Ce ne sont pas seulement les économistes qui ont de grandes obligations à cette science essentiellement pratique : ce sont les producteurs, les consommateurs, les intermédiaires ; en un mot, c'est tout le monde.

Pour ne citer ici qu'un exemple entre mille des bienfaits de la statistique, on a pu dire en toute justice qu'elle

n'avait pas moins contribué que la liberté des échanges et le perfectionnement des moyens de transport à la disparition de ce fléau jadis périodique et meurtrier qu'était la disette, qiC était la famine. Nos aïeux ne savaient mes2irer ni les exigences ni les ressources de raliiueutation publique et les gouvernements s'évertuaient en vain à empêcher les peuples de mourir de faim. En France, au XV IP siècle encore^ les hommes d'État professaient qu'une bonne récolte pouvait nourrir ce pays pendant trois années^ erreur grossière qjii fit bien des victimes. Aujourd'hui ce faux empirisme a fait place à l'observation systématique et continue des faits, La statistique officielle et la statistique commerciale s'appliquent à déterminer^ ati moins approximativement, l'étendue des ensemenceme7its, les progrès de la végétation^ l'effet probable des vicissitudes atmosphériques, finalement la consistance et la qualité des récoltes. Ainsi documentée^ la spéculation peut vite évaluer ce que la moisson nouvelle ajoutera de blé aux stocks existants. Elle sait où il y a déficit et oiï il y a surabondance; et le trafic international n'a plus qu'à assurer, au gré de l'offre et de la demande, l' exacte répartition des disponibilités. Le simple jeti des intérêts privés résout donc, sans que les gouvernements aient à intervenir, l'tmiversel problème du pain quotidien. Et si le commerce peut ainsi conjurer les maux auxqiiels V espèce humaine paya pendant tant de siècles iin terrible tribut, il le doit à la statistique sans laquelle il opérerait comme à tâtons. Le négociant qui prétendrait se passer d'elle se mettrait par cela même

à Vétat d'infériorité par rapport à ses collègues et il aurait bientôt à s'en repentir.

Quelle que soit sa spécialité professionnelle, V homme d'affaires ne peut réussir dans ses entreprises qu^à la condition de suivre de près les mouvements des marchandises, la marche des importations, des exportations, des transits,.,, les variations des prix sur les divers marchés; et c'est la statistique qui lui fait connaître tout cela. Elle lui apprend même à lire dans. V avenir , après avoir lu dans le passé. Elle lui annonce les crises qui se préparent et le met à même de ne pas trop en souffrir, La statistique est à la météorologie économique et sociale ce que le haroynètre est à la météorologie physique.

Seulement^ pour bien faire, il faut savoir se servir et du baromètre et de la statistique; il faut en connaître le maniement, en traduire fidèlement le langage, en bien interpréter les indications^ savoir, dans chaque cas, quel degré de confiance elles méritent. Or^ c'est ce qu'on ne fait pas toujours. Les oracles de la statistique ne sont pas tous clairs et ceux même qui les consîiltent font quelquefois fausse route.

C'est que, comme toute science et comme toute méthode, la statistique ne s'improvise pas. Pour parler et pour comprendre cette languie dont les mots sont des chiffres, il faut V avoir apprise. Voilà pourquoi la statistiqiie, après bien des résistances, a su se faire admettre dans renseignement de la plupart des grandes écoles commerciales, industrielles, financières,

A Anvers, l'Institut supérieur de commerce a cette

bonne fortune que la statistique y est enseignée par un spécialiste, par un maître, par tin haut fonctionnaire dont les travaux mettent journellement V arithmétique sociale en cause. Mais ceux qtti auraient profit à suivre ses leçons ne peuvent pas tous aller s'asseoir sur les bancs de son amphithéâtre. Il était donc désirable que M, Armand Julin^ après avoir parlé son cour s ^ voulut bien V écrire et le publier. C'est maintenant chose faite et bien faite. Il nous plait d'être le premier à souhaiter à ce petit livre tout le succès qu'il mérite.

A. DE FOVILLE,

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