I. Remarques générales
111. De toutes les tâches que comprend l'exécution complète d'un travail de statistique, la plus compliquée est Tinterprétation des résultats. C'est sans doute pour cette raison que, dans leur impuissance à raisonner correctement, certaines gens prétendent qu'on peut faire dire aux chiffres tout ce que Ton veut. L'interprétation suppose chez celui qui en est chargé la maîtrise de la technique ; elle exige en même temps la connaissance de la matière sur laquelle porte la statistique. Ainsi donc, la valeur personnelle de l'interprète est la condition de la réussite; des règles et des formules ne peuvent y suppléer. Cepen-
i^'-' Partie. Statistique générale
dant il doit être permis de tracer quelques règles dont on ne pourrait s'écarter sans danger. Tel est l'objet du présent chapitre.
112. Contrairement à l'opinion reçue autrefois, d'après laquelle le statisticien professionnel pouvait traiter indifféremment toutes les matières quelconques, comme si la statistique était une science qui dominait toutes les autres, on admet aujourd'hui que pour interpréter correctement les données statistiques, il est indispensable de connaître le groupe de sciences auquel se rattache la question.
Pour interpréter correctement une statistique commerciale, il est important d'être au courant des grands faits commerciaux, des traités de commerce et des tarifs douaniers, de la géographie commerciale et de l'économie politique. De même, il y a danger, si l'on n'est médecin, à vouloir interpréter les statistiques médicales; si l'on n'est pas juriste, à prétendre interpréter les statistiques judiciaires, etc. Ce serait, par contre, une exagération que de vouloir descendre jusqu'aux spécialités de chaque science.
113. Toute statistique quelconque ne mérite pas un égal degré de confiance^ chose qui fort souvent est perdue de vue. Par leur nature même, certaines statistiques ne sont qu'approximatives, d'autres offrent une sûreté beaucoup plus grande. Dans de nombreuses statistiques, certaines parties sont exactes, d'autres ne le sont pas, ou ne peuvent être prises que sous réserve. C'est donc une erreur que
De l'interprétation
de croire que toute statistique est comparable à une autre, ou qu'il n'y a aucune distinction à établir entre les diverses parties d'une publication.
Le nombre de condamnations prononcées peut être connu avec une grande certitude; de même le nombre de naissances enregistrées à l'état civil. — Dans un recensement de la population, bien que la sûreté soit moindre à raison d'omissions, d'erreurs de comptage, etc., nous pouvons considérer que le nombre, le sexe, l'état civil et la résidence, sont connues avec une assez grande certitude, bien qu'il y ait des réserves à faire; l'âge déclaré est moins certain, comme le prouve le diagramme (v. n^g6) qui montre une saillie à chaque période décennale ou quinquennale. L'indication de la profession est moins sûre à raison de difficultés d'interprétation, d'obscurité et des professions accessoires. {Voir le Chapitre relatif au recensement professionnel.)
Dans la statistique commerciale, l'importation des dentelles est connue beaucoup moins bien que le nombre de tonnes de fonte importées, etc.
114. Si toutes les statistiques ne présentent pas la même sécurité, elles ne méritent pas toutes non plus la même confiance. Dans quel but ont été réunis les chifiires ? Ne constituent-ils pas un plaidoyer ou ne doivent-ils pas servir à un plaidoyer ?
115, Tout chiffre, parce qu'il est d'une grande précision, n'est pas nécessairement exact. Un seul chiffre combine déjà un grand nombre d'observations plus ou moins sûres. Dans une série, toutes les approximations se combinent entre elles. Bien plus, la première approximation est souvent multipliée