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CHAPITRE II

Des limites de la statistique

9. Pour savoir quel est le domaine propre de la statistique on doit se demander : a) en quoi consiste la méthode propre à la statistique? b) quels sont les obstacles que rencontre, en certains cas, Tappli-

cation de cette méthode, même quand elle est légitime ?

10. Il faut distinguer la méthode^ de la science statistique.

La méthode ou le procédé statistique s'applique fréquemment au classement des phénomènes naturels. Exemple : météorologie.

Si tous les phénomènes auxquels on peut appliquer cette méthode relèvent de la statistique, celle-ci n'a plus de limites : c'est un amas monstrueux de connaissances hétérogènes.

La science statistique se borne au contraire à l'étude des phénomènes qui caractérisent les sociétés humaines,

11. En ce qui concerne les phénomènes naturels, le procédé statistique reste un moyen accessoire et subsidiaire. Mais appliqué aux sociétés humaines, ce procédé, à défaut de l'expérimentation, nous permet de découvrir les lois des sociétés, ce qui est le propre de la science.

12. Comme corollaire pratique de la distinction ci-dessus, on s'est demandé si la recherche statistique coniprend l'analyse des faits observés et l'indication des rapports de causalité ? La négative est soutenue, comme l'affirmative.

Ceux qui ne voient dans la statistique qu'un procédé doivent professer lopinion négaiive; le statisticien classe, comme le

lO

i^e Partie. Statistique générale

chimiste expérimente. — Les autres répondent : l'interprétation est une fonction du statisticien. La spécialisation n'interdit pas de recourir à d'autres sciences pour expliquer les phénomènes ; il y a fusion entre les deux fonctions.

13. Dans Tensemble des sciences, la statistique appartient aux sciences sociales et par sa méthode elle se rattache à la logique.

En statistique on observe une multitude de faits particuliers, desquels on essaye de remonter aux principes généraux : ce procédé de raisonnement s'appelle Vinduction, Or Tinduction est une méthode de la logique et elle a pour base l'observation.

La succession des phases de toute opération statistique prouve qu'on emploie en statistique la méthode inductive :

Reconnaître qu'un phénomème peut être observé au moyen de la statistique ;

2° Observer la nature exacte du phénomène ; 3° Enregistrer les observations ;

40 Grouper les faits de même nature dans des tableaux ad Jioc,

50 Procéder au dépouillement des observations ; 6° Faire les calculs nécessaires (totaux, moyennes, proportions) ;

7® Découvrir les phénomènes semblables, trouver les liens de causalité, indiquer les tendances et les lois ; 80 Exposer et publier les résultats.

14. Même lorsque l'application de la méthode statistique est légitime, certaines raisons peuvent empêcher d'y recourir :

A. Motifs d'ordre psychologique. 1^ Mauvaise volonté.

Des limites de la Statistique

Il n^est pas recommandable d'indaguer sur des sujets qui touchent au domaine de la conscience ; 2^ crainte de communiquer les renseignements demandés (peur des impositions, des indiscrétions).

C'est une des raisons pour lesquelles TEtat peut dresser des statistiques plus facilement que les particuliers ; disposant de la contrainte, il peut mettre celle-ci en action. En Belgique, en 1896, on a prévu des peines de simple police contre ceux qui refuseraient de répondre aux questions du bulletin du recensement industriel. (Loi du 29 juin 1896, art. 3 ) En Angleterre, les réponses au questionnaire du Censtis of production de 1908 sont obligatoires. [Censtis production Ad, art. 3 et 12 )

Aux Etats-Unis, de graves pénalités sont prévues contre ceux qui fournissent de fausses indications en matière de statistique commerciale. (Voir IP partie, statistique appliquée.)

B. Motifs d'ordre matériel : Le temps à consacrer à une recherche déterminée peut être trop long par rapport à l'intérêt qu'elle présente; 2^ la dépense à faire peut se trouver trop considérable. Un recensement général coûte toujours des sommes importantes et la dépense augmentera à mesure que les exigences en matière de rémunération et de salaires iront croissant et que les investigations seront plus développées.

Références — Von Mayr et Salvioni, La statistica e la vita sociale^ seconde édition, Turin, Loescher, 1886, p. i5 et suiv. indiquent parfaitement la différence qui existe entre le procédé et la science statistiques. En ce qui regarde la conception restrictive de la statistique, consultez Bowley, Eléments of Statistics^ Londres, 1901, p. 8. — vSur le caractère logique de l'investigation statistique, cfr. Bosco, Lezioni di Statistica e demograjîa. Rome, 1905, p. 219 et suiv. — Benini, Principii di Statistica metodologica,

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